PREMIERE PARTIE
Il n'appartient qu'à Dieu de disposer absolument de la vocation des hommes, et il n'appartient qu'aux hommes de déterminer, chacun avec Dieu, ce qui regarde le choix de leur état et de leur vocation : ce principe est un des plus incontestables de la morale chrétienne. D'où je conclus qu'un père, dans le christianisme,' ne peut se rendre maître de la vocation de ses enfants sans commettre deux injustices évidentes : la première, contre le droit de Dieu ; la seconde, au préjudice de ses enfants mêmes ; l'une et l'autre sujettes aux conséquences les plus funestes en matière de salut. Voilà le point que je dois maintenant développer, et en voici les preuves.
Je dis qu'il n'appartient qu'à Dieu de décider de la voca*. tion des hommes : pourquoi? parcequ'il est le premier père de tous les hommes, et parcequ'il n'y a que sa providence qui puisse bien s'acquitter d'une fonction aussi importante que celle-là : ce sont deux grandes raisons qu'en apporte le docteur angélique saint Thomas. Si je suis père, disait Dieu par le prophète Malachie, où est l'honneur qui m'est dû? Si paler ego sum, u6t e$l honar meus (Màlach. I)? C'està^re pour appliquer à mon sujet ce reproche, que faisait le Seigneur à son peuple, si je suis père, par préférence à tous les autres pères, où est le respect que l'on me rend en cette qualité ? Où est la marque de ma paternité souveraine.
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si tes autres pèreiï me la disptitent, et si je ne dispose pfns de ceox à qui fat donné l'être, pour les placer dans le rang et dans la conditioR de Tîe qn^l me plaira? Vous en<treprenez, è liommes î de le foire ; qui tous en a donné le poavoip? Dans raie fanrifle dont je ne vons ai confié qne la simpte administration, ?ons agissez en maître et tous ordonnez de tout selon Totre gré : tous destinez fim pour FEglise et Fautre pour le monde ; celle-ci pour une telle alliance, et celle-là peiir la religion ; et il faut, dites-TOus, que cela soit, parceque les mesures en sont prises : mais avec quelle justice parlez-Tous ainsi? le n'ai donc pins que le nom de père, puisque tous tous en attribuez tonte la puissance ; c'est donc en Tain qne tous me témoignez quelquefois que ces enfants sont plus à moi quils ne sont h tous ; car s'il» sont à moi plus qn*k vous, ce n*est pas à tous, mais h moi d*aTotr la principale et essentielle direction de leurs personnes.
Ajoutez à cela, chrétiens, la réflexion de saint Grégoire, pape, que nôn-*senlement Dieu est le premier père de tous les hommes, mius qu'il est le seul que les hommes reconnaissent, selon Tesprit, et par conséquent que c'est à lui, et non point à d'autres, d'exercer, sur les esprits et sur les Tolontés des hommes cette supériorité de conduite, on plutôt d'empire, qui fait rengagement de la Tocation. Quand la mère des Macchabées Tit ses enfants , entre les mains des bour-' reaux, souffrir âTcc tant de constance, elle leur (fit une belle parole, que nous Hsons dan^p l'Ecriture : Ah ! mes chers enfants, s'écria-l-elte, ce n'est pas moi qui tous ai donné une ame si héroïque ; cet esprit si généreux qui tous anime n'a point été formé de ma substance, c'est du souTerain Auteur du monde que tous faTez reçu : Neque enim ego «pt- Hlwn et antmam danavi vobiê (2 Macgaab. VII) : je suis Votre mère, selon fat chair; mais la plus noble partie de TOHs-mémes, tuai est l'esprit, est immédiatement l'ourrage
de Dieu. Akisi leur parla cette sainte femine. Or,* de là, c))rélienne oompagAÎe, il s'ensuit que Dieu seul est en droil «le déterminer aux bommes leurs vocations et leurs états ; f)ourquoi? parceque c'est proprement en cela que coofiiste ce domaine qu'il a sur les esprits. Un père, sur la. terre , ..peut disposer de l'éducation de ses enfants, il peut disposer de leurs biens, et de leurs partages; mais de leurs personnes, c'eat-4-Hlire de ce qui porte avec soi engagement d'éiat, il n'y a que vous , ô mon Dieu ! disait le plus sage des JiommAis, Salomon, il n'y a que vous qui en soyez l'arbitre, x'estun droit quivous est réservé : TuatUemcummeignà/cêve' reniià disponù nos (Sap.XU) , expression admirable, qui renferme un sdntiment encore plus digne d'être remarqué, cum nMgnà rwerenlià ; car c'est comme s'il disait : Vous n'avez pas voulu, Seigneur, que cette disposition de nos personnes fut entre les mains de nos pères temporels, ni qu'ils en fus- .sent les maîtres; vous avez bien prévu qu'ils n en useraient jamais avec les égalds ni avec le respect que nos personnes méritent ; et en effet, mon Dieu, nous voyons qu'autant de fois qu ils s'ingèrent dans cette fonction, c'est toujours avet; 4lcs nK)lifs indignes de la grandeur du sujet et de la chose <)onl il s'agit; car il s'agit de pourvoir des âmes chrétiennes, et de les établir dans la voie qui les doit conduire au salut ; et eux n'y procèdent que par des vues basses et •chamelles, que pâl de vils intérêts, que par je ne âais^uelles maximes du monde corrompu et réprouvé, se souciant 'peu que cet enfant soit dans la condition qui lui est propre, {KHirvu qu'il soit dans celle qui leur plaît, dans celle qui se trouve plus conforme à leurs ims et à leur, ambition, ayant égard à tout, hors à la personne dont ils disposent; et, par «m désordre très criminel et Ijrès commun, accommodant le cboL\ de l'état, non pas aux qualités de oehilqu'ils y enl^agent, mais aux désirs de celui qui l'y engage; or, n'estce pas là blesser le respect dû à vos créatures, et surtout à
des créatures raisonnables? Mais vous, Seigneur, qui êtes le Dieu des vertus, Tu autem dominatar virtutis (Ibid.), vous nous traitez bien plus honorablement; car, disposant de nous, vous ne considérez que nous-mêmes; et, à voir comment en use votre providence, on dirait en quelque sorte quelle nous respecte : cum ma^à reverenlià dt«poni 8 nos.
Concluons donc, chrétiens , que c*est de Dieu seulement que doit dépendre et que doit venir notre destinée, par rapport aux différentes professions de la vie. Et pourquoi pensez-vous, demande saint Bernard, que tout ce qu'if y a d'é-tais dans le monde , qui partagent la société des hommes , soient autant de vocations, et portent en effet le nom de vocations? Car nous disons qu'un tel a vocation pour le siècle, et un tel pour le cloître , un tel potir la robe, et un tel pour répée : que veut dire cela , sinon que chacun est appelé à un certain état, que Dieu lui a marqué dans le conseil de sa sagesse ? Pourquoi les Pères de FEglise, dans leur morale, ont-ils regardé comme une offense si grave d'embrasser un état sans la vocation de Dieu, si ce n'est parceque tout autre que celui où Dieu veut nous placer, n'est pas sorlable pour nous, et que nous sommes hors du rang où nous devons être, quand ce n'est pas Dieu qui nous y a conduits? Sur quoi je reprends et je raisonne : si tous les états du monde sont des vocations du ciel, s'il y a une grâce attachée ù tous ces états, pour nous y attirer, selon l'ordre de Dieu ; s'il est d'un danger extrême pour le salut de prendre un état sans cette grâce, ce n'est donc pas à un père d'y porter ses enfants, beaucoup moins de les y engager; et ce serait le dernier abus de leur faire pour cela violence et de les forcer ; car enfin un père dans sa famille n'est pas le distributeur des vocations; cette grâce n'est point entre* ses mains pour la donner à qui il veut ni comme il veut : il ue dépend point de lui que cette fille soit appelée à l'état reli-
gieax ou à celui- du mariage; et la destination qu'il en fait est un attentat contre le souverain domaine dç Dieu : pourquoi ? parceque toute vocation étant une grâce, il n'y a que Dieu qui la puisse communiquer; et de prétendre en dis* poser à Tégard d'un autre, c'est faire injure à la grâce même et s'arroger un droit qui n'est le propre que de la divinité.
