‹ Chefs-d'œuvres oratoires de BourdaloueChapitre 9 sur 33 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

C'est saint Paul qui l'a dit, et je n'ai rien moins prétendu dans la .première proposition que j'ai avancée, que d'établir un principe de religion dont il ne nous est pas permis de douter ; Jésus^^brist est vraiment ressuscité, et sur ce modèle Dieu veut que nous soyons vraiment convertis ; mais j'ajoute, comme la suite naturelle de ce principe, que Jesus-Cbrist, après être sorti du tombeau, n'a plus vécu en bonune mortel , mais en homme céleste et ressuscité , et que c'est une loi pour nous qu'après notre conversion nous ne vivions plus en hommes charnels et mondains, mais d'une vie toute spirituelle et conforme au bienheureux, état où se trouvaient élevés par la grâce des hommes sincèrement et solidement convertis ; deux pensées auxquelles je

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réduis ces admirables paroles de TépHre aux Booiaiiis , dent je fats toute la preuve des vérilés que je vous prêche : dmsepuUi 8umu$ eum Chrisio per bapHêmum in moHem, ut quomedo ntrreœii à mortuiê , iia f I naft m novitaie vil9 embulemm (Rom. VI) : Nous sommes, mes frères, ensevelis avec Jésu&Christ par le baptême, pour mourir au péché, afia que, comme ce Dieu Sauveur est ressuscité par sa vertu toutespuissante, nous soyons animés du même esprit et intérieurement ressuscites , pour mener cette vie nouvelle qui est Teffet d'une véritable conversion : applique^vous , chrétiens, et ne perdez rieà d'une instruction si nécessaire. Surrexit Daminutvtrè {L^ic. XXIV) : le Seigneur est vraiment ressuscité : principe encore une fois auquel vous et moi nous devons nous attacher d'abord, pour nous former une juste idée de la conversion du pécheur. Ne vous étonnez pas, mes chers auditeurs, que Jésus-Christ, selon le rapport des évangélistes, s'intéressât tant à prouver et à prouver par lui-même sa résurrection ; les apôtres étaient saisis de frayeur en le voyant, parcequ'ils croyaient voir uu esr prit : Contwbali ei centerriH exulimabaMi se spirUum vtdere (Luc XX IV) ; et il ne pouvait sou ffrir qu'ils demeurassent dans cette incertitude et dans ce trouble : Non, leur disaitil pour les rassurer, ce n'est point uu esprit, c'est moi-même ; regardez mes pieds et mes mains , touchez mes plaies, et vous apprendrez que je ne suis point un fantôme, mais un corps solide et réel* Pourquoi, demande saint Chrysostome, ce soin si exact de leur faire connaître la vérité' de sa résurrection? Ah ! mes frères, répond ce saini docteur, c'est qu'outre les autres raisons qu'il avait d'en ufl«r ainsi, il savait bien la loi qui nous était dès lors imposée, et rengagement où nous devions être en quahté de pécheurs, de ressusciter à la vie de. la gloire : Ui qvmnodo gwrfexU tto, ei noi in noviitUê viUB ambulemut^ Or, il était k cnûndre que cette résurrection spirituelle de nos âmes, au lieu d'êtne

une vérité , ne fût une pure fiction , et qiie passant pour des hommes convertis , nous ne fussions rien moins au de* dans que ce que nous paraissions au deliors. De là vient qu'il n'omettait rien pour convaincre ses disciples qu'il n'était pas seulement ressuscité en apparence, mais en effet : voulant que cette résurrection véritable nous servit de modèle et d'exemple.

