‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 86 sur 186 · IDYLLE · texte numérisé non relu

IDYLLE

Le priutems dans ces lieux fait briller mille Heurs , Tout renaît et tout rit dans ce charmant bocage; On y goûte le frais d'un agréable ombrage, Et les tendres oiseaux , se contant leurs langueurs ,

Y charment par leur doux ramage :

Un vert brillant et vif embellit ces coteaux, Zéphir agite l'air d'un souffle favorable ,

On voit couler de claires eaux

Qui , par un murmure agréable , Se mêlent aux concerts que forment les oiseaux Quoique dans ces beaux lieux tout semble fait pour plaire. Un cœur qui connoît bien, des malheureux humains.

Les gênes , les cruels destins ,

Ne peut ici se satisfaire :

Ces aimables productions

Que la nature et le ciel favorisent,

Insensiblement le conduisent

A de tristes réflexions.

Ces arbres et ces fleurs, ces oiseaux, ces eaux pures,

Dans une douce liberté Goûtent tous les plaisiis de la tranquillité. Et n'ont point comme nous des loix tières et dures. Qui viennent mettre obstacle à leur félicité. Que votre sort est doux auprès du nôtre. Vous, qui par le printemps rendez ces lieux si beaux ,

Chênes, fleurs, rossignols, ruis.seaux.

Notre destin, hélas! bien différent du vôtre, Nous livre chaque jour à des tourmens nouveaux.

Par une cruelle aventure, Nous sommes condamnés à fuir ce qui nous plaît : Aux penchans les plus doux qu'inspire la nature, L'importune raison oppose un fier arrêt. C'est en vain qu'en secret notre cœur en murmure, L'esprit de la raison prend toujours l'intérêt.

Armé d'une autorité sûre.

Il sait , par des ressorts puissans , Sous son pouvoir enchaîner tous les sens. La nature, par nous si souvent outragée,

Par ces fières rébellions Ne nous prescrit plus rien, et, pour être vengée.

Nous abandonne aux noires passions :

Le servile intérêt, l'implacable vengeance,

La jalousie et la douleur.

Sans cesse nous rongent le cœur, Et nous font ressentir leur barbare puissance

Avec une aveugle fureur ;

Les saisons les plus favorables N'ont rien pour nous de parfaitement doux ,

Par nos destins impitoyables ,

la.

Nous sommes exposez sans cesse à leur courioux,

Et nous ne devons pas attenilre Que la nature daigne en repousser les coups ; Elle veut que l'esprit sache seul se défendre ; Mais, malgré ses plus grands efforts, Il est souvent près de se rendre , Ayant des ennemis si cruels et si forts. Bois , honneur de ces lieux , vous n'êtes pas de même ,

Vous ne craignez ennemis ni jaloux ; La nature vous sert avec un soin extrême, Et les saisons n'ont rien de fort rude pour vous ; Si l'hiver vous ravît votre aimable verdure, Le printemps, qui bientôt ranime la nature.

Vous rend mille nouveaux appas.

Vous, habitants aîlez de ces sombres bocages, De qui les tendres airs ont des tons si charmans, On ne sauroit douter de vos lieureux momens ,

Quand on entend vos gracieux ramages; Rien ne trouble jamais votre tranquillité, Que la peur de languir dans de durs esclavages, Par les pièges qu'on tend à votre liberté. Oiseaux, nous ne serions que foiblement à plaindre. Si nous n'avions, hélas! que de tels maux à craindre.

Vous, dont le cristal argenté Rend nos bois plus charmans et raffraîchit nos plaines.

Brillantes eaux, claires fontaines, Qui rendez de ces lieux le séjour enchanté, Vous ne connoissez i)oint les chagrins ni les gênes. Quand l'ainiahie printemps, par son charmant retour,

Fait aimer tout ce qui respire, Qu'un amoureux ruisseau pour vos ondes soupire,

Il vous suit et vous fait la cour.

Sans craindre le pouvoir d'im tyrannique empire. Vous répondez à sou amour,

Suivant l'ardeur qu'il vous inspire ; Et ces charmants plaisirs sont pour vous éternels :

Comme les malheureux mortels, Rien ne vous asservit aux loix des destinées, Qui souvent , au milieu des plus belles années , Viennent trancher le cours de leurs contentemens : Ah ! loin d'en ressentir les rigueurs obstinées,

Vous renaissez à tous momens.

Mais que nous sert, hélas ! qu'en voyant la lumière Nous ayons un destin le plus doux, le plus beau?

Puisque, par l'horreur du tombeau, On voit en un instant finir notre carrière? Tant de projets flatteurs, tant de vastes desseins , Sont en moins d'un moment inutiles et vains. La gloire, le bonheur et les plaisirs du monde

Passent aussi rapidement

Qu'on voit couler votre belle onde

Dans ce lieu tranquille et charmant

Printemps, qui parez ces bocages

Par tant de brillantes images Qui ne font qu'affliger notre cœur abattu,

De mille désirs combattu,

On doit toujours craindre vos charmes; Malgré les agrémens qu'offre votre saison. Vos dangereux attraits, par leur flatteur poison ,

Tâchant de nous prêter des armes

Contre les loix de la raison , L'exposent en secret à cent rudes alarmes.

\6li CHEFS D'OEUVRE POÉTIQUES

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