En effet, chrétiens, pour bien appliquer les hommes à un emploi, et pour leur assigner sûrement la condition qui leur est convenable, il ne faut pas moins qu'une sagesse et une providence infinie : or, cette sagesse, cette providence si étendue. Dieu ne l'a pas donnée aux pères pour leurs enfants; il n'a donc pas dû conséquemment donner aux pères le pouvoir de décider du sort de leurs enfants; et comme il a seul pour cela toutes les connaissances nécessaires, j'ose dire qu'il eût manqué dans sa conduite , s'il eût confié ce soin à tout autre qu'à lui-même. Vous me demandez pourquoi un père ne peut se croire assez éclairé., ni assez sage pour ordonner de la vocation d'un enfant. Ecoutez une des plus grandes vérités de la morale chrétienne, c'est que rien n'a tant de rapport au salut que la vocation à un état, et que souvent c'est à l'état qu'est attachée toute l'affaire du salut : comment cela? Parce que l'état est la voie par où Dieu veut Qous conduire au salut ; parceque les moyens de salut que pieu a résolu de nous donner, ne nous ont été destinés que «onformémeirt à l'état ; parceque, hors de l'état, la providence de Dieu n'est plus engHgée à nous soutenir par ces grâces spéciales qui assurent le salut, et sans lesquelles il est d'une extrême difficulté de parvenir à cet heureux terme ; et, ce qu'il faut bien remarquer comme une conséquence de ces firincipes, c'est que ce qui contribue davantage à notr^salut, ce n'est point précisément la sainteté de l'état ; mais la 4:onvenance de l'état avec les desseins et les vues de Dieu , é^ui nouS l'a marqué, et qui nous y fait entrer. Mille se sont
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sauvés (fans h religion, et celniMîi déviait s'y perdre; mille se sont perdus dans le monde, et celui-là devait s*y sauver. O ajtêitudo f 0 abîme de la science de Dieu ! Mais revenons. Que làudrait-il donc à un père, afin qu'il eût droit de dis*pbsèr de la vocation de ses enfants? Jfe n'exagérerai rîen,. mes chers auditeurs; vous savez la profession \ïue je fei» de dire la vérité telle que je la conçois, sans jamais aller au'delà. Qi}e faudrait-il, dîs-je, à un père, pour prescrire à un enfêint la vocation qu'il doit suivre? Il faudrait qu'il connût les votes de son salut, qu'il entrât dans le secret dé la pré-' destination, qu'il sût l'ordre des grâces qui lui sont préparées, lés tent^fsoris dont il sera attaqué, les occasions d& mine où il se trouvera engagé; qu'il pénétrât dans le futur^ pour voir lès événements qui pourront changer les choses présentes; qu'il lût jusque dans le cœur de cet enfant, pour y découvrir certaines dispositions cachées qui ne se produisent point encore au dehors : car c'est sur la connaissance de tout cela qu'est fondé le droit d'assigner aux hon)mes des vocations; et quand Dieu appelle quelqu'un, il y emploie la connaissance de tout cela. Mais où est le père sur la terre^. qui ait la moindre de ces connaissances? Et n'est-H^e don<> pas dans un père nue témérité insoutenable, dé vouloir se rendre maître des vocations et des états dans sa famille ?^ n'est-ce pas, ou s'attribuer la sagesse même de Dieu, ce qui est un crime , ou entreprendre avec la sagesse de l'homme ce qui demande une sagesse supérieure et divine ?" entreprise qu'on ne peut autrement traiter que de folie.
Ceci est général, mais venons au détail : je soutiens que cette conduite est également injurieuse à Dieu>, soit qu'un* père dispose de ses enfonts pour une vocation sainte d'elle— même, ^it qu'il en dispose pour le monde. Appliquez-vons à ceci : votre dessein, dites-vous, est d'établir un* enfant dans l'Eglise, de le pourvoir de bénéfices, et même de Ten- ^ger, s'il est besoin, dans les ordres sacrés : je dis s'il est
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besoin; car, hdrs du' besoiti; oim'attrait garde dY penser, et ^118 entendes bien quel est ce b^mn. A peine est*il né,cet enfont, que TEglise est son partage ; et Ton peut dire de loi, quoique dans un sens bien opposé, ee qui est écrit d'IsBîe, que dètf le ventre de" sa mère il est destiné à Taulei; don par une vocation divine, comme le prophète, mais par une vocation bomaine : Ab ftHero^oeMii me (ts. XLIX). Bn vérité, mes cbers auditeurs, est-ce là agir eir chrétiens? est*ce traiter avec Dieu comme on doit traiter avec un maître et ua Mayema'f Quoi ! il' fiaidra que Dieu en passe par votre choix, et qu'il soit réduit, pour ainsi parier, à recevoir cetimfant aux plus saintes fonctions de TËglise, panoeque cela vous accommode, et que vous y trouvez vo» tre compte? Que diriez^vons, c'est la pensée de saint Bieisile, que diriez-vous d'un homme qui voudrait vous obtiger à prendre chez: vous tels oflBders et tels domestiques qu'il kn plairait? n'aar»t-il pas bonne grâce de vous en (aire la* propositioiïTEt vous, par une présomption encore plus hardie, vous remplirez la maison de Dieu de qui vous semblera bon? vous en distribuerez les places et les dignités à votre gré?
Voilà néenraoms ce <p]f se passe tons les jours dans le* oliristianisme ; ce n'est plnsseii^ment la pratique de quelques pères, c'est une coutume dans toutes les familles, c'est* mie espèce de loi : lot dictée par l'esprit du monde, c'està-dire par un esprit ou ambitieux ou intéressé: loi reconnue universellement dans le momk , et contre laquelle il est à peine permis aux ministres de l'Eglise et aux prédicateurs de s'élever; loi même communément tolérée par ceux qui devraient s'employer avec plus de zèle à TaboUr, par les directeurs des âmes les plus réformés en apparence et les plus rigides, par les docteurs les plus sévères dans leur motaie, et qui affectent plus de l'être ou de le paraître; enfin^ loi av^iglément suivie par les enfflits, qui n'en connaissent
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[>as encore les pernieieuses conséquences, qui n'ont pas' encore assez de résolution, pour s'opposer aux volontés paternelles; qui se trouvent dans une malheureuse nécessité d'entrer dans la voie qu'on leur ouvre, et d'y marcher. Ce cadet n'a pas l'avantage de l'aînesse ; sans examiner si Dieu le demande ni s'il l'accepte, on le lui donne : cet atné n'a pas été en naissant assez favorisé de la nature, et manque de certaines qualités pour soutenir la gloire de son nom; fiians égard aux vues de Dieu sur lui, on pense, pour ainsi dire,^ à le dégrader; on le rabaisse au rang du cadet, on lui substitue celui-ci ; et pour cela on extorque un consenteipent forcé ; on y fait servir l'artifice et la violence, les caresses et les menaces. L'établissement de cette fille coûterait : sans autre motif, c'est assez pour la dévouer à la religion; mais elle n'est pas appelée à ce genre de vie: il faut bien qu'elle le soit , puisqu'il n'y a point d'autre parti pour elle ; mais Dieu ne la veut pas dans cet état : il faut supposer qu'il l'y veut, et faire comme s'il l'y voulait ; mais elle n'a nulle marque de vocation : c'en est une assez grande que la conjoncture présente des affaires et la nécessité ; mais elle avoue elle-même qu'elle n'a pas cette grâce d'attraits : cette grâce lui viendra avec le temps , et lorsqu'elle sera dans un lieu propre à la recevoir. Cependant on conduit cette victime dans le temple, les pieds et les mains liés, je veux dire, dans la disposition d'une volonté contrainte; la bouche muette, par la crainte et le respect d'un père qu'elle a toujours honoré : au milieu d'une cérémonie brillante pour les spectateurs qui y assistent , mais funèbre pour la personne qui en est le sujet , on la présente au prêtre, et l'on en fait un sacrifice qui, bien loin de glorifier Dieu et de lui plaire , devient exécrable à ses yeux, et provoque sa vengeance.