L'entendez-vous, clu'étiens, et aviez*-vous jamais pénétré la conséquence de cette parole , surrexit vfr»? Voilà néanmoins à quoi elle se rapporte : à condamner tant de conversions imaginaires , qui n'ont d'une vraie conversion que l'extérieur et le masque, sans en avoir le fond et le mérite ; car permettez-moi de faire ici une réflexion toute semblable à celle que faisait^ saint Paul, instruisant les Corinthiens sur la résurrection des corps : Ecce mysterium vobis dieo ; omnes quidem resurgemus , sed non omnes immulabimur (i Cor. XIII) : voici, mes frères, leur disait-il, un important secret que je vous déclare ; nous ressusciterons tous à la fin des siècles , mais nous ne serons pas tous changés. Il voulait par là leur faire entendre que quoique les réprouvés dussent avoir part à la résurrection future aussi bien que les élus , leurs corps n'y seraient pas transformés comme les corps des élus, ni rendus semblables au corps glorieux de Jésus-Christ : différence terrible sûr laquelle insistait l'apôtre, pour donner aux fidèles une crainte salutaire du jugement de Dieu. Mais quelque terrible que doive être cette différence des réprouvés et des élus dans le jugement de Dieu, eh voici une autre qui, pour être plus intérieure, n'en est pas moins fatale au pécheur, et qui, sans -attendre la fin des siècles, se trouve aujourd'hui dans le tihristianisme selon les différentes dispositions des chrétiens de cette fête. Nous avons tous célébré la résurrection de Jésus-Christ; mais je ne sais si nous avons tous éprouvé ce bienheureux changement que cette sainte solennité , par

une grâce qui lui esl propre, devait opérer dans nos âmes : en recevant Fadorable sacrement du Sauveur , nous avons tous paru spirituellement ressuscites,. mais peut-être s'en faut-il bien cpie nous ayons tous été renouvelés, et que dans ce grand jour nous puissions tous également nous rendre ce témoignage devant Dieu , que nous ne sommes plus les mêmes hommes. Voilà le mystère, mais le redoutable mystère que je vous annonce , et sur lequel chacun de nous doit s'examiner : Omnes quidem resurgemuj sed non omnés immutabfmur (1 CoR. XIII).

Car, avouons-le de bonne foi, et puisqu'une expérience malheureuse nous force à le reconnaître, ne nous en épargnons pas la confusion. Le désordre capital qu'on ne peut assez déplorer, ni trop vous reprocher, c'est que dans cette solennité de Pâques, abusant de la pénitence, qui, selon les pères, est le sacrement de la résurrection des pécheurs, nous mentions souvent au Saint-Esprit, nous imposions au monde, et nous nous trompions nous-mêmes. Oui, mes frères, jusque dans le tilbunal de la pénitence nous mentons au Saint-Es])rit, en détestant de bouche ce que nous aimons de cœur, en disant que nous renonçons au monde, et ne renonçant jamais à ce qui entretient dans nous Famour du monde ; en donnant à Dieu des paroles que nous ne comptons pas de garder, et que nous ne spmmes pas en effet bien déterminés à tenir, apnt avec Dieu moins de bonne foi que nous n'en avons avec un homme, et même avec le dernier des hommes : nous en imposons au monde par je ne sais quelle fidélité à nous acquitter dans ce saint temps du devoir public de la religion par l'éclat de quelques bonnes œuvres passagères ; par une ostentation de zèle sur des points où , sans être meilleurs, on en peut avoir; par quelques réformes dont nous nous parons et à quoi nous nous bornons, tandis que nous ne travaillons pas h vaincre nos habitudes criminelles, et à mortifier les pas-

sions qm nous domment : nous «ofus irompens nous-mêmes en confondant les înspiratkHis et ies grâces de conversion avec kl conversion même ; en nons figurant que nous sommes changés, parceqiie nous sommes toiidiés en désir de Têtre ; et sans qu'il nous en ait coûté le momdre combat, en nous flattant d'avoir rempoilé de grandes victoires : et parce-* qu'en fait de pénitence , tout cela n'est qu'iilitsion et que mensonge, à tout cela FEvangile oppose aujoiml'hui cette seule règ^, surreani verè, il est vraiment ressuscité, et par cette règle nous donne à juger combien nous sommes éÛÀ-* gnés des voies de Dieu ^ puisqu'entre notre vie nouvelle et la vie gloriettse de iésus-Clirist, il y a une opposition aussi monstrueuse que celle qui se trouve entre l'appio'ent et le réel, entre le vide et le solide, entre le faux et le vrai. Ah ! mes «hors auditeurs, combien de fantômes île conversion, on, pom* user du terme de saint Bernard, combien de chi* mères tle conversion ne pourrai&^je pas vous produire ici, s'il m'était permis d'entrer dans le secret des cœurs et de vous en découvrir le fond? corobM de conversions pure» ment 4iumaines, cominen tle politiques, combien d'intéres* sées, combien lïe forcées, combien d'inspirées par un autre esprit que celui qui nous doit condvire quand il s'agit de retourner à IMeu ; conversions, si vous voulez^ fécondes en beaux sentiments, mais stériles en effet ;. magnifiques en paroles, mais pitoyd»Ies dans la pratique; t)apables d'é^ blouir, mais incapables de sanctifier. Combien de consciences se sont présentées devant les autels comme des s^ilcres blanchis, et sôus cette surface trompeuse cachent encore la pourriture et la corruption ? Sont-ce là les copie» vivantes de cet homme-Dieu, qui renaît du sein de la mort, ponr être , comme dit saint Paul, l'aîné d'entre plusieurs frères : LH «ri ipêe primbgenituê in mullù fralribus? Non, non, chrétiens , ce n'est pokit par là qu'on a le bon-* hear et la gloire «de lui ressembler ; il fimt quelque chose ûf^

