‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 168 sur 186 · LA PRESIDENTE DE TOURVILLE A VALMONT · texte numérisé non relu

LA PRESIDENTE DE TOURVILLE A VALMONT

Toi qui séchas souvent mes larmes , Amitié, je t'implore en vain ; Mon cœur, insensible à tes charmes, S'agite et cède à son destin ; Le feu secret qui le consume N'est point l'ouvrage de l'amour ; La flamme qu'un enfant allume N'auroit pas duré plus d'un jour.

Mon esprit est dans le délire , Je cherche ce que je veux fuir ; Quand je veux parler, je soupire, Tout m'attriste, jusqu'au plaisir; Si parfois la raison m'éclaire Sur le danger qui me poursuit.

C'est comme une vapeur légère Que le souffle du vent détruit.

Quel est donc ce charme invincible Qui <ait et défait mon bonheur , Qui , tour à tour, doux et terrible, Caresse ou déchire mon cœur?

Les arbres perdent leur parure , La rose meurt chaque printemps; Mais les saisons et la nature Ne changent point mes sentimens.

Objet qui causes ma souffrance , Toi qui m'enlèves mon repos , Toi qui défends à l'espérance De venir soulager mes maux ; Tu t'abuses si tu peux croire Me rebuter par ta froideur :

La constance est comme la gloire ; Elle grandit dans le malheur.

Ta victime , proscrite , errante , Ira, de climats en climats, Fatiguer de sa voix mourante L'écho que tu n'entendras pas :

Quelques remords pourront , peut-être , Un jour te ramener vers moi; Et, lorsque j'aurai cessé d'être, Tu me croiras digne de toi.

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