‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de Scarron, et RotrouChapitre 223 sur 224 · ACTE V, SCÈNE IX. 3il · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IX. 3il

Pour fU \ntr<* faveur ilfs;iniu'r ninn |xiu\nir: Je ne vous puis sauver taiil i|u elle sera niiciuie ; Il Faut <|ne votre tête, ou tombe, ou la soutienne; Il \(ius en Faut pourvoir, s il faut vous pariloiiner; Kt punir \otre crime, ou bien le couronner. Letat vous la souhaite, et le peuple m'enseigne. Voulant que vous viviez, qu'il est las que je ré(>ne. Ka justice est aux rois la reine des vertus. Et me vouloir injuste 'est ne me vouloir plus : Ké{jnez; après l'état , j ai ilroit de vous élire, Et donner en mon fUs un père à mon empire.

L K PRINCE

<^ue faites-vous , grand roi ?

LE ROI

M'appeler de ce nom , c'est hors de mon pouvoir mettre votre pardon; Je ne veux plus d'un rang où je \ous suis contraire. Soyez roi, Ladislas, et moi je serai père : Roi, je n'ai pu des lois souffrir les ennemis; Père, je ne pourrai faire [)erir mou fils. Une perte est aisée où l'amour nous convie; Je ne perdrai qu'un nom pour sauver une vie, Pour contenter Cassandre, et le duc et letat, Qui les premiers font grâce à votre assassinat. Le duc, pour récompense, a requis cette grâce, Le peuple mutiné \eut que je vous la fasse , Cassandre la consent, je ne m'en défeuds pins; Ma seule dignité m'enjoignoit ce refus.

.Sans j)eine je descends de ce degré suprême; J'aime mieux conserrer un His qu'un diadème.

3i4 VENCESLAS.

>Si vous ne pouvez étrt' et mon père et mon roi , l'uis-je être votre fils, et vous donner la lf)i? Sans peine je renonce à ce degré suprême ; Abandonnez plutôt un fils qu'un diadème.

LE noi.

Je n'y prétends plus rien, ne me le rendez pas. Qui pardonne à son roi puniroit Ladislas, Et sans cet ornement feroit tomber sa tête.

LE PU IN CE

A vos ordres, seiffneur, la voilà toute prête;

Je la conserverai, puisque je vous la dois;

Mais elle régnera pour dispenser vos lois ,

Et toujours, quoi qu'elle ose, ou quoi qu'elle projette,

Ee diadème au front sera \ otre sujette.

( // dit au duc, en l'embrassant: ) Par quel heureux destin , duc, ai-je mérité, Et de votre courage, et de votre bonté, Le soin si généreux qu'ils ont eu pour ma vie?

LE DUC

Us ont servi l'état alors qu'ils l'ont servie. Mais, et vers la couronne et vers vous acquitté. J'implore une faveur de votre majesté.

LE PRINCE

Quelle ?

LE DUC

Votre congé , seigneur, et ma retraite, Pour ne vous plus nourrir cette haine secrète , Qui , m'expliquant si mal , vous rend toujours suspects Mes plus ardents devoirs, et mes plus grands respects.

A<:TK V, SCKNK IX. 3i5

L K p ni N c r .

Non , non; vous devez, duc, vos soins a ma province : Roi , je n'hérite point des différents du prince; Et j'auf^nremis mal de mon {jonvernement, s'il m'en falloit d'abord oterle fondement. Qui trouve où dignement reposer sa couronne, Qui rencontre à son trône une ferme colonne , Qui possède un sujet digne de cet emploi, Peut vanter son bonheur, et peut dire être roi. Le ciel nous l'a donné, cet état le possède; Par ses soins tout nous rit , tout fleurit, tout succède; Par son art, nos voisins, nos propres ennemis, ÎN'aspirent qu'à nous être alliés ou soumis : Il fait briller par-tout notre pouvoir suprême ; Par lui toute l'Europe, ou nous craint, ou nous aime; Il est de tout I état la force et l'ornement. Et vous me lôteriez par votre eloiguement; L'heur le plus précieux que régnant je respire. Est que vous demeuriez l'ame de cet empire.

( montrant Théodore. ) Et si vous répondez à mou élection , Ma sœur sera le nœud de votre affection.

LE DUC

J'y prétendrois en vain , après que sa défense M'a de sa servitude interdit la licence.

THÉODORE

Je vous avois prescrit de cacher vos liens; Mais les ordres du roi sont au-dessus des miens. Et , me donnant à vous , font cesser ma défense.

3i(J VENCESLAS.

LE DU C

O de tous mes travaux trop digne récompense!

( au prince. ) C'est à ce prix, seigneur, qu'aspiroit mon crédit, Et vous me le rendez me l'ayant interdit.

LE P R 1 N c E.

J'ai pour vous accepté la vie et la couronne, Madame, ordonnez-en , je vous les abandonne : Pour moi, sans vos faveurs elles n'ont rien de doux; Je les rends, j'y renonce, et n'en veux point sans vous : De vous seule dépend et mon sort et ma vie.

CASSA N DR E

Après qu'à mon amant votre main l'a ravie?

LE ROI

Le sceptre que j'y mets a son crime etfacé. Dessous un nouveau régne oublions le passé ; Qu'avec le nom de prince il perde votre haine; Quand je vous donne un roi, donnez-nous une reine.

CASSA N DUE

l'uis-je sans un trop lâche et trop sensible effort, Épouser le meurtrier, étant veuve du mort :" Puis-je...

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