‹ Chefs-d'œuvres oratoires de BourdaloueChapitre 24 sur 33 · SERM(W · texte numérisé non relu

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leur tour, et par la plus affreuse révolution, couverts euxmêmes d'ignominie et d'opprobre. Que penseront-ils et que diront-ils , lorsque , placés à la gauche , vils restes de la nature et sujets d'horreur, ils verront à la droite et sur leurs têtes ces pauvres qu'ils laissaient ramper dans la poussière , ces pauvres autrefois si petits , mais alors comblés de gloire et si hautement exaltés? Hi sunt quos /lodutmus aliquandô in derùum et in timilUudinem improperii (Sàp. V). Sont-ce là ces hommes à qui nous faisions si peu d'attention , pour qui nous avions si peu de ménagements , qui nous semblaient si fort au-dessous de nous , envers qui nous étions si indifférents , si impérieux , si absolus? Quel retour et quel changement! les voilà parmi les enfants de Dieu , parmi les élus de Dieu , héritiers du royaume de Dieu, pendant qu'il nous fait sentir toute son indignation, et qu'il nous frappe des plus rudes coups de sa justice.' Ècce quomodô compulali sunt inler Filios Dei , et inler sanclos sors illorum est (Ibid.). C'est à vous, chrétiens, d'y prendre garde, cle concevoir d'autres sentiments pour les pauvres , de seconder les vues de la Providence sur eux , de faire ainsi pour vous-mêmes du précepte de l'aumône , un moyen de sjinctification et de salut. Car la même Providence , qui dans l'établissement de ce précepte s'est montrée si bienfaisante envers le pauvre , ne l'est pas moins envers le riche , comme vous le verrez dans la seconde partie.

SECONDE PARTIE

De quelque manière qu^en juge le monde , et quelque

adroit que soit l'amour-propre à séduire le cœur de Fhom-

rae , en lui donnant de fousses idées de tout ce qui flatte ses

désirs ; pour peu qu'un riche chrétien ait de religion , trois

choses., dit sain t Chrysostome, doivent réprimer en lui l'or-

gueil secret que la possession des ricliesses a coutume d'in-> spirer aux anies mondaines. Cette opposition qui se rencontre entre Tétat des riches et celui de Jésus-Christ pauvre ; ce choix que Jésus-Christ a fait pour soi-même de ta pauvreté préférablement aux richesses; ce caractère de malédiction qu'il semble avoir attaché aux lichesses , en béatifiant et en canonisant la pauvreté , c'est la premièire. Cette espèce de nécessité qui engage presque inévitablement les riches en toutes sortes de péchés, cette fiicilité qu'ils trouvent à satisfaire leurs passions les plus déréglées , ce pouvoir de faire le mal, c'est la seconde. Enfui , cette affreuse difficulté , ou, pour me servir du terme de l'Evangile, cette impossibilité morale où sont les riches de se sauver, c'est la troisième. Car malgré les préventions du monde , et malgré les avantages que peut procurer aux liommes la jouissance des biens temporels , s'ite veulent raisonner selon les principes du christianisme , il n'est pas possible qu'un état si différent de l'é^^ du Dieu-Homme qui les a sauvés , et qu'ils regardent <!bmme le modèle de leur prédestination; qu'un état exposé et comme Uvré à tout ce qu'il y a sur la terre de plus contagieux et de plus contraire au salut , qu'un état qui de luimême conduit à une étemelle damnation ; il n'est pas, disje, possible qu'un tel état, bien loin de les enfler d'une vaine complaisance, ne les saisisse de frayeur, ne les trouble, ne les désole , et du moins ne les oblige à prendre toutes les précautions nécessaires pour marcher sûrement dans la voie de Dieu.

