D. JI'AX
Oui, je suis don Juan qui vient de vous blesser.
Si je l'ai fait sans voir, vous pouvez bien penser
Qu'a moi venger ma honte est chose fort aisée.
Maintenant que je vois celui C[ui l'a causée;
Tandis cp.ie mon esprit a seidement douté.
J'ai voulu m'éclaircir, et n'ai rien attenté :
Sous le nom d'un valet j'ai souffert mon offense.
Tandis qu'ini seul soupçon m'en demandoit vengeance.
Vous qui me l'avez faite, et l'osez déclarer,
Vous me croyez peut-être un homme à l'endurer?
Je n'ai, pour le savoir de science certaine,
(oublié jusqu'ici ni finesse ni peine.
Enfin mon déshonneur ne m'est que trop connu.
Vous savez, don Louis, à <|uoi je suis tenu :
Pour mon sang répandu j ai répandu du vôtre;
io6 JODELET.
Mais deux autres sujets m'en demandent bien d'autre.
Je ne puis vivre heureux sans vous taire mourir.
Pour cela seulement j ai dû me découvrir.
Je suis donc don Juan. Que personne n'en doute.
D. LOUIS
Croyez-vous à ce nom que plus ou vous redoute?
D. JUAN
Et croyez- vous aussi me donner le trépas? Vous ne tuez qu'alors que l'on ne vous voit pas. Mais puisque je vous vois, qui vous pourra, barbare! Garantir de la mort que ma main vous prépare? Quand je vous aurois tous ici pour eiuiemis, Je veux qu'on tienne ici tout ce qu'on a })roniis: L'on m'a promis ma sœur, il tant qu'on l'effectue; Je lui dois votre mort , il faut que je vous tue. Voyez si don Juan tient bien ce qu'il promet; Soit qu'il paroisse en maître , ou se cache en valet. Don Fernand, tenez donc la parole donnée... Commandez que ma soeur me soit vite amenée... Et vous, le plus mortel de tous mes ennemis, Battez-vous contre moi; vous me l'avez promis.
D. FERNAND
Ah! seigneur don Juan, un peu de patience.
D. JUAN
Pour en avoir eu trop, j'ai manqué ma vengeance.
D. FERNAND
Pourquoi vous êtes-vous déguisé parmi nous?
D. JUAN
J'étois jaloux.