PREMIÈRE^ PARTIE
Saint Augustin dit un beau mot: que les secrets de Dieu doivent nous imprimer du respect, doivent nous rendre attentifs à les considérer, doivent nous exciter à en faire la recherclie, autant que l'humilité de la foi nous le permet; mais qu'ils ne doivent jamais trouvter d'opposition dans nos esprits, et qu'il ne nous appartient pas d'en vouloir juger ni d'entreprendre de les contredire : Secretum Dei intentas nos habere débets non adversos (August.). Voilà, mes chers auditeurs, une maxime bien chrétienne et bien importante; •car un des plus grands désordres de notre esprit est de se révolter d'd)ord contre tout ce qui parait contraire à nos lumières et à nos vues ; et c'est de ce principe que procèdent toutes les erreurs où nous tombons à l'égard de Dieu : or, écoutez comment je me sers de la maxime du
saint docteur, fH)ur établir ma première proposition touchant ce partage si inégal des biens et des maux de cette vie, qui fait que les justes souffrent, pendant que les impies prospèrent. Je prétends qu'il n'y a rien en cela qui doive troubler notre foi; et en effet, quand je ne verrais nulle raison de cette conduite de Dieu, quand ce serait un abîme 01^ je ne découvrirais rien , et que mon esprit s'y perdrait, ma foi n'en devrait point être altérée, et tout ce que j'aurais à faire, ce serait de m'écrier avec saint Paul, d aUitudo! et de reconnaître que c'est un secret de la Providence que je dois adorer, et non pas pénétrer. Ainsi quand je ne conçois pas l'auguste et incompréhensible mystère d'un Dieu en trois personnes, je ne crois pas dès lors avoir droit de le révoquer en doute ; je ne crois pas pouvoir conclure : il n'y a donc point de Dieu, il n'y a donc point de souverain Etre ; mais je conclus que ce souverain Etre est au-dessus de toute intelligence humaine, et je n'en demeure pas moins inviolablement attaché à ma créance. Pourquoi ne serais-je pas ici le même? et quand il s'agit d'un point qui regarde la providence de Dieu et sa conduite dans le gouvernement du monde, pourquoi en voudrais-je douter, et pourquoi me troublerais-je, parceqde je ne le comprends pas?
Car enfin , j'ai d'ailleurs mille preuves qui me convainquent qu'il y a une Providence dans l'univers et que tout ce qui arrive sur la terre est de l'ordre de Dieu. Je n'ai qu'à ouvrir les yeux, je n'ai qu'à contempler le ciel, je n'ai qu'à considérer tontes les créatures; il n'y en a pas une qui ne me rende témoignage dé cette vérité, et qui n'en soit pour moi ' une démonstration. Les païens et les barbares l'ont reconnue , et je serais plus infidèle que les infidèles mêmes si je refusais de m'y soumettre : cependant contre tous ces témoignages il se forme une difficulté dans mou esprit. S'il y a une Providence, me dis-je à moi-même, comment souifre-t-elle que les justes soient opprimés, et les impies
exaltés? Voilà ce qui me foit peine. Or, je vous demande, chrétiens, est-il raisonnable que. pour cette seule difficulté, je me départe d'un principe de foi aussi infaillible et aussi solidement établi que Test celui d'une Providence ; et que parcequ'il y a un certain point oii la conduite de cette Providence sur les hommes me parait (^scure, je la tienne pour douteuse, et j'ose même absolument la rejeter? N'estil pas plus juste que j'oppose à la difficulté qui m'embarrasse toutes les maximes de ma foi et toutes les lumières de ma raison ; et que n'ayant pas assez de vue pour approfondir le mystère de cette Providence si rigoureuse, ce semble, à l'égard des justes, et si libérale envers les pécheurs, je me réserve à le connaître un jour dans sa source, c'està-dire dans Dieu même?
£t c'est là aussi que le prophète royal en revenait, après avoir confessé-devant Dieu qu'il n'entendait rien à ce procédé , et qu'un traitement si peu conforme aux mérites des uns et à l'iniquité des autres, passait toutes ses connaissances et confondait toutes ses idées. J'espère bi^, disait-il. Seigneur, que vous me découvrirez là-dessus Tordre de vos jugements, et que vous me ferez voir, comme dans un miroir, les raisons secrètes que vous avez eues de disposer ^insi les choses ; alors je saurai pourquoi vous avez permis que ce juste fût vexé et persécuté, et que le crécÛt de cet impie l'emportât sur l'innocence et la vertu ; que cet homme de bien n'eût aucun succès dans ses entreprises» et que ce mondain sans foi et sans conscience réussit dans tous ses desseins; que cette femme pieuse et remplie d'honneur passât ses jours dans l'amertume et dans de mortels déplaisirs, et que cette ^lutre idolâtre du monde , et livrée à ses passions, menât une vie douce et commode. Vous nous apprendrez, ô mon Dieu, quels étaient les ressorts de tout cela ; et par un seul rayon de la lumière que vous répandrez dans nos esprits, vous diss^re? tous les nuages , et v(^s
fleree évaneoir tous les doutes qui nansent mftiiitêDiiiit malgré noos contre Totre adorable providence, le me figurais qtt'à force de réflexions et de eonaîdérations, je pourrais dès cette vie démêler cet embarras, et sonder les impénétrables conseils de votre sagesse: E^eiêUmabÊmut «oynoscvrem hoc (Ps. LXXIi) : mais je me. trompais bien, et je me suis bien aperçu qa% je m^arrètais à d'imitiles rechercties : Labar tU wkU me (iun.). D'où j'ai conclu qu'il firilait attendre que je fosse entré dans votre sanctuaire, et que je visse oà se devaient terminer les espéraness des uns et des autres : Domêc ^nlrtm i% irnmcUÊmrinÊm DH H iiièêeUi§am tu ftovinimiê ewtum (Imd.). Voilà comment raisonnait ce saint roi, et c'était l'esprit de Dieu qui lui inspirait ce sen^ timent.
Mais Ift^-dessus, mes chers auditeurs, nous n'en sommes pas encore après tout réduits à la simple soumission et à la seule obéissance de la foi, nous avons sur ce mystère de quoi contenter notre esprit, autant et peut-^tre plus que sor aucun autre; et c'est par où nous ^venons tout à foit inexcusables, quand noos noos troublons et que nons tom* bons dans la défiance, parœqoe nqus voyons les justes affligés, et que les péehemrs ont toutes 1^ commodités et toutes les doucein*s de la vie; car noua trouvons nous^ mêmes des raisons qui nous justifient parfettement la coi^ duite de Dieu, et qui nous persuadent que Dieu a faut sagement d'en user de la sorte. Or, si moi, avec un esprit plein d'erreurs et de ténèbres, je découvre néanmoins des raisons pour œla, ne dois^je pas être convaincu que Dieu en a de plus solides encore et de plus relevées que je ne vois pas; et ces raisons de Dieu que je ne vois pas^ mais^qœ je conjecture des miennes, ne doivent-elles pas calmer moii cœur et le rassurer? Tmit ce qui me reste donc, c'est de suivre le conseil de saint Augustin et de m'appiiquer non pas à connaître pleinemenl, mais du moins à entrevoii' le
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secret de Dieu, afin que ce que j'en puis aperceyoir m'apprenne à juger de ce qui échappe à na vue, et que Tun et l'autre affermissent ma confiance : Seerelum Dei inietOas .noê habere debei,nonadverwê.
