PERNETTE DU GUILLET
Pernette du Guillet était Lyonnaise ; c'est tout ce que nous savons d'elle, et que ses œuvres poétiques ont été imprimées à Lyon en 1545.
Quand vous voyez que l'estincelle De chaste amour soubz mon esselle Vient tous les jours à s'allumer, Ne me debvez-vous bien aymer ?
Quand vous me voyez tousiours celle , Qui pour vous souffre et son mal cèle , Me laissant par lui consumer.
Se me debvez-vous bien aymer?
Quand vous voyez, que pour moins bellf Je ne prens contre vous querelle , Mais pour mien vous veulx réclamer, Ne me debvez-vous bien aymer l'
50 CHEFS-D'OErVRE POETIQUES
Quand pour quelque autre amour nouvelle Jamais ne vous seray cruelle , Sans aucune plaincte former, Ne me debvez-vous bien aymer ?
Quand vous verrez que sans cautelle Tousiours vous seray esté telle , Que le temps pourra affermer, Ne me debvez-vous bien aymer;'
CHANSON II
Qui dira ma robe fourrée
De la belle plnye dorée,
Qui Daphnès enclose esbranla :
Je ne sçay rien moins, que cela.
Qui dira, qu'à plusieurs je tens Pour en auoir mon passe-temps , Prenant mon plaisir çà et là ; Je ne sçay rien moins, que cela.
Qui dira , que t'ay réuélé Le feu long temps en moy celé Pour en toy veoir si force il a :
Je ne sçay rien moins, que cela.
Qui dira, que d'ardeur commune, Qui les jeunes gentz importune , De toy je veulx , et puis holà :
Je ne sçais rien moins, que cela.
Mais qui dira , que la vertu , Dont tu es richement vestu , En ton amour m'estincella :
Je ne sçay rien mieulx, que cela.
Mais qui dira , que d'amour saincte Chastement au cuer suis atteincte , Qui mon honneur onc ne foula :
Je ne sçay rien mieulx , que cela .