‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 87 sur 186 · DE LA FIÈVRE ET DE L' AMOUR · texte numérisé non relu

DE LA FIÈVRE ET DE L' AMOUR

Une brûlante ardeur me court de veine en veine,

Je sens un inquiet chagrin,

Je ne dors non plus qu'un Lutin ; J'ai l'esprit à l'envers, tout me trouble et me gêne :

Mais si je brûle nuit et jour,

Ce n'est pas des feux de l'Amour.

La chaleur d'une fièvre ardente

Me cause seule ces tourments.

Ceux que donne l'Amour sont encor bien plus grands.

Au moins à ce que l'on nous chante ;

Car, grâce au ciel, jusqu'aujourd'huy.

Je ne connois ce Dieu que sur la foy d'autruy. Si je puis cependant dire ce qu'il m'en seml)le. Sur le rapport de ceux dont son cruel poison

Trouble les sens et la raison :

L'amour dans ses effets à la fièvre ressemble.

La fièvre met les gens en feu.

Fait rêver, rend visionnaire :

Ainsi fait le Dieu de Cithère ;

Ses sujets ne rêvent pas peu.

Chaque amant croit que sa maîtresse

Brille de grâces et d'appas ,

Qu'il n'est point d'objet icy-bas

Pareil à celuy qui le blesse ;

Et toutes ces perfections

Ne sont que pures visions

D'uue folle délicatesse.

La fièvre renverse l'esprit,

Oste la force et l'appétit ; Empoisonne le cœur, fait cent niétamorplioses :

L'amour, fftt-ce le plus petit ,

Avec excès cause les mêmes choses Hst-il rien de si foux que deux jeunes amants?

Enfin, on voit, plus on y pense, Que la fièvre et l'amour, tous deux maux fort uiediauts.

Ont une grande ressemblance;

Toute la seule différence, C'est que la fièvre a des moments heureux. Où l'esprit en repos se sent dégagé d'elle ; Mais ceux à qui l'amour a tourné la cervelle. C'est sans retour, plus de raison pour eux !

Ainsi donc, ma chère Amarante,

J'aime mieux sentir le courroux

De la fièvre qui me tourmente,

Fùt-elle encor plus violente, Que les feux importuns de l'amour le plus doux.

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