Ah! chrétiens, quelle abomination! Et fautril s'étonner^ aprèscela, si des familles entières sont frappées de la malédio-.
tion divineTNon, non^ disait Salvien, par une sainte ironie^ nous ne sommes plus au temps d'Abraham, où les sacrifices •des enfants par les pères étaient des actions rares ; rien maiii^ tenant de plus commun que les imitateurs de ce grand Patriarche ; on le surpasse même tous les jours ; car, au lieu d'atteii- .dre, comme lui, Tordre du Ciel, on le prévient : on immole uu enfant à Dieu, et on l'immole sans peine, même avec joie ; ot on rimmole , sans que Dieu le commande , ni même qu'il Tagrée; et on Timmole, lors même que Dieu le défend, et qu'il ne cesse point de dire : iVf exlendas manum super puerwn (Gbn. XXII). Ainsi parlait Téloquent évèque de Marseille, dans Tardeur de son zôle : mais bientôt, corrigeant sa pensée : Je me trompe, mes frères, reprenait-il; ces pères meurtriers ne sont rien moins que les imitateurs d'Abraham ; car ce saint homme voulut sacrifier son fils à Dieu, mais ils ne sacrifient leurs enfants qu'à leur propre fortune et qu'à leur avare cupidiié. Voilà pourquoi Dieu combla Abraham d'éloges et de récompenses , parceque son sacrifice était une preuve de son obéissance et de sa piété; et voilà pourquoi Dieu n'a pour les autres que des repi'oches et des châtiments, parcequ'il se tient justement oiïensé do leurs entreprises criminelles.
Et ne me dites point, mes dters auditeurs, que sans cette voie si ordinaire d'obliger vos enfants à embrasser Télat de TEglise ou celui de la religion, vous êtes dans l'impuissance de les établir. Abus : ce n'est point à moi d'entrer avec vous en discussion de vos affaires domestiques, ni d'examiner ce que vous pouvez et ce que vous ne pouvez pas ; mais c'est à moi de vous dire ce que la loi de Dieu vous ordonne, et ce qu'elle vous défend. Or, que l'impuissance où vous prétendez être soit vraie ou qu'elle soit fausse, jamais il ne sera permis à un père de disposer de ses enfants pour la vocation ; jamais, de leur chercher un patrimoine dans l'Eglise ; jamais, de regarder la religion comme une décharge de sa
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. faimlie; et, fi'ille fiiH, il lirrile Dieu. Qu'il sleslmsie duns un état moios oputent ; ilsen aeront moins exposés ii se pecdne, •«t n'en deviendront que plus fid^es à leurs devoks : qu'il les abandonne à la Providence ; Dieu est ienr père , il en aura soin. C'est ce que Je poiurrais vous répondre ; mais je ne vous dis rien.de tout cela, ^et voici à quoi je m'en tiens : car, quoi qu'd puisse arriver dans ia suite, j'«n reviens toujours à mon principe, qu'il faut être chrétien, fit obéir à Dieu ; que Dieu ne veut pas que la vocation de vos «n&nts dépende de vous, et que vous ne devez point là-dessus vous ingérer dans une fonetion qui ne fut ni ne sera jamais de votre ressort. Voilà ce que je vous déclare, et c'est asaec. Vous me direz : mais ne seiu-t-il point du moins permis à un père de disposer de ses enfants pour le monde? £t inoi , je vous réponds : pourquoi :lui serait41 plus permis d'en disposer pour le monde que pour l'Eglise? eslrce que les états du monde relèvent moins du soaverain domaine 4e Dieu et de sa providence , que ceux de l'Eglise? ^t-ce qu'il .ne faut pas une grâce 4le vocation pour l'état du mariage^ aussi bien que pour celui de la religion ? est-ce que les conditions du siècle n'ont pas autant de liaison que les autres avec le salut? Dès que ce sont 4es états de vie , c'est à Dieu de nous y appeler ; et s'il y en Avait où la vocation paiiit plus nécessaire , je puis bien dire que ce seraient ceux qui engagent à vivre dwis le monde, parœque ce sont sans contredit les plus exposés, parcequeJes dangers y sont beaucoup plus communs, les tentations beaucoup (^us subtiles et plus violentes, et qu'on y a plusde besoin d'être conduit par la sagesse et la graoe du Seigneur. Mais arrêtons-nous f précisément au droit de Dieu. Vous voulez, mon cher auditeur, pousser cet irîné dans ie monde; il faut^iu'il y pa«raisse , qu'il s'y avance , qu'il ysott le soutien de sa, maison : mais que savez-vous si Dieu se se l'est pas réservé? Et si vous le saviez , oseriez-vous lui disputer la préférence? lie
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le sachant pas, peufez-Toas moins faire .que de le cefnsol*' ter là-dessus, que de loi demander quel est son bon plaisir, que de le prier qu'il vous découvre sa divine volonté, que d'employer tous les moyens ordinaires pour la connaître, et de vous y somnettre dès le moment qu'elle vous sera noti-» fiée? Mai» que faites-vous? Vous savez que Dteu veut cet enfant dans la profession religieuse , et vous vous obstinez h lé vouloir dans le monde : vous voilà donc, pour ainsi par-^ 1er, àux prises avec Dieu. Il s'agit de savoir qui des deux en doit être le maître : car Dieu l'appelle à lui, et vous voulez l'avoir pour vous-même : ou- c'est Dieu qui entreprend sur vos droits, ou c'est vou»qui entreprenez sur les droits de Dieu. Or, ditesHinoi, homme vil et faible, quels sont vos droits, au préjudice de votre Dieu , et sur quoi ils sont fondés ; mais en même temps apprenez à rendre aux droits inviolables d'un Dieu créateur, le juste hommage qui lui est dû.