Mais qu'est-ce en effet que j'en aperçois de ce secret de Dieu, et quelles sont les raisons que je puis imaginer d'un partage qui semble choquer la raison même? Vous me le demandée, chrétiens, et, sans une longue discussion , voici oelles qui se présentent d'abord a moi : Que Dieu veut éprouver ses élus, et leur donner ciocasion de lui marquer par leur constance leur fidélité : que Dieu, selon la comr paraison du prophète Roi, veut les purifier par, le feu de la tribulation,. comme l'on épure l'or dans le creuset ; que Dieu veu^ assurer leur salut et les mettre à couvert du danger inévitable qui. se rencontre dans les prospérités du siècle ; que Dieu, par une aimable violence, dit saint Bernard, veut les forcer, en quelque sorte, de se tenir unis à lui, en leur rendant tout le reste amer, et ne leur offrant partout ail* leurs que .des objets qui leur inspirent du dégoût ; que Dieu veut Jour fournir une continuelle matière de combats, afin que ce soit en même temps pour eux une continuelle matière de triomphe, et par conséquent de mérite; que tout justes quils sont, Hs ne laissent pas d'être redevables ù Dieu par bien des endroits, puisque le plus juste, conune parle Salomon, tombe jusqu'à sept fois par jour; mais que Dieu d'ailleurs veut les punir en père et non en juge, et pour >cela qu'il les châtie en ce monde, selon sa miséricorde, afin de ne les pas punir en l'autre selon sa justice. A s'en tenir là, mes chers auditeurs, et sans vouloir pénétrer plus avant dans les desseins de Dieu, n'est-ce pas assez pour soutenir la foi du juste, et une seule de ces raisons ne fiuffit-elle pas pour lui servir de défense et le fortifier con^ Ire. les plus rudes attaques? que Dieu donc ordonne selon qu il lui plaît, qu'il détruise et qu'il renverse, qu'Ù abaisse
et qu'il humilie, qu'il frappe à son gré , jamais le juste n'aura que des bénédictions à lui rendre ; et s'il pensait à se plaindre, ce serait bien alors que Dieu pourrait lui faire le même reproche que fit le Sauveur du monde à saint Pierre : Modicœ fidei^ quare dubilasli? Homme 'aveugle, laissez agir votre Dieu, il vous aime, et il fait ce qui vous convient; s'il vous traite maintenant avec rigueur , ce n'est qu'une rigueur apparente; et tout sensibles que peuvent être les coups que son bras vous porte, c'est son amour qui le conduit. '
Pensées touchantes et puissants motifs d'une consolation toute chrétienne ! Dans ce vaste et nombreux auditoire, il est impossible qu'il ne se rencontre bien de ces âmes clié» ries de Dieu, et que Dieu toutefois abandonne aux traverses et aux disgrâces du monde. Or, c'est à moi de leur faire goûter ces vérités : c'est à moi, mes chers auditeurs, de vous relever par là de l'abattement où vous jette peut-être l'état de pauvreté, l'état d'humiliation, l'état de souf[rances qui vous accable et qui vous rend la vie si ennuyeuse et si pénible : c'est à moi , comme prédicateur évangéiiqiie, de vous faire trouver tout l'appui nécessaire dans votre foi. Car je ne suis point seulement ici pour vous reprocher vos inûdélités, ni pour vous remplir d'une terreur salutaire des jugements éternels : je l'ai fait selon les occurrences, je le fais encore, et je ne puis assez bénir le ciel de l'attention que vous donnez à mes paroles, ou plutôt à la Parole de Dieu que je vous annonce. Mais l'autre partie de mon devoir est. de Vous consoler dans vos pemes ; et puisque je tiens la place de Jésus-Christ, qui vous parle par ma bouche, et dQUt je suis l'ambassadeur et le ministre, Pro Chrislo legatione fungimur (2 Cor. Y), c'est à moi de vous dire aulourd'hui ce que ce divin Sauveur disait au peuple : Veniie ûd m«, omnei qui laboroÂh et oneraii estU , et egoreficiam vas (Màtth. XII) ; venez, âmes tristes, et affligées ; venez.
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prrâd ce saint docteur, c*était donc là ce que vous cherchiez? Talia ergo quœrebas (âugust.)? c'était donc pour la santé du corps, pour les biens du monde , pour les bonnejurs du siècle que vous vouliez plaire à Dieu? Or, voilà justement pourquoi il était convenable que Dieu vous en privât, afin que vous apprissiez à Taimer, non pour ce qu'il donne aux hommes , mais pour ce qu'il est en lui-même. Car, souvenez-vous , ajoute le même père , que si vo\is êtes juste, vous vivez dans Tétat de la grâce et dans Tordre de la grâce ; comme donc cette grâce est toute gratuite de la part de Dieu , elle vous engage à aimer Dieu d'un amour gratuit : Si ideo graiiam It'M dêdil Dew, quia gratis <ledii f graiii ama (Ibbm) ; et vous ne devez point l'aimer pour une autre récompense que lui-même, puisqu'il veut être lui-même toute votre récompense : Noli ad prœmium diiigere Deùm, qui ifue eii^prmmium luum. Les biens de la terre rendraient votre' amour mercenaire; et si vous vous [lignez quand Dieu vous les refuse ou qu'il vous les enlève , .vous faites voir par là que ces biens vous sont plus chers que Dieu même , et par conséquent que vous ne méritez pas de le posséder.
Biens tellement contagieux , qu'ils peuvent pervertir les plus justes, et que souvent ils les ont précipités dans l'abîme le plus affreux et dans une corruption entière. Les exemples n'en ont été que trop éclatants et que trop fréquents : ma«s par un trait encore tout nouveau de providence et de miséricorde à l'égard de ses élus, comment Dieu les garantit-il de ce danger ? par une pauvreté qui leur sert de préservatif contre la contagion des richesses temporelles , par une obscurité qui leur tient lieu de sauve-garde contre la contagion des grandeurs périssables, par une langueur et une maladie qui lesmet à couvert de la contagion des plaisirs sensuels et des flatteuses illusions de la chair. Le juste , il est vrai , peut maintenant ne pas voir à quoi il se trouvait exposé, lui, dis*-
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je , 011 particulier f^m que bien â^autre$:, si Bien n'eût usé peur lui d'uBe telle précaution : mais ea qu'il ne voit pas à présent, il le verra à k fin des siècles et au grand jour tie la révélatien; car c'est là <^ Dieu FatAend, c'est là qo» Dieu se réserve à lui mettre devant les yeux toutes les injustices où l'eût emporté une avare et insatiable convoitiae, tous les projets criminels , et toutes les intrigues où l'eût engagé'une ambition démesinréeetsans bornes ; tous les excès , toutes les habitudes et les abominations où Tout plongé une passion aveugle et une brutale vokipté, si le fireki de l'alHiction ne l'eût retenn, et si les disgrâces de la vie n'eussent empêché le feu de s'allumer dans son cœur : et par une suite immanquable, c'est là qu'éelairé d'une lumière divine,, et découvrant les salutaires et fevorables se^ crets de la sagesse éternelle qtit l'a conduit , il bénira Dieu mille fois de be qui semUait devoir exciter ooiitre Dieu tou& ses murmures ; il regardera comme un coup de prédestination de ta part de Dieu, comme une grâce de I^eu, et une des grâces les plus précieuees , ce que le monde re« gardait comme un délaissement total et comme une e^^èoe de réprobation.
