‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 38 sur 186 · STANCES SUR ELLE-MEME · texte numérisé non relu

STANCES SUR ELLE-MEME

Sans connoissance aucune en mon printemps j'étois, Libre sans liberté , car rien ne regrettois ,

En ma vague pensée De mois et vains désirs follement dispensée.

Las , amour tout jaloux du commun bien des dieux Me vint escarmoucher par faux alarmes d'yeux;

Mais je vis sa fallace , Par quoi me retirai et lui quittai la place.

Je vous laisse à penser s'il fut alors fâché. Depuis , en tapinois , cet enfant m'a lâché

Maints traits à la volée; Mais onc ne m'en sentis autrement affolée.

Voyant de m'assaillir qu'il n'avoit la puissance , Tâcha le plus qu'il put d'avoir la connoissance

Des hommes de vertu Par qui mon cœur forcé put se voir abattu .

Mais vertu ne permit qu'on me fit un outrage , Fors seulement blesser chastement mon courage.

O bienheureuse envie!

Qui, pour un si haut bien, m'a hors de moy ravie.

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