‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 69 sur 186 · INTENDANT DE FLANDRE · texte numérisé non relu

INTENDANT DE FLANDRE

Il ne VOUS plaist donc plus de mettre

Pour inoy quelque chose de doux

Dans les lettres de mon époux?

D'un pareil procédé que puis-je me promettre? Ali! si je n'en montrois de vifs ressentimens ,

Vostre paresse avec le temps

Pourroit encor plus se permettre.

Quoy! du plus éclairé de tous les intendans

Tous les huit jours voir une lettre

Sans rencontrer mon nom dedans ?

Non , je ne sçaurois m'en remettre , Et je ne suis point faite à de tels accidens. Peut-estre avez-vous cru que c'estoit assez faire

Que d'avoir fait les premiers pas ,

Et que je ne méritois pas Qu'un peu plus loin on poussast une affaire. Je ne veux point ici vous vanter mes appas : Mais, soit dit entre nous , quand il s'agit de plaire,

Vous estes un peu trop tost las.

Pour s'établir dans les cœurs délicats ,

L'empressement est nécessaire.

Et de vous autres magistrats

Ce n'est |)as la route ordinaire Accoutumez qu'on vous fasse la cour,

Vous ne pouvez la tain' aux autres :

On vous doit toujours du retour ; La fortune , la gloire et le cruel amour

Font leur propre affaire des vostres.

Mais , à parler de bonne foy ,

Ces raisons oii l'orgueil se fonde

Ne sont point des raisons pour nioy,

Et , sans trop me flatter, je croy Qu'on peut me séparer de la foule du monde. Je veux vous en convaincre , et si le ciel seconde

Les vœux que mon dépit fera, Vous m'estimerez tant , qu'une charmante brune Qu'unit à vostre sort une heureuse fortune

Peut-estre un jour en grondeia.

Dès que la nouvelle verdure Annoncera le retour du printemps , Pour tenter cette belle et galante aventure.

Je quitteray ces lieux charmans;

Et d'avance je vous asseure Que si pour nous encor vostre fière humeur dure,

Ce ne sera pas pour long-temps

EPITRE

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