‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 93 sur 186 · ODE SUR LE MARTYRE · texte numérisé non relu

ODE SUR LE MARTYRE

Cessez, stoïque paganisme,

De nous vanter votre vertu :

Votre fastueux héroïsme

D'un vain éclat est revêtu.

Par un fol orgueil, vos faux sages,

Dans les douleurs , dans les outrages,

Ont su retenir leurs sanglots.

Un beau nom flattoit leur audace :

C'est par le secours de la grâce Que se forment les vrais héros.

Une grêle de pierres vole, Etienne s'en voit accablé ; De l'injuste arrêt qui l'immole, Son cœur ferme n'est point troublé.

Vous, dont la fureur criminelle Ne sert qu'à redoubler son zèle, Cruels bourreaux , cessez vos coups ; Écoutez sa voix presqu'éteinte , Qui , toujours muette à la plainte.

Demande au ciel grâce pour vous.

En vain de l'Eglise naissante

L'enfer attaque le berceau ;

Le sang des martyrs la cimente :

Il en naît un peuple nouveau.

De mille orages agitée ,

Plus l'Eglise est persécutée,

Plus les clirétiens sont triomphants ;

Par leur perte elle est établie :

Son empire se multiplie

Dans les cendres de ses enfants.

Tyrans , dont le cœur est esclave De tout ce qui frappe les sens , Une jeune fille vous brave Et rend vos efforts impuissants.

Employez menaces, promesses; Ni vos rigueurs ni vos caresses

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Ne peuvent changer ses désirs; Et, malgré vos poursuites vaines, Elle sait mépriser les peines Et l'attrait des plus doux plaisirs.

Quel supplice affreux se prépare :

De regards le cirque entouré Repaît d'un spectacle barbare Un peuple de sang altéré.

Sortant d'une sombre tannière , L'ours grince sa dent meurtrière , Le lion agite ses flancs ; A l'envi leur rage s'anime, Ils dévorent de leur victime Les membres épars et sanglants.

Transports d'une brutale haine , ' Vos forfaits partout détestez , Font rougir la nature humaine De l'excès de vos cruautez.

Plus tigre que les tigres mêmes , Aveugle en ses fureurs extrêmes , L'homme ne connoît point de frein ; Souvent leur furie impuissante Respecta la proye innocente , Livrée à leur avide faim.

Qu'il est beau de voir au martyre Une mère amener ses fils!

De la nature qui soupire, Elle étouffe les tendres cris.

Fruits généreux de mes entrailles , Pour l'honneur du dieu des batailles,

Mourez ; que votre sort est doux !

Allez au ciel remplir vos places.

Dans l'ardeur de suivre vos traces , J'y serai bientôt avec vous.

Vains tombeaux, riciies mausolées , Qu'à ses rois éleva Memphis, De vos grandeurs aux pieds foulées, Que sont devenus les débris?

Hautes et fières p\ raraides .

Malgré vos fondements solides , Le temps a pu vous terrasser ; Et nos Catacombes célèbres Renferment d'augustes ténèbres Que la piété va percer.

Régnez au-dessus de nos têtes , Saints et magnanimes guerriers ; Qu'en tous lieux de superbes fêtes Honorent vos sacrés lauriers.

Le triomphe suit la victoire; Jouissez en paix d'une gloire Qui vous élève aux plus hauts rangs Vivez ; votre immortelle vie Ne peut plus vous être ravie Par la malice destvrans.

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