COUPLETS
Par tendre Amors qui te jaloze.
Par li Grâces qui t'ont parfaict , Et par Vénus qui te prespoze A cil que norrist de son laict , Craon, bieau Craon que j'adore, Diex de mon cuer deffends ma foy :
C'est toy qu'elle implore, Toy qu'elle implore encontre toy !
Que m'ot servy tenter li charmes Par quoi Circé dompta li cieulx , Ot d'Achilles brize leiz armes Rays jaillissant de ti bieaulx yeulx; Maiz , s'en despriz de ma lozange , Tant ne veuix croire à lor povoir,
Tu n'haz, mon. bel ange, Bel ange, n'haz rien qu'à te veoir.
Vaz , loing d'Agnès portant la flame Au cuer d'Héleines et Saphos , Deiz Paris , deiz Phaon soubz lame , Consoler fdles de Paphos!
Kon, phéneix d'attraicts ! deigne attendre Que ciel , por l'heur de tes bieaulx jors ,
Ravive ez ma cendre, Ez ma cendre, un phéneix d'amors !
Ore en déduict , ores en lermes , Voz pri me dire, ô cuers infermes (Se tant en est , comm'est li miens) , Amors est-il malz? est-il biens?....
S'est malz, d'où vient que nuz l'erapesche
D'enchaener tendre josnesche ?
Sçay contre li siens carreletz,
Foibles e.scus, casques, borletz;
Maiz n'est-il ])lante qu'en guarisse
]Ny d'encanter qui le jorisse.^
Le maugréer;'.... ha l'air si dous!
Le fuyr?.... coït plus viste que nous!
S'est biens ! porquoy tosjors le creindre , Et mesmes quant sobrit, se pleindre De son delittable povoir?.... Ha ! ne gronce , qui peult avoir Déduict en myen paynes qu'endure !
Car n'est pas de gieux qui meins dure; Tote seyzon ne pond li (lours ; Emprez deiz riz viegnent deiz plours.
Ore en déduict, ores en lermes, Voz pri me dire , ô cuers infermes , (Se tant en est , comm' est li miens) , Amors est-il malz!' est-il biens?
DES DAMES FRANÇAlShS.
DOÉTE DE TROYES
Doëte de Troyes naquit dans cette ville en 1220 et mourut en 1265. Elle accompagna son frère Thierry, dit le Vaillant, au couronnement de l'empereur Conrad, à Mayence, où elle fut admirée à cause de son esprit et de sa beauté. Doëte attira tellement l'attention de l'empereur, qu'il lui fit des propositions que sa vertu dut repousser ; les vers suivants ont trait à cette circonstance de sa vie :
L'aigle , ez haultz cieulx , oit dolce colombe ,
Cy-bas, en paix, rouccoulant seyz amours : Viens-çà, dict l'oyzel-dieu, viens, fidèle palombe, Soubz mon Cble plasner en leyz célestes cours.
Non , roi deyz airs , respond ; me duict la terre ; Aux mortels portez le tonnerre,
Et m'y layssez leur noncier leyz beaux jours.
Tant qu'à ma voix accorderay ma lyre,
Iray chantant le plus beau des Cœzars.
Vous dirai-je, ô beautés qu'Apollon daigne élire, Courez ! Sceptre romain tient lilz du roy deyz arts.
Mesme en sien ost, ne vous suye peur ne honte, Et puet, blanc ramier d'Auiathonte
>icter encor dans leyz casques de Mars.
CHEFS-D'OEUVKE l'OÉTIOUES
Quant revient la seyzon que l'herbe reverdoie; Que di Iléons cléretz, la terre aime s'ondoie; Qu'esjoissent oyzels, de lors gracieulx chantz,
Li bois, et la prée, et li cbamz; Soir et matin, fdies, n'allez solettes, Quierre, ez gazons, derraines violettes!
Serpent y gist, que n'y mord au talon; Por ce n'est-il , tendres poulettes , l^or ce n'est-il que plus félon.