Il était, ajoute saint Chrysostome, de la providence et de la bonté de Dieu, de donner aux riches du siècle quelque consolation dans cet état, et c'est ce qu'il a prétendu, lorsque, par une conduite bienfaisante, il les a mis en pouvoir de pratiquer la miséricorde chrétienne par le soulagement des pauvres, et qu'il leur a imposé le précepte de l'aumône. Car si le riche peut dans sa condition, non^^seulement di-

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minner, mais entièrement corriger Topp^itito de son état avec celui de la pauvreté de Jésus-Christ; si le riche peut réparer tant de péchés et tant de désordres où le plonge Tusage du monde, sin-tout Tnsage des biens du monde, et ai le riche par conséquent pent se promettre quelque sûreté pour le salut et contre une' malheureuse réprobation, tout cela doit être le fruit de sa charité, et^^'est le seul fondement solide qui reste à son espérance.

La première vérité est évidente; car du moment, chrétiens, que vous partagez vos biens avec Jésus-Christ dans la personne des pauvres, dès là vos biens, sanctifiés par ce partage, n'ont plus de contrariété avec la pauvreté de cet Homme-Dieu, puisque cet Homme>Dieu entre par \k comme en société de biens avec vous : et voilà Tadmirable secret, ou plutôt Tartifice innocent dont le riche miséricordieux se sert pour mettre Jésus^]hrist dans ses intérêts, et pour en faire d'un juge redoutable un protecteur ; voilà par où il se garantit de ces anathèmes fulminés dans TËvangile contre les riches. En oITot, remarque saint Chrysostome^ Jésus- (Christ est trop lidèle pour donner sa malédiction à des richesses dont il reçoit lui-même sa subsistance» et qui contribuent à le nourrir en nourrissant cenx qui le représentent eu ce monde. Cette seule considération ne devrait-elle pas nous suffire, et que faudrait-il davantage pour nous remplir d'une sainte ardeur dans Taocomplissement du précepte de raumône?

Mais la seconde n'est pas moins touchante , et c'est que Dieu par le moyen de Kaamône a pourvu les riclies d^un remède général et souversnn contre tous les péchés où les iîxpose leur condition , et dont il est si rare qu'ils se préservent. Car n'est-ce pas nne chose bien surprenante, pour-^ suivit toujours l'éloquent avocat des pauvres , dont j'emprunte si souvent dans ce discours les pensées et les paroles y n'est-il pas bien étonnant de voir en quels termes

TEcriture s'ex[infiie quand elle parle du pouvoir de l'auiDôoe et de sa vertu pour effacer le pédié? Jamais elle n'a riea dit de plus fort , ni de Tefiicaec des sacrements de la loi nouvelle, ni du sang même. du Rédempteur, qui en est la source ; et nous ne lisons rien de plus décisif en faveur du baptême, que ce qui est écrit au cliapitre onzième de saint Luc , h l'avantage de Faumône : Date eleemoêynamy et ecce omnta munda suni vobis ( Luc. XI ) ; faites Faumône, et tout, sans exception, vous est remis. D'inférer de là que Faumêne autorise donc la liberté de pécher, et que de satisfaire à cie seul devoir est une espèce d'impunité à Fégard de tout le reste, c'est la maligne conséqueinoe que voudraient tirer quelques mondains peu instruits de leur religion. Mais non, mes frères, répond làdessus saint Augustin dans le livre, de la Cité de Dieu ; il ;i'en est^as ainsi, et cette doctrine que toutes les Ecritures nous prêchent, ne favorise en nulle manièjre la licence des mœurs; pourquoi? parceque si l'aumône remet le péché, 42e n'est qu'en disposant Dieu à écouter vos prières , qu'il ^rait autrement rejetées ; à accepter vos sacrifices, doet il •n'eût tenu nul compte et qu'il aurait rebutés, à être touché de vos larmes, qui ne Fauraient point flédii; ce n'est qu'en vous attirant les grâces de la pénitence, et d'une véritable c;onversion, que vous n'auriez sans cela jamais obte* nues ; ce n'est qu'eu satisfaction à la justice divine, qui se fût endurcie contre vous et rendue inexorable. Prçpler hoc ergô eleemotyna faciendmf «cl de prmleriliê^^ampunffan'^ iur , fum vl in ei$ persévérantes malè vivendi Hcentiwn çamparemus ( Augvsï. ). C'est pour cela et par là que Taufinône est toute-puissante, et que le pécheur peut sans téiTimté faire fond sur elle, parceque c'est par elle qu'il trouve grâce devant Dieu, pour mériter le pardon de son péché, pour le pleurer, pour Fexpier, et non pas pour avoir ilroit d'y persévérer.

