‹ Chefs-d'œuvres oratoires de BourdaloueChapitre 6 sur 33 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Ce n'est point un paradoxe que j'ai avancé, mais un pnncipe certain que j'ai établi, quand j'ai dit que le privilège de

SUR LA CONCEPTIO;^ DE LA VIEKGE. 5

ia conception de Marie , par où elle a triomphé du péché , nous fait clairement connaître Tétat malheureux où le péché nous a réduits ; et que pour nous bien convaincre de ce que nous sommes sans la grâce , nous n'avons qu'à nous appliquer le mystère de ce jour. Eh voici la preuve. Marie, au moment que Dieu la forma dans le sein de sa mère, se trouva, par Tavantage singulier de sa conception, et la plus illustre et la plus accomplie, et la plus heureuse de toutes les créatures. La plus illustre : elle était de la maison rojale de Juda ; et comme petite-fille de David, combien pouvait-elle compter parmi ses ancêtres de monarques et de souverains ? La plus accomplie : elle était dès lors le chef-d'œuvre de la toutepuissance du Créateur-, et par les qualités éminentes qui la distinguaient et qui devaient faire de sa personne le miracle de son sexe, rien dans Tordre de la nature ne lui pouvait être comparé. La plus heureuse : elle était conçue pour être la mère d'un Dieu et pour donner au monde un rédempteur. Rien de plus vrai, chrétiens. Mais , ô profondeur et abîme des conseils de Dieu ! tout cela sans la grâce et hors de la grâce dont Marie , dans sa conception, reçut les prémices , non-seulement n'eût été de nul mérite devant Dieu, mais n'eût pas empêché que Marie même, malgré tous ces avantages, ne fût personnellement l'objet de la haine de Dieu. C'est ce que la foi nous oblige de croire. Or, quelle conséquence ne devons-nous donc pas tirer de là , pour comprendre ce que c'est par rapport à nous que la malédiction du péché, et jusqu'où s'étend la fatale disgrâce de notre origine? Non, mes chers auditeurs. Dieu, dont le discernement est infaillible , et qui seul , juge équitable du mérite de sa créature, sait l'estimer par ce qu'elle vaut, ne considéra Marie dans sa conception ni par la noblesse de sa naissance, ni par les grâces naturelles dont le ciel commençait déjà et si libéralement à la pourvoir, ni même absolument, parceque le Saint des saints devait naître d'elle. Cela

pouvait suffire pour rendre sa conception glorieuse ; mais cela ne suffisait pas pour faire de cette Vierge une créature selon le cœur de Dieu. Ainsi Dieu ne Testima, Dieu ne la regarda comme sa Me bien-aimée que parcequ'elle lui parut dès lors revêtue de sa grâce et affranchie de la corruption du péché. Vérité si constante (ne perdez pas cette remarque de saint Cbrysostome, aussi édifiante pour vous qu'elle est essentielle au sujet que je traite,) , vérité si constante , que parcequ'il y a eu des ancêtres de Marie prévaricateurs, impies, idolâtres , quoique ancêtres de Marie et de Jésus-Christ même, ils ont néanmoins été réprouvés de [Dieu. -Par où Dieu, ajoute saint Cbrysostome, a voulu montrer, jusques dans les ancêtres de son Fils , que tout ce qui ne porte pas le caractère de la sainteté est indigne de lui ; que tout ce qui est infecté de la contagion du péché , quelque grand d'ailleurs qu'il puisse être selon le monde, n'est à ses yeux qu'un sujet de réprobation. Arrêtons-nous là, chrétiens, et sans perdre Marie de vue , commençons par là à découvrir ce que nous sommes. .

Nous avons tous été conçus dans le péché, la foi nous l'apprend , et l'expérience même nous le fait sentir. Voilà le fond de notre misère, que nous prétendons bien connaître ; et moi je vais vous faire voir combien il s'en faut que nous l'ayons jusques à présent connu. Écoutez-moi, et vous en allez convenir. Il est vrai : éclairés des lumières de la foi, nous confessons avec l'apôtre qu'au moment de notre conception nous sommes tous enfants de colère , Naturâ filii irœ (Ephes. II.) , et il n'y a personne qui ne soit prêt aujourd'hui de dire à Dieu comme David : Eccc in iniqui-^ latibus conceplus sum, et in peccatis concepil me mater mea (Ps. L) : Vous voyez. Seigneur, que j'ai été formé dans l'iniquité, et que la mère qui m'a conçu, m'a conçu dans le péché. Ainsi parlons-nous, quand touchés de l'esprit de pénitence nous entrons dans les sentiments de ce

