ODE SUR LE MARTYRE
Cessez, stoïque paganisme,
De nous vanter votre vertu :
Votre fastueux héroïsme
D'un vain éclat est revêtu.
Par un fol orgueil, vos faux sages,
Dans les douleurs , dans les outrages,
Ont su retenir leurs sanglots.
Un beau nom flattoit leur audace :
C'est par le secours de la grâce Que se forment les vrais héros.
Une grêle de pierres vole, Etienne s'en voit accablé ; De l'injuste arrêt qui l'immole, Son cœur ferme n'est point troublé.
Vous, dont la fureur criminelle Ne sert qu'à redoubler son zèle, Cruels bourreaux , cessez vos coups ; Écoutez sa voix presqu'éteinte , Qui , toujours muette à la plainte.
Demande au ciel grâce pour vous.
En vain de l'Eglise naissante
L'enfer attaque le berceau ;
Le sang des martyrs la cimente :
Il en naît un peuple nouveau.
De mille orages agitée ,
Plus l'Eglise est persécutée,
Plus les clirétiens sont triomphants ;
Par leur perte elle est établie :
Son empire se multiplie
Dans les cendres de ses enfants.
Tyrans , dont le cœur est esclave De tout ce qui frappe les sens , Une jeune fille vous brave Et rend vos efforts impuissants.
Employez menaces, promesses; Ni vos rigueurs ni vos caresses
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Ne peuvent changer ses désirs; Et, malgré vos poursuites vaines, Elle sait mépriser les peines Et l'attrait des plus doux plaisirs.
Quel supplice affreux se prépare :
De regards le cirque entouré Repaît d'un spectacle barbare Un peuple de sang altéré.
Sortant d'une sombre tannière , L'ours grince sa dent meurtrière , Le lion agite ses flancs ; A l'envi leur rage s'anime, Ils dévorent de leur victime Les membres épars et sanglants.
Transports d'une brutale haine , ' Vos forfaits partout détestez , Font rougir la nature humaine De l'excès de vos cruautez.
Plus tigre que les tigres mêmes , Aveugle en ses fureurs extrêmes , L'homme ne connoît point de frein ; Souvent leur furie impuissante Respecta la proye innocente , Livrée à leur avide faim.
Qu'il est beau de voir au martyre Une mère amener ses fils!
De la nature qui soupire, Elle étouffe les tendres cris.
Fruits généreux de mes entrailles , Pour l'honneur du dieu des batailles,
Mourez ; que votre sort est doux !
Allez au ciel remplir vos places.
Dans l'ardeur de suivre vos traces , J'y serai bientôt avec vous.
Vains tombeaux, riciies mausolées , Qu'à ses rois éleva Memphis, De vos grandeurs aux pieds foulées, Que sont devenus les débris?
Hautes et fières p\ raraides .
Malgré vos fondements solides , Le temps a pu vous terrasser ; Et nos Catacombes célèbres Renferment d'augustes ténèbres Que la piété va percer.
Régnez au-dessus de nos têtes , Saints et magnanimes guerriers ; Qu'en tous lieux de superbes fêtes Honorent vos sacrés lauriers.
Le triomphe suit la victoire; Jouissez en paix d'une gloire Qui vous élève aux plus hauts rangs Vivez ; votre immortelle vie Ne peut plus vous être ravie Par la malice destvrans.