THÉODORE, LÉONOR
Ah dieu ! que cet elfroi me trouble et uie confond ! Tu vois que ton rapport à mon son^je repond ; Et sur cette frayeur tu condamnes mes larmes! Je me mets trop en peine, et jf prends trop d'alarmes !
LÉON on.
Vous en prenez sans doute un peu légèrement : Pour n'avoir pas couché dans son appartement, Est-ce un si grand sujet d'en prendre l'épouvante, Et de souffrir qu'un songe à ce point vous tourmente? Croyez-vous que le prince en cet âge de feu, Où le corps à l'esprit s'assujettit si peu , Où l'ame sur les sens n'a point encor d'empire , Où toujours le plus froid pour quelque objet soupire, Vive avecque tout l'ordre et toute la pudeur D'où dépend notre gloire et notre bonne odeur? Cherchez-vous des clartés dans les nuilsd un jeune homme Que le repos tourmente et que l'amour consomme? C'est les examiner d'un soin trop curieux;
?eS. VKNCESF.AS.
Sur leurs (le|Kirteuieiits il faut fermer les yeux;
Pour n'en [)oiiit être eu peine, il n'en faut rien apprendn
lit ne connoitre point ce qu'il faudroit reprendre.
THÉODORE
L'n songe interrompu , sans suite , obscur, confus ,
Qui passe en un instant, et puis ne revient plus,
Fait dessus notre esprit une légère atteinte , ,
Kt nous laisse imprimée, ou point, ou peu de crainte; 1
Mais les songes suivis, et dont, tout à propos
L'horreur se remontrant, interrompt le repos ,
Et qui distinctement marquent les aventures ,
.Sont les avis du ciel pour les choses futures.
Hélas! j'ai vu la main qui lui perçoit le flanc ;
J'ai vu porter le coup , j'ai vu couler sou sang ;
Du coup d'une autre main j'ai vu voler sa tète;
Pour recevoir son corps , j'ai vu la tombe prête ,
Et m'écriant d'un ton qui t'auroit fait horreur,
J'ai dissipé mon sonjje, et non pas ma terreur.
Cet effroi, de mon lit aussitôt m'a tirée , .
Et, comme tu m'as vue , interdite , égarée , 1
Sans toi, je me rendois en son appartement.
D'où j'apprends que ma peur n'est pas sans fondement , .
J'uisque se> gens t'ont dit.. Mais que vois-je?