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plus , et sans «ne eanvevsran rentable en «"y ^^t prétendre. Or, tfn'es^N» qn^nne *réritflè)e oon^Ferwen { eem* prenez ceci, is^il vous pliÂt ), c^st-à-dîre «ne conversion M cœur et sans dégniaenient , une conversion sumalorellè ^lont Dieu soit le -principe, rohjet et la fin ? Qne ne m''e8t-i permis i)e développer ces deux aiticles importants d»n tonte lem* étendue !

Conversion sincère et sans déguisement : car, dH saint Bernard , pourquoi nous contrefaire devant Dieu , qui nous ayant fait ce que nous sommes, voit mieux que nous-mêmes ce qui est en nous et ce qui n^y est pas ? et pourquoi feindre , devait lesliommes, dont Festime ne nous justifiera jamais, et dont Terreur snr ce point sera même un jour notre confusion? N'est-ce pas pour cela que saint Paul r^résentanil aux chrétiens, comme autantd'cbiigations, tes conséquences qu'ils devraient tirer de ce mystère, en revenait toujours à celte 4oi : qiie Jésus-Chrtst notre agneau pascal avait été immolé pour nous, et que nous <}evioos céiébrer cette fête, non avec le vieux levain, avec ce levain de dissimulation et de malice dont peut-^re nos<X£urs jusqu'à présent avaient été infectés-: A'on in fermenêo veteri, neque in ferment» malHiœ ei nequitiœ ( 1 €0». V ) , mais dans un esprit de sincérité et de vérité, 9ed in azymis sineerU^iê et veri^ lotis ; pourquoi? paroeqne le Seigneur même avait dit que cette sincérité de conversion était la condition essentielle qui devait nous donner avec Jésus-Christ ressuscité une. sainte ressemblance.

En effet, ce qui nous perd devant Dieu, et ce qui nous empêche de ressusciter en esprit comme Jésus-Cbrist res« suscita sékm la chair, c'est communément un levain de péché que nous Ibmenions dans nous, et dont nous ne travaillons pas à nous défaire : je m'explique. On se récondiie avec son frère et l'on pardonne à son ennemi, mais il reste néanmoins toujours un levain d'aigreur et de <^agrm qui

diffère peu de ranimosité et de la haine; on rompt une attache criminelle, mais on ne la rompt pas tellement qu'on ne s'en réserve, pour ainsi .dire, certains droits à quoi Ton prétend que la loi de Dieu n'oblige pas en rigueur de renoncer, certains commerces que Thonnèteté et la hien^noe semblent autoriser, certaines libertés que Ton s'accorde en se flattant qu'on n'ira pas plus loin : voilà ce que saint Paul appelle le levain du péché : Neque in fermenta malitim et nequUiœ. Or il faut, mes frères, ajoutait l'apôtre, vous purifier de ce levain, si vous voulez célébrer la nouvelle Pâque : il faut vous souvenir que comme un peu de levain, quand il est corrompu, suffît pour gâter toute la masse, aussi ce qui reste d'une passion mal éteinte, quoiqu'amortie en apparence, peut détruire et anéantir tout le mérite de notre conversion: Exjwrgate vêtus fermentum, ut »ilis nova eonsperiio ( 1 Cor. V ).

