‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de Scarron, et RotrouChapitre 22 sur 224 · ACTE II, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VII

Me feront à la fin exhaler en soupirs. Pleurez donc , 6 mes yeux ! sou)ïirez , ma poitrine î

D. F E R \ A N D , à part.

Parbleu! cette étrangère est de fort Jjonne mine.

LUCRÈCE, «2 don Fernand, se jetant à genoux. Et vous, mes foibles bras, embrassez ses genoux. Vous ne rae verrez point lever de devant vous , Que je n'aie obtenu le secours que j'espère.

D. FERNAND

/ Ce style est de roman , et je vous en révère./ ' [Il la fait relever. )

Ma sotte d'Isabeau n'a jamais lu romau.

Quant est de moi, j'estime Amadis grandement. ( Lucrèce lève son voile. )

Vous n êtes pas personne à qui rien on refuse;

De refuser aussi personne ne m'accuse.

Croyez donc aisément , tout cela supposé.

Qu'il ne vous sera rien de ma part refusé.

LUCRÈCE

/ Il faut donc, 6 Fernand! que je vous importune I Du récit de ma race et de mon infortune. Pour ma race bientôt vous en serez savant; Car mon père défunt m'a dit assez souvent , Qu'il avoit avec vous fait amitié dans Rome , Et qu'il vous connoissoit pour brave gentilhomme.

D. FERNAND

ïrCes vers sont de Mairet : je les sais bien par cœur; lills sont très à propos, et d un très bon auteur : I Toujours d'un bon auteur la lecture profite, j Et savoir bien des vers est chose de mérite.

"4 JODKIKT.

Lie « Èr K.

Burgos est donc la ville où je reçus le jour;

Mais ct'tte ville eiifiii vit n.iître mon amour,

Kt je dois l'abhorrer, et pour l'un et pour l autre.

Hëlas! fut-il jamais destin pareil au notre!

(.ar ma mère, en travail, quand je naquis, mourut;

Mon père, de regret, quand mon amour parut.

Cruel ressouvenir de ma faute passée ,

Quand doniierez-vous trêve à ma triste pensée?

Diego d'Alvarade est le nom qu'il avoit;

Avec beaucoup de soin sa bonté ra'élevoit :

Je lui Fis espérer beaucoup de mon enfance;

Mais, hélas! ce fut bien inie fausse espérance.

Mes deux frères n'étoieiit pas moins de lui chéris , j Car le ciel les avoit traités en favoris. ' Je vivois avec eux contente et fortunée;

Mais que l'amour bientôt changea ma destinée!

\'n étranger qui vint aux fêles de lUirgos

Fit voir en nos tournois rpi'il avoit peu d'égaux.

Nous nous vîmes le soir dedans une assemblée :

Je souffris son abord , et j eu fus cajolée,

On plutôt mon esprit fut par le sien charmé : ; Il feignit de m'aimer, tout de bon je l'aimai. • Mais souffrez que mes pleurs vous apprennent le reste, ) Car tout eu est honteux , car tout en est funeste, / Puisque mon crime , lieias ! un frère me ravit,

F,t que d'affliction mon père le suivit. ; Moi, sans plemer leur mort , sans rougir de ma flamme / ( L'amr)Mr avoil banni la raison de mon ame) ,

J'adorois en esprit mon infiiléle amant.

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