INTENDANT DE FLANDRE
Il ne VOUS plaist donc plus de mettre
Pour inoy quelque chose de doux
Dans les lettres de mon époux?
D'un pareil procédé que puis-je me promettre? Ali! si je n'en montrois de vifs ressentimens ,
Vostre paresse avec le temps
Pourroit encor plus se permettre.
Quoy! du plus éclairé de tous les intendans
Tous les huit jours voir une lettre
Sans rencontrer mon nom dedans ?
Non , je ne sçaurois m'en remettre , Et je ne suis point faite à de tels accidens. Peut-estre avez-vous cru que c'estoit assez faire
Que d'avoir fait les premiers pas ,
Et que je ne méritois pas Qu'un peu plus loin on poussast une affaire. Je ne veux point ici vous vanter mes appas : Mais, soit dit entre nous , quand il s'agit de plaire,
Vous estes un peu trop tost las.
Pour s'établir dans les cœurs délicats ,
L'empressement est nécessaire.
Et de vous autres magistrats
Ce n'est |)as la route ordinaire Accoutumez qu'on vous fasse la cour,
Vous ne pouvez la tain' aux autres :
On vous doit toujours du retour ; La fortune , la gloire et le cruel amour
Font leur propre affaire des vostres.
Mais , à parler de bonne foy ,
Ces raisons oii l'orgueil se fonde
Ne sont point des raisons pour nioy,
Et , sans trop me flatter, je croy Qu'on peut me séparer de la foule du monde. Je veux vous en convaincre , et si le ciel seconde
Les vœux que mon dépit fera, Vous m'estimerez tant , qu'une charmante brune Qu'unit à vostre sort une heureuse fortune
Peut-estre un jour en grondeia.
Dès que la nouvelle verdure Annoncera le retour du printemps , Pour tenter cette belle et galante aventure.
Je quitteray ces lieux charmans;
Et d'avance je vous asseure Que si pour nous encor vostre fière humeur dure,
Ce ne sera pas pour long-temps
EPITRE