Conversion surnaturelle et dans la vue de Dieu ; car que peuvent tous, les respects humains et toutes les considérations du monde, quand il s'agit de nous faire revivre à Dieu et de reproduire en nous tout de nouveau l'esprit *de la grâce après que nous l'avons perdu? On nous dit que le désordre où nous vivons peut être un obstacle à notre fortune, que cette attache nous rend méprisables, que ce scandale nous rend odieux, et sur cela précisément nous nous corrigeons ; on nous fait entendre que la piété pourrait servir à notre établissement, et pour cela nous nous réformons : qu'est-ce qu'une telle conversion, eût-elle d'ailleurs tout l'éclat de la plus exacte et de la plus sincère régularité? On s'éloigne du monde par un dépit secret, par l'impuissance d'y réussir fpar désespoir de parvenir à certains rangs que l'ambition y cherche ; on se détache de cette personne^ parcequ'on en est dégoûté, parcequ'on en a découvert la perfidie et l'infidélité ; on cesse de pécher, parceque l'occasion du péché nous quitte, et non parceque nous quittons

Toccasion du péché : tout cela, ombres de couYersion. 11 £iut ({u'un principe suroalurel nous anime ; comme Jésus- Christ ressuscita par une vertu divine, il faut que sur le modèle de Jéisus-Christ, qui dans sa résurrection, selon le beau ' mol de saint Augustin, parut entièrement Dieu, in renirrectione ioius Detu { August.) , parcequ'en vertu de ce mystère, ThUmanité fut toute absorbée dans la divinité, aussi dans notre conversion il n'y ait rien qui ressente Fhomme, rien qui tienne de Timperfection de Thomme, rien qui participe à la corruption de Thomme, que Tintérêt n'y entre point, que la prudence de la chair ne s'en mêle point, et que si la créature en est l'occasion, le Créateur en soit le motif. Ainsi le pratiquait l'apôtre, quand il disait : loin de moi cette £iusse justice , que Je pourrais trouver dans moi, et qui serait de moi, parceque Dieu Ûès lors n'en serait pas l'objet ni le principe ; il ne me suffit pas même d'avoir cette justice imparfaite qui vient de là loi, mais il me fiiut celle qui vient de Dieu par la foi, celle qui me fait connaître Jésus-Christ et la vertu de sa résurrection , afin que je parvienne, s'il est possible, à cette résurrection bienheureuse qui distingue les vivants d'avec les morts, c'estp-àdireles pécheurs justifiés d'avec ceux qui ne le sont pas : Ut inveniar in iUOf wmhabens meamjusiUiam qum ex lepe e$i^ ied ilUun quœ ex fide est Chrisii Jesu, ad cogneteendumii^ Iwn, et virtutem rcêurreclianis e^ : si quo modo occurram ad resurreclionem quœ est ex mortuis (•Phil. III) . Ainsi après l'apôtre en ont usé tous les vrais pénitents en se convertissant à Dieu ; ils ont fermé les yeux à tout le reste , ils n'ont consulté ni la chair ni le sang, ils ont foulé le monde aux.pieds, ils se sont élevés au-dessus d'eux-mêmes; et pourquoi? parcejqu'ils cherchaient, dit saint Paul, une résurrection plus solide et plus avantageuse que celle qui nous est figurée dans la conversion prétendue des mondains : Ut meliorem invenirent resurrectUmem { Hsbr. XI). Car encore une fois, il y a mainr

tenant «mft diversUé ée omwtmmSy tomme à la fin des -siècles il y «i«tra «ne éiytmâné 4e réscnrectiens ; eteonme, «elon FEvan^^, les «ms sntiroat de \ems tomb^uiL pmr ressusciter à la vie, les autres pour ressusciter à feur cotk éamua^n -el à la mert : £^ fracf dimtf ^ hana feeertml/ tu reMirmrlfimi^m v«V«^ qni vero fmdm egtnmt, in re^ êutreri^nem jvidieU { Joam. Y ) ; de même voiMm des pécheurs sertir eu tribunai de (a pétiîl^oe, les uns vivifiés par la grâce et réconcitiés avec Dieu, les ««Ires par fabns * du sacrement encore plus «ndurcis dans le péché et plus

