COURONNÉE PAR L' ACADÉMIE FRANÇAISE
Sur le soiu que Louis XIV prenait de l'éducation rie la noblesse dans les places de guerre et daus Saiut-Cyr.
Toi , par qui les mortels i endeiit leurs noius célèbres ; Toi, que j'invoque ici pour la première fois, De mon esprit confus dissipe les ténèbres ,
Et soutiens ma timide voix.
Le projet que je tente est hardi , je l'avoue ; Il auroit effrayé le peintre de Mantoue ,
Et j'en connois tout le danger.
Mais, Apollon, par toi si je suis inspirée. Mes vers pourront des siens égaler la durée ;
Hàte-toi, viens m'encourager.
A peine a-t-il calmé les troubles de la terre ,
Que ce sage héros consulte avec la paix
Les moyens d'effacer les troubles de la guerre
Par de mémorables bienfaits.
11 dérobe les cœurs de sa jeune noblesse Au\ funestes appas d'une indigne mollesse ,
Compagnes d'un trop long repos.
France, quels soins pour toi prend ton auguste inaitie Et qu'ils vont pour jamais dans ton sein faire naître
Un nombre infini de héros !
Dans un superbe enclos où la sagesse habite , Où l'on suit des vertus le sentier épineux ,
130 CHEFS-D'OEUVRE l'OÉTIQUES
D'un âge plein d'erreur mon foible sexe évite
Les égaremens dangereux.
D'enfans infortunés cent familles chargées Uu soin de les pourvoir se trouvent soulagées :
Quel secours contre un sort ingrat !
Par lui ce héros paie, en couronnant leurs peines. Le sang dont leurs aïeux ont épuisé les veines
Pour la défense de l'État.
Ainsi dans les jardins on voit de jeunes plantes, Qu'on ne peut conserver que par des soins divers , Vivre et croître à l'abri des ardeurs violentes
♦ Et de la rigueur des hivers : Par une habile main sans cesse cultivées , Et dune eau vive et pure au besoin abreuvées ,
Elles fleurissent dans leur tems :
Tandis qu'à la merci des saisons orageuses, Les autres, au milieu des campagnes pierreuses,
Se flétrissent dès leur printems.
Mais quel brillant éclair vient de frapper ma vue ' Qui m'appelle? Qu'entends-je, et qu'est-ce que je vol Mon cœur est transporté d'une joie inconnue :
Quels sont ces présages pour moi ?
Ne m'annoncent-ils point une je veriai la chute Des célèbres rivaux avec qui je dis[»ute
L'honneur de la lice où je cours ?
Que de gloire, et quel prix! Si le ciel me l'envoie, Le portrait de Louis , à mes regards en proie ,
Les occupera tous les jours.