Or, supposé cette vertu de Tauniône dans le sens que je viens de Texpliquer, admirez avec moi , chrétiens , la douceur de la Providence envers le riche , et reconnaissez-la en trois points dont je me. contente de vous donner une simple idée. Premièrement, quelle providence du Seigneur, et combien est-elle aimable d'avoir établi pour les riches pécheurs un moyen de justification si conforme à leur état, si proportionné à leur faiblesse, si aisé par rapporta eux dans la pratique, et néanmoins si infaillible? Car voilà sans doute un des plus beaux traits, non-seulement de la miséricorde, mais de la sagesse de Dieu. Gomme chaque condition a ses péchés qui lut sont propres , aussi Dieu a-t-il voulu que chaque condition eût ses ressources particulières pour la péniten<;e. Le pauvre satisfait Dieu par les souffrances , et le riche par ses charités. La satisfaction du riche parait plus douce que celle du pauvre : ainsi a-t-il plu au Seigneur, qui, d'ailleurs dans Tordre de ta grâce, avoit assez privilégié le pauvre au-dessus du riche. A peine aurait-on pu espérer du riche qu'il se fût soumis aux autres remèdes plus violents , ordonnés contre le péché. Hé bien ! lui dit Dieu , en voici un que j'ai choisi pour vous : vous n'aurez nul prétexte pour- vous en défendre , car il dépendra toujours de vous : ni la délicatesse de votre complexion, ni vos inlirmités ne vous en dispenseront jamais ; car il ne consistera point en des exercices pénibles et incommodes ; il ne vous exposera point à la censure du monde, puisque te monde, tout perverti qu'il est, ne pourra vous refuser ses éloges, quand il vous le verra mettre en œuvre : il vous coûtera peu ; mais avec ce peu il n'y aura rien que vous ne gagniez. Divina res eleemosyna, s'écrie saint Gyprien, resposiia in poiestaiê fàetentis, res grandis et famUs sine perieulo per-^ seeutionis (Cypr.).

Pourquoi pensez-vous que Daniel, suivant l'inspiration H avait reçue d'en haut , et déclarant au roi de Babylone

SUR L'AUMOîSfE. 3(57

que le ciel était irrité contre lui , et quil était temps qu^il pensât à Tapaiser, ne lui proposa point d'abord de prendre le sac et le cilice, de se couvrir de cendres, de jeûner et de macérer son corps , mais seulement de racheter ses crimes par Taumône : Qttamobrem , rexy cùMilium mewn^ placeai iibif et peccata tua eleefnosynis redimey et iniquitates tuas miserieordiis pauperum (Dàn. IV). Ah ! chrétiens, il en usa de la sorte par une prudence qui ne fut ni humble ni lâche , et qui ne ressentit point le courtisan, mais le prophète ; car il ne voulut point plaire à son prince qu'autant qu'il le pouvait sans blesser les intérêts de son Dieu , et H ne voulut sacrifier la satisfaction qui était due à son Dieu , t|u'au(ant que le permettait la fidélité qu'il devait à son prince. Il jugea donc et avec raison que l'aumône était de toutes les œuvres sanctificatoires celle qui serait plus an goût de ce prince déjà touché, mais non encore converti, et il savait que celle-là serait suivie de toutes les autres et de sa conversion même. D'où vient qu'il se contente de lui dire : agréez, Seigneur, le conseil que je vous donne, et rachetez vos péchés par vos largesses envers les pauvres. Sur quoi saint Ambroise fait une observation aussi vraie qu'elle est ingénieuse , quand il dit que cette facilité qu'a le riche d'expier ainsi les désordres de sa vie, nous est excellemment figurée par le miracle qu'opéra le Fils de Dieu dans la personne d'un malade dont parle saint Luc. 11 était paralytique d'une main, et Jésus-Christ ne fit autre chose que de lui commander d'étendre cette main qui dani^ le moment même se trouva saine : Extende manum tuam, et restituta eH (Matth. XII). Le remède était aisé , mais ce qui fut alors un effet visible de la puissance du Sauveur, est ce qui se passe tous les jours spirituellement et intérieurement dans la personne du riche ; car Dieu lui dit : Extende manum luam , étendez, par un effet de charité, cette main si Jongtemps resserrée par une criminelle avarice, et vous sen-

