ACTE II, SCÈNE
Dedans votre balcon, qu entrouvert il trouva : Je l'enfermois encor lorsque Mtus arrivâtes; Avecque le vieillard trop louff-temps vous causâtes. Cependant don Louis le balcon habitoit.
Où de vos longs discours peu content il étoit. Enfin, quand je vous vis dans le lit assoupie. Moi qui suis de tout temps encline à l'œuvre pie, Je lallai délivrer très charitablement.
Il me dit qu'il vouloit vous parler un moment. Je dis : Nescio vos, et lui chantai goguette. Disant : Allez chercher votre dariolette. Une autre l'eût servi, car il parloit des mieux, Et je voyois tomber les larmes de ses yeux; Mais lorsqu'en me coulant en main quelques pistoles, Et qu'eu me conjurant de ses belles paroles, Eu m'appelant mou cœur, ma chère Béatrix , Il m'eut mis dans le doi^^jt une bague de prix , Je veux bien l'avouer, j'eus une telle rage. Que je pensai deux fois lui sauter au visage... Non que tous ses regrets ne me fissent pitié, Et vraiment je le crois de fort bonne amitié : Mais dans vos intérêts je ne connois personne : Brebis par-tout ailleurs , je suis une lionne; Et lui, sitôt qu'il vit que ce n'étoit plus jeu, Que de fine fureur j'avois la face eu feu , Du balcon sans tarder il sauta dans la rue , Où j'entendis crier, tôt après : Tue, tue! ' Voilà ce grand sujet de mon exclusion , Et le juste loyer de mon affection.
Il faut bien que je sois fille peu fortunée ;
>8 JODELET
Je fondois mon bonheur dessus votre hyménée; Et si de don Juan (jd'ou dit être venu, Mon zèle à vous servir nouvoit être connu, Je n'espérois pas moins.
ISABELLE
Quoi! don Juan encore?
L'n homme que je crains, un iiomnie que j abhorre, Après un don Louis, m'eftt par vous allégué ! Prétendez-vous par-lù me rendre l'esprit gai? Adieu, fille de bien, que plus je ne vous voie.
( Elle sort )