saint roi. Nous ii*en.deinetirons pas là : parceque nous avons été conçus dans le péché, nous nous reconnaissons de bonne' foi sujets aux désordres qu'il produit, et qui en sont tes tristes effets ; c'est-à-dire, nous savons que ce premier péché nous a attiré un déluge de maux, et que par les deux plaies mortelles qu'il nous a faites, l'ignorance et la concupiscence, il a répandu le venin de sa malignité dans toutes les puissances de notre ame ; que c'est pour cela qu'il n'y a plus rien en nous de sain, que notre esprit est susceptible des plus grossières erreurs, que notre volonté est comme Hvrée aux plus honteuses passions, que notre imagination çst le siège et la source de l'illusion, que nos sens sont les portes et les organes de l'incontinence ; que nous naissons remplis de faiblesses, assujettis à l'inconstance et à la vanité de nos pensées, esclaves de nos tempéraments et de nos humeurs, dominés par nos propres désirs. Nous n'ignorons pas que de là nous vi^nt cette difficulté de faire le bien, cette pente et cette inchnation au mal, celte répugnance de nos devoirs, cette disposition à secouer le joug de nos plus légitimes obligations, cette haine de la vérité qui nous corrige et qui nous redresse, cet amour de la flatterie qui nous trompe et qui nous corrompt, ce dégoût de la vertu , ce charme empoisonné du vice : de là cette guen^e intestine que nous sentons dans nous-mêmes, ces combats de la chair contre la raison, ces révoltes secrètes de la raison même contre Dieu, cette bizarre obstination à vouloir toujours ce que la loi nous défepd, parcequ'elle nous le défend, et à ne vouloir point ce qu'elle nous commande, parcequ'elle nous le commande ; à aimer par entêtement ce qui souvent en soi n'est point aimable, et à rejeter injustement et opiniâtrement ce qu'on nous ordonne d'aimer et ce quimériterait de l'être. Renversement monstrueux, dit saint Augustin, mais qui, par là même qu'il est monstrueux, devient la preuve sensible du péché que nous contractons dans

notre origine et que nous apportons en naissafit. Voilà encore une fois ce que nous éprouvons et ce que nous regardons comme les suites mallieureuses de notre conception. Or, convenir de tout cela, me direz-vous, n'est-ce pas suffisamment nous conualtre ? Non, mes cbers auditeurs, entre les effets de ce premier péché dont je parie, il y en a encore, de plus affligeants, et à la reconnaissance desquels ce mystère que nous célébrons nous conduit. Ce n'est là que le fond de notre misère : mais prenez garde,, en voici le comble, en voici Texcès , eu voici le prodige, en voici Tabus, en voici la malignité, en voici Tabominalion ; et sè ce terme ne suffit pas, en voici, pour m'exprimer avec le prophète, Tabomination de désolation. Autant de points que je vous prie de bien suivre, parcequ étant ainsi distingués, et que Tun enchérissant toujours sur Tautre, c'est de quoi vous donner par degrés une idée juste de ce fond de cor-ruption que nous avons à combattre, et que la grâce de Jésus-Christ doit détruire en nous. Je reprends, et je m'explique.

Le comble de notre misère, c'est que notre misère même, quoiqu'humiliante, ne nous humilie pas ; et que malgré tant de sujets qu'elle nous donne de nous confondre, nous ne laissons pas d'être encore remplis d'orgueil. Pour être aveugles, faibles , pauvres , misérables ( car fussions-nous d'ailleurs les dieux de la terre, fel est, en qualité d'enfants d'Adam, notre apanage et notre sort ) , nous n'en sommes pas moins prévenus d'estime pour nous-mêmes. Pour être dégradés et dépQuillés de tous les privilèges de l'innocence, nous n'en sommes pas moins contents de nous-mêmes, pas nijoins occupés de nous-mêmes, pas moins amateurs rfi moins idolâtres de nous-mêmes. Marie avec la plénitude de la grâce a été humble, et nous avec le néant du péché nous somm'es superbes. Oui, mes frères, voilà le désordre que nous avons tous à nous reprocher. Beaucoup d'ignorance, joint à beau-

coup de présomption; faiblesses extrêmes, soutenues d'une pitoyable vasité; indigence affreuse des vrais et tolides mérites, accompagnée d'une enflure de cœur, qui seule, selon rËcriture, suflirait pour nous attirer Findignation de Dieu. Car qu'y a-t-il de plus propre à irriter la colère de Dieu, qu'un pauvre orgueilleux? Or qui de nous, s'il se connaît bien, n'avouera pas qu'il a part, comme pécbeur, à cette malédiction? FauperemsuperbumodivU anima mea (ëccl. XXV). 11 y a plus.

