SCÈNE II
HKATiux, I). i.ouis, ktii.nm;
BÉATRI X.
Ah, monsieur! est-ce vous?
Etienne.
Non , c'est le grand Mogol.
BÉATUIX.
Tout beau ! roi de fdous !
Je parle à votre maître.
D. LOUIS
Eh bien ! que fait le jifcndre?
BÉATR IX.
/ Vous parlez d'un sujet où l'on peut bien s'étendre. 1 Ce beau jeune seigneur, tantôt qu'on a dîné , ' A mangé comme un diable, et s'est déboutonné;
Puis dans un cabinet, qui joint la vieille salle,
s'est couché de son long sur une natte sale.
Un peu de tem|)S après il s'est mis à rouHer:
Je n'ai jamais ouï cheval mieux renifler;
Toute la vitre en tremble, et les verres s'en cassent.
Mais, si je vous disois les choses qui se passent... i n. LOUIS.
Ma pauvre Héatrix !
BÉATUIX.
Mon pau\re don l.oin's!
I). LOl'IS.
C'est de loi q<ie je tiens le bien ilont je jouis.
ACTi: III, SCKNF II. 5i
béatrix.
J en dis autant de vous; mais ce n'est qu'eu promesse. N'importe , ce n est pas le pain qui m'intéresse.
D. LOU is.
Ah ! non ; je veux mourir ! demande à ce valet Si je n'ai pas laissé mon or sous mon chevet? Mais je reçois demain quatre à cinq cents pistoles.
BÉATRIX
Bien, bien. Écoutez donc la chose en trois paroles;
J'ai hâte. Don Feniand votre oncle est enragé,
Et voudroit de bon cœur se voir bien dégagé.
Votre chère Isabelle également enrage,
Jusque-là qu'elle en a souffleté son visage.
Le temps est, ou jamais, déjouer votre jeu :
Il faut battre le fer tandis qu il est au fetrp" —
Kt, si vous ne savez bien pécher en eau trouble,
Je ne donnerai pas de votre affaire un double.
Tâchez donc de la voir et de l'entretenir;
Promettez comme quand on ne veut pas tenir;
Employez hardiment votre meilleure prose;
N oubliez pas le lis, n'oubliez pas la rose;
Dites-lui bien qu'elle est l'objet de tous vos voeux;
Pleurez et soupirez, arrachez des cheveux;
Puis, sur vos grands chevaux monté comme un saint George ,
Dites que pour bien moins on se coupe la gorge.
Que don Juan n'a pas encor ce qu'il prétend ,
Qu'en tout cas vous savez fort bien conmie on se pend.
Si 1 insolent vous imit, reprenez le modeste;
Invoquez-moi la mort, ou jxjur le moins la peste.
Ne vous étonnez point : elle fera beau bruit;
52 JODKLET.
Mais vous savez qu'on perd le combat quand ou fuit.
Or, si vous eu tirez la moindre laeryuude.
Je vous donne gagné, foi de Béatricule!... / Vous riez , don Louis , de ce dimiimtif ? I Dame, nous en usons, et du superlatif. 1 ,Un certain jeune auteur, qui tache de me plaii'e , ' Quand je vais visiter mon cousin le libraire, I M'apprend tous ces grands mots... Mais adieu , je m'enfuis; l J'ai causé trop long- temps , maudite que je suis !
Car voici ma maîtresse, et son père avec elle. {Don Lnuis se cache.) [à Etienne. )
Cachez- vous en ce coin... Et vous, Jean de Nivelle,
.Sauvez- vous vitement.
KTl ENN K.
Adieu donc, faux teston !
BÉATRix, le poussant par les épaules, et sortant avec lui.
Je te hâterai bien, si je prends uu bâton.