SUR SON VOYAGE EN FLANDRE
El 1684.
Pourquoi chercher une nouvelle gloire ?
Sous vos lauriers goûtez un doux repos :
Assez d'exploits d'immortelle mémoire
Vous font passer les antiques héros.
Pour vous, grand roy, pour le bien de la France,
Que reste-t-il encore à souhaiter!'
\2li CHEFS-D'OEUVRE POETIQUES
Vos soins chez elle ont remis l'abondance ; Vostie valeur, qui pourroit tout dompter, La rend terrible aux nations étranges ; Et quelque loin qu'on porte les louanges, 11 n'en est point qui vous puisse flatter.
A vous chanter nos voix sont toujours prestes ;
Mais quand nos vers à la postérité
Pourroient vous peindre aussi grand que vous estes :
Quand de vos loix ils diroient l'équité ,
De vostre bras les rapides conquestes ,
De vostre esprit la noble activité,
De vostre abord le charme inévitable ,
Quelle en seroit pour vous l'utilité?
Lorsque le vray paroist peu vraysemblable ,
Il n'a sur nous que peu d'autorité.
Ces conquérans qu'eurent Rome et la Grèce ,
Ces demi-dieux sur cent livres chantez ,
Ont eu le sort que trop de gloire laisse :
On les a cru servilement flattez.
Tant de vertus qu'en eux l'histoire assemble
Est, disoit-on, le prix de leurs bienfaits;
Et si vous seul , sous qui l'univers tremble ,
N'eussiez plus fait qu'ils n'ont tous fait ensemble,
On douteroit encor de leurs hauts faits.
De leur valeur la vostre nous assure ; Vous la rendez croyable en l'effaçant.
Un tel secours chez la race future Sera pour vous un secours impuissant.
Quelques efforts que la nature fasse Pour les héros que sa main formera ,
Loin d'en trouver quelqu'un qui vous etl'ace , Jamais aucun ne vous égalera.
N'allez donc plus exposer une vie
D'où le bonlieur de l'univers dépend.
Voyez la paix *de tous les biens suivie,
Qui dans les bras des plaisirs vous attend.
Épargnez-nous de mortelles alarmes -.
Où courez-vous, par la gloire animé?
Si la victoire a pour vous tant de charmes ,
Vous pouvez vaincre ici sans être armé.
N'appelez point une indigne faiblesse
Quelques momens donnez à la tendresse :
Les plus grands cœurs n'ont pas le moins aimé.
Mais aux travaux de la fière Bellonne J'oppose en vain le repos le plus doux. Les faux plaisirs que l'oisiveté donne Ne sont pas faits pour un roy comme vous Instruit de tout , appliqué sans relâche , Et toujours grand dans les moindres projets , Lorsque la paix aux périls vous arrache , Une autre gloire à son tour vous attache , lit vous immole au bien de vos sujets.
Ainsi l'on voit le maître du tonnerre Diversement occupé dans les cieux :
Tantôt vainqueur dans l'insolente guerre Qui fit périr les Titans furieux ; Tantôt veillant au bonheur de la terre . Porter partout un regard curieux ; Y rétablir le calme, l'innocence; Estre de tous la cramte et l'espérance, Et le pins grand et li' nipillein des dicu\
126 CHEFS-D'œUVRE POÉTIQl ES
Craint, adoré Mais j'entends la victoire
Qui vous appelle à des exploits nouveaux.
Que de hauts faits vont grossir votre histoire !
Partez, courez à des destins si beaux.
Je vois l'Espagne, aux traités infidelle,
De ses pays payer ses attentats ;
Je vois vos coups détruire les États
Du fier voisin qui soutient sa querelle ;
lit je vous vois , vainqueur en cent combats ,
Donner la paix et la rendre éternelle.
MADEMOISELLE DESHOfULIÈRES.
Antoinette -Thérèse Deshoulières naquit à Paris en 1662. Son premier pas dans la carrière poétique fut un triomphe; elle remporta, en 1687, c'est-à-dire à vingtcinq ans , le prix proposé par l'Académie française ; ce qui fut d'autant plus glorieux, qu'elle avait eu des rivaux dangereux à combattre. Cet honneur lencouragea beaucoup; mais la délicatesse de sa santé et la perte successive de ses plus proches parents ne lui permirent pas de donner un plein essor à ses talents. Elle se borna depuis à des pièces fugitives que l'on a imprimées à la suite des œuvres de sa mère. L'ouvrage le plus considérable quelle ait entrepris est l'opéra de Callirhoé, qu'elle abandonna dès qu'elle sut qu'un autre auteur travaillait sur le même sujet. Ce qui est sorti de sa pltnno nesl ni aussi élevé pour les pensées , ni aussi
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poétique que les beaux morceaux de madame Deshoiilières ; mais il y a de l'harmonie , de la douceur et du charme. Parmi les peuies qui affligèrent mademoiselle Deshoulières , la plus sensible fut la mort d'un jeune officier plein de mérite qu'elle devait épouser et qui fut tué à l'armée. Elle fut agrégée à l'académie des Ricovrati de Padoue, en remplacement de sa mère, et mourut en 1718.
STANCES
Quel sort au mien est comparable?
Tous mes jours sont marqués par de nouveaux malheurs ;
De quels crimes suis-je coupable .^ Ciel ! ne suis-je ici-bas que pour verser des 'pleurs .^ A tes ordres sans cesse et soumise et fidelle , J'ai toujours de tes loix lespecté le pouvoir;
L'excès de ma douleur mortelle Livrera-t-il mon cœur à l'attreux désespoir .^
D'un torrent de malheurs ma vie est traversée ; On diroit, en voyant dans cet heureux séjour Les peines , les ennuis où je suis exposée , Et le funeste sort de mon fidèle amour, Que du ciel , contre moi , la bonté courroucée Me partage à regret la lumière du jour.
Cependant cet amour , si fidèle et si tendre , Toujours sur mon devoir a réglé ses désirs;
Hélas! à d'innocens plaisirs Quel cœur, plus que le mien, eut plus droit de prélemlrc
Quel cœur sentit jamais de plus vives frayeurs ,
Lorsque la tendre Phiiomelle Annonça, par ses chants, le retour des horieurs Que Bellone, en courroux, traîne en foule après ellei'
Arbres, ruisseaux, charmantes fleurs.
Quel cœur brûla jamais d'une flamme plus belle ? Et vous, vastes forêts, témoins de mes douleurs,
Et dont tout ici renouvelle De mon funeste sort les constantes fureurs;
Quelle aventure plus cruelle , Quelle mort, quel amant mérita mieux mes pleurs?
Je ne viens point rappeler sous vos ombres Ce que Tircis eut de charmant.
L'horreur qui suit la mort de mon amant M'attire et nie retient dans vos demeures sombres. Seule dans ces forêts , loin du monde et du bruit , J'abandonne mon cœur à sa douleur mortelle; Et je goûte à longs traits les maux qu'elle produit Dans un cœur accablé , malheureux et lidelle.