L'excès de notre misère, c'est qu'étant aussi déplorable que je vous l'ai représentée, toute déplorable quelle est, nous ne la déplorons pas. Les saints et les élus de Dieu en ont gémi, et nous n'en somn^es pas touchés. Saint Paul dans l'amertume de son ame.s'en est aflligé, et nous nous en consolons. Ah ! Seigneur, s'écriait le saint homme Job, pourquoi m'ave^-vous mis dans une disposition oui me rend si contraire à vous, et pourquoi par là me suis-je devenu insupportable . à mpi - même ? Qttare posuisli me conlror' rium libi et foetus ium mihimei ipsi gravis (Job. VII)? Est-ce ainsi que parle un mondain? e$t«43e aiiisi qu'il pense? Non, insensible à ses maux, il souffre tranquillement cet état de contrariété entre Dieu et lui. S'il gémit sous le joug de ses passions, ce n'est point parceque ses passions le rendent contraire à Dieu, mais parcequ'elles troublent son repos, mais parcequ'elles lui causent de mortels chagrins, mais parcequ'il se voit souvent dans l'impuissance de les satisfaire. De ce qu'elles le tiennent captif sous la loi du péché, c'est à quoi il ne fait nulle attention. Il est esclave de la concupiscence qui le domme, mais esclave volontaire parcequ'il en veut bi^n être dominé. 11 sent dans son cœur mille révoltes intérieures -ccmtre Dieu : et ces révoltes continuelles et si dangereuses, bien loin de l'étonner, ne lui donnent pas la moindre inquiétude. Pourvu qu'il arrive à ses fins, il consent à vivre sous l'empire de la chair, et à être vendu

au péché. A combien de pédieurs du siècle ce tableaun'expose-t-<^il pas leurs yéritables^ mais damnables sentiments? Allons plus avant.

Le prodige de notre misère,- c'est qu'au lieu de la déplorer, nous nous aveuglons tous les Jours jusques à nous en féliciter, jusques à nous en glorifier. Car où est Tambitieux qui ne s'applaudit pas intérieurement des idées, des projets, des succès de son ambition? où est le riche avare qui ne se sait pas bon gré ,de ses sordides épargnes «t de son ava-^ rice? où e$t l'impudique qui ne met pas son bonheur dans ses infâmes voluptés? où est le vindicatif qui ne se fait pas un triomphe de sa vengeance ? Ces passions dont l'apôtre de Jésus-Christ faisait le sujet de sa douleur, à mesure que nous oublions Dieu, deviennent le sujet de notre joie. Par un renversement de religion, et même de raison, ces passions deviennent nos divinités ; nous leur faisons sans cesse des sacrifices, nous leur obéissons aveuglément; non contents de leur être soumis nous-mêmes, nous exigeons des autres qu'ils s'y soumettent ; nous voulons qu'ils en soient les approbateurs : entrer dans nos passions, c'est savoir nous plaire; les contredire, c'est nous offenser : plus ces passions sont vives et ardentes, moins nous souffrons qu'on y résiste; plus elles sont honteuses, plus nous sommes jaloux qu'on les respecte, et qu'on ne les choque pas. Ce que je dis, n'est-ce pas le monde tel qu'il est ; et cela même, si nous avons une étincelle de christianisme , ne doit-il pas nous faire horreur? Voici néanmoins quelque chose encore au-delà.

L'abus de notre misère, c'est que nous en tirons même avantage, jusqu'à nous en servir comme d'une excuse dans nos péchés , et jusqu'à nous en prévaloir contre Dieu. Au lieu que David demandait humblement à Dieu d'être guéri' de sa faiblesse, s'en accusant comme d'un mal. Miserere mei, Domine, quoniam infirmm sum, sana me (Ps. YI),

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nous alléguons la nôtre, comme une raison que nous supposons devoir couvrir nos dérèglements, et nous tenir lieu de justification. C'est-à-dire, parceque nous sommes faibles et que nous avons été conçus dans le péché, nous voulons que Dieu dissimule nos crimes, qu'il les tolère, et qu'il ne les recherche pas dans toute la rigueur de sa justice. Mieux instruits que lui-même de l'équité de ses jugements, nous prétendons que parcequ'il connaît notre fragilité , il soit moins en droit de nous condamner et de nous punir; et à force.de le prétendre, nous nous accoutumons à le penser et à le croire. Dieu qui, selon les oracles de l'Ecriture, est le vengeur inexorable du péché, nous paraît pour des créatures aussi fragiles que nous le sommes , un Dieu trop sévère et trop rigide; ou plutôt, selon notre* caprice et notre sens, nous nous en faisons un Dieu plus humain, un Dieu plus condescendant à nos inclinations, un Dieu moins ennemi de nos désordres ; parcequ'étant , disons-nous, l'auteur de notre être, il sait de quelle masse il nous a tirés, et qu'il n'exige pas de nous une sainteté si parfaite. Car ne son(r-ce pas là les téméraires et pernicieux raisonnements que forme tous les jours l'impiété? et voilà ce que j'appelle abuser de notre misère même.

