‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de Scarron, et RotrouChapitre 205 sur 224 · OCTAVE, LE PRINCE, THÉODORE, LÉONOU · texte numérisé non relu

OCTAVE, LE PRINCE, THÉODORE, LÉONOU

OCTA V F,.

Ail, madame r n F o L) o H E , à Lèonor.

Eh bien 1

OCTA V E.

Sans mon secours, le prince rendoit Came.

THÉO DORE

Prenois-je, Léonor, l'alarme sans propos?

LE PRINCE

Souffrez-moi sur ce siège un moment de repos; Débile , et mal remis encor de la foiblesse Où ma perte de sang et ma chute me laisse, Je me traîne avec peine , et j ignore où je suis.

THÉODORE

Ah , mon frère î

LF. PRJ.VCE.

Ah , ma sœur ! savez-vous mes ennuis ?

THÉODORE

O souge ! avant-coureur d'aventure tragique ! Combien sensiblement cet accident t'explique î Par quel malheur, mon frère, ou par quel attentat, Vuus vois-je en ce sanglant et déplorable état ?

LE p i; I > CF.

Vous voyez ce qu'amour et Cassandre me coûte.

2 84 VIN ci: SI. A s.

Mais faites observer qu'aucun ne nous écoute. THÉODORE , faisant sifjnc à Lénnni; i/ui i<(i voir si persotmc ti écoute.

Soignez-y , Léonor.

LE PRINCE

Vous avez vu , ma sœur, Mes plus secrets pensers jusqu'au fond de mou cœur; Vous savez les efforts que j'ai faits sur moi-même Pour secouer le joug de cet amour extrême, Et retirer d'un cœur indignement blessé Le trait empoisonné que ses yeux m'ont lancé. Mais, quoi que j'entreprenne , à moi-même infidèle, Contre mon jugement mon esprit se rebelle; Mon cœur de son service à peine est diverti , Qu'au premier souvenir il reprend son parti : Tant a de droit sur nous, malheureux (|ue nous sommes. Cet amour, non amour, mais ennemi des hommes ! J'ai, pour secrètement couvrir ma lâcheté, Quand je souffrois le plus, feint le plus de santé; Rebuté des mépris qu'elle a faits d'un esclave , J'ai fait du souverain , et j'ai tranché du brave, bien plus, j'ai, furieux, inégal, interdit, Voulu pour mon rival employer mon crédit : Mais, au moindre penser, mon ame transportée , Contre mon jiroprc effort s'est toujours révoltée; Et l'ingrate beauté dont le charme m'a pris, Peut plus que ma colère, et j)lus que ses mépris. Sur ce qu'Octave enfui, hier, nu* fit entendre, l/liymen qui se Iraitoit, du duc et de (iassandre, Et que ce (.Diiplc heureux coiisoninioil cette nuit...

ACTi: iV, S(JK.NK II. 285

OCTA V K.

Pernicieux avis, hélas! qii'as-tu produit?

L K PRINCE

Succombant tout entier à ce coup qui m'accable,

De tout raisonnement je deviens incapable,

Fais retirer mes gens, m'enferme tout le soir,

Kt ne prends plus avis <)ue <le mon désespoir.

Par une fausse porte, enfiu , la nuit venue,

Je me dérobe aux miens, et je gagne la rue

D'où, tout soin, tout respect, tout jugement poTflu,

Au palais de Cassandre en même temps rendu ,

J'escalade les murs, gagne une galerie ,

Kt cherchant un endroit commode à ma furie ,

Descends sur l'escaJier, et dans l'obscurité ,

Prépare à tout succès mon courage irrité.

Au nom du duc enHn j'entends ouvrir la porte,

Et suivant à ce nom la fureur qui m'emporte.

Cours, éteins la lumière, et d'un aveugle effort ,

De trois coups de poignard blesse le duc a mort.

THÉODORE, effrayée, s appuyant sur Léonor. Le duc ! qu'entends- je? helas!

LE PRINCE

A cette rude atteinte, Pendant qu'eu l'escalier tout le monde est en plainte. Lui, m'entendant tomber le poignard sous ses pas, .s'en saisit, me poursuit, et m'en atteint au bras : Son ame à cet effort de son coq>s se sépare; Il tombe mort.

TH ÉonoRE.

O rage inhumaine et barbare !

386 VENCKSLAS.

\.V. PRINCE

VA luoi , par cent détours, que je ne conuois ])as, Dans l'horreur de la nuit ayant traîné mes pas , Par le sang qiu' je perds mon cœur enfui se glace, Je tombe, et, hors de moi, demeure sur la place; Tant qu'Octave passant s'est donne le souci De bander ma blessure, et de me rendre ici. Où , non sans peine encor, je reviens en moi-même.

THÉODORE, appuyée sur Léonor.

Je succombe, mon frère, à ma douleur extrême; Ma foiblesse me chasse , et |)eut rendre évident L'intérêt que je prends dedans votre accident.

( bas.) Soutiens-moi, Léonor. Mon cœur, es-tu si tendre,

( s'en allant) Que de donner des pleurs à l'époux de Cassundre, Et vouloir mal au bras qui t'en a dégage? Cet hymen t'offensoit , et sa mort t'a vengé.

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