‹ Chefs-d'œuvres oratoires de BourdaloueChapitre 3 sur 33 · X VIE · texte numérisé non relu

X VIE

charmés tout ensemble de son humilité et de sa charité.

Mais où il redoublait sa vigilance et ses soins, c*était auprès des mourants. On avait souvent recours à lui pour leur annoncer leur dernière heure et pour les y disposer ; et se croyant alors responsable de leur salut, il leur parlait en homme vraiment apostolique. Ce n'était pas sans réflexion et sans étude ; il savait trop de quelle conséquence il est déménager des moments si précieux, et de ne les pas perdre en des discours vagues et peu utiles. Outre le long usage qui Tavait formé à ce saint exercice, outre la méthode particulière qu'il s'en était lui-même tracée, il prévoyait ce qu'il avait à dire, et, s'abandonnant ensuite à l'esprit de Dieu, il disait tout ce qui peut porter une ame à la pénitence et à la confiance. C'est ainsi qu'il s'est ac* quitté des derniers devoirs d'une amitié solide et chrétienne envers tant d'amis, que leur naissance, leur nom, leur mérite personnel et une liaison de plusieurs années lui rendaient également respectables et chers, et à qui il a été iidèle jusqu'à la mort.

Cependant le P.Bourdaloue, en pensant aux autres, ne s'ou* bliait pas lui-même ; au contraire , ce fut par de fréquents retours sur lui-même qu'il se mit on état de servir si utilement les autres. Cette attention lui était nécessaire parmi de continuelles occupations au dehors et de grands succès. Ses succès ne l'éblouirent point , et ses occupations ne l'empêchèrent point de veiller rigoureusement sur sa conduite. D'autant plus en garde qu'il était plus connu et dans une plus haute considération , il ne compta jamais sur le crédit où il était pour agir avec moins de réserve. Etroitement resserré dans les bornes de sa profession, il joignit aux talents de la prédi-» cation et de la direction des âmes le véritable esprit d'un religieux et les vertus que demandait de lui sa Compagnie, surtout un parfait mépris du monde et de ses grandeurs , sans manquer à rien néanmoins de ce qu'il devait aux grands; ud dévouement inviolable au service de l'Eglise , et une soumission entière aux puissances ecclésiastiques ; une estime de sa vocation, dont il se déclarait partout, et un attachement à son état , capable de l'affermir contre les offres les plus avantageuses ; un zèle sincère et vif pour le bon ordre, et un soin exact de s'y conformer lut>même et de le suivre.

Entre ses devoirs, il s'en fit un particulier de la prière. C'est

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en présence des autels qu'il rappelait ce» grandes idées de religion dont il était rempli ; et pénétré de la majesté de Dieu et de la sainteté de son culte, il ne se permettait pas la moindre négligence en célébrant les sacrés mystères, ou en récitant Toffice divin.

Avec celte piété qui fait Thomme chrétien et Thomme religieux, que lui roanquait-il d'ailleurs de ce qui fait, même selon le monde, Thonnête homme? Il en avait toutes les qualités : la probité, la droiture, la franchise, la bonne foi ; ne disant jamaisles choses autrement qu'il les pensait, ou si par sagesse il ne les pouvait dire telles qu'il les pensait, ne disant rien. Beau-* coup de prudence et de pénétration dans les affaires ; mais au même temps l)eaucoup de retenue, |M)ur né s'y point ingérer de son mouvement* propre, n'y entrant qu'autant qu'on l'y faisait entrer ; pro])osant ses vues comme un ami, sans entreprendre de décider en maître, cherchant à se rendre utile et à servir, et non à se faire valoir et à dominer. Bien de l'agrément dans la conversation, un air engageant, des manières aisées, quoique respectueuse» et graves, une douceur qui lui devait coûter, du tempérament dont il était ; mais par-dessus tout, une modestie qui lui attirait d'autant plus d'éloges, qu'il avait plus de peine à les entendre, les fuyant, bien loin de les rechercher, élevant volontiers les autres, et ne parlant jamais de lui-même.

Ce caractère dans un homme aussi distingué que le P. Bourdaloue ne le faisait pas moins honorer et respecter que tous ses talents. Après l'avoir admiré dans la chaire, on l'admirait dans l'usage de la vie. Où n'était-il pas reçu avec plaisir? et depuis les premiers rangs jusqu'aux conditions les plus com— munes, qui ne se faisait pas , non-seulement un. plaisir de lerecevoir, mais comme un mérite de le connaître et d'être en. commerce avec lui ?

Il fallait un cœur aussi détaché que le sien pour former, au milieu des applaudissements du monde, le dessein qu'il prit dans les dernières années de sa vie. Touché d'un saint désir de la retraite et voulant se préparer à la mort , il résolut de quitter Paris et de finir ses jours en quelque maison de la province où il pût se recueillir davantage et vaquer uniquement à sa perfection. Il jugea bien qu'il aurait sur cela desobstacles à surmonter de la part de ses supérieurs en France ; et pour lever toutes les difficultés, il s'adressa au général d^

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