La malignité de notre misère, c'est que le péché dans lequel nous sommes conçus , par une funeste qualité qui lui est propre , infecte en nous tout ce qui vient de Dieu , et tout ce que nous avons reçu de Dieu : talents de l'esprit, force du corps, capacité, sanlé, noblesse, beauté , dons de la nature, et par conséquent du Créateur, prospérités, honneurs, dignités, richesses, dons de fortune, c'est-à-dire de la Providence ; mais tout cela , par le malheur de notre couception, occasion de péché, instrument de péché, source de péché. Voilà ce qui perd l'homme chrétien; mais ce que l'homme charnel et mondain ne sent pas et ne comprend pas. Permettez-moi de vous, le faire comprendre.

Jâ SBRMON

et d'en tirer la preuve de vous-inêmes. Dans Tordre naturel des cboses , plus vous êtes heureux selon le monde , .plus vous devriez être soumis à Dieu et reconnaissants envers Dieu. Mais parceque le péché a renversé dans vous ce bel ordre, plus Dieu vous comble de ses biens, plus il semble qae vous soyez nés pour lui être ingrats et rebelles. Jusqu'à ses grâces et à ses faveurs, tout vous pervertit; la prospérité vous corrompt, les honneurs vous enflent, les richesses entretiennent votre luxe, la santé vous fait oublier le soin du salut. Si Dieu par des moyens tout contraires veut vous forcer de retourner à lui, les remèdes qu'il y emploie, se tournent pour vous en poison. L'adversité vous irrite, l'humiliation vous désespère, la disette (car oii n'est-elle pas, et quelles conditions en sont exemptes?) vous fait tomber dans l'injustice, et l'infirmité dans le relâchement et la tiédeur. Ce qui devrait vous sanctifier, vous endurcit ; ce qui devrait vous convertir et vous rapprocher de Dieu, vous en éloigne. Tant il est vrai que le péché a comme anéanti, ou plutôt a corrompu dans vous tous les dons de Dieu , et ruiné pleinement et absolument l'œuvre de Dieu. Peut-on rien ajouter à ceci? oui, mes chers auditeurs, et ce que j'y ajoute est encore infiniment plus digne de nos larmes.

L'abomination de notre misère , c'est que non contents d'être enfants de colère par nature,. nous le sommes, et nous voulons bien l'être par notre choix. Avoir péché dans autrui, et naître ennemis de Dieu par la nécessité inévitable de notre origine , c'est la malédiction commune où nous nous plaignons d'avoir été enveloppés : mais nous en plaignons-nous de bpnne foi, taudis que nous y joignons celle d'être encore ennemis de Dieu par un libre consentement de notre volonté ? Or, vous le savez , hommes mondains, à qui je parle, vous savez jusqu'oii sur ce point va le libertinage du siècle, et souvent jusqu'à quel excès vous l'avez vousmêmes porté. Avoir été conçu dans le pé^hé , c'est le sort

de toute la postérité d'Adam ; mais vivre impunément dans le péché, mais se plaire dans le péché, mais faire gloire du péché, mais s'endurcir dans le péché, mais persévérer avec obstination dans le péché, mais s'exposer sans crainte au danger prochain de mourir dans Tétat du péché, mais vouloir bien actuellement mourir dans son péché, c'est le sort particulier, mais le sort affreux de je ne sais combien d'amcs perverties que le torrent du monde entraîne ; Dieu veuille qu'entre ceux qui m'écoutent il n'y en ait point de ce nombre. Job demandait à Dieu, que le jour pérît où il avait été conçu. Il souhaitait que ce jour eût été changé en ténèbres, que jamais le soleil ne l'eût éclairé, et qu'il eût pu être effacé du nombre des jours ; et il avait raison , dit saint Augustin , puisque c'était le jour malheureux où il avait commencé d'être pécheur, et sans le vouloir même ennemi de Dieu. Que fait le libertin? par un sentiment bien contraire , il compte parmi les beaux jours de sa vie , certains jours où, librement, et' sans remords, il s'est livré à l'esprit impur ; ces jours infortunés qu'il a passé dans le crime ; ces jours où pour se satisfaire il a renoncé à son Dieu : ces jours en eux-mêmes pleins d'horreurs ne laissent pas, papccqu'il est sensuel et voluptueux , de se représenter à lui comme des jours agréables ; il en conserve le souvenir, il en souhaiterait le retour; bien loin de pleurer parcequ'ils ont été, son chagrin est qu'ils ne sont plus. Mais sans parler précisément du libertin et sans l'être, mes chers auditeurs, le ^lionteux reproche que nous avons aujourd'hui à nous faire, c'est qu'à ce péché d'origine contracté par une autre volonté que la nôtre, nous ajoutons de notre chef mille autres péchés personnels , d'autant plus punissables devant Dieu , que nous les commettons souvent de dessein formé, et que nous ne pouvons les imputer qu'à nous-mêmes. Péchés qui ne sont ni d'ignorance ni de surprise, mais qui, procédant d'une malice pure , ont encore plus d'opposition à la sain-

