AUX MANES D UNE AJVIIE
Toi que j'appelle en vain, toi qui n'es plus, liélas! Sous le marbie fatal qu'une cendre insensible, Au delà du cercueil, dans un séjour paisible, Si tu vois les regrets qu'on te donne ici-bas , Jouis , jouis des miens , ombre à jamais chérie ! De tes douces vertus connois tout le pouvoir : Étrangère à ce monde où je n'ai plus d'amie, Quand je ne t'y vois plus, je gémis de m'y voir. Il est tant de mortels , fatigués de la vie , Qui demandent aux dieux un éternel repos! Ils traînent de longs jours, et tu nous es ravie! Toi, qui vivais tranquille et consolais mes maux , Ma peine est aujourd'hui ma seule jouissance ; En m'occupant de toi, j'aime à l'entretenir;
L'illusion du souvenir
Me rend quelquefois ta présence Et mêle à ma douleur un rayon de plaisir Je crois me retrouver et te revoir encore Sous tes simples bosquets, jadis si beaux poin moi.
M'échappaut au sommeil , je contemple avec toi Le spectacle riant du lever de l'aurore : Tu me fais remarquer la fleur prête d'éclore, Et tu donnes un charme à tout ce que je voi.
Tantôt sous le triste feuillage Des vénérables ifs plantés par tes aïeux , Du soleil trop ardent nous évitons les feux ; lit dans mes vers j'esquisse un paysage , Tandis que ton pinceau le reproduit bien mieux.
De tes chers amis entourée, Tantôt je te revois , abrégeant la soirée
Par cent et cent jeux innocens,
Nous réjouir de ta gaîté naïve , Attacher notre esprit à tes moindres accens, A des riens que tes soins rendroient intéressans, Et nous faire oublier l'aiguille fugitive Qui , trop tôt , du sommeil ramenoit les instans :
Mais quelle horreur , quand il s'efface ,
Ce songe si court et si beau !
Lorsqu'il me fuit et qu'à sa place
Je ne découvre qu'un tombeau !
Je m'en éloigne en vain ; l'amitié me rappelle : La sincère amitié craint de se consoler. Oui , mon cœur, accablé de ta perte cruelle , Veut que long-temps pour toi mes pleurs puissent couler Chaque jour dont le ciel prolongera ma vie , A ta tombe amenée , à cet asile alfreux , Ah! j'irai m'y livrer à la mélancolie, Seul et dernier plaisir de l'être malheureux.
MADAME VICTOIRE BABOIS.
Madame Victoire Rabois, née en 1759 ou 1760, est, morte en 1839. Elle était nièce de Ducis.
Cette dame ayant toujours vécu à Versailles au milieu de sa famille et d'un petit cercle d'amis, et n'ayant eu de liaison suivie avec aucun homme de lettres qui put lui enseigner les règles du style et de la composition, est restée telle que la nature l'a faite, et n'a cherché à imiter aucun modèle ni à produire d'effet calculé. Ses poésies, dont la troisième édition a été publiée en 1828, se composent d'élégies de divers genres, d'épîtres et de pièces fugitives. Elle a fait aussi quelques opuscules en prose. Ses élégies maternelles sont celles qui ont le plus contribué à établir sa réputation littéraire.
Voici les vers que madame Babois adressa la veille de sa mort à son amie madame Mélanie Waklor :
La mort enfin m'ordonne de la suivie , Kt dans sa froide nuit je me sens enfermer ; Mais mon cœur semble me survivre :
Vos chants si doux savent le ranimer; Je n'ai phis le pouvoir de vivre :
Je sens oncor celui d'aimer.
358 (,heis-d'œ;i vre poétiques