Il y a dans saint Âmbroise un trait bien remarquable : c'est au premier livre des Vierges, où ce Père décrit le com^ bat d'une jeune chrétienne, non pas contre les persécuteurs de la foi , mais contre la chair et le sang , contre ses proches. Elle se trouvait sollicitée, d'une part, à s'engager dans une alliance qu'on lui proposait ; et, de l'autre, inspirée de pren-' dre au pied des autels le voile sacré. Que faites-vous, disait cette généreuse fille à toute une parenté qui la pressait; lié ! pourquoi perdre vos soins à me chercher un parti dans le monde? je suis déjà pourvue : Quié in exquirendU nup^ iHs soUiciteUU animum? jam proviens habeo (ÂHimos.). Vous m'offrez un époux y et j'en ai choisi un autre : donnez-m'en un aussi riche , aussi puisant et aussi grand que le mien , alors je verrai quelle réponse j'aurai à vous iSiire; mais vous ne me présentez rien de semblable : car si celui dont vous me parlez est un homme, et celui dont j'ai Ësiit choix, un Dieu; vouloir me l'enlever, ou m'enlever à lui^
ce n'est pas établir, ma fortune, c'est envier mon bonheur: Non provideiis mihi, sed invidelis (Ahbr.). Paroles, re«> prend saint àmbroise, qui touchèrent tous les assistants : chacun versait des larmes , en voyai\t une vertu si ferme et si rare dans une jeune personne ; et comme quelqu'un se fut avancé de lui dire que si son père eût vécu, il n'eût jamais consenti à la résolution qu'elle avait formée : Ah ! répliqua-t-elle , c'est pour cela peut-être que le Seigneur Ta retiré ; c'est afin qu'il ne servit pas d'obstacle aux ordres du ciel, et aux desseins de la Providence sur moi.
.Non, non, chrétiens, quelque intérêt qu'ait un père de voir un enfant établi selon le monde , il ne peut, sans une espèce d'infidélité, se plaindre de Dieu quand Dieu rappelle à une vie plus sainte ; et traverser cette vocation, ou par artifice , ou par de longues et d'insurmontables résistances, c'est ce que je puis appeler une rébellion contre Dieu et contre sa grâce. Pourquoi tant de soupirs et tant de pleurs , écrivait saint Jérôme à une dame romaine , lui reprochant son peu de constance et son peu de foi, dans la perte qu'elle avait faite d'une fille qui lui était chère, et que le ciel lui avait ravie ? Vous vous afUigez , vous vous désolez ;,mais écoutez Jésus-Christ même qui vous parle , ou qui peut bien au moins vous parler de la sorte : £h quoi ! Paule, vous vous laissez emporter contre moi,xparceque voti'e fille est présentement toute à moi ; et par des larmes criminelles que vous répandez sans mesure et sans soumission , vous ofiensez le divin Epoux qui possède le sujet de votre douleur et de vos regrets : Jrasceris, Paula, quia filia tua mea facta est , et rebellibw lacrymis facis injuriam possidenii ( HiERON. ). Beau reproche, mes chers auditeurs, qui ne convient que trop à tant de pères chrétiens ! Et ne pensez pas que ce soit une bonne raison à y opposer, de me répondre que ce fils est le seul qui vous reste d'une ancienne et grande famille , et que sans lui elle va s'éteindre ; comme
si Dieu était obligé de s^acoommoder à vos idées mondaines ; ' comme si la conservation de votre famille était qjuelque chose de grand, lorsqu'il s'agit des volontés de Dieu; comme si, tôt ou tard , toutes les familles ne devaient pas fmir, et que la vôtre pût avoir une fln plus honorable que par l'exécution des ordres du Seigneur votre Dieu.
Voilà, chrétiens, ce qui regarde l'intérêt de Dieu. Que serait-ce, si je m'étendais sur celui de vos enfants, et sur l'injustice que vous leur faites, quand vous disposez d'eux, au préjudice de leur liberté, et conimunément au préjudice de leur salut? Car, hélas ! le seul droit qu'ils aient indépendamment de vous, c'est de disposer d'eux-mêmes, avec Dieu, sur ce qui concerne leur ame et leur éternité : et ce droit unique, vous le leur ôtez, ou vous les empêchez de s'en servir. Droit, au reste, le plus juste, puisqu'il est autorisé par toutes les lois , approuvé par toutes les coutumes, appuyé de toutes les raisons, tiré de tous les principes de la nature, fondé sur toutes les maximes xle la religion, et par conséquent inviolable. Prenez garde à ceci, s'il vous plaît. Oui, toutes les lois l'autorisent: les unes favorisant , par toutes sortes de voies, la liberté des enfants, je dis une liberté raisonnable; les autres réprimant, par les plus grièves censures , les fausses prétentions de pères et de mères qui voudraient attente^ à cette liberté et en troubler l'usage : celles-ci permettant aux enfants de disposer d'eux-mêmes pour l'état religieux, dans un âge où du reste ils ne peuvent disposer de rien ; ce qu'on ne peut condamner, remarque le docte Testât, sans préférer son jugement à celui de (oute l'Eglise, qui l'a ordonné de la sorte : celles-là ratifiant la profession solennelle du voeu de la religion , faite à Tinsu même des parents, qui par nul moyen ne la peuvent invalider : enfin, ce qui est essentiel, n'y ayant jamais eu de loi, ni ecclésiastique, ni civile, qui ait obligé un enfant d'en passer par le choix el la volonté de §on père, en fait d'état;
abandonniez TOtre mère? mais cela parait contraire à la piété : que vous demeuriez avec elle? mais il n'est pas juste qu'une mdle complaisance vous fasse perdre votre ame : que vous soyez tout ensemble, et à Jésus-Christ et au monde? mais, selon TEvangile, ou ne peut être à deux maîtres. Ce que veut votre mère est opposé à votre salut, et par une suite nécessaire , au sien même. Prenez donc maintenant votre parti , et choisissez , ou de satisfaire seulement à sa volonté, ou de pourvoir au salut de tous les deux : mais si vous Taimez, quittez-la pour Tamour d'elle-même, de peur que vous retenant auprès d'elle et vous faisant quitter Jésus- Christ, elle ne se perde avec vous et pour vous : car comment ne se perdrait-elle pas, en vous faisant perdre la vie de l'ame, après vous avoir donné la vie du corps-? Et tout ceci, ajoute le même Père, je vous le dis, pour condescendre à votre faiblesse ; car l'oracle y est exprès, et ce devrait être assez de vous en rappeler le souvenir, que, quoiqu'il y ait de l'impiété à mépriser sa mère, il y a de la piété à la mépriser pour Jésus-Christ.