Cependant , paroequ'it ne suffit pas de s'éloigner du monde et de l'oecasiott du pécbé, si ce n'est afin de s'attacher à Dieu ; je vais plus loin , et peu à peu 'développant le bienfiiit du Seigneur et tout ce que je puis déeoûwir des des« seins de sa providence, j'ajoute et je {prétends qu'il ne fait souffrir ses élus que pour les attirer à iui , que pour les mettre dans une heureusernécessité de veceurir à lui. Car il y a, selon saint Bernard , quatre sortes de prédestinés, i^es Uns emportent le royaume du ciel par vioienoe, et ce aottt les pauvres volontaires, qui d'euxHnèmes quittent tout et renoncent à tout. Les autres trafiquent en quelque manière pour Tacheter, et ce sont ces ridkes qui, comme parie TËvangile, se font, par leurs aumônes, des ântereesseurs
au)^ de Dieu , et ëes «mis qui les éoiveiit ua jour reo»* voir dans les tafapeniaoles étornds. D'autres, p«ur ainsi dire, semWeut vouloir le ^roto, ei qui 8eiit4Îs t ee sont ces h>uiiri[)les de cœur, qui fuient la lumière, non par un respect huminn, mais par un saint désir de rabjection, et qm dans une vie retirée caciient wx yeux des hommes toutes les bonnes œuvres qu'ils pratiq«e¥)t. Enfin plusienre n'y entrent que parcequ'ils y sont Ibfcés; et voilà ces justes qui ne se sont déterminés à chercher Dieu , que parceque Dieu n'a pas permis qu'ils trouvassent rien aSteurs qui les arrè*' tftt. Si le monde eût été à leur égard ee qu'il est à l'égard de tant de mondains; c'est-à-dire, si le monde les eût flattés , les eût idolâtrés, n'eût eu pour eux que des di&finetions, que des respects, que des agréments, ah! Sei-^ gneur, auraientHls jamais pensé à vous ? Comme ce peuple charnel que vous aviez formé avec tant de soin , et engraissé .du suc de la terre, ils auraient ouhlié leur créateur et leur bienftiiteur, ils ne se seraient plus souvenus que vous étiez leur Dieu , et tout leur encens eût monté vers d'antres aiitels que les v^es : IncroêmHu, impingUttêuê, dikUtUuSf êertlû quit Deum faetarem fttum (Dbuter. XXXII). Mais parceque vous avez appesanti sur eux votre bras , parcequ'en leur foveor vous avez rempli le monde d'épines qui les ont piqués , de chs^ns qui les ont désolés , d'accidents et de ma^ heurs qm les ont obligés à <tisparaitre et à ne phis sortir de leur retraite, en leur donnant la mort , vous leur avez donné la vie, et les perdant en apparence , vans les avez sauvés. Us n'ont point trouvé d'autre ressource cpie vous, et c'est pour cela qu'ils sont venus à vous : ils se sont jetés dans votre sein comme dans leur asâe , et vous les y avez reçus ; vous les y tenez en assuraooe, et vans les y conservez. €àm oceiderH €o$ reeertebmiUmr, et diluculè vetiieèmU ma emm (Ps. LXXYII).
€e n'est pas qu'ils n'aient taujoars bien des oomèats à
soutenir; et c^est aussi ce que Dieu prétend : pourquoi? parceque ce sont ces combats, r^nd saint Ambroise, qui [ont leur mérite. Sans combat, point de victoire à remporter, et sans victoire, point de couronne à espérer. You» vous étonnez, continue ce Père, que Dieu exerce ainsi ses plus fidèles serviteurs, et qu'il laisse au contraire les plus grands pécheurs dans une paix profonde; vous voulez savoir la raison de cette différence ; elle est essentielle et très naturelle : c'est que Dieu ne couronne que les vainqueurs et qu'il veut couronner ses élus ; d'où il s'ensuit, par une conséquence nécessaire , qu'il doit donc leur fournir des sujets- de triomphe. Mais la couronne n'étant point réservée aux pécheurs, il les laisse par une conduite toute opposée, sans leur donner ni à combattre ni à vaincre. 11 en use comme les princes de la terre, ou plutôt les princes de la terre en usent eUx-mèmes comme lui, et nous n'en sommes point surpris : nous ne croyons pas qu'ils aban-, donnent ceux qu'ils destinent à certaines dignités, quand» pour les mettre en état de s'avancer, ils les chargent de tant de soins, ou qu'ils les exposent à tant de périls; ce n'est dans l'estime du monde ni indifférence ni rigueur pour eux, c'est faveur et grâce.
Que dirai-je encore? et supposons même que ce soit, à l'égard des justes, rigueur de hi. part de Dieu; ne sera-ce pas toujours une rigueur paternelle et toute miséricordieuse? Voici ma pensée. Il n'est point d'homme de bien, quelque juste qu'il puisse être , qui n'ait ses chutes à réparer et ses infidélités à expier. Le plus innocent et le plus juste, selon l'idée que nous en devons avoir dans la vie présente, n'est pas celui qui n'a jamais péché, et qui ne pèche jamais ; où est-il maintenant, et où le trouve-t-on? mais celui qui a moins péché, et qui pèche moins; celui qui a plus légèrement péché, et qui pèche encore plus rarement ; celui qui s'est relevé, et qui se relève plus promptement de son
SUR LES AFFLICTIONS DES JUSTES, ETC. é^
péché. Quel qu'il soit, il est comptable à Dieu de bien des dettes, et il fout indispensablemeiit qu'il les acquitte. Mais quand les aoquittera-t-ii? Si c'est après la mort, quel jugement aur»-t-il 'à subir, et quel châtiment ! Il vaut donc mieux pour lui que ce soit pendant la vie, et par les peines de la vie. Or, voilà le temps en effet que Dieu choisit, voilà le moyen qu'il emploie pour le châtier. C'est ce que saint Jérème écrivait à l'illustre Paule, et c'était ainsi qu'il la consokitt dans les pertes qu'elle avait faites, et dans la sen* siblQ, douleur qu'elles lui causaient* Pourquoi tant de larmes, lui remontrait-il, et tant de regrets? Choisissez, et tenes-vous-en, pour vous soutenir, à l'une de ces deux réflexions : Ou par le hott témoignage de votre conscience, et sans blesser les sentiments d'humanité chrétienne, vous vous considérez comme juste ; et alors votre consolation doit être que Dieu perfectionne votre vertu, qu'il la met en œuvre , et lui foit sans cesse acquérir de nouveaux degrés : ou le souvenir de vos chutes et la connaissance de vos faiblesses vous porte à vous regarder comme criminelle ; et dans cette vue vous devez, pour soulager votre peine, et pour la rendre non-seulement supportable, mais aimable, penser que Dieu vous corrige, et qu'il vous donne de quoi le satisfaire à peu de frais : Elige ; aùt êancla ««, probwris ; oui pecealrix^ et emendaris (HncaoN.). Mais que ne corrige-t-il ce libertin ? Ah ! mon cher auditieur, contentezvous que votre Dieu vous aime, et ne l'obligez point à vous rendre rampte de la terrible justice qu'il exerce sur les autres. Je vous l'ai déjà dit tant de fois, et je ne puis trop vous le faire entendre ; Dieu se venge d'autant plus rigoureusement, qu'il diffère plus ses vengeances ; et malheur à ces riches du siècle, à ces puissants du siècle, à ces superbes et à ces orgueilleux du siècle, qu'il engraisse comme des victimes pour les jours de sa colère ! C'est l'expression de TertuUien : Qua$i vietima ad suppUcium tagnwnUtr»