ennemis de I^eu. Heureux , 'cendut le Sainte-Esprit dans TApocalypse , heureux et saint quiceiique aura part à la •première résurrection î il parle de la résurrection des jpstes : Beainê et êanchu qui hetbetpattem 4n resurrecêione prima : ( Âpoc. XX ) : je dis par la même règle, lieureux et saint quiconque a en part à la première résuireetion, heureux f(t saint celui qui ressuscltaiift avec lésus-Ghrist, selon la mitxtme de Tapôtre, n'envisage dans sa converâon que les dioses du ciel , détourne sa vue de tous les objets de ^ terre, ne dierche poiiït les prospérités, s^'élève au-dessus des adversités, est cmiteaft de posséder I^eu, 'et s'attache à Dieu pour Dieu mêmel Or c'est oe^ conversion, chrétiens, que Dieu vous demande aufourd'^ul, et dont il tous propose le modèle dans la personne de son fils.

Cependant n'en clemem!«ns pas là; j'ai dit que le Sau- ^'our du monde , après être sorti du tombeau, n'avait plus vécu en homme mortel , mais-en homme céleste et ressus* tîité, et que -c'est une loi pour nous de mener après notre conversion une vie nouvelle et conforme à l'heureux étal où sont élevés par la grâce des hommes vraiment convertis: Ut qmmoèo swrresnt é mariuh , Ha et nos in nomtaîB vUœ amhfUemns (RoM. VI). Mais «n quoi consisté cette nouvelle vie? retournons à notre modèle ; le voici. Jésus- Ohrist en qualité d'homme était composé d'un corps €lt d^une

SUR LA RÉSURRECTION DE JÉSUS-CHRIST. «S ame ; nuàs son corps m raoment qu'il ressuscita , pur «n merveitteux changement , de mat^iel et de terresti^ qu'M ^tait dans sa sabstance, devint un corps tout spirituel dans ses tfâaHtés ; et son ame , en vertu de la même résurreo* tion , se trouva par un autre prodige parfaitement séparée du monde , quoiqu'die fût encore au milieu du monde : deux traits de ressemblance que Jésus-Christ ressuscité doit nous imprimer, pour laire en nous ce renouvellement, qui eA la preuve nécessaire, mais infailhlile de notre conversion, il avait un corps, et ce corps, revêtu de gloire, semblait être de la nature et de la condition des esprits : vérité si con*stante que s»ift Paul, envisageant le mystère que nous célébrons « ne craignait point de dire aux Corintliiens : It^qw^ eUi cognovimus tecmndûm eamem Ckriilum, sed nunejam non novimus (2 CoR. Y); c'est pourquoi, mes frères, quoique autrefois nous ayons connu Jésus^^ist selon la chair, maintenant qu'il est ressuscité d'entre les morts , nous ne le connaissons plus de la même sorte , ni selon cette même chaii*. Que dites-vous, grand apôtre, reprend là-dessus saint Chrysostome? quoi , vous ne connaissez plus votre Dieu , selon cette chah* adorable dans laquelle il a opéré votre salut ? cette chair formée par le Saint-Esprit, conçue par une Vierge, unie et associée au verbe divin ; cette chan* qu'il a immolée pour vous au Calvaire, qu'il vous a laissée pour nourriture dans son sacrement, et qui doit être un des objets de votre béatitude dans le ciel , vous ne la connaissez plus? Non , répond l'apôtre sans hésiter , depuis que cet Homme-Dieu , dégagé des liens de ia mort, a pris possession de sa vie glorieuse, je ne le connais plus selon la chair : Eisi cognovimuê fecundûm <:amem Chrislum, êed nunc jam 7um nommus. Ainsi le disait le maître des Crentils, et n'en faites-vous pas d'abord l'appbcation? c'est-à-dire que si vous êtes vraiment convertis, il faut que l'on ne vous comaaisse plus, ou plutôt que ^ous ne vous connaissiez plus

vous-mêmes selon la chair; que vous ne cherèhîez plus à satisfaire les désirs déréglés de la chair; que vous ne soyez plus esclaves de cette chair qui vous a jusqu'à présent dominés; que cette chair, puriGée par la pénitence, ne soit plus désormais sujette à la corruption du péché; et que nous, les ministres du .Seigneur, qui gémissions autrefois de ne pouvoir vousTcgarder que comme des hommes sensuels et charnels, maintenant nous ayons la consolation, non-seulement de ne vous plus connaître tels que vous étiez, mais de vous connaître là-dessus divinement changés et transformés; en sorte que nous puissions dire de vous par proportion : Elsi cognovimus vos geeundûm carnem^ sed nunc jam non novimus. ,