Ah ! chrétiens, profitez de ces grandes instructions. Dans la conduite de vos familles, respectez toujours les droits de Dieu , et jamais ne donnez la moindre atteinte à ceux de vos enfants ; laissez-leur la même liberté que vous avez souhaitée, et dont peut-être vous avez été si jaloux ; faites pour eux ce que vous avez voulu qu'on fît pour vous ; et si vous avez sur cela reçu quelque injustice, ne vous en vengez pas sur des amès innocentes qui n'y ont eu nulle part,, et qui d'ailleurs vous doivent être si chères ; ayez égard à leur salut , qui s'y trouve intéressé , et ne soyez pas assez cruels pour le sacrifier à vos vues humaines ; ne vous exposez pas vous-mêmes à être un jour l'objet de leur malédiction , après avoir été la source de leur malheur ; car leur malédiction serait efficace , et attirerait sur vous celle de Dieu. Si vous ne pouvez leur donner d'amples héritages, et
s*ils n*ont pas de grands biens à posséder, ne leur-ôtez pas au moins, si je Fose dire, la possession d'eux-mêmes : Dieu ne vous oblige point à les fiiire riches, mais il vous ordonne de les laisser libres. Hé quoi , me répondrez-vous , si des enfants inconsidérés et emportés par le feu de l'âge font un mauvais choix, faudra-t-41 que des pères et des mères les abandonnent à leur propre conduite, et qu'ils ferment les yeux à tout? Je ne dis pas cela, mes chers auditeurs, et ce n'est point là ma pensée, comme je dois bientôt vous le faire voir. Si cet enfant choisit mal, vous pouvez le redresser par de sages avis; s'il ne les écoute pas, vous pouvez y ajouter le commandement ; et s'il refuse d'obéir, vous y pouvez employer toute la force de l'autorité paternelle : car tout cela n'est point disposer de sa personne ni de sa vocation, mais, au contraire , c'est le mettre en état d'en mieux disposer lui-même. J'appelle disposer de la vocation d'un enfant, lui marquer précisément l'état que vous voulez qu'il embrasse, sans examiner s'il est ou s'il n'est pas selon son gré ; j'appelle disposer de la vocation d'un enfant, le détourner d'un choix raisonnable qu'il a fait avec Dieu, et former d'insurmontables difficultés pour en arrêter l'exécution ; j'appelle disposer de la vocation d'un enfant, abuser de sa crédulité, pour le séduire par de fausses promesses, pour lui faire voir de prétendus avantages qu'on imagine , et pour le mener insensiblement au terme où l'on voudrait le conduire; j'appelle disposer de la vocation d'un enfant, laisser de longues années une fille sans l'établir, n'avoir pour elle que des manières dures et febutantes, exercer par mille mauvais traitements toute sa patience , jusqu'à ce qu'elle se soit enûn dégoûtée du monde, et que, d'elle-même, elle ait pris le parti de la retraite : voilà, dis-je, ce que j'appelle disposer de la vocation des enfants, et voilà ce que Dieu défend. Que lui répondrez-vous un jour, quand il vous reprochera de vous être opposé à .ses desseins , dans la conduite d'une
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maisoQ.qu'ii vous avait confiée? quand il vous demandera compte, non point du sang, mais de Tame de cet enfant qu'il voulait sauver, à qui il avait préparé pour cela toutes les voies, et que vous eu avez éloigné, que vous avez égaré, que vous avez perdu? Que rép(Hidrez*vous à vos enfants mêmes? Car ils s'élèveront contre vous, et ils deviendront vos accusateurs, comme vous aurez été leurs tentateurs et leurs corrupteurs. Non pas , encore une fois , que vous ne puissiez les diriger dans le choix qu'ils ont à faire, que vous ne puissiez les conseiller , les exhorter , user de tous les moyens que Dieu vous a mis en main, pour les préserver des écueils où une jeunesse volage et sans réflexion se laisse entraîner. Je dis plus, et je prétends même que non-seulement vous le pouvez, mais que vous le devez; et c'est sur quoi j'étahlis l'autre proposition que j'ai avancée; savoir, que, s'il ne vous est pas permis de déterminer vos enfants à un état, vous êtes néanmoins responsables à Dieu de l'état auquel ils se déterminent. Encore quelques moments de votre attention pour cette seconde partie.
SECONDE PARTIE
C'est un principe reçu dans toute la morale, que nous devons, autant qu'il dépend de nous, garantir les clioses ou nous sommes obligés de nous intéresser et de prendre part; et qu'à proportion de la part que nous y avons et de Tintérêt qui nous y engage, nous en devenons plus. ou moins responsables. Cette maxime est évidente, et j'en tire la preuve de ma seconde proposition. Car, quoiqu'il ne soit pas au pouvoir des pères de déterminer à leurs enlants le choix d'une vocation et d'un état, ils ne laissent pas néanmoins d'intervenir à ce choix, d'y participer, d'y avoir un droit de direction et de surveillance , non-seulement en qualité de pères, mais beaucoup plus en qualité de pères chrétiens;
d'où il faut conclure qu'ils doivent donc réposâre de ee choix, et que Dieu peut sans injustice leur en faire rendre compte. Quelques questions, que je vais résoudre d'abord, serviront à éclaircir ce point.
On demande, en général, si, dans certains états, surtout dans ceux qui ne sont pas de la perfection évangélique, un enfant est maître de contracter un engagement et de se lier, sans Taveu et la participation de ses parents : il ne le peut , chrétiens , mais il est de son devoir, et d'un devoir rigoureux, de les consulter, d'écouter leurs remontrances « d'y déférer autant que la raison le prescrit. Car, disent les théologiens , Thonneur dû aux pères et aux mères est un commandement exprès de Dieu : or, de n'avoir nul égard à leurs sentiments, de ne se point çnettre en peine d'en être instruits, d'agir sur cela dans une pleine indépendance, et de n'en vouloir croire que soinaoême, ce serait un mépris formel de leur autorité ; et ce mépris , dans une matière aussi importante que Test le choix de l'état, doit être regardé comme une griève transgression de la loi divine. On demande en particulier, si, dans un certain âge déjà avancé, un enfant peut, sans que le père en soit informé, et sans requérir son consentement , conclure un mariage où la passion le porte; s'il le peut, dis-je, en sûreté de conscience? Non, répondent les docteurs; et s'il le fait, le père est en droit de le punir selon les lois, et de le priver de son héritage ; peine censée juste , et qui, par conséquent, suppose une offense. On demande si le père, voyant son fds embrasser un parti, qu'îl^juge selon Dieu lui être pernicieux, peut se taire sur cela, et par son silence y coopérer en quelque sorte, et l'autoriser ? Ce serait, suivant la décision de tous . les maîtres de la morale, un crime dans lui ; et si là-dessus il dissimule, s'il n'y fait pas toutes les oppositions nécessaires, il se rend prévaricateur. De là il s'ensuit donc que les pères, sans disposer de leurs enfants, ont néanmoins pai't
3d4 SERMON
à leur choix, en plusieurs manières : par exhoHation , par conseil, par tolérance, par consentement, par droit d'opposition et de punition. Et voilà, chrétiens, le fondement de la vérité que je vous prêche. Car si Dieu ne vous avait pas engagés à lui garantir le choix que font vos enfiaints, pourquoi seriez-vous criminels, lorsque vous manquez à employer ou la voie de Tautorité, ou celle du conseil et de Tinstruction, pour les aider à hien choisir? Pourquoi serait-ce dans vous une tolérance condamnable, quand vous les abandonnez à eux-mêmes, et que vous les^ laissez choisir impunément et inconsidérément ce que vous savez ne leur pas convenir et leur devoir être nuisible? Pourquoi pourriez-vous vous opposer à leur choix, traverser leur choix, les punir de leur choix , s'il est contre votre gré , et qu*à votre égard ils ne se soient pas acquittés des soumissions ordinaires? Dieu sans doute ne vous a donné ce pouvoir qu'à raison des charges qui y sont attachées ; et de tous ces devoirs qu'il a imposés à vos enfants^ résulte en vous une obligation naturelle de répondre d'eux et de leur état. Si donc il arrive qu'ils s'égarent, ou parceque vous n'avez pas pris soin de les éclairer, ou parceque vous n'avez pas eu la force de leur résister, ou parcequ'une lâche tolérance vous a fait même seconder leurs désirs insensés. Dieu n'a-t-îl pas droit de s'en prendre à vous, et de vous dire : Rendezmoi compte, non-seulement de vous-même, mais de ce fils, mais de cette fille, auprès de qui vous deviez être, en qualité de père, mon ministre, pour leur servir de guide et de conducteur. Et certes, chrétiens, qui ne sait pas qu'un père est responsable à Dieu de l'éducation de ses enfants? Or, dans l'éducation des enfants , qu'y a-t-il de plus essentiel que la condition où ils doivent entrer, et la ^rme de vie sur laquelle ils ont à délibérer?
