ACTE IV, SCÈM. VI agi
Tu t'es bien satisfaite, et voilà ton ouvrj;;e ! ( Le roi se sied, et met son mouchoir sur son visage. ) C ASS A N Dn R.
Oui, seigneur, il est mort, et je suivrai ses pas,
A l'instant que j'aurai vu veufijer son trépas.
J'en ronnois le meurtrier, ' et j'attends son supplice
De vos ressentiments et de votre justice ;
C'est votre propre sang, seigneur, qu'on a versé.
Votre vivant portrait qui se trouve effacé.
.l'ai besoin d'un vengeur, je n'en puis choisir d'autre;
Le mort est votre fils , et ma cause est la vôtre.
Vengez-moi, vengez-vous, et vengez un époux.
Que veuve , avant Ihymen , je pleure à vos genoux.
Mais apprenant, grand roi, cet accident sinistre.
Hélas! en pourriez-vous soupçonner le niinistre?
Oui, votre sang suffit pour vous en faire foi.
( montrant le prince.) Il s'émeut, il vous parle, et pour et contre soi; Et par un sentiment, ensemble horrible et tendre. Vous dit que Ladislas est meurtrier d'Alexandre. Ce geste encor, seigneur, ce maintien interdit. Ce visage effrayé , ce silence le dit ; Et plus que tout enfin, cette main encor teinte De ce sang précieux qui fait naître ma plainte. Quel des deux sur vos sens fera le plus d'effort , De votre fils meurtrier, ou de votre fils mort? Si \ous étiez si foible, et votre sang si tendre ,
• Meurtrier n'ctoit . du Icnips de Rotrou , que de deux syllabci).
'2<j4 VKNCKSl-AS.
Qu'on l'tnU iaipuncment commencé de rëpamire,
Peut-être verriez-vous la niaisi qui l'a versé
Attenter sur celui qu'elle vous a laissé :
D'assassin de son frère , il peut être le vôtre:
Un crime pourroit bien être un essai de l'autre :
Ainsi que les vertus, les crimes enchaînés,
Sont toujours, ou souvent, l'un par l'autre traînés.
Craignez de hasarder, pour être trop auguste.
Et le trône, et la vie, et le titre de juste.
Si mes vives douleurs ne vous peuvent toucher,
Ni la i)erte d'un fils qui vous étoit si cher,
Ni l'horrible j>enser du coup qui vous la coûte.
Voyez, voyez le sang dont ce poignard dégoutte;
( clic tire un poiquanlrlc sa mnnclie. ). I^t s'il ne vous émeut, sachez où l'on l'a pris ; Votre fils l'a tiré du sein de votre fils. - Oui , de ce coup, seigneur, un frère fut capable; Ce fer porte le chiffre et le nom du coupable, Vous apprend de quel bras il fut l'exécuteur, Et, complice du meurtre, en déclare l'auteur. (Je fer qui, chaud encor, par un énorme crime, A traversé d'amour la plus noble victime , f /ouvrage le plus pur que vous ayez formé, Et le plus digne cœur dont vous fussiez aimé; (Je cœur enfin , ce sang , ce fils , cette victime, Demandent par ma bouche un arrêt légitime, lioi, vous vous feriez, tort par celte impunité, Kt père , à \otre fil.s \ous dexez l'équité, .l'attends de voir pousser \t)tre main vengeresse, (*u p;ir \otn' justicr. ou par votre tendresse;
ACTK iV, SCKNi; VI. Jy3
Ou, si je u obtiens rien de la paît des liuniaiiis, 1^1 justice du ciel nie prêtera les mains, (le Forfait contre lui elierche en vain du refuyc; Il en tut le témoin, il en sera le juye; Et, pour punir un hras il'un tel crime noirci , Le sien saura s'étendre, et nest pas raccourci , Si vous lui remettez à venger nos offenses.
LE noi.
(Contre ces charges , prince , avez-vous des défenses ?
LE PRINCE
Non , je suis criminel : ahandoiuiez, grand roi , Cette mourante vie .lux rigueurs de la loi ; Que rien ne vous oblige à m'étre moins sévère ; Supprimons les doux noms et de fils et de père, Et tout ce qui pour moi vous peut solliciter. Cassandre veut ma mort , il faut la contenter; Sa haine me l'ordonne , il faut que je me taise ; Et j estimerai plus une mort qui lui plaise, Qn un ilestin qui pourroit m affranchir du trépas, Et qu'une éternité qui ne lui [ilairoit pas. .l'ai beau dissimuler ma [lassiou extrême , Jusqu'après le trépas mon sort veut que je l'aime; Et , pour dire à quel point mon ccKiir est embrasé, Jus(ju'aprés le trépas quelle m'aura causé, Ee coup qui me tuera pour venger son injure Ne sera qu'une heureiLse et légère blessure, Au prix du coup fatal qui me perça le co-ur, <)uand de ma liberté son l»el œil fut vainqueur, .l'en fus désespéré jusqu'à tout entreprendre; Il Ut ôla le repos que l'aulre lUe doit rendre.
agfi VENCKSLAS.
Puisque être sa victime est un décret des cieux,
Qu'importe qui me tue , ou sa bouche ou ses yeux ?
Souscrivez à l'arrêt dont elle me menace;
Privé de sa faveur, je ne veux point de ^jrace.
Mettez à bout l'effet qu'amour a commencé ,
Achevez un trépas déjà bien avancé ;
Et si d'autre intérêt n'érueut votre colère,
Craignez tout d'une main qui peut tuer un frère.
LE ROI
Madame, modérez vos sensibles regrets , Et laissez à mes soins nos conununs intérêts; Mes ordres aujourd'hui feront voir luie marque , Et d'un juge équitable, et d'un digne monarque ; Je me dépouillerai de toute passion , Et je lui ferai droit par sa confession.
CASSA ND RE
Mon attente, grand roi, n'a point été trompée, Et...
LE ROI
Prince , levez-vous , donnez-moi votre épée. LE p R I .N G E , 56 levant.
Mon épée ! Ha ! mon crime est-il énorme au point De me...
LE ROI
Donnez , vous dis-je , et ne répliquez point.
L K I' R I N G E , bas.
I^a voilà !
LE l\Ol, li( haillant nu dm.
Tenez, duc.
ACrt IV, se KM. VI. lij-j