‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de Scarron, et RotrouChapitre 166 sur 224 · S DON JAPHET D'ARMÉNIE · texte numérisé non relu

S DON JAPHET D'ARMÉNIE

« Du pays du Pérou la fille la plus sage. « Du valeureux Manco , de la belle Coïa « Est sortie, en nos jours, l'infante .\hihua: " Elle arrive à Madrid pour être baptisée ; « De mon cousin Japhet qu'élit- soit l'épousée. «Je leur donne un impôt que j'ai mis depuis peu, i< Tant sur les perroquets qui sont couleur de feu , « Que sur les lamentins du grand fleuve Orillane, ■< Et mes prétentions sur la riche Guyane. »

D. J A i' H ET, à part.

Le traître de courrier ressemble au renifleur...

{au courrier.) Faites-moi voir nu peu le seing de l'empereur.

LE COURRIER

Le voilà bien écrit de sa dextre royale.

LE COMMANDEUR

Il n'en faut point douter.

LE COU n m F. R.

La dame occidentale A deux vaisseaux chargés de précieux bijoux , De gorges de griffons , de peaux de loups-garoux. De baume gris de lin , de vezugues musquées. De grandes pièces d'or, non encor fabriquées.

O. JAPHET

Bon cela î

LE COURRIER

De giienoiLs qui parlent portugais.

De gros diamants bruts, <'t <!(■ rubis balais.

Est-ce tout ?

Ai: II: V, SCIKNF X. ii<j

LE COUR HIER

Ce n'est pas la centième partie; Mais il faut faire grâce à votre modestie.

U. JAPHET

Mais ne seriez-voiis point ce maudit reniHeur, Ou du moins le purent de ce mauvais railleur? Si ce malheureux-là m'avoit Fait le messajje, Je romprois là-dessus tout net un mariage , L'empereur mon cousin s'en dùl-il offenser.

(à Léonotv. ) Eh bien ! la belle Iris , vous pouviez bien penser Qu'un lïoumie comme moi ne mamjne point de femme. Vous avez avec nous un peu fait la grand'diune; •Je m'en vais épouser l'infante Ahihua, Qui me va réjouir comme un alléluia...

( à Hon Alphonse. ) Et vous, son cher galant , jadis mon secrétaire , Vous m'avez fait du bien, eu me pensant mal faire; Je vous sais fort bon gré de m'avoir supplante': Coquettes et cocus ont grande affinité.

Coquette avec coquet ne trouve pas son compte, Et coquet de coquette a toujours de la honte. Vous avez bien joué le Roc Zurducaci; Vous en êtes content , et je le suis aussi... Et vous, le commandeur, qui me l'aviez promise. Un grand fourbe est gité dedans votre chemise; ('ertains petits discours, parvenus jusqu'à moi. Me font beaucoup douter de votre bonne foi: Vos fréquents compliments, votre reniflerie,

lio DON JAPHKT D'ARMÉNIE.

L'affaire du balcuii^ et la inousqueterie, Tout cela contre vous fuit un procès-verbal , Qui vous condamne d'être à jamais animal... si ce n'est qu'un Japhet doit mépriser l'offense!... (^ésar est son parent, malheur à qui l'offense !... Je pars pour aller voir un ange du Pérou.

LE COMMANDE un.

Il faut savoir devant , et comment , et par oîi. Un ordre m'est \e\\ii de Cé.sar qu'on doit suivre; Quatre mille ducats dans huit jours on me livre. Que l'on doit employer à faire votre train.

D. J A PHET.

Toi.'t de bon?

LE COMMANDEUR

Vous verrez l'ordre écrit de sa main.

Cependant, monsei(jneur, votre noble présence Prendra part, s'il lui plaît, à la réjouissance.

D. J A PH ET

Je suis donc votre avis, et ne m'en irai pas... Foacaral , fais venir mon bagajje d'Orgas.

Il est déjà venu, sans mulets ni charrette ; J'ai tout dans un chausson au fond de ma pochette.

LE COMMANDEUR, à (ton Alf)linnse.

Allons voir votre mère , et tachons d'obtenir Qu'elle veuille aujourd'hui vos souffrances finir. Le sfi[;neur don Japhet honorera vos noces, Kt puis après ira, suivi de viuj^t carro.sscs, Uecevoir dans Madrid l'infante Ahihua ,

ACTK V, SCENK X. -.ii

<^iù vient, de père en Fils, de Capac et (Joia.

D. JAPHET

Soit; aussi bien mon train n est pas chose encor prête. Mais point de reniHeur, ou je trouble la fête.

FIN DE DON JAPHET D A R M E iM E.

YEÎSCESLAS,

Page 1