‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 92 sur 186 · DE L GUE AYANT POUR SUJET LA DESCRIPTION DE TRIAXON · texte numérisé non relu

DE L GUE AYANT POUR SUJET LA DESCRIPTION DE TRIAXON

(Cette ode est composée de 24 strophes. I

Pai quel étonnant prodige Me vois-je ici transporté ?

Surpris, je m'égare ; où suis-je ; Mon œil est-il enchanté? Est-ce en ce lieu qu'on révère La déesse de Cythère?

Est-ce Baye aux claires eaux?

De Tibur est-ce l'ombrage ?

Tempe, sur ce verd rivage, Voit-il couler ses ruisseaux ?

Ici, des tapis barbares Les ornements précieux, Sur leurs figures bizarres Sçavent arrêter les yeux .

Ici, le vase fragile

De la transparente argile

Eclate de toutes parts ;

Et tout ce que l'Inde envoyé,

En ces lieux devient la proye

De nos avides regards .

Magnifique galerie

Où je me trouve conduit !

Cause de ma rêverie,

Quel charme en vous me séduit ?

Répondez-moi , Néréides,

De vos demeures humides.

Par quels prodiges nouveaux

Vois-je vos fontames vives.

Loin de leurs sources captives,

Prodiguer ici leurs eaux ?

Cent colonnes: de porphyre Font un cercle spacieux , Où cent jets d'eau , qu'on admire S'élèvent ambitieux.

Mille sources amassées, Ici courent empressées Former uu mont de cristal ; Et là d'un chêne immobile L'eau goutte à goutte distille, Et rentre en son lit natal.

Comme de jeunes bergères Qu'on voit danser aux chansons, Bondissez, ondes légères, Formant d'agréables sons ; Sur une pompeuse scène, Brillez, sources d'Hippocrène , Et par des arcs élevés.

Consacrez à la victoire, Immortalisez la gloire Du héros que vous servez.

La rose de Cythérée, Sur son buisson florissant.

D'or et de pourpre parée.

Ouvre son bouton naissant.

Ici, la magnificence Du lys, ami de la France, Fait le plus riche ornement.

Tandis qu'en fleur convertie, La trop constante Clitie Veut suivre encor son amant

Fleuris, ô tendre hyacnithe, Dans ces parterres divers.

Hû CHEFS-D'CEllVRE POÉTIQUES

Où tu peux braver sans crainte Les plus rigoureux hivers.

Déjà, sur ce beau rivage, Narcisse, pour son image, Renouvelle ses ardeurs; Et la durable anémone, De l'éclat qui l'environne Embellit les autres fleurs.

Quel est ce nouveau spectacle , Pour moi si rempli d'appas?

Qu'aperçois-je ? quel miracle Produit les fleurs sous mes pas ?

Ainsi qu'un autre Protée , Sous une forme empruntée, La terre s'offre à mes yeux !

La main de la jeune Flore, D'un nouvel émail colore Ces jardins délicieux.

"Vives eaux, dont l'abondance Forme un canal spacieux, Vantez au loin la puissance Qui vous rassemble en ces lieux Sur ces plaines azurées.

Volez, galères dorées,

Coupant l'eau de cent façons ; Taudis qu'effleurant la rive, Le cygne, à la voix plaintive.

Fait entendre ses chansons .

Grand Roi, c'est par ta prudence,

Qu'à l'ombre de ces lauriers ,

Ton active vigilance

Fait vaincre ailleurs nos guerriers ;

Là, suspendant ton tonnerre,

Pour le repos de la terre,

Tu sçais borner tes désirs ;

Et c'est là que tu médites

La paix qui , dans nos limites,

Doit ramener les plaisirs.

176 CHEFS-D'OEUVRE POÉTIOIES

MADEMOISELLE MASQUIÈRES.

Françoise Masquières, née à Paris, était fille d'un maître-d'hôtel du roi. Elle eut beaucoup de goût et de facilité pour la poésie, ce qui la mit en relation avec plusieurs personnes distinguées. On cite surtout parmi ses œuvres poétiques la Description de la galerie de Saint-Cloud et V Origine du luth. L'ode que nous rapportons est extraite de la Bibliothèque poétique, 1745. Mademoiselle Masquières est morte en 1728. On a fait pour elle l'épitaphc suivante :

C'est ici le tombeau de la sage Masquière ; Pour elle au roi des rois, passant, fais ta prière. Son esprit, éclairé d'une douce clarté,

Fut rempli de solidité.

Ses vers furent ornés d'une noble élégance ; Et l'on vit ses vertus , ses talents , sa science ,

Couronnés par la piété.

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