4U SERMCNN
Ârrèftensoiiotts lè^ et pour conchisioa de cette preRuère partie, rayonnons, s'il vous plaît^ un iiioinent ensemble. Voilà donc, par ceàa seul <fue je. viens de vous présenter, la Providence justifiée sor le parta^ (pi'eUe feit des prospé-* rites et des adversités temporelles entre les justes et les pécheurs. Car cette justification doit* se réduire à deux points : Tun , que Dieu dès celle vie prenne soin de ses élus ; Tantre, que dès cette vie même il se tomme eontire les péclieurs, et qu^ii laisse agir contre eux sa jostiee^ Or, éprouver ses élus, purifier ses élus, préserver ses élu9,. se les attacher d'un nœud plus étroit, leur taure amasser mé*rites sur mérites pour les faire monter à un pkis haut peial de gloire, et lever par de légères satisfactions le seiti obsbH eie qui pourrait retarder leur bonbenr, ne sont-ce pas là les soins salutaires d'une miséricorde également sage et bien*» Élisante? Mais, par une rè^ toute eontraire, livrer les pécheurs à e«x-»«êmes et à leurs passioi»; ne point Uxnk hier un repos mortel où ils demeurent, tranquitiement endormis; ne répandre jamais Tamertume sur de finisses douceurs qui les corrompent; les laisser dans une élévation qui les enfle, dans un éclat <^i«les éblouit, daas ime abondance qui leur inspire la mollesse , dans une vie vohiptoeuse qui les entretient en toutes sortes de désordres;, dans un ouUi du salut et^ns un état d'ifi^ntlence qui ka conduit à une mort éprouvée, ne sont-oe pas la les coups redoutables d'une justice d'autant plus à ceaindre qu'elle se feit moins eomiaitre? Ce qui nous (rompe , c'est que nous ne jugeons des choses que par rapport au temps i&ù nous sommes et qui passe, mais que Dieu ai juge par rapport à l'éternité où nous nous trouverops un jour et qui ne pas-* sera jamais. Or, der ces deux régies quelle est la meilleure et la plus avantageuse? J'en conviens, dit saint Augoslin : selon la première, le pécheur a droit, ce semble, d^insuker au juste et de lui demander, où est votre Dieu? Uéi €$t
BêUB iûu» (¥9. XLI) ? mais sekm Faiitre^ <faÀ des éewc est âsns contveék la pias droite et runiqae même qu'il y ait à suivre, le juste peut bien répondre aux insultes du pédiettr: mon ligure n^est pas encore venue, nî la vi^re; attendons^ Tune et Tautre viendra, et c'est alors cpie je vous demanderai, où sont ces disiix ^ne ^vous adcHÎez et en qui vous mettiez toute votre eonfianoe? où est cette féèidté dent le goût vons enebantail et dont vous éliez idolâtre? que ae la rappelex«-vous, peur vous retirer de FélenieUe misère où vous êtes tombé? VM iunt BH^ormn, in qmèufkaèebtmt fiéuckm (Deutbr. XXXII) ?
Ainsi, mon cher auditeur, ce qui vous reste, c'est d'entrer dans les vues de^rotre Dieu qui vons afflige, et d« se*eoader par voire patienoe ses desseins; et le regret le plus vif qui doit présentement vous toucher, c'est peut-étro de n'avoir point encore profité d'un talent que vous pouviee faire valoir au centuple, c'est d'avoir trop écouté ks senti*^ ments d'une défiance toute naturelle, et de les avoir fait éclater par des plaintes si iifjiH'ieuses a la providence du Maître qui veille sur vous ; c'est d'avoir trop prêté Toreille aux discours séducteurs du monde touchant votre infortune et le malheur apparent de votre condiliou; c'est d'avoir tntp cherché à exciter la compassion des hommes, pour en recevoir de vains soulagements, lorsque vous deviez vous regarder comme un sujet digne d'envie, et ne mettre votre ' appui que dans la foi ; c'est de n'avoir pas assez compris la vérité de ces grandes maximes de l'Evangile : que bieniieureux sont les pauvres, parceque le royaume céleste leur appartient; que bienheureux sont ceux qui souffrent persécution sur la tferre et qai pleurent, parcequ'ils seront éternellement consolés dans le ciel. Mais, Seigneur, me voiei désormais instruit, et j'en sais plus qu'il ne faut pour éclaîrcir tous mes doutes et pour arrêter toutes les inquiétudes de mon esprit. I>& tant de raisons, une seule devait suffire.
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et même sans tant de raisons, n'était-œ pas asses de savoir que, quoiqu'il mVrive, c'est vous qui Pavei voulu? Ordonnez, mon Dieu, comme il vous plaira, et fiiikes de moi tout œ qu'il vous plaira. Que l'impie à son gré domine le juste, qu'il le foule sous les pieds, et que je sois le plus mal • traité de tous, je ne m'écrierai point comme ces apôtres éperdus : Domine^ êolva noê^ perémuê : aidesMMUs, Seigneur ^ nous voilà sur le point de périr ; mais me reposant sur votre infinie sagesse et votre souveraine miséricorde , je vous dirai avec un de vos plus fidèles prophètes : In te. Domine, speravi, non confundar (Ps. XXX) : C'est en vous, mon Dieu, que j'espère ; mon espéranee ne sera point trompée, car je suis certain que tout ira bien pour moi tant que je me confierai en vous, et que dans cette conduite de votre providence qui parait si surprenante aux hommes, il n'y a rien, non-seulement qui doive ébranler leur foi^ mais qui ne la doive confirmer. C'est la seconde partie^
SECONDE PAftTIE.
