‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de Scarron, et RotrouChapitre 206 sur 224 · L F. ROI · texte numérisé non relu

L F. ROI

Hélas!

OCTA V E.

O fatale rencontre !

LE ROI

Est-ce vous, Ladislas, Dont la couleur éteinte et la vue égarée Ne marquent plus qu'un corps dont l'ame est séparée? En quel lieu , si saisi , si froid , et si .sanglant , Adressez-vous ce p:is incertain et tremblant? Qui vous a si matin tiré de votre couche? Quel trouble vous |>osscde et vous ferme la bouche?

LE PRINCE, se remettant sur sa chaise.

Que lui dirai-je, hélas?

LE ROI

Répondez-moi, mon fils ; Quel fatal accident..

288 VF.XCEST-AS.

LE PRINCE

Sei^ïiieur, je vous le dis :

J'ullois... j'ëtois... l'ainniir ;i sur moi tant d'empire; Je me confonds , seijjneur, et ne vous puis rien ilire.

LE ROI

rVun trouble si confus un esprit assailli Se confesse coupable , et qui craint a failli. N'avez-vous point eu prise avecque votre frère? Votre mauvaise humeur lui fut toujours contraire; Kt si pour l'en garder mes soins n'avoient pourvu...

LE PRINCE

M'a-t-il pas satisfait? Non, je ne l'ai point vu.

LE ROI

Qui vous réveille donc avant que la lumière Ait du soleil naissant commencé la carrière ?

LE PRINCE

N'avez-vous pas aussi précédé son réveil ?

LE ROI

Oui; mais j'ai mes raisons qui bornent mon sommeil.

Je me vois, Ladislas, au déclin de ma vie;

Kt sachant que la mort l'aura bieatôt ravie,

Je dérobe an sommeil , iraa^je de la mort ,

Ce que je puis du temps qu'elle laisse à mon sort;

Près du terme fatal prescrit par la nature,

Et qui me fait du pied toucher ma sé|)ulture,

De ces derniers instants dont il presse le cours ,

Ce que j'ôte à mes nuits , je l'ajoute à mes jours :

Sur mon couchant, enfin , ma débile paupière

Me ménage avec soin ce reste de lumière.

Mais (pK'l soin peut du lit vous cha.sser si matin,

ACI'E IV, se KM. IV iSy

Vous h rjui rà{^e eiicor garde un si loii;; dcsliii '.' I. K 1' n I N c E.

Si vdiis en ortiuiinez avec \otre justice,

Mtiii destin tie bien près touclie son précipice;

Ce bras, puisqn il est vain île vous déguiser riei» ,

A de votre couronne abattu le soutien :

Le duc est mort, seigneur, et j'en suis l'iiomicitle ;

Mais j'ai dû l'être.

O Dieu ! le duc est mort, perfide!

Le duc est mort , barbare ! et pour excuse enfin Vous avez eu raison d'être son assassin ! A cette épreuve, ô ciel! mets-tu ma patience?

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