teté de Dieu, et par là doivent beaucoup plus outrager Dieu. Péchés qu^il nous serait facile d'éviter, et auxquels nous ne succombons que parceque nous ne comptons pour rien d'y succomber. Péchés dont nous recherchons Toccasion, dont nous attirons la tentation, dont nous ne craignons point de courir le risque, et qui par toutes ces circonstance» portent avec eux un caractère particulier de réprobation , puisqu'il est vrai que nous sommes enfants de colère, non plus par nature et par nécessité, mais par notre propre volonté. Ai-je pu mieux vous exprimer Fabomination de notre misère? Ne nous lassons point d'en sonder l'abîme profond, et sur cela écoutez ce qui me reste à vous dire.

L'abomination de désolation dans notre misère, c'est qu'au lieu que la grâce qui sanctifia la conception de Marie , a parfaitement et absolument triomphé dans sa personne, du péclié originel; nous, au contraire, malgré la grâce du baptême qui efface en nous ce péché , par un dernier désordre qui ne peut être attribué qu'à la dépravation de notre cœur, nous suscitons encore tous les jours dans le christianisme, si j'ose ainsi m'exprimer, de nouveaux péchés originels , pires que le premier, et d'une conséquence pour nous plus pernicieuse. Qu'est-ce à dire , nouveaux péchés originels? c'est-à-dire, certains péchés dont nous sommes les auteurs, et qui , par une fatale propagation se communiquant et se répandant, passent de nos personnes dans celles des autres. J'appelle péchés originels , ces péchés de scandale contre lesquels le Fils de Dieu a prononcé dans l'Evangile de si foudroyants anathêmes. J'appelle péchés originels, certains péchés des pères et des mères à l'égard de leurs enfants ; d'un père qui par succession inspire à son fils ses inimitiés et ses vengeances ; d'une mère qui , oubliant qu'elle est chrétienne, pervertit sa fille en lui inspirant la vanité et l'amour du monde. J'appelle péchés originels, certains péchés des chefs de familles à l'égard de leurs domestiques;

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d'un maître, qoi, pire qu'un iaûdèle, foit des siens les ministres de ses débauches ; d'une femme qui , abusant de son autorité, engage la conscience d'une jeune personne que Dieu lui a confiée , et la perd en l'obligeant à être la conGdeçte de ses intrigues. J'appelle péchés originels, certains péchés des grands à l'égard des peuples , des prêtres à l'égard des laïques, des supérieurs à l'égard de leurs inférieurs. En quoi le péché d'Adam fut-il plus énorme devant Dieu? en ce qu'il ne fut payi le péché d'un seul, mais de plusieurs, en ce qu'Adam, violant le précepte, nous comprit tous dans le malheur de sa désobéissance; en ce qu'étant notre chef, il ne put commettre ce péché, sans nous eu rendre coupables. C'est un mystère de foi que nous révérons : mais ce qui nous parait mystère dans le péché d'Adam-, est évident et sensible dans les espèces de péché que je viens de vous marquer. Car' je dis toujours que la désolation de notre misère est de répandre sur autrui notre iniquité ; est de ne nous pas contenter d'être pécheurs, mais de pervertir avec nous des âmes innocentes , de les rendre complices de nos désordres et de les en charger ; est d'être, aussi bien qu Adam, le principe et la source de leur damnation. Ah ! chrétiens , n'eit-ce pas ici que je pourrais m'écrier avec le prophète Jérémie , et conclure avec lui : Quis dabit eafnli meo aquam, et oculismeis forUem laeryffiarum? (Jéiiém. IX.) qui donnera à mes yeux une fontaine de larmes , pour pleurer jour et nuit de pareils malheurs ? raallieurs qui sont les suites du premier péché; mais malheurs inGnimen^ plus déplorables que ce péché-là même dont nous ressentons les tristes effets*

Vous seule, ô glorieuse Vierge, avez été préservée de celte comiplion et de cette malédiction originelle. Vous seule dans votre conception avez paru devant Dieu pure et sans tache; mais c'est pour cela même que nous recourons à vous et que cous implocons vq>tre protection toute-puis-

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santé. Car le privilège que vous avez reçu de Dieu poiir êtrô exempte de nos misères , ne peut vous inspirer pour nous que de la compassion. Vous êtes la mère de miséricorde ; mais vous ne pwivez Vêtre que pour nous , et pour nobs comme pécheurs. Votre gloire dépendait en quelque façon de notre disgrâce ; et s'il n'y avait eu des pécheurs , vous n'auriez jamais mis au monde celui qui les a sauvés , et par conséquent jamais vous n'auriez été nrère de Dieu. C'est donc avec uue ferme confiante que nous nous prosternons devant vous. Malheureuse postérité d'une mère pécheresse , mais trouvant en vous une mère sainte et une mèie chariiaAÀe, nous vous adressons nos prières et nos vœux, nous poussons vers vous des soupirs ; et les secours que nous vous demandons, c'est pour apprendre à nous humilier dans la vue de noire misère , à la déplwer, à u'en pas tirer au moins une vaine gloire , à n'en pas abuser, à. ne la pas augmenter, enlin à connaître non-seulement ce que nous sommes sans la grâce , mais aussi ce que vous avez été et ce que nous sommes par la grâce. Nous Talions voir dans la seconde partie.