Oui, chrétiens, s'il y a un motif capable de me conûioier dans la foi et d'affermir mon espérance, c'est de voir que les impies s'élèvent et qu'ils prospèrent dans le monde, pendant que les justes sont dans l'abaissement et dans l'adversité. Cette proposition vous parait d'abord un paradoxe ; mais je vais l'examiner avec vous, et bientôt vous en découvrirez avec moi l'incontestable vérité ; nous la trouverons fondée sur les principes les plus solides et même les plus évidents de la raison naturelle, de l'expérience, de la religion. Appliquez- vous à ceci : j'ose diro que c'est le point essentiel d'où dépend toute la morale chrétienne. £n efiet, de voir les calamités des justes sur la terre, et h prospérité des pécheurs (ce qui nous semble un désordre), c'est un des arguments les plus forts et les plus sensibles pour
iioos ccHivaincre qu'il y a une autre vie que celle-ci , et que nos âmes ne meurent point avec nos corps ; qu'il y a une récompense, une gloire, un salut à espérer après la mort, que toutes nos prétentions ne sont point bornées à ia condition présente où nous sommes,'et que Dieu nous réserve à quelque chose de meilleur et de plus grand : voilà le principe de la raison. Je dis plus, c'est ce qui nous monstre que Jésus-Cbrist notre Maître, en qui nous nous' confions, est fidèle dans sa parole, que ses prédic^ns sont vraies, qu'il ne nous a point trompés, et que nous fwuvons «ompter avec assurance sur ses promesses, puisqu'elles ont déjà leur accomplissement : voilà le principe de l'expérience. Enfin, c'est ce qui se justifie, parceque rien n'est plus conforme à l'ordre établi de Dieu dans la. prédestination des hommes j que les souffrances des justes et les avantages temporels des pécheurs : yoilà le principe de la religion. Or, je vous demande si ce ne soat pas là trSis considérations bien puissantes pour soutenir notre confiance. Je sais qu'il y a une vie future où je suis appelé, une vie bieniieureuse qui m'est destinée, et ma raison me le £ait connaître. Je sais que tout ce que le Fils de Dieu a prédit devoir arriver, soit aux justes, soit aux pécheurs, est certain ; par conséquent je puis faire fond sur tout ce qu'il m'a promis, et j'en ai déjà la preuve dans ma propre expérience. Je ^is et je reconnais visiblement que la prédestination des hommes, de la manière que Dieu l'a conçue et l'a dû concevoir, que tout ce qu'il a réglé et ordonné sur cela, commence à s'exécuter. Dès qu'on est instruit de ces trois choses, y a-t-il une foi si feible et si chancelante, qui ne se fortifie, qui ne- se réveille, qui ne se ranime tout entière : or, voilà, je le répète, ce qui s'ensuit évidemment de l'état de peine, et d'afflictions où nous voyons les justes, tandis que les pécheurs vivent dans ropukôice et dans le plaisir. Reprenons, et mettons dans leur jotur ces trois pensées*
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Il n'y a poinlde IfterttDy suit de mœurs, sotfc 4^ erésuo^ qui ne cessât de i'ôtre s'il était persuadé qu'il y a une autre vie : ce qui fiiit son libertinage, c'est qu'il ne croit pas, an qu'il ne croit qu'à demi, qu'il y ait quelque chose de réel et de vrai en tout ee qu'on lui dit de cette vie future où nous aspirons oet^one auterme.de notre course et à l'objet de notre espérance. Quoi qu'il en puisse penser ( car ce n'est point à lui présentement que Je n'adresse, ni pour hii que je parle ), moi qui crois un Dieu, créateur de l'univers, voict* pour ne rassurer et pour entretenir toi^ours dans mon cceur les sentiments d'une foi vive et d'une ferme confiance^ oouk ment je me sers de cette étrange diversité de conditions où se trouvent les gens de bien et ks impies. Je dis en moi» même : le parti de la vertu est communément opprimé dans le monde : eelui du vice y est dominant et tnon^aut ; on y voit des justes dépeuiliéiide tout et misérables^ des amia de Dteu persécutés^ des saints méprisés et abandonnés. Que dois^je conclure de là? qu'il y a donc pour le juste après la vie présente, d'autres biens à espérer que œs biens visibles et périssables qui lui sont refusés» C'est ce que les Pères d# l'Eglise ont toujours conclu, et c'est la grande preuve qu'ils ont toujours employée contre ces hérétiques, qui, prévenus de la connaissance de Dieu, voulaient néanmoins douter de rimmortalité de nos âmes. Usez sur cette matière l'exoel* lent traité de Guillaume de Paris^ ou plutôt écoutei-en le précis que je fais en peu de paroles. Après bien d'antres raisonnements tirés de la nature de l'homme, il en revient toujours à eelni«-ci, comme au plus pressant et au pluscon<» vaincmt. Vous convenez avec moi, dit-il, de l'existence d'un premier Etre; vous reconnaissez un Dieu ; mais ré» pondex^mei, ce Dieu aine-t-i ceux qui le servent et qui tâchent à lui plaire ? S'il ne les aime pas et qu'il ne s'intéhresse point pour eux, oè est sa sagesse et sa bonté? s'il les aime, quand le fait^ paraître ? €e n'est pas dans cette vie^
fmiMfa'U les y toîsse dans l'affiietkm ; ce n'est pas dans f antre vie, pnisque vous ppétendez qu'il n'y en a point. Cherchez, ajoute oe «tifit évèque, ayez recours à toutes les svAililités que votre esprit peut imaginer ; vous ne satisferez jamais à cette dilicttllé, qu'en avouant l^me imBQortelle, et confessant avec moi qu'après k mort ii y a un état de vie où Dieu Mt récompenser cbaeun selon ses mérites. Car ce Dteii devaat être, comme Dieu, parfait dans toutes ses qua* iités, ii doit avoir une parfiiite jiwitice : or une justice parfitile .dok nécessairement porter à un jugement parfait. Ce jugement par&it ne s'accomplit pas en ce monde, puisqne les plus impies y sent quelquefois les plus heureux ; il faut ^nc qu'il s'accomplisse en l'autre, et par conséquent qu'il y ait un autre siècle à venir, qui est celui que nous atten* ^oos, Sms cela, poursuit le même Père, on pourrait dire •^e le» justes seraient des insensés, et que les impies seraient les vnàs sages : pourquoi ? parceque les impies cliereheraieot les véritalïles et solides biens, en s'attacbant "t la vie présente, au lieu que les justes souffriraient beaucoup, et se consumeraient de travaux, dans l'attente d'un bien ima- ^^ire. Toyez-vous, dirétiens, comment ce savant évêque tirait des adversités des justes une raison invincible pour établir la foi d'une vie et d'une béatitude étemelle !
C'est aussi ce que prétendait saint Augustin dans l'exposition du Psaume XCP, lorsque, parlant à un chrétien troublé ^e la vue de ses misôres et en renversement qui parait dans 4a cmidtiite du monde, il allègue cette même raison pour lui inspirer une force à l'épreuve des événements les plus iMieiK. Voulez-vons avoir, dit*>it, toute la longanimité des saints, considérez l'éternité de Dieu; alors les plus tristes accidents, bien loin de vous abattre, seront pour vous autant de motifs d'une foi et d'une eispérance plus constante que jamais. Car quand vous vous troublez, parcegue la vertu est maltraitée sur la terre, et que le vice v est honoré,
vous raisonnez sur un faux principe, et vous êtes dans Fer^ reur. Vous n'avez égard qu'à ce petit nombre de jours dottt votre vie est composée, comme si dans ce peu de jours tous les desseins de Dieu devaient s'accomplir sur les hommes : Attendis ad dies iuos paucos, et diebm iui$ paueiê vie IHipleri omnia ( AuG. ) : c'est-à-dire, que vous voudriez voir dès maintenant tous les justes couronnés et récompensés, et les impies frappés de tous les fléaux de la justice divine: que vous voudriez que Dieu ne différât point, et que Tua et Tautre s'exécutât dans la brièveté de vos années. Mais c'est ce que vous ne devez pas demander. Dieu fera l'un et l'autre en son temps, quoiqu'il ne le fasse pas daus le vôtre* Le temps de Dieu c'est l'éternité, et le vôtre c'est cette vie mortelle : votre temps est court, mais le temps de Dieu est infîni. Or Dieu n'est pas obligé de faire toutes choses dans votre temps ; c'est assez qu'il les fa^to dans le sien : Im^ plebit Deu8 in tempare suo ( Idem. ). Et c'eât pourquoi je voiîs dis que si vous voulez vous affermir dans votre, foi et soutenir votre espérance, vous n'avez qu'à vous remettre sans cesse dans l'esprit l'éternité de Dieu. Comment cela# parceque témoin de l'injustice apparente avec laquelle Dieu semble traiter les hommes sur la terre, se montrant si rt-goureux pour ses amis et si favorable à ses ennemis, vous tirerez cette conséquence, qu'il prépare donc aux uns et ' aux autres une éternité, où il leur rendra toute la justice qui leur est due, puisqu'il la leur rend si peu dans le temps. Tout ceci est de saint Augustin, et ce sont ses propres pa**rôles que je rapporte.