Car c'est par là , mes chers auditeurs , que nos corps , selon la doctrine de saint Pauf, participent dès cette vie à la gloire de Jésus-Christ ressuscité. C'est par là qu'ils deviennent spirituels, incorruptibles, pleins de vertu, de force, d'honneur ; mais souvenons-nous qu'ils ne sont rien de tout cela qu'autant que nous y coopérons ; et que, par une pleine correspondance, nous travaillons , selon la règle du Saint- Esprit, à en faire des hosties pures et agréables aux yeux de Dieu. Les corps glorieux possèdent toutes ces qualités par une espèce de nécessité ; mais ces qualités ne conviennent aux nôtres que dépendamment de notre liberté. C'est ce qui fait sur la terre notre mérite ; mais c'est aussi ce qui doit redoubler notre crainte, et ce qui demande toute notre vigilance. Car , quelque affermis que nous puissions être dans le bien, nous ne sommes point inébranlables; les grâces qui nous ont fortifiés dans notre conversion, ne sont point des grâces à fomenter notre paresse; beaucoup moins à autoriser notre présomption. Quelque confiance que nous devions avoir dans la miséricorde et dans le secours de Dieu , il est toujours ATai que nous pouvons nous démentir de nos plus fermes résolutions , et que nos infidélités peu-

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vent nous faire déchoir de cet état de pureté où la péni* tence nous a rétablis. Qiie fout-il donc faire, et comment devons-nous vivre désormais dans le monde? comme Jésus-Christ après sa résurrection: il était dans le monde, mais sans y être, c'est-à-dire sans prendre part aux affaires du monde, aux intérêts du monde, aux assemblées et aux conversations du monde, né s'entretenant qu'avec ses disciples, et ne leur parlant que du royaume de Dieu. Vous donc , mes frères, concluait saint Paul, et je le conclus après lui, si vous êtes ressuscites avec Jésus-Christ , Si eonsurrexisUs cum Christo (CoLOSS. ili), n'ayez plus désormais de goût que pour les choses du ciel : Quœ sursùm nnU $apite; ne cherchez I^us désormais que les choses du ciel : Quœ sursûm sunt quœrue. Séparez-vous du monde, vivez hors du monde, non pas toujours en sortant du monde, puisque votre condition vous y retient, mais n'y soyez ni d'esprit ni de cœur : surtout si vous vous montrez dans le monde, que ce soit pour l'édifier par votre changement. Etre converti, c'est le premier devoir, et c'a été le sujet de la première pailie. Paraître converti, c'est l'autre devoir, dont j'ai à vous parler dans la seconde partie.

SECONDE PARTIE

C'est un mystère, chrétiens, mais ce n'est point un mystère obscur ni difficile à pénétrer , savoir pourquoi Jésus- Christ, après sa résurrection, voulut encore demeurer parmi les hommes durant l'espace de quarante jours. Dans l'ordre naturel des choses, du moment qu'il était ressuscité, le ciel devait être son séjour, et la terre n'était plus pour lui qu'une demeure étrangère : pourquoi donc differe-t-il cette ascension triomphante, qui le devait mettre en possession d'un royaume dû à ses mérites ; et pourquoi suspend-il en quelque sorte cette félicité consommée, qui lui était si légitimement acquise et par tant de titres? Pour-

