‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 32 sur 186 · TRIOLETS DU ROMAN DU CHASTEL D AMOUR · texte numérisé non relu

TRIOLETS DU ROMAN DU CHASTEL D AMOUR

Tant au loing du roy de mon cœur, C'est trop , hélaz ! languir seulette ! N'ay plus ny parler ni couleur, Tant au loing du roy de mon cœur !

N'ha donq pitié de ma langueur Luy qui n'oyoit que sa poulette?

Tant au loing du roy de mon cœur C'est trop , hélaz ! rester seulette !

liO r.HEFS-D'OEllVRE POETIQUES

Du jour qu'ay veu mon roy partir, Voyle des nuicts couvre le monde ; Aisles du tamz croy s'allentir, Du jour qu'ay veu mon roy partir ; Ne peul.v rester, ne peulx sortir, Qu'entour de moy tout ne responde :

« Du jour qu'lia veu son roy partir, " Voyle des nuicts couvre le monde. »

Il me dizoit : « Je vy pour toy ; >' Que la mors seule nous sépare !

Je respondoy : « Sy fais-je moy. »

Quand me dizoit : ■< Je vy pour toy. ■ Ors, qu'est si loing, maugré sa foy, Scay-je le sort qu'il me prépare?

Luy que dizoit : « Je vy pour toi; " Que la mors seule nous sépare! »

N'est pour l'aymer que de le veoir ; Qui le vist , onc ne fust volage ; Dust-on l'adorer sanz espoir.

N'est pour l'aymer que de le veoir :

Tant fière qu'atteinct son povoir.

Se complaict en si doux servage . N'est pour l'aymer que de le veoir ; Qui le vist, onc ne fust volage.

Leiz llours esclozent soubz seiz pas :

Parfum de roze est sur sa bousche ; Tout s'embellist des siens appas , Leiz flours esclozent soubz seiz pas :

Est-il de grâces qu'il n'ayt pas , Ou qu'il ne preste à ce qu'il tousche? Leiz flours esclozent soubz seiz pas ; Parfum de roze est sur sa bousche.

DES DAMES FRANÇAISES. Ûl

ballade qui precede le roman du chastel d'amour.

Ans trop heureulx , où les chants du trouverre Plains deiz haults faicts d'Ivain et de Tristan , De pallaiz d'or, plus transparents que verre, D'aislers coursiers plus vistes que l'Autan , Frappoient d'oubly césars niesnie et soudan ; Que n'ay-je esclos lors , plutost que naguère , Lorsqu'à Vénus , sy que fer à l'ayinant , Voloist s'ugnir l'honneur en tout roman ! Roman d'amour ne peult aller sanz guerre.

Non peigne un fol , dont poings et cimeterre Brisent rochiers , comme a-t-on fait Roland ; N'ung qu'à luy seul fasse trembler la terre , Ny monts et tours aggrimpe d'ung élan ; Veulx mon héroz , tendre , aymable et galant , Qu'aymé du ciel n'en brave le tonnerre, Qu'ayt force , esclat , poli du diamant ; Maiz franc guerrier , sanz quoy plus de roman : Roman d'amour ne peult aller sanz guerre.

Veulx soict d'aymer plus fier que de conquierre ; Qu'aji l'air françois , fust-il Angle ou Toscan , Ajt soing d'amyz plus que de gloire acquierre , Mesle en son cœur à flammes de volcan Candeur deiz lys , bonté du pélican ; Qu'affronte, un pair, roys, fortune et vulguerre, Gryffon et faye , ogres et talisman ; Puis qu'en vainqueur couronne le roman Roman d'amour ne peidt aller sanz guerri'

42 CHEl-S-D'OELVRK POÉTIQUES

ANNE DE MARQUETS.

Cette demoiselle, née de parents nobles et riches, fut élevée dans l'étude des belles-lettres et dans la piété. Religieuse à Poissy dans un couvent de l'ordre de St- Dominique, elle ne fut ni de ces dévotes atrabilaires qui croient la piété incompatible avec la poésie, ni de ces personnes qui , par l'abus qu'elles font de leurs talents , déshonorent la sainteté de leur état. Elle fit des siens l'usage qu'elle en devait faire , en les consacrant à la religion ; mais l'austérité du cloître ne l'empêcha point de conserver des relations avec les gens de lettres estimables qu'elle avait eu occasion de connaître.

Lés poésies d'Anne de Marquets respirent la candeur et la piété ; elle y paraît animée d'un zèle aussi solide qu'éclairé. Ronsard et d'autres poètes célèbres de ce temps en ont fait l'éloge. Elle atteignit un âge avancé , mais elle perdit la vue quelque temps avant sa mort qui eut heu en 1558. Cette fille respectable laissa en mourant à la sœur Marie de Fortia, son amie, religieuse du même couvent, 380 sonnets spirituels ayant trait aux dimanches et aux principales solennités de l'année. Anne de Marquets a, d'ailleurs, fait des pièces fugitives, et composé des sonnets et des devises pour l'assemblée tenue à Poissy en 1 56 1 .

Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en leur donnant les deux premiers sonnets spirituels rie cette muse pieuse.

DES UA.MES l-RANÇAiSES. HZ

SONNET I

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