‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 64 sur 186 · RONDEAU · texte numérisé non relu

RONDEAU

Contre l'amour voulez-vous vous défendre ? Empêchez-vous et de voir et d'entendre , Gens dont le cœur s'explique avec esprit. Il en est peu de ce genre maudit , Mais trop encor pour mettre un cœur en cendre

Quand une fois il leur plaît de nous rendre D'amoureux soins , qu'ils prennent d'un air tendre , On lit en vain tout ce qu'Ovide écrit Contre l'amour.

De la raison il ne faut rien attendre : Trop de malheurs n'ont su que trop apprendre Qu'elle n'est rien dès que le cœur agit. La .seule fuite , Iris , nous garantit ; C'est le parti le plus utile à prendre Contre l'amoui.

Alcidon , contre sa bergère ,

Gagea trois baisers que son chien

Trouveroit plutôt que le sien Un flageolet caché sous la fougère.

La bergère perdit ; et , pour ne point payer,

Elle voulut tout employer.

Mais, contre un tendre amant, c'est en vain qu'on s'obstine. Si des baisers gagés par Alcidon ,

Le premier fut pure rapine ,

Les deux autres furent un don.

STANCES

Agréables transports qu'un tendre amour inspire ,

Désirs impatiens , qu'estes-vous devenus ?

Dans le cœur du berger pour qui le mien soupire ,

Je vous cherche, je vous désire,

Et je ne vous retrouve plus.

Son rival est absent , et la nuit qui s'avance

Pour la troisième fois a triomphé du jour,

Sans qu'il ait triomphé de cette heureuse absence ;

Avec si peu d'impatience ,

Hélas ! on n'a guère d'amour I

11 ne sent plus pour raoy ce qu'on sent (piand on aime L'infidèle a passé sous de nouvelles lois.

Il me dit bien encor que son mal est extrême ; Mais il ne le dit plus de mesnie Qu'il me le disoit autrefois.

Revenez dans mon cœur, paisible indifférence, Que l'amour a changée en de cruels soucis. Je ne reconnois plus sa fatale puissance ,

Et , grâce à tant de négligence ,

Je ne veux plus aimer Tircis.

Je ne veux plus l'aimer ; ah ! discours téméraire ! Voudrois-je éteindre un feu qui fait tout mon bonlieur? Amour, redonnez-luy le dessein de me plaire ;

Mais quoy que l'ingrat puisse faire ,

Ne sortez jamais de mon cœur !

A caution tous amans sont sujets , Cette maxime en ma teste est écrite :

Point n'ay de foy pour leurs tourmens secrets , Point auprès d'eux n'ai besoin d'eau bénite. Dans cœur humain probité plus n'habite.

Trop bien encor a-t-on les mesmes dits Qu'avant qu'astuce au monde fust venue ; Mais pour d'effets , la mode en est perdue ; On n'aime plus comme on aimoit jadis.

Riches atours, table, nombreux valets.

Font aujourd'huy les trois quarts du mérite. Si des amans .soumis, ronstans, discrets.

Il est encor; la troupe en est petite. Amour d'un mois est amour décrépite.

Amans brutaux sont les plus applaudis.

Soupirs et pleurs feroient passer pour grue. Faveur est dite aussitost qu'obtenue :

On n'aime plus comme on aiinoit jadis.

Jeunes beautés en vain tendent filets : Les jouvenceaux, cette engeance maudite, Font bande à part près des plus doux objets ; D'estre indolent chacun se félicite.

Nul en amour ne daigne être hypocrite ; Ou si par fois un de ces étourdis A quelques soins s'abaisse et s'iiabitue , Don de mercy seul il n'a pas en vue : On n'aime plus comme on aimoit jadis.

Tous jeunes cœurs se trouvent ainsi faits.

Telle denrée aux folles on débite.

Cœurs de barbons sont un peu moins coquets ;

Quand il fut vieux, le diable fut hermite.

Mais rien chez eux à tendresse n'invite.

Par maints hivers désirs sont refroidis.

Par maux fréquens humeur devient bourrue.

Quand une fois on a teste clienue,

On n'aime plus comme on aimoit jadis.

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