‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 162 sur 186 · LES QUATRE AGES DE LA ROSE · texte numérisé non relu

LES QUATRE AGES DE LA ROSE

La rose sait plaire en tout tems ,

Mais les pleurs de l'Aurore Ne l'humectent qu'en son printems

Pour le plaisir de Flore Zéphyr n'est son fidèle amant

Qu'en la saison nouvelle ; Il s'enfuit sitôt que l'autan

Vient effleurer la belle.

Un .souffle brûlant de l'été

Ouvre et flétiit la rose; En vain gémit la volupté;

Mais si l'Amour l'arrose, Du char de la blonde Cérès

Elle embellit le faîte; Chloé, .sous les ombrages frais,

En pare encor sa tête.

Elle jette aussi quelque éclat Au règne de Pornonc ;

Bacchus , dans le plus doux ébat ,

De roses se couronne.

Mais enfln, cette aimable fleur

Le cède à l'immortelle , Qui n'a pas ses traits , son odeur ,

Mais qui dure plus qu'elle

L'hiver, avare de bienfaits,

Enchaîne la nature ; 11 permet à peine au cyprès

Une triste verdure.

Malgré lui , dans le souvenir

La rose vit encore ; Et l'espoir nous peint le plaisir

Qu'enfin ramène Flore.

SONNET

Évitons, mes amis, trop de célébrité; Elle nuit au plaisir , tourmente l'existence ; Si jamais elle peut nourrir la vanité , C'est souvent aux dépens de notre jouissance .

Oh ! combien j'aime mieux ce petit comité Où règne l'union, la candeur, la décence! Où l'esprit délicat n'exclut pas la gaîté , D'où l'on bannit toujours l'orgueil et la licence.

Loin de nos lourds Midas , et siutout des méchants , Ennemis naturels de nos paisibles chants. Cueillons quelque fleurette à l'abri de l'envie.

Que de mortels connus , dont les cœurs déchirés , Sans espoir de jouir d'une aussi douce vie , Voudroient , au prix de l'or , pouvoir être ignorés !

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