Développons encore ceci et mettons-le dans un nouveau jour, pour le rendre plus instructif et plus pratique. Le
choix d'un état, dit saint Bonaventure, peut être mauvais en trois manières : ou par lui-même , parceque Tétat est contraire au salut, du moins très dangereux ; ou parceque celui qui embrasse Fétat est incapable de le soutenir ; ou parceque tout honnête qu'est Tétat que Ton choisit , tout propre qu'on est à en remplir les fonctions, on n'y entre pas néanmoins, si je puis ainsi m'exprimer , par la porte de l'honneur, ni par les voies droites. Prenez-garde: je dis d'abord, choix d'un état mauvais par lui-même , ou du moins très dangereux : j'en donne un exemple, c'est celui de saint Matthieu. Qu'était-ce que cet apôtre, avant qu'il eût été appelé et converti par Jésus-Christ? c'était un publicain; et il faut bien dire que cet emploi, qui consistait à lever certains déniées publics, s'exerçait alors communément contre la conscience, puisque Jésus-Christ dans l'Evangile , parlant du royaume des cieux, mettait les publicains au même rang que les femmes perdues : Publicani et merelrices. C'est la remarque de saint Jérôme : à quoi saint Grégoire en ajoute une autre. Car les apôtres après leur conversion reprirent leur première forme de vie et retournèrent à leur pêche : il n'y eut que saint Matthieu qui, absolument et pour toujours, abandonna sa recette. D'où vient cette différence, demande saint Grégoire, sinon parceque l'emploi de saint Pierre et des autres apôtres était innocent, et que celui de saint Matthieu l'engageait au moins dans un péril certain et très présent? Si donc il y avait de semblables professions dans le monde, je m'explique ; s'il y avait, ce que je n'examine point et ce que j'aurais peine à penser ; si , dis-je, il y avait de ces états où, selon l'estime commune, il fût moralement impossible de se conserver et d'être chrétien, un père qui craint Dieu pourrait-il permettre qu'un fils s'y jetât en aveugle et qu'il y demeurât? Ah! mes chers auditeurs, bien loin de l'approuver, de l'autoriser, de le tolérer, il ferait tous ses efforts pour lui en inspirer de
riiorreur et pour Ten éloigner; il lui dirait comme le saint homme Tobie : Prenons confiance , mon fils, nous serons toujours assez riches si nous avons la crainte du Seigneur; préférons-la à tous les trésors de la terre, et ne consentons jamais pour des biens temporels à perdre ni même à risquer des biens éternels : Satis multa bona habebimus, $i limuerimm Deum (ToB. IV). C^est ainsi qu^il lui parlerait, ou qu'il lui devrait parler. Mais s'il se laissait dominer et conduire par l'intérêt ; si dans la vue d'une fortune temporelle et d'un gain assuré, prompt, abondant, il agréait le choix que fait son fils d'une profession au moins dangereuse, selon Dieu; s'il était le première lui en procurer l'entrée, à le favoriser, à le seconder dans ses poursuites , à lui chercher pour cela des intercesseurs et des patrons, qui peut douter que par là il ne se chargeât de toutes les suites funestes qu'il y aurait à craindre; que par là le père ne se rendît coupable de tous les désordres du fils ; que la damnation de ce jeune homme ne lui dût être imputéof", et que ce ne fût un des principaux articles sur quoi il aurait à se justifier devant le tribunal de Dieu? N'en disons pas làdessus davantage : c'est à vous, chrétiens, à faire l'application de cette morale, et à voir dans l'usage du siècle présent quelles conséquences vous en devez tirer. Avançons.
Outre que le choix d'un état peut être mauvais dans la substance, il l'est encore plus souvent par rapport au sujet, c'est-à-dire parceque celui qui fait ce choix est indigne de l'état qu'il choisit, n'a pas pour cet étal toutes les qualités requises, et se trouve absolument incapable d'en accomplir les devoirs. De là cette corruption générale que nous voyons dans le monde et. dans toutes les conditions du monde, de là tant d'abus qui se sont introduits et qui régnent dans l'Eglise; delà ce dérèglement presque universel dans l'administration des charges, et surtout dans la dispensation de la justice ; de là presque tous les maux doot la so-
SUR LE DEVOm DES PÈRES, ETC. 507
ciété de» hcnaines^est trooblée : mais de là même auBsipoor les pères un fond d'obligation qui doit les faire trembler, une malière^infinie de péchés , une sourceinépuisable de scru* pules, un de^ comptes les plus terribles qu'ils aient à rendre. Car si nous remontons au principe, et que nous examinions bien ce qui cause un tel renversement dans tous les états de la vie, et d'où viennent tous ces désordres que nous délierons assez, mais que nous ne corrigeons pas, nous reconnaîtrons qu'ils doivent être communément attribués aux pères qui, sans égard à l'incapacité de leurs enfants, les ont eux-mêmes placés dans des rangs, et leur ont confié des ministères dont le$ fonctions étaient au-dessus de leurs forces et de leurs talents. En effet , si ce père n'eât poiftt traité de cette charge dont il a pourvu son fils, ce Gis ne serait rien aujourd'hui de ce qu'il est ; et, n'étant point ce qu'il est, il n'abuserait pas d*une puissance qu'il a reçue sans la pouvoir exercer; il ne ferait pas servir l'autorité dont il est revêtu aux vexations, aux violences, aux injustices que le public ressent et qui le font souffrir. 11 a donc été possible au père de prévenir et d'arrêter de si fâcheuses conséquences. Instruit des dispositions de ce jeune homme, il pouvait, au lieu de l'élever si haut ou de l'aider à y parvenir , lui refuser pour cela ses soins et son secoui*s ; nonseulement il le pouvait , mais il le devait : et qui s'étonnera que Dieu là-dessus entre en jugement avec lui, et qu'il lui en fasse porter la peine ?