SECONDE PARTIE

C'est le sentiment de toute l'Eglise qui nous doit ici tenir lieu de règle, que Marie après Jésus-Christ a été la première des élus de Dieu ; et il est d'ailleurs évident que le premier effet de son élection ou de sa prédestination , a été la grâce singulière en quoi j'ai fait consister le «privilège de sa conîception. Grâce souveraine, dont elle put bien dire dès lors: tout ce que je suis et tout ce que je serai jamais, je le suis en vertu de cette grâce dont Dieu me prévient aujourd'hui : GraHâ Dei sum id quod $um (1 Cor. XV). Grâce féconde, qui dès ce moment-là lui donna lieu de pouvoir ajouter avec l'apôtre , mais bien plus justement que l'apôtre : El gratta

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ejus in me vacua non fuit (i Cor. XV) ; et celle grâce de moa Dieu n'a point été stérile en moi. Car il est vrai , chrétiens , que cette grâce fut à regard de Marie , comme une onction. céleste dont Dieu la remplit dans l^instant même qu'elle fut conçue. Mais pourquoi ? pour sanctifier sa' personne et pour relever le mérite de toutes les actions de sa vie. Ne perdez rien de ces deux pensées. Pour sanctifier sa personne de'la manière la plus parfaite et la plus avantageuse dont une pure créature peut être sanctifiée au-dessous de Dieu , et pour relever le mérite de toutes les actfons de sa vie, c'est-à-dire, pour j-endre toutes ses actions précieuses devant Dieu et dignes de Dieu. Deux merveilleux effets que je distingue, et qui par les deux conséquences que jVn tirerai , en comparant toujours la conception de Marie avec la nètre, nous feront connaître à nous-mêmes Theureux état où nous élève par le baptême la grâce de notre adoption.

Graoe qui sanctifia la personne de Marie, et qui la sanc-^ tifia de la manière qui convenait à une créature que Dieu fermait actuellement, et qu'il destinait pour être la mère de son Fils. Car dans ce bienheureux moment, Marie déjà pleine de grâce et pleine de l'Esprit de Dieu , eut droit de dire bien mieux qu'Isaïe : Dominus ah utero vocavil me (iSAÏB XL) ; avant que je visse le jour, le Seigneur m'a appelée : De ventre malris mcœ recordalus est nominis mei { Imbeh ) ,* dès le sein de ma mère il m'a fait sentir l'impression de se grâce, et s'est souvenu de mon nom. Oui , dès cet instant le Verbe de Dieu se souvint de l'aiignste non, du sseré nom, du nom vénérable que Marie devait un joor porter; et parceque c'était d'elle qu'il voulait naître, a» lieu qfii'il dit à Isaîe : Servtu meus es iUf quia in te gio^ riabot (Inimoi); vous êtes mon serviteur ^ et c'est en vous que je me Confierai ; il dit à Marie , quoiqu'elle fût ma ImnUe servante : vous êtes ceUe que j'ai choisie poiir Être na mère* €ar e'est en cette qnoMté que tous Mes wa^

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jourd'bui conçue ; et voilà pourquoi non-seulement }e me gloriûerai, mais dès maintenant je me glorifie en tous. Dès cet instant*là, dis-je, le Verbe de Dieu, en vue de son in-* carnation prochaine, se fit comme une gloire particulière et crut se devoir à lui-même de sanctifier cette Vierge, de Fenrichir de ses dons et de la combler de ses faveurs les plus exquises. Le souvenir que c'était celle dont il devait être bientôt le Fils, sa tendresse lui fit oublier les lois générales de sa justice rigoureuse , pour la séparer de la masse commune des enfants d'Adam, pour la privilégier, pour la dis» tinguer, pour Thonorer en consacr^int les prémices de son être, par cette onction de sainteté dont elle fut remplie ; et comme son Fils présomptif, rendant par avance, si je puis ainsi parler, cette espèce de respect à sa maternité future.. De ventre malris meœ reœrdcUus est nommis tnei. Ce il'est pas tout. J'ai dit que la grâce de la conception de Marie, au même temps qu'elle sanctifia sa personne, fut en elle comme une source intarissable de mérites , pour consacrer et pour relever toutes les actions de sa vie. Ceci n'est pas moins di-* gne de votre attention. Car selon les règles et les principes de la théologie, il est encore vrai que la mère 'de Dieu, durant tout le cours de sa vie, n'a pas fait une seule action qui n'ait tiré son mérite et sa valeur de cette première grâce. Autre abîme des trésors infinis de la miséricorde divine ! Oaltitudo divitiarum! (Rom. II.) Pour vous Mre mieux entendre ce que je veux dire , Je vais vous en donner une figure sensible, et la voici. Imaginez-vous, mes chers auditeurs, ce petit grain de l'Evangile qui, semé dans le champ et y ayant germé, croît peu à peu jusqu'à devenir un grand arbre. Rien de plus juste pour exprimer ma pensée. Dès que ce grain a pris racine, il pousse son germe, il sort de la terre ; à force de s'élever, il jette des branches, il se couvre de feuilles, il se pare de fleurs, il porte des fruits, maison fiorte que tout cela n'a dç subsistance et de vie que parluié