C'est cette même vue d'uAe éternité qui a rendu les saints invincibles dans les plus violentes tentations. Quand est-ee que Job parlait de la vie future et immortelle avee une certitude plus absolue et une foi plus vive? Ce fut lorsqujl se trouva sans biens, sans maisons, sans famille, privé de tout secours et réduit sur -Je fumier: Seioquéd Redtmpior
meus vitit (Job XIX). Oui je sais^ disait*il, que mon Rédempteur est .vivant, et que moi-même je vivrai éternellepiêDt avec lui. Je n'en ai pas seulement une révélation obseuro , mais une espèce d'évidence : Scio, Et d'où Tapprenai-il, demande saint Grégoire pape? de ses souiïrances mêmes et de toutes les calamités dont il élait affligé. Quand est-ce que David eut une connaissance plus claire et plus distincte des biens éternels, et qu'il s'en expliqua comme s'il eût eu devant les yeux le ciel ouvert : Credo videre aima Iktmini in ierràvivenlium (Ps. XXVI)? Ce fut dans )e temps que Saûl le persécutait avec plus de fureur. Ah ! s'écriait-il , je crois déjà voir la gloire que Dieu destine à ses élus, et il me semble qu'elle se découvre à moi avec tout son éclat. Mais, divin prophète, comment la voyezvous? les afflictions, les maux vous assiègent de toutes parts , et vous prétendez apercevoir au milieu de tout cela les biens du Seigneur? Mais c'est en cela même, répond ^int Jean Chrysostome , c*est dans les maux dont il était assiégé qu'il trouvait des gages certains qui l'assuraient pour une autre vie de la possession des biens du Seigneur: Car sa raison seule lui dictait au fond de l'ame que les maux qu il avait à souffrir de la part de Saùl étant contre toute justice , il était de la providence de Dieu qu'il y eût dans l'avenir un autre état où son innocence fût reconnue et sa patience glorifiée ; et voilà ce qu'il entendait et ce qu'il .voulait faire entendre,, quand il disait : Credo videre bona Bomini in terra viveniium
Nous avons encore, chrétiens, quelque chose de plus, 'ce sont les prédictions de Jésus-Christ, dont notre propre expérience nous fait voir l'accomplissement dans les souffrances des justes et dans la prospérité des pécheurs. Ceci n'est pas moins digne de vos réflexions. Si le Fils de Dieu Avait dit dans l'Evangile que ceux qui s'attacheraient à le «uivre et qui mardieratent apr^s lui, seraient exempts en
ce monéti de teute peine, à co«?ert de toato diqgnne, eoi»* blés de richesses , toiijotirs dfti» ie plaisir , et qu'il n'y au^ rait de cliagrins et de traverses que pour les impies; ators^ je Tavoué, notre foi pourrait s'allaibtir à la Tue de ThoMine de bien dans Tindigenee, rhunûliationy la doulaw, et dklHi-^ bertitt dans la fortune , Fautonté , réiéT»tioa. Il me serait ^Ërfficiie de résister aux sentiments de défianee qui mltraieiHi dans mon eœur : pourquoi? parceque je me croirais trompé par Jésus-€brist même , et que j'éprouverais tout le coa-» traire de ce qu'il m'aurait prorats. Jlfois qoan4 je eonsvUe les sacrés oracles sortis de la bouche de ce Dieu Sauveur, et que je les vois accomplis de point en point dans la eon<* duite de la Providence ; quand j'entends ce Sauveur ad<K rable dire clairement et sans équivoque à ses disciples : ht monde se réjouira , 'et vous serez dans la tristesse : Jfvn-^ âtu gaudelritj vos mUem eentriHabimini (Joan. XVI); quand je l'entends leur déclarer dans les termes les pk» exprès qu'ils seront en butte aux persécutions des lioinmes; leur faire le détail des croix qu'ils auront à porter , des mauvais traitements qu'ils auront à essuyer ; leur marquer là-dessus toutes les circonstances et conclure en les avertis» sant que s'il leur annonce par avance toutes ces choses, c'est afin qu'ils n'en soient point surpris ni scandalisés lors-qu'elles arriveront : HiBc locnlus sum vobiê ui non mtmdt^ Hsemini (Ibid.) , et afin qu'ils se souviennent qu'il les leur avait prédites : Ui eùm venerit hora, eùrumreminiscaminfy quia ego dixi vobis (leiDr) : quand , dis-je , tout cela se présente à mon esprit, et que tout cela s'exécute ft mes yeux , que j'en suis instruit par moi-même , et que j'en ai tes exemples les plus sensibles et les plus présents, est^ possible que ma confiance ne redouble pas , et qu'elle ne tire pas de là un accroissement tout nouveau? Si je voyaii^ tous les pécheurs dans l'infortune et tous les justes dans le bonheur humain , c'est ae qui m'étomierait , parceqne' je
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ne verrais pas la parole de Jéeas-GIvist iPérifiée. Mais tandis q«6 les ffBtM de bien eeullriro»!, et que lee imim» auront Un» les avantages du siècle, je ne eruodrai rien, je me con-^ flolerai, je me sonliendv» dans mon espéranoe^ Car, veici oeiUment je pourrai raisenner. Le même Fils de Dieu qui a dit ain justes, tons serez dans rafBietion , leur a dit aussi « votre trîfllesse se changera en joie : TriêiUia fM&lTa f^ertt" twr in yaiiditim (Imp.). Le même qui leur a prédit fours peines et leurs adversités, s'est engagé à leur donner son royaume , et dans ce royaume céleste une félicité parfaite. Or, il n'est pas moins infaillible dans Tun que dans Tautre, pad moins vrai quand il annonce le bien que lorsqu'k an-^ nonce le mal, puisqu'il est toujours la vérité éternelle» Comme donc Tévénenent a justifié et justifie sans cesse ce qu'il a prévu des afflictions de ses élus, il en sera de même de la gloire qn'il leur fait espérer. De là je prends le sentie ment du gramd apdtre, et je dis avec lui : je souffre, mais je souffre sans me plaindre, et je n'en suis point déconcerté ni inquiet ; car je sais en qui je me confie et sur la parole de qui je me repose; je le sais, et je suis certain, nonseulement qu'il peut finire pour moi tout ce qu'il m'a promis, mais qu'il le veut et qu'il le fera, puisqu'il me l'a pixK mis , et à tous ceux qui se disposent dans le sil^ice et la soumission an jour b^heureux oà il viendra reconnaître ses prédestinés et remplir leur attente.