quoi? une raison supérieure te fait consentir à ce retarde* meut : }a voici y mes ctievs auditeurs , prise de TEvangile même : c'est qu'il veut soutenir toujours son earaetère da Sauveur, et rapporter à notre justi6eatioR aussi bie» les mystères de sa gloire que ceux de ses humiliations et de ses souffrances , aGn qu'il soit vrai de dire en toute ma-^ nière : Tradihu esiprepier ddicia' n&»lra^ etreswtreœU propter juslificaiioniem noHram. Or, pour cela , dit saint Glu'ysostome , il ne se contente pas d'être ressuscité , mais il veut paraître ressuscité ; il veut se faire voir au monde dans l'état de cette nouvelte vie où il est entré; il veut par ses apparitions répandre au deliors les rayons de cette divine lumière dont il vient d'être revêtu. Voilà, dis-je, pour* quoi il emploie quarante jours à se montrer, tantôt à toas ses disciples assemblés , tantôt à quelques-uns en particu* lier, tantôt dans une pêche miraculeuse , tantôt dans un repas mystérieux, tantôt sous la forme d'un jardinier, tan* tôt sous celle d'un voyageur, agissant , parlant , se commu* niquant et donnant partout des preuves du miracle opéré en sa personne et de son retour d'entre les morts. Excellente leçon pour nous, chrétiens, si nous en savons profiter; tout ceci nous regarde et nous apprend que comme ce n'est point assez de paraître convertis, si nous ne le sommes pas en effet, aiussi ne suffît-4l point de l'être et de ne le pas paraître.

Car pour développer cette iinportante morale , ce sont , mes diers auditeurs, deux obligations différentes que d'être converti, et de paraître converti ; et notre erreur est de ne les pas assez distinguer. Comme ce sont deux espèces de désordres que d'être impie et de paraître impie (car être impie, disait Tertollien, c'est on crime, et le paraître, c'est un scandale); aussi devons-noiis être bien persuaJés qu'il y a deux préceptes dans ia loi divine, dont l'un, nous oblige à nous convertir, et Fautre à donner des marques extérieures

ds notre emveraioa; ea serte fue d'obéir k Tiin de ceâ deux préceptes, sens se-meitre en devoir d'accomplir Tautre, ce n'est qu'iiae justice imperfoite. En effet, si Jésus* Cbrist, après être sorti du tombeau, s'était tenu caché dans le monde, et qu'il n'eût point paru ressuscité, il n'aurait, si j'ose le dire , exécuté qu'à demi le dessein de sou adoral»le mission, il aurait laissé notre foi dans le trouble, e't par rapport à nous, h religion qu'il voulait établir n'aurait point eu de solide fondement : de même, si nous négligeons après*' notre conversion, ou si nous craignons de paraître convertis» nous ne fusons qu'imparÊùtement l'œuvre de Dieu, et bien loin de lui plaire, nous encourons la malédiction prononcée par l'apôtre saint Jacques, quand il dit que quiconque viole un commandement, quoiqu'il en observe un autre, est censé coupable comme s'il avait trjotôgressé toute la loi : Qui peceai in uno, faekueii omnium rêUê (Jac. II). Je dis plus, être et par^tre converti .sont tellement deux obligations diflérentes, qu'elles sont néanmoins inséparables, et qu'à prendre la chose dans la rigueur, il est impossible de s'ac- ^tter de la première sans satislaire à la seconde, parcequ'il est constant, comme l'ange de l'école , saint Thomas, l'a judicieusement remarqué , que paraître converti est une partie de la conversion même : je m'explique. Vous avei pris enfin, dites-vous, la résolution de changer de vie et de renoncer à votre péché ; mais vous avez du reste, ajoutez-» vous, des mesures, à garder, et vous ne voulez pas qu'on s'aperçoive de votre changement : mais moi je soutiens qu'il y a de la contradiction dans ce qjue vous vous proposez , parce qu'une des circonstances les plus essentielles de ce changement de vie, qui doit faire votre conversion, est qu'on s'en' aperçoive et qu'il paraisse ; je dis que tandis qu'il ne paraîtra pas , et qu'on ne s'en apercevra pas , quelque idée que vous en ayez, c'est un changement équivoque et sus-; ^ pect, ou même chimérique et imaginaire ; pourquoi? parce-

qu\ine conversion, pour être complète, doit embrasser sans exception tous les devoirs de Thomme chrétien : or, un des devoirs de l'homme chrétien est de paraître ce qull est, et s'il a été pécheur et rebelle à Dieu , un de ses devoirs les plus indispensables est de paraître obéissant et soumis à Dieu. Je dis que ce devoir est fondé sur Fintépët de Dieu que vous avez offensé, sur l'intérêt du prochain que vous avez scandalisé, sur votre intérêt propre, j'entends l'intérêt 'de votre -ame et de votre salut que vous avez ouvertement abandonné ; trois preuves invincibles de la vérité que je vous prêche , et dont je puis me promettre que vous serez touchés.