tirez la vertii de Dieu qai agira en vous; étendez-la, et Asette seule action sera le {HÎncipe de la guérison de votre 4nne : Mené dicUur ^ txUnde^ ce sont les paroles de saint AraiMFoise , ^jftiûi fit^ ad •ocrandtf» p(tw froficU quàm ^le^nosyna kurgHas (Ajibr.).

Autre trait de la providence , j'entends toujours d'une providence favorable au riche dans rétablissement de Tau* HBÔne ; les richesses qui avaient été Tinstrumeiit du péché, xleviennent la matière de la réparation du péché même: pour nous &ire comiH*endre ce que dit saint Paul , que tout contribue au bien de ceux qui cherchent Dieu ou qui retournent à Dieu. Nous voyons des plantes dont le suc est pour rhomme un poison mortd, mais nouâ^ admirons eo même temps Tanteur de la nature, en ce qu'elles ne croissent jamais qu'accompagnées ^'une autre plainte qui leur «ert de contrepoison. L'aumône fait quelque chose de plus; <»r elle trouve le remède du mal dans la cause mente du mal ; ce sont vos richesses qui tous ont perdu , continue saint Âiid)roise, pariant à un riche avare, et ce sont vos ri* chesses qui vous sauveront : PtcuniA iuà ventmdalus eê^ reéme te peamià tuà (Ambr.).

Ajoutons encore un aouveau trait de cette conduite de Dieu si bienfaisante à l'égard du riche : le voici. Qu'est-ce ^ue le riche dans l'état du péché ? c'est un «ujet disgracié de Dieu, qui ne peut point par lui-même avoir d'accès ai^ ^rès de Dieu, dont les actions les plus louables ne sont de nul mérite devant Dieu, à qui la porte de la miséricorde de J^ieu semble être fermée, M qui , livré à sa justice rigouf^ufie, n'aurait plus d'autre parti à prendre que céhii 4tt désespoir. Maifi<|ue laiit Dieu? en lui donnant de quoi être 4diaritable, il hii donne de quoi se ménager de puissants iaieficesseurs, qui par reconnaissance, qui par devoir, qui par Intérêts, soient obligés à scAiciter et à demander grâce pour 4ui; et ces interoesseurs, oe «ont les pauvres : ces pauvres;»

