EPITRE A MA MUSE
En vain du temple de Méiuoiie , Muse, tu me promis l'accès; En valu cpielipies instans de gloire Flattèrent mes premiers succès :
Ces riens , ces stériles merveilles D'un auteur flétri par les veilles , Qui pour vivre meuil en détail ; Ces courts honneurs d'un long travail : Ces éloges , cette couronne , Le faux éclat qui l'environne, Ont-ils satisfait mes désirs?
L'épine croît où le laurier repose; C'est à Paphos que naît la rose , La rose, emblème des plaisirs.
Dis-moi , trompeuse enchanteresse , Si dans les antres du Permesse J'avois perdu mes piemiers ans, La gloire, ce prix des talens.
Vaut-elle un jour de la jeunesse , Une fraîche nuit du printems?
Mais non, je veux, flatteuse idole.
Qu'au gré de tes vœux on immole Ses jeunes ans et ses amours , Pour s'assurer un nom frivole Dans l'hiver de ses derniers jours :
Le vol de tes constantes ailes Jusques aux voûtes éternelles Eut-il porté mes pas heureux ?
Non , muse , cet essor rapide N'est point fait pour l'aile des jeux . Voit-on la fauvette timide Élever son vol jusqu'aux cieux?
Écho léger du badinage. Sa voix n'a que de tendres sons ; Il suffit à son goût volage De répéter dans le bocage L'air négligé des folâtres chansons.
Autour d'une molle cadence Quelques vers plies par l'aisance, Enfans légers d'un doux loisir , Ne sont pas nés dans l'espérance De vivre un jour dans l'avenir.
Pensant peu, respirant sans cesse Les douceurs du désœuvrement , Je n'ai pas cru que la justesse Fût nécessaire à l'agrément ; Non , la beauté de la paresse Naît du plus simple ajustement.
Dans la peine le goût s'émousse ; Un pinceau foible se courrouce S'il est trop long-tems corrigé :
Le mien ne peint qu'en taille-douce; Mes Grâces sont en négligé ; Ainsi , la bergère naïve Dédaigne les vains ornemens; Son esprit est sa gaîté vive ; Ses attraits sont des sentimens.
Le goût embellit Deshoulière; Le peintre de la volupté, Chaulieu , d'une toucbe légère, A peint pour l'immortalité.
S'il est un art pour les Apelles , 11 en est un pour les Mignards ; Loin des lis et des immortelles Les fougères sont assez belles, Et méritent quelques regards.
Oui , muse , je pourrois peut-être Aux lieux où le ciel m'a fait naître Trouver des lecteurs indulgens ; Aux essais de mes jeunes ans Albertine a daigné sourire;
Mais quand ces vers, fruits d'un moment,
Ou du caprice, ou du délire,
Seraient accueillis dans l'empire
Des grâces et de l'enjoùment ,
Muse, que de peines réelles
Suivroient ce dangereux honneur!
Par des angoisses éternelles
Peut-être j'expîrois un moment de faveur
Vois-tu ces tribunaux bizarres
Et ces philosoplies barbares
Citer les talens à leur cour,
Comme si , pour voir le grand jour ,
Les Ris accouroient à leur siège.
Ou qu'il fallût un privilège
Aux fugitives de l'Amour !
Ils voudroient aux règles sévères
Asservir mes rimes légères,
En effacer ce peu d'appas.
Cet air libre et vif de l'aisance,
Ces couleurs de la négligence
Faites pour les yeux délicats.
Du moins si par une loi sage
On avoit réglé le partage,
Le département des écrits :
Qu'on laissât les doctes fadaises
A nos pédans , à nos Saumaises ;
Aux petits-maîtres étourdis ,
Les historiettes nouvelles,
Les anecdotes des ruelles
Et les affiches de Cypris;
Alors les Gressets, les Voltaires
Ne seroient lus que des Plaisirs;
Leurs chansons vives et légères
Seroient le code des bergères
32/j CHEFS-D'ŒUVRE POETIQUES
Et l'anie de tous leurs désirs.
Mais puisque l'envie à l'œil louche , Que la critique âpre et farouche Versèrent sur eux leurs poisons, Bien plus sensible à leurs disgrâces Qu'éprise des fleurs dont les Grâces Parent leurs écrits et leurs noms.
Je reste dans ma solitude ; J'y trouve ma tranquillité ; Un sort exempt d'inquiétude Vaut mieux que la célébrité.
L'ombre s'accroît, et le silence Descend de la voûte des cieux ; Le jour fuit, et la nuit commence.
Règne avec elle dans ces lieux , Sommeil ; aux loisirs studieux Fais succéder la nonchalance Et le repos voluptueux. Tu m'entends.... déjà la paresse Couronne mon front de pavots ; En touffe de fleurs la mollesse S'enveloppe dans mes rideaux , Et, cédant au dieu qui la presse.
Tombe et s'endort sur mes pinceaux.
DKS DAMES FRANÇAISES. 325
LETTRE
DE MADAME LA MARQUISE d'aNTREMONT, A M. DE VOLTAIRE,