LES QUATRE AGES DE LA ROSE
La rose sait plaire en tout tems ,
Mais les pleurs de l'Aurore Ne l'humectent qu'en son printems
Pour le plaisir de Flore Zéphyr n'est son fidèle amant
Qu'en la saison nouvelle ; Il s'enfuit sitôt que l'autan
Vient effleurer la belle.
Un .souffle brûlant de l'été
Ouvre et flétiit la rose; En vain gémit la volupté;
Mais si l'Amour l'arrose, Du char de la blonde Cérès
Elle embellit le faîte; Chloé, .sous les ombrages frais,
En pare encor sa tête.
Elle jette aussi quelque éclat Au règne de Pornonc ;
Bacchus , dans le plus doux ébat ,
De roses se couronne.
Mais enfln, cette aimable fleur
Le cède à l'immortelle , Qui n'a pas ses traits , son odeur ,
Mais qui dure plus qu'elle
L'hiver, avare de bienfaits,
Enchaîne la nature ; 11 permet à peine au cyprès
Une triste verdure.
Malgré lui , dans le souvenir
La rose vit encore ; Et l'espoir nous peint le plaisir
Qu'enfin ramène Flore.
SONNET
Évitons, mes amis, trop de célébrité; Elle nuit au plaisir , tourmente l'existence ; Si jamais elle peut nourrir la vanité , C'est souvent aux dépens de notre jouissance .
Oh ! combien j'aime mieux ce petit comité Où règne l'union, la candeur, la décence! Où l'esprit délicat n'exclut pas la gaîté , D'où l'on bannit toujours l'orgueil et la licence.
Loin de nos lourds Midas , et siutout des méchants , Ennemis naturels de nos paisibles chants. Cueillons quelque fleurette à l'abri de l'envie.
Que de mortels connus , dont les cœurs déchirés , Sans espoir de jouir d'une aussi douce vie , Voudroient , au prix de l'or , pouvoir être ignorés !