amis de Jé«i»-Christ, ^ «eloa rËvangile-deYenus les siens : Facile vobU amicos de mammonà iniquitoHs (Luc. XVI) : ces pauvres, dont les vœux s'élèvent jusepi'au trône de Dieu, et que Dieu exauce : isie pauper clanuwU, «/ Domi^ nus exaudivil eum (Psàlm. XXXIIX) : ces pauvres, circonstance bien remarquable, ces pauvre&dont le^rédit auprès de Dieu ne dépend ni de leur mérite ni de leur innocence; car ils intercèdent pour ceux qui les soulagent sans parler» sans agir, sans y penser, et même sans le vouUùr : c'est asse; qu'ils paraissent revêtus de vos aumônes, afin que Dieu les entende; et qu'en leur considération il s'adoucisse pour .vous ; fnourquoi cela? la raison en est belle, et c'est la rélfoxioi» de saint Augustin, parceque, dans le langage de l'Ecriture, ce n'est pas proprement le pauvre, mais Taumône faite au pauvre qui intercède pour le riche : Conclude eleemosynam in carde pauperis.^ et hœc pro le exorabit (Ëax. XXIX) ; mettez votre aumône dans le sein du pauvre., et elle priera pour vous. Le Saintr-Esprit ne dit pas,: et ipse ewor^bit pro te ; comme si c'était ce pauvre que vous avez secouru , qui iût devant Dieu votre patron : il -dit que l'aumône , indépendamment de lui, parle en votre £aveur, plaide votre cause, mais d'une voix si éloquente et si lorte que Dieu» quoique indigné et courroucé^ ne peut néanmoins lui rési^ ter : Et hœc pro le exorakU.

Voilà ce que la foi .nous apprend, et de là s'ensuit cette dernière et consolante vérité , que si le xidie peut avoir quelque, assurance de sa prédestination étemelle^ et quelque préservatif contre cette malheureuse réprobation dont il est menacé, c'est par l'aumône. Ah ! mes cbers Auditeurs, coi»hien de riches sont heureusement parvenus au port du saluf;, qxrès avoir marché bien des années dans les voies corrom«pues du monde? A voir Jes égarements où ils se laissaient emporter en certains temps 4e leur vie , quj jamais eût esjpéré pour eux une telle un ? Qu'ont-ils dit ià Dieu lorsqu'ils

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SUR LE BEVOm DES I^ES, PAR RAPPORT A LA VOCATION DE LEURS ENFANTS.

Ei éixie mater êjus ad iUum : FiU , quid ficisti nobis $iéf

Eeee pater tuus et ego dolente» qwtr^Kimus te. Et ait ad illos :

, Quid e$t quàd me quetr^batis? nesdebatie quia inhis quœ

Patris m/ei eunt oportet me esse? Et tpsi non intellexeruni

verbum quod loeutus est ad eos,

La niére de Jéaut-Christ lui dit : Mon fils, pourquoi en avez-vout

usé de la sorte avec nous? Voire père el moi nous vous cherchions

avec beaucoup dMnquiélude. Il leur répondit : Pourquoi me cher-

chiez-vous? ne savez-vous pas qu*H faut que je m'emploie aux cho*

«es qui regardent non Père? El ils ne comprirent pas ce qu*U leur

diU

Luc H.

C'est la réponse que Tenfant Jésus fit à Marie, iorsqu'a* près ravoir cherché pendant trois jours, elle le trouva dans le temple de Jérusalem. Réponse qui pourrait nous surprendre, et qui peut^tre nous paraîtrait trop sévère et trop forte, si nous ne savions pas qu'elle fut toute mystérieuse : car le Fils de Dieu , dit saint Ambroise, reprit sa mère en cette occasion, parcequ'elle semblait vouloir disposer de sa personne, et s'attribuer un soin qui n'était pas de son ressort. Ainsi Ta pensé ce saint docteur ; mais comme cette opinion, chrétiens, n'est pas tout à fait conforme à la haute idée que nous avons tous de l'irrépréhensible sainteté de la Mère de