Voilà néanmoins, mes chers auditeurs, l'abus de notre siècle. Le zèle des pères pour leurs enfants ne va pas à les voir capables d'être employés, mais il leur sufiit qu'ils soient employés : il faut pour cet aîné tel office ; cela se supj)ose comme un principe. Y a-t-il de quoi en faire les frais? c'est ce qu'on examine avec toute l'attention nécessaire : cette avance une fois faite, restera-t-il assez de fonds pour toutes les autres dépenses? c'est ce que l'on suppute très exacte*
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ment : mais d'ailleurs cet enfaut que Ton veut aio^ pousser, e^t-il propre à remplir la place qu'on lui destine ? ia chose ne se met pas en délibération : s'il en a le mérite, à la bonne heure ; s'il ne l'a pas , sa charge lui en tiendra lieu. Mais on sait bien qu'il ne l'a pas en effet, et l'on ne peut espérer qu'il l'acquière jamais ; on le sait, et on agit toujours comme si on ne le savait pas. Car où sont maintenant les pères qui ressemblent à cet empereur de Rome , lequel exclut authentiquement son fils de l'empire , parcequ'il n'y trouvait pas les dispositions requises pour en soutenir le poids? Ce jeune homme est de telle famille, où telle dignité est héréditaire; dès là son sort est décidé , il faut que le fils succède au père. Et de cette maxime que s'ensuit-il ? vous en êtes tous les jours témoins : c'est qu'un enfant à qui l'on n aurait pas voulu conûer la moins importante affaire d'une maison particulière, a toutefois dans ses mains les affaires de toute une province et les intérêts publics. Il peut prononcer coiïlme il lui plaît, ordonner selon qu'il lui plaît, exécuter tout ce qu'il lui plaît : on en souffre, on en gémit, le bon droit est vendu, toute la justice renversée; c'est ce qui importe peu à un père , pourvu qu'il n'en ressente point le dommage, et que ce iils soit établi. Car voilà comment raisonnent aujourd'hui la plupart des pères , ignorant leurs obligations, ou négligeant d'y satisfaire, se persuadant que tout est fait dès qu'un enfant se trouvé placé, s'imaginant que c'est en cela que consiste la grandeur du monde , et du reste se flattant qu'il y a une providence générale , pour sup> plécr à tout ce qui pourrait manquer de leur part. Oui , chrétiens, il y en a une , n'en doutez point; mais c'est une providence rigoureuse , pour punir tous ces manquements dans vos personnes, avant que d'y suppléer dans l'ordre de l'univers. Il y en a une, mais c'est une providence de justice, et non de miséricorde , pour vous demander raison de tous les maux que vous pouviez arrêter dans leur source, et que
SUR LE DEVOIR DES PÈRES, ETC. : 39$r
vous avez permis , que vous avez causés , que vous avez perpétués. Il est vrai , FEcriture nous dit dans un sens qu'au tribunal de Dieu chacun répondra pour soi et rien davantage, que le fardeau de Fun ne sera pas le fardeau de Fautre, et que chacun portera le sien; mais il n'est pas moins vrai que la même Ecriture dans un autre sens nous avertit que Dieu fera retomber sur le père l'iniquité du Gis , que le ju-* gement du père ne sera point séparé de celui du fils, que le fils sera condamné par le père , et le père par le fils. Deux oracles partis Tun et l'autre de la vérité même , par conséquent Tun et l'autre infaillibles ; deux oracles opposés , ce semble, l'un à l'autre, et qui néanmoins ne se contredisent en aucune sorte ; mais oracles que vous ne concilierez jamais qu'en reconnaissant à quoi vous engage la qualité de pères, et quel crime vous commettez quand un amour aveu* gle pour des enfants ou quelque autre vue que ce puisse être^ vous fait coopérer à leur choix, malgré leur insuflisance !qui vous est connue , et la disproportion qui se rencontre entre leur faiblesse et les ministères qu'ils prétendent exercer.
Mais si le choix enfin n'est mauvais ni en lui-même ni à l'égard du sujet , est-ce assez ? Non, chrétiens : car j'ajoute qu'il peut être mauvais par rapport aux moyens , et que c'est encore ce qui doit exciter toute votre vigilance. Je le veux : cet état par lui-même n'a rien qui blesse, ni les règles de l'honneur, ni les droits de la conscience; on y peut être chrétien et vivre en chrétien. Je vais plus loin , et je conviens même avec vous de tout le mérite de cet enfant : mais fût-il doué de mille qualités, le mérite n'est pas toujours la porte par où l'on trouve accès et par où l'on s'introduit soit dans l'Eglise, soit dans le monde. Il y a de plus d'autres moyens auxquels on est souvent obligé d'avoir recours ; et parmi ces moyens il y en a de légitimes qui sont permis, et d'injustes que la loi défend : or, dans le chbix des uns et des autres, laisser les moyens permis, parcequ'ils ne sqfliseiit
pas, parceqii^ils ne sont pas assee prcympt^, p&reeqn^on ne lés a pas; et prendre des Toies criminelles qui, tout indirectes qu'elle» sont, conduisent néanmoins an terme et pins sûrement et pltis vite : Yoilà une des plus ordinaires et des 'plus grandes iniquités du siède. De vous en faire voir l'injustice, de déplorer avec vous la triste décadence où nous sommes là-dessus tombés en ces derniers temps, et de regretter Tancienne probité des premiers âges , ce n'est point précisément mon sujet. Mais ce qui me regarde et ce que je ne dois pas omettre , ce qui demande toute Tardeur de mon zèle et toute la force de la parole évangélique , c'est que des pères ouvrent eux-mêmes à leurs enfants de telles ^ routes pour s'établir et pour s'avancer. Car voilà de quoi nous avons sans cesse de tristes exemples. On veut que ce fils parvienne à certain degré dans le monde , et pour cela quelles intrigues n'imagine-t-on pas? quelles cabales ne forme-l-on pas? à quels excès ne se porte-t-on pas contre des concurrents qui se présentent et qui font ombrage? On jette les yeux sur certain parti pour cette fille ; et afin de mieux engager celui-ci, le dirai-je? quelles libertés ne donne-t-on pas à celle-là? quelles entrevues ne lui permeton pas? à quel péril ne Fexpose-t-on pas? Ce sont, ditesvous, les moyens de réussir, et tout demeure sans cela : mais sont-ce des moyens que Dieu approuve? sont-ce des moyens que l'Evangile autorise? sont-ce des moyens que Téquité même naturelle inspire, et avec lesquels elle puisse concqurir? Par conséquent , sont-ce des moyens qu'un père puisse suggérer à ses enfknts , oti un père puisse prêter la mains à ses enfants, dont un père puisse donner l'exemple à SCS enfants ? Si donc il se laisse aveugler par sa passion , jusqu'à les voir tranquillement et sans nulle résistance de sa part , suivre de pareilles voies , jusqu'à les leur tracer lui-même et à les y conduire , en participant aux crimes de sesenftnts, ne ée^t^i.pas s'attendre à être compris dans
i'^arrêt que Dieu prononcera contre eux, et y a-t-ii une excuse légitime qui Ten puisse préserver ?
