A QUI ELLE ENVOYAIT QUELQUES OUVRAGES EN VERS
Monsieur ,
Une femme qui n'est pas madame Desforges-Maillard *, une femme vraiment femme , et femme dans toute la force du terme, vous prie de lire les pièces renfermées sous cette enveloppe ; elle fait des vers parce qu'il faut faire quelque chose, parce qu'il est aussi amusant d'assembler des mots que des nœuds, et qu'il eu coûte moins de symétriser des pensées que des pompons : vous ne vous apercevrez que trop. Monsieur, que ces vers lui ont peu coûté, et vous lui direz ((ue
Des vers faits aisément sont rarement aisés.
Elle se rappelle vos préceptes sur ce sujet, et ceux de Boileau, qui partage avec vous l'art de graver ses écrits dans la mémoire de ses lecteurs, et d'instruire l'esprit sans lui demander des efforts. Vos principes et les siens sont admirables, mais ils ne s'accordent pas avec la légèreté d'une personne de vingt-un ans, qui
n s'agit ici de M. Desforges-Maillard, du Croisic, en Bretagne, poète de ce temps, qui niystitta le pnblic pendant pluMenrs années en publiant ses œuvres d'abord sous le nom d'une prétendue demoiselle Malcral de la Vigne, et ensuite sous relui de sa femme.
326 CHEFS-D'ŒUVKE POETIQUES
a beaucoup d'antipathie pour tout ce qui est pénible ; heureusement je rime sans prétention, et mes ouvrages restent dans mon portefeuille ; s'ils en sortent aujourd'hui, c'est parce qu'il y a long-temps que je désirois décrire à l'homme de France que je lis avec le plus de plaisir, et que je me suis imaginée que quelques pièces de vers serviroient de passeport à ma lettre; je n'ai point eu d'autres motifs, Monsieur :
Il est des femmes beaux-esprits; A Piadare autrefois , dans les jeux Olympiques ,
Corinne des succès lyriques
Très-souvent disputa le prix Pindare , assurément , ne valoit pas Voltaire ;
Corinne valoit mieux que moi ;
Qu'il faudroit être téméraire
Pour entrer en lice avec toi !
Mais je le suis assez pour désirer de plaire A l'écrivain dont le goiït est ma loi. Si tu daignois sourire à mes ouvrages,
Quel sort égaleroit le mien !
Tu I éunis tous les suffrages ,
Et moi, je n'aspire qu'au tien.
Il seroit bien glorieux pour moi, Monsieur, de l'obtenir; n'allez pourtant pas croire que jose me flatter de le mériter, mais croyez que rien ne peut égaler les sentiments d'estime et d'admiration avec lesquels j'ai l'honneur d'être, etc.
d'antremont.
A Aubeiias, le i février (7(J8.