Dieu, adooeissons ta fieiisée de saint Amiiroise, et eontenfon»-nous de direjque, dans Texemple de Marte, le Sauvenr du monde voolut donner aux pères et aux mères une excelîente leçon de k conduite qu'its doivent tenir à Tégard de leurs enfonts, surtout en ce qui regarde le choix de Tétat où Dieu les appelle. Ce -sujet, mes chers auditeurs, est d'une conséquence infime; et, tout borné qu'il paraît, tous le trouverez néanmoins^ dans Timportance morale que je prétends en tirer, si général et si étendu , que de toute cette assemblée il y en aura peu à qui il ne puisse convenir et qu'il ne puisse édilier. Il est bon de descendre quelquefois aux conditions particulières des hommes, pour y appliquer les règles universelles de la loi de Dieu : or, c'est ce que je fais aujourd'hui. Car, en expliquant aux pères et aux mères ce qu'ils doivent à leurs enfants, et aux enfants ce qu'ils doivent à leurs pères et à leurs mères dans une des plus grandes aflaires de la vie, qui est celle de la vocation et de l'état, je ferai comprendre à tous ceux qui m'écoutcnt ce que c'est que la vocation, quelles maximes on doit suivre sur la vocation , ce qu'il faut craindre dans ce qui s'appelle vocation , ce qu'il y faut éviter et ce qu'il y faut rechercher. Nous avons besoin, pour cela, des lumières du Saint-Esprit : demandons-les par l'intercession de sa divine Epouse. Ave Maria.

N'est-il pas étrange, chrétiens, que Marie et Joseph, comme le remarque saint Luc dans les paroles mêmes de mon texte, ne comprissent pas le mystère et n'entendissent pas le Fils de Dieu , quand , pour leur rendre raison de ce qu'il avait fait dans le temple , il leur dit que son devoir l'obligeait de vaquer aux choses dont son Père l'avait char-> gé? Que Joseph n'ait pas tout à lait pénétré le sens de celte réponse, j'en suis moins surpris; car, tout éclairé qu'il pouvait être par les fréquentes et intimes communications qu'il

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eut avee Jësus-Chmt, il u'était pas nécessaire qu'il connût tous les mystères de Flncarnation divine ; mais ce qui doit nous étonner, c'est que Marie, après avoir reçu la plénitude de toutes les grâces et de toutes les lumières célestes, après avoir conçu dans son sein le Verbe incarné, ait paru ignorer un des points les plus essentiels de la mission de cet Homme-Dieu et de son avènement sur la terre. Ne nous arrêtons point, mes cliers auditeurs^ à éclaircir cette difficulté , et laissons aux interprètes le soin de la résoudre : voici ce qui doit encore plus nous toucher, et ce qui demande, s'il vous plaît, une attention. toute particulière. En effet, si Marie et Joseph ne comprirent pas ce que leur disait le Sauveur des hommes touchant les emplois où il était appelé par son Père, n'est-il pas vrai que la plupart des pères et des mères, dans le christianisme, n'ont jamais bien conn pris leurs obligations les plus indispensables, par rapport à la disposition de leurs enfants, et en matière d'état et de vocation? 11 est donc d'une extrême importance qu'on les leur explique, et voilà ce que j'entreprends dans ce discours. Prenez garde, je vous prie, je ne veux point entrer dans l'intérieur de vos familles; je ne vieas point vous donner des règles pour les gouverner en sages mondains ; vous me diriez, et avec raison, que cela n'est pas de mon ministère : mais s'il y a quelque chose, dans le gouvernement de vos familles, où la religion et la conscience soient intéressées, n est-ce pas à moi de vous en instruire? Or, je prétends qu'il y a deux choses que vous ne savez point assez, et qu il vous est néanmoins , non-seulement utile, mais d'une absolue nécessité de bien apprendre. Ecoutez-les : Je dis qu'il ne vous appartient pas de disposer de vos enfants, en ce qui regarde leur vocation et le choix qu'ils ont à faire d'un élat; et j'ajoute toutefois que vous êtes responsables à Dieu du choix que font vos enfants, et de l'état qu'ils embrassent. 11 semble d'abord que ces deux propositions se contredisent.

mais la suite tous fera voir qu'elles s'accordent par&itement entre elles. Dieu ne veut pas que, de vous-mêmes et de votre pleine autorité, vous déterminiez à vos enflants Tétat où ils doivent s'engager; c'est la première partie. £t Dieu cependant vous demandera compte de l'état où vos enfants s'engagent; c'est la seconde : toutes deux feront le partage de cet entretien et le sujet de votre attention.

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