£st*-ce tout? Non , mes cliers auditeurs ; mais je finis par un point qui me parait, et qui doit vous paraître, comme à moi, le plus essentiel. Car, dans cette assemblée, je m'adresse à celui de tons que Dieu connaît le plus juste, et que Dieu toutefois a moins pourvu de ses dons temporels : qu'il m'écoute et qu'il me comprenne, c'est à loi que je parle, fl est vrai, mon clier frère, et je ne puis l'ignorer, votre sort parmi les tiommes est triste et factieux ; mais par là , si je puis m'«iprimer de la sorte, à quel sceau vous trouvez-^
vous marqaé? A celui que doivent perler les élus^ à cekit qui les distingue comme élus, en un mot, à celui du Fils unique de Dieu, le chef et T^emplaire des élus. Tellement^ que vous entrei ainsi dans Tordre de votre prédestination^ et que Dieu commence à exécuter le décret qu'il en a formé, ^e m'explique, et je vais mieux vous foire entendre ce mys^ tère du salut. On vous Ta dit cent fois après rap6tre> et c'est un principe de notre foi, que Jésufr^hrist étant le mo^ dèle des prédestinés , il faut, pour être glorifié comme lui^ avoir une sainte ressemblance avec lui. Car, selon Texcel» lente et sublime théologie du docteur des nations, tel est rindispensable condition que Dieu demande pour faire part de sa gloire à ses élus , et c'est ainsi qu'il les a choisis : Quos preucivii ei pr€8deHinavit confinâmes fieri imagini» Filii 9ui (Rom. V). Or, il est évident que Jésus-Christ a vécu sur la terre dans le même état où Dieu permet que le juste soit réduit, qu'il a marché dans la même voie, qu'il a été exposé aux mêmes rebuts, aux mêmes mépris, aux mêmes contradictions. 0 profondeur des conseils de la divine Sagesse ! Tibère régnait en souverain sur le trône, et ie Fils de Dieu obéissait à ses ordres. Pilate était revêtu de Ja suprême autorité, et le Fils de Dieu comparaissait devant lui. Voilà comment Dieu opérait par Jé8us--Christ le salut des hommes, et voilà, mon cher auditeur, comment il opère ou comment il consomme le vôtre par vous-même. Il vous imprime les caractères de son Fils, il grave dans vous ses traits et son image* Sans cela tout serait à craindre pour vous : mais avec cela que ne pouvez-vous point espérer, puisque c'est Texécution des favorables desseins de Dieu sur votre personne? Quos prœseivii H prmdesiàMvii eonformée fieri imaginis FUii n»t .
Vous me dites : L'on a vu et l'on voit encore des gens de èien, riches et opulents, honorés et distingués dans le monde. J'en conviens : mais sur cela je réponds trois
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choses. En effet, s^il n'y avait de justes et <rélns que les pauvres et les petits; que ceux qui, par robscurité de leur condition ou par le désordre de leurs aHedres, occupent les derniers rangs, les autres états seraient donc exclus du royaume de Dieu, ce seraient donc par enx-mèmes des états réprouvés, il y faudrait donc nécessairement renoncer. Or^ il était néanmoins de la Providence d'établir dans la société des hommes ces états, et il est toujours de la même Providence de les y maintenir : d'où il s'ensuit que Dieu n'a donc pas dû y attacher une damnation inévitable, et qu'au contraire il devait y faire paraUre des exemples de sainteté» «fin de ne pas jeter dans un désespoir absolu tous ceux qui «'y trouveraient engagés. Je vais plus loin , et j'ajoute que, si les saints se sont vus quelquefois dans l'état d'une prospérité humaine, c'est ce qui les faisait trembler; que c'est ■ce qui les entretenait dans une défiance continuelle d'euxmêmes ; que c'est ce qui les humiliait, ce qui les confondait devant Dieu. Pourquoi? Parceque, ne reconnaissant point, dans leur prospérité, l'image de Jésus-Christ soufirant, ils craignaient que Dieu ne les eût rejetés, et de ne régner jamais avec J^us-Clirist glorieux et triomphant. De là, pour suppléer à ce qui leur manquait , et pour acquérir cette conformité si nécessaire, que faisaient -ils? Observez* le bien , c'est ce que j'ai en dernier lieu à répondre. Ils ne quittaient pas pour cela leur condition, parcequ'ils s'y croyaient appelés et qu'ils voulaient obéir à Dieu ; inaissouR les dehors spécieux d'une condition aisée et commode , ils conservaient tonte l'abnégation chrétienne, et portaient sur leur corps toute la mortification de leur Sauveur. Sans renoncer à leur état, ni à certain extérieur de leur état, ils renonçaient à ses douceurs, et surtout ils se renonçaient eux-mêmes. Au milieu de l'abondance ils savaient bien ressentir les incommodités de la pauvreté; aa milieu des Iioup* •neurs, ils trouvaient bien des moyens pour se contenir dans
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les settlinMts M 6* exxircer d«sa le» actes ^hub ^r^kné^ liuiniltté;iiii wàien des divertiiaeHiente monduins, où qoel^ quefoie ils sembiaieiit iKvoir fiart, ils ft'«iit>li»ie«t pas les^evoir» ée la fiénk^me, el là même sowv^ife la f»Btiqiiaieii^ls dans t4Nito soo ausiédié : tout cela afin d'être du lioiBliPe 4k ceux doot Tapèlre a d«t : Qmê prwêeMi el prméfMina' vil eenfwnm» fkfi inaginû FUH mi.
\om iM dân» ^cwe qv'on a vu des péebeups el f u'oa e» voit dans les mêmes adversités «fue les justes, el aaesi aflli^s qu'aux. ll«st vrai : Hiais sans exammer tenles les raisfM» poiMqooi Dieu ne veut pas si ne doit pas VAideir qiie le wee prospère toujours^ je me eonienlerai d'une ré<* ponseifoe j^ai k vous foire, et qui servira de pienveà Tim*portaote vérité que je vous prêche. C'est que pour «es pé* clieura, sujets eomme les jusies aux revers «taux disgnices de la vie^ tine des plus précieuses et des pius eensibles «aiv ques, seion la doctrine de tous les Pères, que Dieu ne les a pas entièferoent alM»donnés, ee sont teucstseufiranees mêmes ei leurs peines; que le plus grand de tous les malheurs pour «ux, ce serait d'être ménagés^ d'êtne flattés, de n'être ja« mais traversés dans le crime ; que la damière ressource qw leur reste pour rentrer dans la voie du salut el peur être reçus dans le sein de la miséricorde, est que Dieu à présent les châtie, qu'en les châliant il les corrige, qu'yen lesoorri* ^eanl il les réforme, et que te renouvellement et eette ré*formation de mteurs reiraoe dans eux l'image de son F^s 4{u'ils y avaient effacée : de sorte qii'ii en faut loiiiiaiirs Pfr<venir à la parole du Maître des Gentils : Qms prmteivH H pnBde»èinavii em formes fieri imtffime FHH Mt .
Plaise au ciel, mes cfaers «aditeure, que vous ayes ïàem compris ce mystère de grâce et de sanctification. (]pue j'avais à dév^opper ; que dans les coups dont Dieu vous fipappe, «eus reoonnaissifia Tamenr quiTintéresse pour vous ; que le juste ranime son espérance,, et qu'il se soutienne par sa^put-
tience ; que le péehew étitoui du vm» éekit qui reRvmmne, et enWré d'une trompeuse félicité qui les séduit , m détrompe enfin de» idées qu'il en avait conçiiee, et qaedéser* nais il en détaetae son omur pour rattacher à des biens plus solides. Vous eependftnt, 6 mon Dieu ! ae diangea riéh k Tordre des choses que voire Providence a réglées : agissez selon vos vues, et nou selon les nè^es. Vos vues sont infinies , et les nôtres sont bornées ; vos vues sont toutes pures, et les nôtre» sont toutes terrestres ; vos vues ne tendent qu'à nous sauver, et les nêtre» ne tendent qu'à non» peittre. Si la nature se révolte, s» le» sens murannent , aà ! Seigneur, n'accordez ni à la mtnre indocile, ni aux sens aveugles eC charnels ce qu'ils deiytandent. Ne nous Mwez pas* à no» desirs , et ne nouo écoutez pas, comme vous écoatiea autrefois dans votre colère le peuple juif» Mais suivez toujours vos adorables desseins, et quoi qu'il nous en doive coûter, exéetttez4es pour votre gloke et pomr notre bonheur éternei , etc.