Car c>st de la racine et de ce grain ()ue les pins hautes branches de Tarbre tirent la sève qui les nourrit; et cette sèye ainsi répandue entretient la fraîcheur des feuilles, fait la beauté des fleurs, donne aux fruits leur goût et leur saveur. Voilà le symbole de la grâce que reçut Marie dans sa ^conception. Ce fut comme un germe divin qui se forma dans «on cœur, mais dont la vertu se répandit ensuite.'dans tout le corps de ses actions. Tout%ce qu'a jamais fait Marie a lété saint, et d'un mérite inestimable devant Dieu : pourquoi? parceque tout ce qu'elle a fait partait d'un principe de sanctification qui était en elle, et qui donnait le prix à tout. Or, quel était ce principe de sanctiflcation ? la grâce de sa conception. Cette grâce , je l'avoue , n'était que la racine des dons sublimes dont le ciel ensuite la combla , et qui rélevèrent à une perfection si éminente : mais parceque la racine était sainte, les branches le furent aussi; Siradix iancta^ tirami (Rom. II). Qu'est-ce que j'entends par les branches? ce sont les vertus que cette incomparable Vierge pratiquait, les bonnes œuvres qu'elle faisait, les devoirs qu'elle accomplissait, le cuHe qu'elle rendait à Dieu , les offices de diarité dont elle s'acquittait envers le prochain, les exercices d'humilité qui la rendaient si attentive sur elle-même. Car ce n'est point une vaine conjecture, mais une vérité ^lide, que tout cela fut sanctifié par la même grâce qui sanctifia son ame au moment de sa conception, et que cette grâce qu'elle ne perdit jamais, fut, pour me servir du terme de l'Evangile , le levain sacré dont la bénédictiou et l'efficace se comnfuniqua à tous les temps de sa vie. . Or de là, chrétiens, faisant un retour sur nous-mêmes, il nous est aisé de conclure ce que nous sommes par la grâce, et avec la grâce ; car le baptême qui , selon les Pères , est comme j'ai dit, le sacrement de notre conception spirituelle , et même la pénitence, qui est celui de notre justification, nous donnent une grâce, qui, pour être d'un ordr*

k tous sans exception, puisqu'il n'y a point de juste sur la Xerre, de quelque condition quUl soit, qui n'ait droit de dire comme chrétien : je suis né de Dieu , et cette grâce qui me sanctifie, n^est rien moins dans moi qu'une participation 4e la nature de Dieu. C'est l'idée que chacun de nous sans présomption peut et doit avoir de soi-même s'il est en grâce avec Dieu, puisque Dieu , en termes exprès , nous le témoigne par le premier de ses apôtres : Ut.per hœc eficiamini divinœ consortes nalurœ (2 Petk» I). Quelque languissante que soit notre foi, si nous raisonnions et si nous agissions suivant ce principe, en faudrait-il davantage pour la ranimer? Voyez, mes frères, disait saint Jean, exhortant les premiers fidèles ( et pourquoi dans le même sens ne vous le dirais-je pas aujourd'hui ? ) voyez quel amour le père qui est notre Dieu , nous a marqué en voulant qu'on nous appelât ses enfants , et que nous les fussions en effet : Videte qualem charitatem dedii Pater nobis , ut filii Dei nomtnemur et simus (Joan. III). Mais voyez aussi, ajoutait-il, et dois-je ajoutef, quel retour de zèle , de ferveur, de reconnaissance demande cette charité d'un Dieu. Voyez à quelle pureté de mœurs elle vous engage. Voyez l'obligation qu'elle vous impose de vous sanctifier en esprit et en vérité, pour n'être pas indignes de cette adoption qui vous donne un Dieu pour père. Voyez si c'est trop exiger de vous quand Dieu prétend que pour cela vous cessiez d'être des hommes charnels, et que vous commenciez à vivre en hommes raisonnables. Voyez si toute la perfection contenue dans la loi chrétienne est trop pour des enfants de Dieu ; Videte, Ah ! Seigneur, s'écriait saint Léon , pape, méritons-nous de porter un si beau nom , si nous venons à le flétrir, oubliant la noblesse de notre origme , pour nous laisser dominer par des vices honteux; et ne faut-il pas que nous renoncions pour jamais à honneur de vous appartenir, si nous marchons encore dans les voies corrompues du siècle ! Être enfants

