OCTAVE, LE PRINCE, THÉODORE, LÉONOU
OCTA V F,.
Ail, madame r n F o L) o H E , à Lèonor.
Eh bien 1
OCTA V E.
Sans mon secours, le prince rendoit Came.
THÉO DORE
Prenois-je, Léonor, l'alarme sans propos?
LE PRINCE
Souffrez-moi sur ce siège un moment de repos; Débile , et mal remis encor de la foiblesse Où ma perte de sang et ma chute me laisse, Je me traîne avec peine , et j ignore où je suis.
THÉODORE
Ah , mon frère î
LF. PRJ.VCE.
Ah , ma sœur ! savez-vous mes ennuis ?
THÉODORE
O souge ! avant-coureur d'aventure tragique ! Combien sensiblement cet accident t'explique î Par quel malheur, mon frère, ou par quel attentat, Vuus vois-je en ce sanglant et déplorable état ?
LE p i; I > CF.
Vous voyez ce qu'amour et Cassandre me coûte.
2 84 VIN ci: SI. A s.
Mais faites observer qu'aucun ne nous écoute. THÉODORE , faisant sifjnc à Lénnni; i/ui i<(i voir si persotmc ti écoute.
Soignez-y , Léonor.
LE PRINCE
Vous avez vu , ma sœur, Mes plus secrets pensers jusqu'au fond de mou cœur; Vous savez les efforts que j'ai faits sur moi-même Pour secouer le joug de cet amour extrême, Et retirer d'un cœur indignement blessé Le trait empoisonné que ses yeux m'ont lancé. Mais, quoi que j'entreprenne , à moi-même infidèle, Contre mon jugement mon esprit se rebelle; Mon cœur de son service à peine est diverti , Qu'au premier souvenir il reprend son parti : Tant a de droit sur nous, malheureux (|ue nous sommes. Cet amour, non amour, mais ennemi des hommes ! J'ai, pour secrètement couvrir ma lâcheté, Quand je souffrois le plus, feint le plus de santé; Rebuté des mépris qu'elle a faits d'un esclave , J'ai fait du souverain , et j'ai tranché du brave, bien plus, j'ai, furieux, inégal, interdit, Voulu pour mon rival employer mon crédit : Mais, au moindre penser, mon ame transportée , Contre mon jiroprc effort s'est toujours révoltée; Et l'ingrate beauté dont le charme m'a pris, Peut plus que ma colère, et j)lus que ses mépris. Sur ce qu'Octave enfui, hier, nu* fit entendre, l/liymen qui se Iraitoit, du duc et de (iassandre, Et que ce (.Diiplc heureux coiisoninioil cette nuit...
ACTi: iV, S(JK.NK II. 285
OCTA V K.
Pernicieux avis, hélas! qii'as-tu produit?
L K PRINCE
Succombant tout entier à ce coup qui m'accable,
De tout raisonnement je deviens incapable,
Fais retirer mes gens, m'enferme tout le soir,
Kt ne prends plus avis <)ue <le mon désespoir.
Par une fausse porte, enfiu , la nuit venue,
Je me dérobe aux miens, et je gagne la rue
D'où, tout soin, tout respect, tout jugement poTflu,
Au palais de Cassandre en même temps rendu ,
J'escalade les murs, gagne une galerie ,
Kt cherchant un endroit commode à ma furie ,
Descends sur l'escaJier, et dans l'obscurité ,
Prépare à tout succès mon courage irrité.
Au nom du duc enHn j'entends ouvrir la porte,
Et suivant à ce nom la fureur qui m'emporte.
Cours, éteins la lumière, et d'un aveugle effort ,
De trois coups de poignard blesse le duc a mort.
THÉODORE, effrayée, s appuyant sur Léonor. Le duc ! qu'entends- je? helas!
LE PRINCE
A cette rude atteinte, Pendant qu'eu l'escalier tout le monde est en plainte. Lui, m'entendant tomber le poignard sous ses pas, .s'en saisit, me poursuit, et m'en atteint au bras : Son ame à cet effort de son coq>s se sépare; Il tombe mort.
TH ÉonoRE.
O rage inhumaine et barbare !
386 VENCKSLAS.
\.V. PRINCE
VA luoi , par cent détours, que je ne conuois ])as, Dans l'horreur de la nuit ayant traîné mes pas , Par le sang qiu' je perds mon cœur enfui se glace, Je tombe, et, hors de moi, demeure sur la place; Tant qu'Octave passant s'est donne le souci De bander ma blessure, et de me rendre ici. Où , non sans peine encor, je reviens en moi-même.
THÉODORE, appuyée sur Léonor.
Je succombe, mon frère, à ma douleur extrême; Ma foiblesse me chasse , et |)eut rendre évident L'intérêt que je prends dedans votre accident.
( bas.) Soutiens-moi, Léonor. Mon cœur, es-tu si tendre,
( s'en allant) Que de donner des pleurs à l'époux de Cassundre, Et vouloir mal au bras qui t'en a dégage? Cet hymen t'offensoit , et sa mort t'a vengé.