ACTE 1, 8CENK V
JODELET
Il est vrai qu'il détale Comme un poltron qu'il est.
D . JUAN
Mais , de peur de scandale , Certes il ne vint point à nous comme un poltron.
JODELET
Comment y vint-il donc, le malheureux larron?
D. JUAN
Il y viut, Jodelet, comme aimé d'Isabelle.
JODELET
Fort mal.
'■ D. JUAN
Et c'est cela qui me met en cervelle.
JODELET
Raisonnons donc encore.
D. JUAN
Ah ! ne raisonne plus ; Tes sots raisonnements sont ici superflus. Y Attends... Certain conseil que l'amour me suggère Guérira mes soupçons; c'est en toi que j'espère. Il Faut que dès demain , ô mon cher Jodelet ! Tu passes pour mon maître , et moi pour ton valet : Ton portrait supposé fait ici des merveilles.
[Jodelet remue la tête. ) Qu'as-tu, cher Jodelet? tu branles les oreilles.
Tous ces déguisements sentent trop le bâton; J'aime mieux raisonner. Et puis, que diroit-on? Don Juan est valet, et Jodelet est maître.
.'^ j(>i)i:Li:T.
Kt si , jiiir ijranil iiiallieur (car enfui lnut pt-iit être) , Votre maîtresse m'aime, et si je 1 aime aussi?
De cela , Jodelet , ne prends aucun souci ; 'Le mal sera pour moi. Mais durant cette feinte. Les trop justes soupçons dont mon ame est atteinte Pourront être éclaircis; car, comme Jiuielet, «le ferai confidence avecque ce valet , Je ferai l'amoureux de la moindre soubrette : Mes présents ouvriront l'ame la jilus secrète. Toi,mangeaiitcomme un chancre, et hiivantcimimeun trou, Taré de chaînes d'or comme ini idi du Pérou, •Sans prendre aucune j)art à ma mélancolie...
Je commence à trou\er I iii\eiitinii jolie.
l». J V A iN.
Chez le bon don Fernand tu seras régalé; Kt moi, de mes soupçons sans cesse bourrelé , Je me verrai réduit à te porter envie. Sans espoir de guérir durant ma triste vie.
JOUELET.
Kt ne poiirr.ii-je pas, pour mieux représenter Le seigneur don Juan , ([uel(|nefois charpcntiT Sur votre noble dos? iWen souvent, ce nu* semble , Vous en usez ainsi.
Quand nous serons ensemble , Tout seuls et sans témoins, oui, je te le permets.
( // sort. )