STANCES SUR ELLE-MEME
Sans connoissance aucune en mon printemps j'étois, Libre sans liberté , car rien ne regrettois ,
En ma vague pensée De mois et vains désirs follement dispensée.
Las , amour tout jaloux du commun bien des dieux Me vint escarmoucher par faux alarmes d'yeux;
Mais je vis sa fallace , Par quoi me retirai et lui quittai la place.
Je vous laisse à penser s'il fut alors fâché. Depuis , en tapinois , cet enfant m'a lâché
Maints traits à la volée; Mais onc ne m'en sentis autrement affolée.
Voyant de m'assaillir qu'il n'avoit la puissance , Tâcha le plus qu'il put d'avoir la connoissance
Des hommes de vertu Par qui mon cœur forcé put se voir abattu .
Mais vertu ne permit qu'on me fit un outrage , Fors seulement blesser chastement mon courage.
O bienheureuse envie!
Qui, pour un si haut bien, m'a hors de moy ravie.