Ah ! mes cliers auditeurs, ne sera-ce pas assez d'être chargés de nous-mêroes et d'avoir à répondre de noustuêmes? ne sera--ce pas même encore trop pour notre faiblesse? Mais à regard des pères et des mères, il n'est pas possible que le jugement de Dieu se réduise là , et par une triste nécessité et un engagement inévitable, il faut qu'il passe plus loin. Car un père ne peut répondre de lui-même, siins répondre de ses enfants, puisqu'il n'aura été bon père selon Dieu , ou père criminel , qu'autant qu'il aura rempH nos devoirs dans la conduite de sa famille, et en particulier dans celle de ses enfants , ou qu'il les aura négligés. Dieu donne l'autorité aux pères : c'est aûn qu'ils l'emploient, et pour les juger selon l'usage qu'ils en auront fait. Dieu leur donne des grâces particulières et propres de leur état : c'est afm qu'ils s'en servent, et non pas pour^ qu'elles demeurent inutiles dans leurs mains. Tout ce que j'ai dit au reste du choix de vos enfants et du compte que vous en rendrez à Dieu, ne doit point s'entendre de telle sorte qu'il ne vous soit pas permis de les avancer dans des emplois convenables, ou de l'Eglise, ou du monde , quand Dieu les y appellera. Car bien loin de vous en faire un crime, je prétends au contraire que c'est une de vos obligations ; et jamais je n'approuverai l'indifférence,* pour ne pas dire la dureté de ces pères et de ces mères, qui, tout occupés d'euxmêmes et ne voulant se dessaisir de rien , laissent languir de jeunes personnes sans établissement , et leur fout manquer les occasions les plus favorables. Aiais mon dessein est d'exciter en vous un saint zèle de la perfection de vos en- &uts, dont Dieu vous a commis le soin, et qu'il soumet à \otre discipline ; de vous faire travailler , tandis qu'ils sont €iMX)i^ sous, la main paternelle, à les instniire, à les former, k les rendre capables , intelligents « dignes des places
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où selon leur naissance ils peuvent aspirer. Or , il n'y a poinl pour cela de plus puissant motif que de vous dire à vous-mêmes : ou il faut que mes enfants soient exclus de tout, et qu'ils mènent une vie obscure et sans emploi , ou il faut que je m'applique à les dresser , afin qu'ils puissent devenir quelque chose, et faire quelque chose dans la vie; ou si je veux les pousser sans nulle disposition de leur part et malgré leur incapacité, il faut ({lie je me damne avec eux. Qu'ils soient exclus de tout<| ce serait pour eux une honte et un reproche pour moi; que je me damne avec eux, ce serait une extt'ême folie et le souverain malheur. La conséquence est donc que je n'oubhe rien , mais que j'use de toute mon adresse et de tout mon pouvoir de père , pour leur faire acquérir les qualités et de l'esprit et du cœur dont ils pourront dans la suite avoir besoin, selon les états où la Providence les a destinés. Car , d'espérer que Dieu en les appelant fasse par lui-même tout le reste, et qu'il leur donne des connaissances infuses , c'est compter sur un miracle , et renverser Tordre que sa sagesse a établi dans le gouvernement du monde. Et de prétendre que Dieu ne m'impute pas tout ce qui leur manquera et qu'ils pourraient recevoir de moi , c'est ignorer un de mes premiers devoirs et me tromper moi-même. Voilà , chrétiens , ce qu'il faut bien méditer. Il n'y a rien là qui ne soit d'une conséquence infinie, et qui ne doive vous faire trembler si vous le négligez ; mais j'ajoute aussi qu'il n'y a rien qui ne soit d'un mérite très relevé, et qui ne doive vous consoler, si vous vous y rendez fidèles et si vous l'observez. •
La qualité de pères vous impose de grandes obligations, mais en môme temps elle vous donne lieu d'amasser de grands trésors pour le ciel. Car qui ne sait pas ce que coûte la conduite et l'éducation des enfants , combien dliumeurs il faut supporter , combien d'écarts il faut pardonner, combien de faiblesses il faut ménager, combien de précautions
il faut prendre pour les instruire sans les fatiguer, pour les tenir sous la règle sans les rebuter, pour leur faire (Viitiles répréhensions sans les révolter? Or, rien de tout cela n'est perdu devant Dieu, et c'est en cela même que doit consister devant Dieu votre principale liberté. Vos enfants profiteront de vos soins, ou ils n'en profiteront pas. S'ils n'en profitent pas, il est vrai , ce sera une peine pour vous et une peine sensible; mais du reste vous en serez quittes auprès de Dieu et auprès d'eux. S'ils en profitent et que Dieu, comme vous pouvez l'espérer, bénisse votre vigilance et votre zèle , quelle consolation pour vous en ce monde de voir votre famille dans l'ordre , et surtout quel bonheur un jour de vous retrouver tous ensemble dans la gloire que je vous souhaite, etc.
SUR L'ÉTAT DE VIE ET LE SOIN Df S'Y PERFECTIONNER,
Pharisœus stans, hœc apud se orahat : Deus, grattas iibi ago, quia non sum sicut cœteri hominum.
Le pharisien se lenaol debout, faisait intérieurement cette prière : Seigneur, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme le
reste des hommes. ,
Luc. XVIII.
Jamais Torgueil et Tesprit ambitieux se fit-il mieux connaître que dans l'exemple de ce Pharisien? Toute sa prière
consiste à s'élever lui-même, et à rendre grâces au ciel d'un avantage imaginaire qu'il prétend avoir, et qu'il n'a point en effet reçu. Car bien loin d'être, ainsi qu'il le pense, au-dessus du reste des hommes; sa seule présomption suffit pour le rabaisser devant Dieu aux derniers rangs, et pour le mettre infiniment au-dessous de cet humble puMicain qu'il méprise. Encore, remarque saint Augustin, s'il se contentait de dire, je ne suis pas comme quelques-uns des hommes ; mais en disant sans exception, comme les autres hommes, il se préfère à tous les hommes en général, et pour se glorifier il les condamne : Non sum ticul cœteri hominum. Aussi quelle place prend-il dans le temple et en quelle posture s'y fait-il voir? Au lieu que le pnblicain demeure à la porte et ne se croit pas digne de pénétrer plus avant , le Pharisien approche du sanctuaire, et va jusqu'au pied de l'autel , au lieu que l'un baisse les yeux par respect et se prosterne contre terre, l'autre se tient debout et lève la tête ; Pharlsceus aulem slans. Voilà , mes chers auditeurs, le caractère de l'ambition; elle veut toujours monter, toujours s'avancer ; elle ne rougit de rien, et sans égard à la faiblesse du sujet qu'elle possède, et à qui elle inspire de se pousser où dans l'Eglise ou dans le monde,, il n'y a point de projets si téméraires qu'elle ne lui fasse concevoir, ni de si hautes espérances dont elle ne le flatte. Damnable et audacieuse passion dont je voudrais réprimer les attentats criminels. Mais avant que de vous proposer mon dessein, adressons-nous à cette Vierge qui, par son humilité a, pour ainsi dire, commencé la rédemption du monde, et suivons-la avec les paroles de l'ange. Ave,
C'est par le plus sage et le plus adorable de tous les conseils, que Dieu créant le monde et voulant y établir une ^ société d'hommes vivant ensemble, et destinés à converser i les uns avec les autres, y a distingué divers états, et leur a
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assigné leurs fonctions et leurs devoir. Suivant cette Providence, il y a des conditioçis supérienres, et il y en a do subordonnées ; il y en a d'éclatantes, et il y en a d'obscures, toutes réglées par la sagesse divine et nécessaires pour mûnteiitr la paix suif la terre, et le boa ordre. Car ssai» cette diversité qui met Tun en pouvoir de commander, et qui tient Tautre dans la dépendance, qui fait paraître celuilà dans la splendeur, et qui réduit celui-ci à demeurer dans les ténèbres, quel renversement verrait-on dans le monde, et que serait-ce que Fa société humaine? Mais cette disposition générale de la Providence ne suffisait pas, et il eu tâUait encore une plus particulière. Je veux dire qu'entre ces différentes conditions il fallait que Dieu, selgn ses desseins et ses vues de prédestination , marquât à chacun des hommes et lui déterminât Fétat particulier où il rappelait. Or, c'est ce que Dieu a fait : tellement qu'il n'y a point! d'homme qui n'ait une vocation propre , qu'il doit tâche»! de bien connaître, et qu'il est indispensablement obligé de suivre. Cependant, chrétiens, voici le désordre de l'ambition : elle nous tûre de cette route où Dieu voulait nous conduire, et elle nous fait prendre une vote plus conforme aux désirs de notre cœur et à l'orgueil dont il se laisse enfler; elle nous porte à un rang où nous ne devons point aspirer, puisqu'il est au-dessus de notre état, et elle nous entretient d^s une négUgence entière des obligations de j notre état, où néanmoins nous devons vivre et nous per- ( fectionner. En deux mots qui vont faire le partage de ce discours : on veut être ce qu'on n'est pa$, c'est de quoi j'ai à vous parler dans la première partie ; et l'on ne veut pas être ce qu'on est, c'est sur quoi je vous instruirai dans la seconde partie. Ne point chercher à être ce qu'on n'est pas,, et travailler à être parfaitement ce qu'on est, voilà le fond de rhumilité chrétienne, et le sujet de votre attention.