RONDEAU
Contre l'amour voulez-vous vous défendre ? Empêchez-vous et de voir et d'entendre , Gens dont le cœur s'explique avec esprit. Il en est peu de ce genre maudit , Mais trop encor pour mettre un cœur en cendre
Quand une fois il leur plaît de nous rendre D'amoureux soins , qu'ils prennent d'un air tendre , On lit en vain tout ce qu'Ovide écrit Contre l'amour.
De la raison il ne faut rien attendre : Trop de malheurs n'ont su que trop apprendre Qu'elle n'est rien dès que le cœur agit. La .seule fuite , Iris , nous garantit ; C'est le parti le plus utile à prendre Contre l'amoui.
Alcidon , contre sa bergère ,
Gagea trois baisers que son chien
Trouveroit plutôt que le sien Un flageolet caché sous la fougère.
La bergère perdit ; et , pour ne point payer,
Elle voulut tout employer.
Mais, contre un tendre amant, c'est en vain qu'on s'obstine. Si des baisers gagés par Alcidon ,
Le premier fut pure rapine ,
Les deux autres furent un don.
STANCES
Agréables transports qu'un tendre amour inspire ,
Désirs impatiens , qu'estes-vous devenus ?
Dans le cœur du berger pour qui le mien soupire ,
Je vous cherche, je vous désire,
Et je ne vous retrouve plus.
Son rival est absent , et la nuit qui s'avance
Pour la troisième fois a triomphé du jour,
Sans qu'il ait triomphé de cette heureuse absence ;
Avec si peu d'impatience ,
Hélas ! on n'a guère d'amour I
11 ne sent plus pour raoy ce qu'on sent (piand on aime L'infidèle a passé sous de nouvelles lois.
Il me dit bien encor que son mal est extrême ; Mais il ne le dit plus de mesnie Qu'il me le disoit autrefois.
Revenez dans mon cœur, paisible indifférence, Que l'amour a changée en de cruels soucis. Je ne reconnois plus sa fatale puissance ,
Et , grâce à tant de négligence ,
Je ne veux plus aimer Tircis.
Je ne veux plus l'aimer ; ah ! discours téméraire ! Voudrois-je éteindre un feu qui fait tout mon bonlieur? Amour, redonnez-luy le dessein de me plaire ;
Mais quoy que l'ingrat puisse faire ,
Ne sortez jamais de mon cœur !
A caution tous amans sont sujets , Cette maxime en ma teste est écrite :
Point n'ay de foy pour leurs tourmens secrets , Point auprès d'eux n'ai besoin d'eau bénite. Dans cœur humain probité plus n'habite.
Trop bien encor a-t-on les mesmes dits Qu'avant qu'astuce au monde fust venue ; Mais pour d'effets , la mode en est perdue ; On n'aime plus comme on aimoit jadis.
Riches atours, table, nombreux valets.
Font aujourd'huy les trois quarts du mérite. Si des amans .soumis, ronstans, discrets.
Il est encor; la troupe en est petite. Amour d'un mois est amour décrépite.
Amans brutaux sont les plus applaudis.
Soupirs et pleurs feroient passer pour grue. Faveur est dite aussitost qu'obtenue :
On n'aime plus comme on aiinoit jadis.
Jeunes beautés en vain tendent filets : Les jouvenceaux, cette engeance maudite, Font bande à part près des plus doux objets ; D'estre indolent chacun se félicite.
Nul en amour ne daigne être hypocrite ; Ou si par fois un de ces étourdis A quelques soins s'abaisse et s'iiabitue , Don de mercy seul il n'a pas en vue : On n'aime plus comme on aimoit jadis.
Tous jeunes cœurs se trouvent ainsi faits.
Telle denrée aux folles on débite.
Cœurs de barbons sont un peu moins coquets ;
Quand il fut vieux, le diable fut hermite.
Mais rien chez eux à tendresse n'invite.
Par maints hivers désirs sont refroidis.
Par maux fréquens humeur devient bourrue.
Quand une fois on a teste clienue,
On n'aime plus comme on aimoit jadis.
106 CHEFS-D'QKUVRE POETIQUES