‹ Chefs-d'œuvres oratoires de BourdaloueChapitre 4 sur 33 · XII VIE · texte numérisé non relu

XII VIE

la Compagnie. Biais cette première tentative ne réussit |)as; OH le remit à une autre année , et on le pria de faire encore <}e nouvelles réflexions sur le parti qu'il voulait prendre. Il y pensa, et sans se rebuter, dès Tannée suivante, il redoubla ses instances auprès du Père général. La lettre qu'il lui écrivit est si remplie de Tesprit de Dieu , que le public sera bien aise d'en voir un extrait. La veici, traduite du latin :

« Mon très révérend Père , Dieu m'inspire et me presse » même d'avoir recours à votre paternité , pour la supplier » très humblement, mais très instamment, de m'aocorder ]) ce que je n'ai pu, malgré tous mes efforts, obtenir du n révérend Père provincial. Il y a cinquante-deux ans que » je vis dans la Compagnie , non pour moi, mais pour les » autres; du moins plus pour les autres que pour moi. » Mille affaires me détournent et m'empêchent de travaîl- » 1er autant que je le voudrais à ma perfection , qui néan- » moins est la seule chose nécessaire. Je souhaite de me j> retirer, et de mener désormais une vie plu» tranquille ; » je dis plus tranquille, afin qu'elle soit plus régulière et u plus sainte. Je sens que mon corps s'affaiblit et tend » vers sa lin. J'ai achevé ma course ; et plût à Dieu que je » pusse ajouter, j'ai été fidèle! Je suis dans un âge où }i je ne me trouve plus guère en état de prêcher. Qu'il me i> soit permis, je vous en conjure, d'employer uniquement » pour Dieu et pQur moi-même ceqni me reste de vie, et a de me disposer par là à mourir en religieux. La Flèche, » ou quelque autre maison qu'il plaira au supérieur (car je » n'en demande aucune en particulier, pourvu que je sois » éloigné de Paris) sera le lieu de mon repos. Là , oubliant » les choses du monde, je repasserai devant Dieu toutes les » années de ma vie dans l'amertume de mon ame. Voilà » le sujet de tous mes vœux, etc. »

Cette lettre eut tout TefTet que desirait le P. Bourdaloue ; il lui fut libre de faire ce (pi'il jugerait à propos, et dès qu'il eut reçu la réponse de Rome , il prit jour pour partir. Mais les «nêmes supérieurs qui l'avaient arrêté la première fois, se crul'ent encore en droit de retarder son départ de quelques semaines, et de suspendre la permission jusqu'à ce qu'ils

DE BOURDALOUE. xin

eussent pu faire k Rmne de nouvelles remontrances. Elle» touchèrent le Père général , et la dernière conclusion fut que le P. Bourdaloue demeurerait à Paris, et continuerait à s'acquitter de ses fonctions ordinaires. Dieu voulut ainsi qu*il eût tout le mérite d'un sacriHce si religieux sans en venir à Texécation, et qu'il achev&t de se sanctilier lui*mème en travaillant à la sanctification du prochain. Voilà ce que le public n'a su qu'après sa mort. Comme ses vues avaient été droites, et qu'en prenant une telle résolution il n'avait cherché que Dieu, Il ne chercha point dans la suite à s'en foire honneur. Il a toujours tenu la chose secrète, il n'en a fait confidence qu'à quelquesuns de ses amis les plus intimes.

Le P. Bourdaloue n'insista pas. Il crut obéir à l'ordre du ciel en se soumettant à la volonté de ses supérieurs ; il n'en eut même encore dans son travail que plus d'activité et plus d'ardeur: mais il approchait de son terme, et son travail désormais ne fut (Mis long ; Dieu le retira au moment qu'on s'y attendait le moins.

Il tomba malade le 11 de mai, et dès le premier jour de sa maladie, il se sentit frappé à mort. Il ne perdit rien dans un péril si pressant de la présence de son esprit , et il est difficile démarquer plus de fermeté et de constance qu'il en fit |)araltrc. Son mal ftit une fièvre interne et très maligne, précédée d'un gros rhume qui le tenait depuis plusieurs semaines, et où son zèle l'empêcha de se ménager autant qu'il eût été nécessaire -. car, tout incommodé qu'il était, il ne kiissa pas de prêcher, et d^entendre, selon sa coutume, les confessions ; mais il fallut enfin se rendre. Le dimanche , fête de la Pentecôte , après avoir dit la messe avec beaucoup de peine, il ftit obligé de se mettre au lit. Quoiqu'il connût assez son état, il voulut néanmoins encore s'en feire instruire, et il pria qu'on ne lui déguisât rien. On lui parla comme il le souhaitait, et sans attendre que la personne qui lui portait la parole eût achevé : Cesi 0999%, répondit-il, j« vcu9 én$end9 ; il faut maintenant qH9 J9 fa99é ce que foi tant de foie prêché et ea$ueilté au» autree.

Dès le lendemain matin il se prépara par une confession de toute sa vie à recevoir les derniers sacrements. Ce fut aprèscette confession qu'il épancha son cœur et qu'il s'expliqua dans les termes les plus chrétiens et les plus humbles. Il entra

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