‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de Scarron, et RotrouChapitre 15 sur 224 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

ISABELLE, BÉATUIX.

Croyez-luoi, Béatrix, faites votre paquet. Sans penser m'éblouir a\ec votre caquet : Je ne veux plus de vous.

BÉATUIX.

Eh ! du moins que je sache Pour quel mal , contre moi.' ma maîtresse se fâche?

ISA B ELLE

Vous ne le savez pas?

BÉAT Kl X.

Ma foi! si j'en sais rien.

Ne puissé-je jamais hanter les gens de l)ien !

N iuiportf, |e vous chasse.

l' Il lti»Mi donc ! p.iticnrr

JODELET. 25

Je n'ai pourtant rien fait contre ma conscience; Et je veux , si Jamais j'ai contre vous manqué , Crever comme un boudin que l'on n*a pas piqué. Tout ce maliieur me vient de quelijue ame traîtresse, Et tout mon péché n'est qu'aimer trop ma maîtresse. Vraiment, l'on dit bien vrai, que toujours les flatteurs Sont plus crus mille fois que les bons serviteurs.

ISABELLE

Oui, dame Béatrix, vous êtes innocente!

Il n'est point dans Madrid de meilleure servante! Vous n'avez point ouvert mon balcon cette nuit? Vous n'alliez point nu-pieds pour faire moins de bruit?

BÉATRIX

Hélas ! je m'en souviens , c'étoit votre dentelle ; Que j'avois mis sécher dessus une ficelle, ', Et j eus peur que la nuit on la prît en ce lieu.

ISABELLE

Vous ne parlâtes point?

BÉATRIX

c'est que je priois Dieu.

ISABELLE

Quoi! si haut?...

BÉATRIX

Je le fais afin que Dieu m'entende, Et la dévotion en est beaucoup plus yrande.

ISABELLE

Et l'homme qui sauta de mon balcon en bas , Etoit-ce ma dentelle?

BÉATRIX

Ah ! ne le croyez pas.

i6 JOnF.LET.

ISABELLE-

.To \\ù Vil , Be;itri.v.

RFA! li f X .

Ah! ma hminc maîtresse!

i II pst \rai, don Louis...

ISA BK M. r.

AIj (lieu ! tf nom me blesse.

. Quoi! ce fut don Louis?

i béatuix.

' Oui, votre beau cousin.

^Fon beau-cousin, méchante! Lt pour quel beau dessein L'aviez-vous introduit, iiiFanie, abominable?

Si c'est un fjrand péché (pie dV>tre charil.ible , Vous avez grand sujet de me crier bien tort; Mais si vous ra'ëcoutiez , Je n'anrois pas grand lt»rl

ISA r. KLI. K.

Vous parlerez lonj;-teni[>s avant que je vous croie.

Ne puissiez-vous jamais souffrir que je vous voie.

Si je ne vous dis vrai. Ce fut donc hier au soir

Que le bon don Louis vint iei pour nous voir.

A cause qu'il pleuvoit . je le mis dans la salle :

Ce fut bien uialjfré nmi , car je crains le scandale;

Mais le drôle (ju'U est en lu bon gré mal gré.

T(")t aprc'S j'entendis cracher sur le degré

Votre père rernaiid : vons savez bien qu il ( rac lie

rhis fini (pi'aiK mi cpii soii dans Madrid (pie je sache.

Au liniit de ce (rachat Ion l^ouis se sauva

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