SUR LA CONCEPTION DE LA VIERGE. Î5 de Dieu , et succomber à toutes les passions de Thomme , et être sujets à toutes les faiblesses de riiomme, et s'abandonner aux désirs déréglés de l'homme , ne serait-ce pas un monstre dans Tordre de la grâce ? C'estnéanmoins, mes diers auditeurs , ce qui doit confondre tant d'ames mondaines, et sur quoi je veux bien me promettre que dans Teàprit d'une sainte componction , chacun s'appliquera de bonne foi à reconnaître devant Dieu son injustice et à la pleurer. Poursuivons.

En vertu de la grâce qui nous sanctiûe comme enfants de Dieu, nous sommes les héritiers de Dieu, et les cohéritiers de Jésus-Christ dans le royaume de Dieu : Si autem filii et haredes; quidem hœredes Deiy cohtBredes autem Christi (Rom. YIII). Héritiers de Dieu, parcequeDieu, dit saint Augustin., ne nous a point promis d'autre héritage que la possession de lui-même. Or, c'est la grâce sanctifiante qui nous assure cet héritage céleste ; et Dieu , le meilleur et le plus libéral de tous les pères ,-ue peut nous le refuser tandis que' sa grâce est en nous , et que nous sommes en grâce avec lui. Cohéritiers de Jésus-Christ ; car nous devenons capables , non-seulement de posséder, mais de jmériter le royaume de Dieu , et de le mériter par autant de titres que nous pratiquons de bonnes œuvres et que nous faisons d'actions chrétiennes : puisqu'il est encore de la foi que toutes nos œuvres élevées., sanctifiées et comme divinisées par la grâce , nous servent de mérites pour la gloire ; que chacune en particulier est pour nous comme un droit acquis à cette gloire ; que les plus viles et les plus basses eA apparence ont une sainteté proportionnée à cette gloire ; qu'à un verre d'eau donné pour Dieu, est dû par justice et par récompense un degré de cette gloire ; et qu'ainsi la vie du juste sur la terre devient un mérite continuel , dont Dieu , selon saint Paul, veut bien être dès maintenant le dépositaire, pour en être éternellement le rémunérateur. Il est vrai ; mais aussi

renversant la proposition , concluez de là quelle perte fait un pécheur qui vient à déchoir de Tétatde grâce, puisqu'il n'est pas moins de la foi, que hors de cet état toutes nos œuvres sont des œuvres mortes , de nul prix devant IMeu , et incapables de nous obtenir la récompense des élus de Dieu. Ce n'est pas que dans Tétatdu péché, quoique privés de la grâce , noi)s ne puissions faire des actions louables et vertueuses, des actions saintes et surnaturelles, des actions même utiles pour le salut, puisqu'au moins elles peuvent nous servir de dispositions pour nous conveilir à Dieu. Ilfeiis je ne vous instruirais pas à fond de votre religion , si je ne vous avertissais que toutes ces actions, quoique saintes, quoique surnaturelles, quoique utiles, hors de Tétat de grâce, ne méritent rien pour le ciei ; que Dieu ne nous en tiendra jamais compte dans l'éternité , et qu'au lieu qu'étant consacrées par la grâce , elles nous auraient acquis des tré^ sors de gloire ; du moment qu'elles n'ont pas cet avantage , elles. ne peuvent nous conduire à ce royaume que Dieu, comme juge équitable, réserve à ses amis. Or, ma douleur est de voir des chrétiens insensibles à de si importantes vérités, di^s chrétiens qui perdent la grâce tranquillement, qui la perdent' sans chagrin et sans trouble, et qui par lu ne montrent que trop leur peu de foi et même leur secrèto irréligion. 0 homme , concluait le grand saint Léon , îtidi** gné du scandale que je déplore , et touché d^ua si prodigieux aveuglement; ô homme, qui que vous soyez, reconnaisses donc aujourd'hui votre dignité, et sanctffîé comme vous l'êtes , par la grâce qui vous associe à la nature divine , ne retombez pas dans votre première bassesse : À§naice, 6 homo, dignilaiem tuam; et divînm comors fûcius nutlurvê, noli in velerem vilitalem degèneri cimv£t$cUi4me redire ^Leo). Mais il faut pour cela, mes chers auditeurs, que nous appliquant l'exemple de Marie ^ nous appreoionfi ce que nous devons à la grâce : c'est k deroiàre partie.

SUR LA CONCEPTION DE LA VffiRGE. K5

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