ACTE I, SCKNK I. ill
Sous ce Fatal sou|iroa qui déft'iid qu'on me craiyiie, Ou se veiijje, on s'ë{(orj,e, et l'impunité ré^jne; Kt ce juste mépris de m<tn autorité Kst la punition de cette impunité.
Votre valeur enfin, najjuère si vantée, Dans vos folles amours languit comme enchantée, Et par cette lanjjueur, dedans tous les esprits Eff.ice son estime, et s'acquiert des nu-pris : Et je vois toutefois qu'un heur inconcevable, Malgré tous ces défauts, vous rend encore aimable, Et que votre bon astre, en ces mêmes esprits, JSouft're ensemble pour vous l'amour et le mépris : Par le secret pouvoir d'un charme que j'ignore, Quoiqu'on vous mésestime, on vous chérit encore; Vicieux on vous craint , mais vous plaisez heureux ; Et pour vous l'on confond le murmure et les vœux. Ah ! méritez, mon fils , que cet amour vous dure ; Pour conserver les vœux, étouffez le murmure. Et régnez daus les cœurs, par un sort dépendant l'Ius de votre vertu que de votre ascendant; Par elle rendez-vous digue d'un diadème; Né pour donner des lois, commencez par vous-même; Et que vos |)assions , ces rebelles sujets , Ue cette noble ardeur soient les premiers objets. Par ce genre de régne il faut mériter l'autre : Par ce degré , mon fils , mon trône sera vôtre ; Mes états , mes sujets , tout fléchira sous vous , Kt sujet de vous seul , vous régnerez sur tous. Mais si toujours vous-même, et toujours serf du \icc, V'ous ne prenez des lois que de votre caprice.
■y.'tf, V F, N Ci- SI. A S.
Kt si, j)(»!ir encourir vwtn' iiwli|;ii.tti()ii .
Il lU' Faut (ju avoir part en mon atTi-rtion ;
si votre humeur hautaine eniiii ne considère.
Ni les profonds respects dont le dite vous révère.
Ni l'étroite amitié dont 1 inFaiit \i)us chérit,
Ni la soumission d'un peuple qui vous rit ,
Ni d'un [>ère et d'un roi le conseil salutaire ,
Lors pour être tout roi je ne serai plus père ;
VA , vous abandonnant à la riffueur des lois.
Au më|;ris de mon sanjj, je maintiendrai mes droits.
Kncor que de ma part tout vous choque et vous blesse.
En queltjue (Honnement que ce discours me laisse,
Je tire au moins ce fruit de.mon attention.
D'avoir su vous complaire en celte occasion;
Kt sur chacun des points qui semblent me confondre,
■l'ai de quoi me défendre, et de quoi vous répondre,
Si j'obtiens à mon tour et l'oreille et le cœur.
LK ROI
Parlez, je {ja^jnerai plus vaincu que vaiucjueur; Je garde encor pour vous les sentiments ilun père. Convainquez-moi d'erreur, elle me sera chère.
LE p a I N c K. Au retour tle la chasse, hier, assisté des miens, Le carna|je du cerf se préparant aux chiens, 'l'ondiés sur le discours des intérêts des |>rinces, Ntius en vînmes sur lart de régir les pro\inces; On cha<:un à sim jjre forjjeanl des potentats, <:lia<'un seliiu son sang gonveinanl \os étals, l".t presfjue aucun aNis ne se trou\aut «oufnrme.
ACIK 1, SCtNK I. 23;
L'un prise votre régne, nu iuilre le reforme : Il trouve ses censeurs comme ses partisans; Mais {«éuéralement chacun plaint vos \ieux ans. Moi, sans m'imaginer vous taire aucune injure , Je coulai mes avis dans ce libre murmure, Kt mon sein à ma voix s'osant trop confier. Ce discours m'i'chapi)a, je ne le puis nier: Comment, dis-je, mou père, accablé de tant d âge. Et sa force à présent servant mal son courage , Ne se décharge-t-il, avant qu'y succomber. D'un pénible fardeau qui le fera tomber? Devroit-il , me pouvant assurer sa couronne , Hasarder que 1 état me l'ùtc ou me la donne ? Et s'il veut conserver la qualité de roi, La retiendroit-il pas, s'en dépouillant pour moi? Comme il fait murmurer de l'âge qui l'accable ! Croit-il de ce fardeau ma jeunesse incapable ? Et n'ai-je pas appris, sous son gouvernement. Assez de [)olitique et de raisonnement.
Pour savoir à quels soins oblige un diadème ; Ce qu'un roi doit aux siens , à l'état , à soi-même , A ses confédérés, à la foi des traités; Dedans quels intérêts ses droits sont Ifmités; Quelle guerre est nuisible, et quelle d'importance, A qui, quand et comment il doit son assistance; Et pour garder enfin ses états d'accidents. Quel ordre il doit tenir, et dehors et dedans? Ne sais-je pas qu'un roi qui veut qu'on le révère. Doit mêler à propos l'affable et 'e sévère, Et , selon l'exigence et des temps et des lieux,
.Savoir taire parler et son front et ses ^eiix;
Mettre bien la franchise et la feinte en usaf;e;
Porter tantôt nn niasfjne, et tantôt un visa^je.
Quelque avis qu'on lui donne, être toujours pareil ,
Et se croire souvent plus que tout son conseil ;
relais sur-tout, et de là dépend l'heur des couronnes,
Savoir bien appliquer les emplois aux personnes,
Et faire, par des choix judicieux et sains,
Tomber le ministère eu de fidèles mains;
Élever peu de gens si haut qu'ils puissent nuire ,
Etre lent à former aussi bien qu'à détruire ,
Des bonnes actions garder le souvenir,
Etre prompt à payer, et tardif à punir?
iS'est-ce pas sur cet art, leur dis-je, et ces maximes
Que se maintient le cours des régnes légitimes?
Voilà la vérité touchant le premier point;
J'apprends qu'on vous l'a dite, et ne m'en défends point.
LE ROI
l'oursuivez.