‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 70 sur 186 · VICE-AMIRAL DE FRANCE · texte numérisé non relu

VICE-AMIRAL DE FRANCE

Qu'il fait beau faire voyage Quand de froid on est transi !

Puissent les ennuis, la rage.

Les chagrins et le souci , Eslre de votre équipage.

Puisse tout l'air épaissi Vous régaler d'un orage.

Puisse l'enfant sans merci Vous forcer à rendre hommage A quelque Iris de village Au teint couleur de souci, Au pied sentant le fromage, Qui soit de tortu corsage Par quelque pitaud grossi , Dont le cœur fourbe et volage Vous aime coussl coussi, Qui , pour couronner l'ouvrage .

Ait à vostre grand dommage D'autres mais et d'autres si , Cent fois pires que ceux-cy.

Vous allez croire, je gage, Que par un pur badiuage Je vous écris tout ceci.

D'autres diroient seignor si :

Mais moy qui hais l'esclavage , Je vous dis que c'est l'image D'un couroux qui se soulage.

Pourquoy partiez-vous aussi?

Je refrognay mon visage Quand on me dit -. Pour Roissi Le mareschal démesiiage.

Hé quoy, vous pliez bagage.

Lorsque d'un air radouci Dame d'assez haut paiage Vient manger vostre potage ' Jeunes gens de ce temps-cy N'en feroient pas davantage Rien pourtant d'afreux présage N'éclate en vous dont voicv

11» CHEFS-D'ŒEVRE POÉTIQIES

Un portrait en racourcy.

Un pur et charmant langage Brillant , sans être farci De ces grands mots dont l'usage N'a jamais bien réussi.

Un génie tieureux et sage Qui par rien n'est rétréci.

Un renom qui n'est noirci Par nul vilain tripotage.

Un cœur jamais endurci Pour ceux que le sort outrage.

Un antique et haut lignage Bien nettement éclairci.

Une conduite, un courage Que connoist plus d'une plage , Qui du peuple circonci A le croissant obscurci ; Qui sur ce fameux rivage Où d'Etna le voisinage Piépand un goust de roussi , Fit ployer l'orgueil du ïage ; Qui vous fit passer à nage Le profond Rhein tout ainsi Que le moindre marescage :

Terrible et fameux passage Qui fit froncer le sourci Aux braves à triple étage ; Enfin, tout ce qu'en paitage Eut le plus grand personnage, Vous l'avez eu, Dieu merci.

Bonsoir, héros de nostre ûge, Le Sommeil dans un nuage Vient de passer par icy.

ÉPITRE

A M. M ASC AR ON,

É\'ÈQDE DE TILLE.

Des bords du fameux Lignon , Le moyen de vous écrire?

L'air de ce pays inspire Je ne sais quoy de frippon , Qui n'est pas propre à vous dire.

Depuis que feu Céladon , Pour la précieuse Astrée , L'ame de douleur outrée Mit ses jours à l'abandon ; Amour résolut , dit-on , Que l'air de cette contrée Rendroit le plus fier dragon Doux comme un petit mouton Depuis que j'y suis entrée , J'ai déjà changé de ton.

Je ne me meurs pas encore ; Mais, entre nous, j'ai bien peur D'une inquiète langueur Qui me force k voir l'aurore J'ai partout l'esprit rêveur.

Un tel changement d'humeur Me fait trembler i)0ur mon cœur S'il alloit devenir tendre, S'il formoit la moindre ardeur, Il seroit bientôt en cendre

120 CHEFS-D'ŒUVRE POÉTïQliES

Hélas! loin de badiner, Loin d'être fourbe et volage, • Comme veut le bel usage , Il iroit s'abandonner.

En jeune cœur qui se pique De sentiment héroïque, A ces beaux engagemens Qu'on trouve dans les romans Oui , malgré ce qu'on pratique , Il aimeroit à l'antique.

Ah ! que de fâcheuses nuits , Que de soupçons, que d'aliumcs, Que de chagrins, que d'ennuis, Que de soupirs, que de larmes!

Il vaut mieux, si je le puis, M'arracher à tous les charmes Du beau séjour où je suis.

Sans consulter davantage, Quittons ce fatal rivage; Mais quittons-le sans retour, Ce rivage où chaque jour, Sans avoir eu part au crime , Chaque cœur sert de victime Aux vengeances de l'amour.

Ici, tout ce qui respire Se plaint, languit et soupire.

Dans les forêts les oiseaux , Dans les plaines le zéphire, Les bergers sous les ormeaux , Les Nayades dans les eaux , Tout sent l'amoureux martyre ; Et tout sert, en nous parlant Contre l'austère sagesse, A mettre en goût de tendresse

Le cœur le plus indolent.

Vous , dont l'ame indifférente

Ne connoît aucun souci ,

Pour l'avoir toujours contente ,

Profitez de tout ceci ;

Et, quelqu'espoir qui vous tente,

Ne venez jamais ici.

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