Sim LA J'ENSÉE DE LA MCHIT.
Sonvenei-voas, homme, que tous 6te« pOttMière, el que tous rer
tournerez en poussière.
n serait difficile de ne s'en pas souvenir, chrétiens, lorsque la Providence nous en donne une preuve si récente, mais si douloureuse pour nous, et si sensible. Cette église
où nous somiiMS assemblés, et que nous vîmes, il n'y a que trois jours, occupée à pleurer la perte d^ son aimable^ prélat, et à lui rendre les devoirs funèbres, nous prêche bien mieux par son deuil cette vérité^ que je ne le puis faire par toutes mes paroles. Elle regrette un past^r qu'elle avait reçu du ciel comme un don précieux, mais que la mort, par une loi commune à tous les hommes, vient de lui ravir. Ni la noblesse du sang, ni Téciat de la dignité, ni la sainteté du cariictère, ni la force de Tei^rit, ni les qualités du cœur» d\un cœur bienfaisant, droit, religieux, ennemi de Tartilice et du mensonge, rien ne Ta pu garantir du coup fatal qui nous Fa -enlevé, et qui, du siège le plus distingué de notre France, Ta fait passer dans la poussière du tombeau. Vous» Messieurs, qui composez ce Corps vénérable dont il était le digne chef; vous qui, par un droit naturellement acquis, êtes maintenant les dépositaires de sa puissance spirituelle, et que nous reconnaissons à sa place comme autant de Pères et, de pasteurs; vous, sous Fautorité et avec la bénédiction de qui je monte dans cette chaire pour y annoncer TEvangile, vous n'avez pas oublié, et jamais oublierez-vous les témoignages de bonté, d'estime, de confiance que vous donna jusqu'à son dernier soupir cet illustre mort, et qui redoublent d'autant plus votre douleur, qu'ils vous font mieux sentir ce que vous avez perdu, et qu'ils vous rendent sa mémoire plus chère?-
Cependant, après nous être acquitté de ce qu'exigeaient de nous la piété et la reconnaissance, il est juste, mes chers auditeurs, que nous fissions un retour sur nousnnêmes, et que pour profiter d'une mort si chrétienne et si sainte, nous joignions la cendre de son tonJ)eau à celle que nous présente aujourd'hui l'Eglise ', et nous th^ions de l'une et de
i M. de PicaBFiXB, Archevêque de Paris. - ' Ce Sermon fut prêché le mercredi des Gendres.
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Tautre une importante instruction ; car telle elle est notre destinée temporelle. Voilà le terme où doivent aboutir tous les desseins des hommes et toutes les grandeurs du monde ; voilà Tunique et la solide pensée qui doit partout et en tout temps nous occuper : JKfrmfnto, homOf quia pulvis es, et in pulverem reverieris. SouvenCz-vous, qui que vous soyez, ricbes ou pauvres, grands ou petits, monarques ou sujets, en un mot, hommes, tous en général, chacun en particulier, souvenez-vous que vous n'êtes que poudre, et que vous retournerez en poudre. Ce souvenir ne vous plaira pas; cette pensée vous blessera, vous troublera, vous affligera : mais en vous blessant elle vous guérira ; en vous troublant et en vous affligeant, elle vous sera salutaire ; et peut-être, comme salutaire, vous deviendra-t-elle enfm non-seulement supportable, mais consolante et agréable. Quoi qu'il en soit, je veux vous en f^e voir les avantages, et c'est par là que je commence le cours de mes prédications.
Divin Esprit, vous qui d'un charbon de feu purifiâtes les^ lèvres du prophète et les fîtes servir d'organe à votre adorable parole, purifiez ma langue, et faites que je puisse dignement remplir le saint ministère que vous m'avez confié. Eloignez de moi tout ce qui n'est pas de vous ; ne m'inspirez point d'autres pensées que celles qui sont propres à toucher , à persuader , à convertir. Donnez-moi comme à l'Apôtre des nations, non pas une éloquence vaine, qui n'a pour but que de contenter la curiosité des hommes , mais une éloquence chrétienne, qui, tirant toute sa vertu de votre Evangile, a la force de remuer les consciences, de sanctifier les âmes, de gagner les pécheurs et de les soumettre h l'empire de votre Loi. Préparez les esprits de mes auditeurs à recevoir les saintes lumières qu'il vous plaira de me communiquer; et comme en leur parlant je ne dois point avoir d'autre vue que leur salut, faites qu'ils m'écoulent avec un désir sincère de ce salut éternel que je leur prêche, puisque
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c'est Tessentielle dispositsoB à toates les grâces qu'ils doivent attendre de vous. C'est ce que je tous demande, Seigneur, et pour eux et pour moi, par Tiatensession de Marie à qui j'adresse la prière ordioaire. Ave,
C'est un principe dont les sages même du paganisme sont convenus, que la grande science ou la grande étude de* la vie est la science ou i'étuSe de la mort ; et qu'il est impossible à l'homme de vivre dans l'ordre et de se maiiUenir dans une vertu solide et constante, s'il ne pense souvent qu'il doit mourir. Or je trouve que toute notre vie, ou pour mieux dire, tout ce qui peut être perfectionné dans notre vie, et par la raison et par la foi, se rapporte à trois choses, à nos passions, à nos délibérations et à nos actions. Je m'explique. Nous avons dans le cours de la vie des passions à ménager^ nous avons des conseils à prendre, et i^oik avons des devoirs à accomplir. En cela, pour me servir du terme del'Ë^ criture, consiste tout l'homme; tout l'homme, dis^e, raisonuahle et chrétien : Hoc est enim omnis homo (EcCL. XII). Des passions à ménager, en réprimant leurs saillies et en modérant leurs violences ; des conseils à prendre, en se préservant et des erreurs qui les accompagnent, et des repentirs qui les suivent ; des devoirs à accomplir, et dont la pratique doit être prompte et fervente. Or pour tout cela, chrétiens, je prétends que la pensée de la mort nous suffit, et j'avance trois propositions que je vous prie de bien comprendre pareequ' elles vont faire le partage de mon discours. Je dis que la pensée de la mort est le remède le plus souverain pour amortir le feu de nos passions, c'est la première partie. Je dis que la pensée de la mort est la règle la plus infaillible pour conclure sûrement dans nos déhbératious, c'est la seconde. Enfin, je dis que la pensée de la mort est le moyen le plus efficace pour nous inspirer une sainte ferveur dans nos actions, c'est la dernière. Trois vérités dont
SUR LA PENSt£ DE LA MORT. n 4§|-
j« venx ^006 convaincre , en vous Hiisant sentir toute la force de ces paroles de mon texte : Mémento, homOf q%tia pulHs esy et in pniverem reveréeris. Vos passions vous emportent, et souvent il vous semble que vous n'êtes pas maître de votre ambition et de votre cupidité ; Mémento, souvenez* vous, et pensez ce que c'est que l'ambition et la cupidité d'un homme qui doit mourir. Vous déii|;^rez sur une matière importante, et vous ne savez à quoi vous résoudre; Mémento, souvenez-vous, et pensez quelle résolution il convient de prendre à un homme qui doit mourir. Les exercices de la religion vous fatiguent et vous lassent, et tous vous acquittez négligemment de vos devoirs ; Mémento , souvenez-vous, et pensez comment il importe de les observer à un homme qui doit mourir. Tel est l'usage que nous devons faire* de la pensée de la mort, et c'est aussi tout le sujet de votre attention.