‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 9 sur 186 · FAIT PAR EI.LE-MÊMK · texte numérisé non relu

FAIT PAR EI.LE-MÊMK

Du chef aux piedz j'ai de lialtor

Plus que n'en fault pour n'estre briefve ,

Et bien chemeine en senator,

Por ça , ne m'en cuydez plus griefve

N'est faict mon teyn por esbloir, Rose onc ne m'ha flory li gènes ; Et sienne Hébé, s'ay peu l'oir, Choisy n'eust, en moy, Protogenes.

Feurent mes yelx trop pétillanz , De veyne et d'amorose flame; Ors, plus dolcetz, meins scintillanz, Disent la paiz qu'est en mon ame.

J'ay nez romain et front appert, Grand , serain , sy que belle aurore ; Bousche riante, à rose oppert Du phyltre que mes sens irrore.

Por mon seyn (ne soict blan de neix), Qui n'arsit, rien qu'à sa peincture?

Donc est bieau? non , maiz, comm' phéneix, Croy n'ha sien pair en la nature.

A moltz feiist ma cosme ung lyen.

Jaçoit ne clieust neyre ne blonde; En quoy se mené ? Ha ! sçay trop bien ! Maiz ne vay le conter au monde.

Brief, face auguste, à Ter bénin; Taille ne gresle ne menibrue; Bras ronds, col drect, pied femenin Cy veyez Barbe di Verrue.

Voyd sien hyvert viegnir li saiges Comni'als fine bieau jor belle nuict ; Scet que sont roses por toz eaiges , Si por toz eaiges sont ennuict.

De ma primevère tempeste iVe me remembre sans plézir; Ains qui dança molt à la feste.

Au soir n'ha regret de gézir.

Dant que vy cheoir foilles d'altomne , Belle tretoz m'ont proclamé ; Tretoz , adez , me dizent bonne ; Ne sçay le nom quay plus amé.

Heur ne despans de gentillesse; Contre li tamz n'ay de rancœur; L'er m'a changié ; n'est de vieillesse Por de qui n'ha changié le coeur.

Bien soye ung tantet jà vieillotte , Me duict la cort di jovancels; Ains n'hay regret que gent'fiUotte M'emble, au sien tor, j'osnes ancels

CHEFS-D'OELVRE POÉTIQUI^

Me duict veoir doulces pastouiettes Maynant lor bergierot gentilz , Cœillir aveline et fleurettes, Enmyen fiistayes et cortillz.

Me duict veoir, soubz vertes tonnelles, Coulple adfyant les feulx du jor; Me duict oyr chant des vilanelles Appeller un combat d'anior.

Me duict (bien qu'avecque l'or dames Gabent di miens rescitz longuetz) , Si conte plaids d'antiques flames , Soubryer nos jolis friquetz.

Lor est adviz que rien ne mené; Ont en pitié mes cheveulx blans; Riottent, si lor conte, esmene, Qu'heuz lors pairs à mes piedz tremblans.

Et , de ma part , ne riz sans faindre , De veoir parpeillons esvolez Sy narguillanz, prest à s'estaindre Flammel qui tout en ha bruslez !

AGNES DE BRAGELONGNE.

Agnes de Bragelongne de Plancy vivait sous Philippe- Auguste; elle était fille du comte de Tonnerre, et fut mariée très-jeune au comte de Plancy, après la mort

duquel elle épousa Henri de Craon, qu'elle aimait depuis long-temps et qu'elle a chanté dans ses poésies. On attribue à cette trouveresse le poème de Gabrielle de Vergy, qui n'est qu'un roman versifié. Cet ouvrage est d'ailleurs remarquable en ce que les rimes masculines et féminines y furent entrelacées pour la première fois.

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