Obligation de paraître converti , prise de l'intérêt de Dieu qu'on a offensé; autrement, chrétiens, quelle réparation ferez- vous à Dieu de tant de crimes, et comment lui rendrez-vous la gloire que vous lui avez ravie en les commettant? Quoi, pécheur qui m'écoutez, vous avez outragé mille fois ce Dieu de majesté, et vous rougirez maintenant de paraître humilié devant lui? vous avez méprisé hautement sa loi, et vous croirez en être quitte pour un secret repentir t votre hbertinage qui l'irritait, a été public, et votre pénitence qui doit l'appaiser, sera obscure et cachée? est-ce traiter Dieu en Dieu? Non, non, mes frères, dit saint Chrysostome, en user ainsi, ce n'est point proprement se convertir ; quand nous n'aurions jamais péché , et que nous aurions toujours conservé l'innocence de notre baptême , Dieu veut que nous nous déclarions ; et en vain lui protestons-nous dans le cœur qu'il est notre Dieu ; ^i nous ne sommes prêts à nous en expliquer devant les hommes, et même devant les tyrans , par une confession libre et gêné-; reuse : Quicumque eonfessus fuerit me- coram tuyminibus ( LtJC XII ). Telle est la condition qu'il nous propose, et sans laquelle il nous réprouve comme indignes de lui : or, si le juste même, quoique jus^, reprend saint Ghrysostome, est

SUR LA RÉSURRECTION DE JÉSUS-CHRIST. 89 sujet à cette condition, combien plus le pécheur qui se convertit , puisqu'il s'agit pour lui non-seulement de conlesser le Dieu qu'il sert et qu'il adore, mais de Dure justice au Dieu qu'il a déshonoré? et comment la lui ferart-Û cette justice, si ce n'est par une conversion qui édifie, par une conversion dont on voie les fruits, par une conversion aussi exemplaire qu'elle doit être de bonne foi et sincère? il faut donc, conclut saint Chrysostome, que la vie de ce pécheur dans l'état de sa pénitence soit désormais comme une amende honorable qu'il fait à son Dieu ; il faut que son respect dans le lieu saint, que son attention à l'adorable sacriflce, que son assiduité aux autels, que sa fîdélité aux observances de l'Eglise , que ses discours modestes et religieux, que sa conduite régulière , que tout parle pour lui et réponde à Dieu de la contrition de son ame ; pourquoi ? aGn que Dieu soit ainsi dédommagé, et que ceux qui, voyant autrefois cet homme dans les désordres d'une vie impure et libertine, demandaient où était son Dieu et doutaient presque qu'il y en eût un , non-seulement n'en doutent plus , mais le glorifient d'une conversion si visible et si éclatante : Nequandà dicant génies, ubi est Deus eorum (Ps. CXUI) ! car voilà ce que j'appelle Y\fitérè{ de Dieu.

En effet , quand saint Pierre , après la résurrection du Sauveur, paraissait dans les synagogues et dans les places publiques, prêchant le nom de Jésus-Christ avec une sainte liberté, d'où lui venait surtout ce zèle ? de la pensée et du souvenir de son péché : j'ai trahi mon maître, disait-il dans l'amertume de son cœur,' et mon inûdélité lui a été plus sensible que la cruauté des bourreaux qui l'ont crucifié : il faut donc qu'aux dépens de tout je fasse voir maintenant ce que je lui suis, et que je me sacrifie moi-même pour effacer de mon sang une tache si honteuse ; voilà ce qui l'excitait , ce qui le déterminait à tout entreprendre et à tout souffrir pour cet Homme-Dieu qu'il avait renoncé. Or, c'est dans ce

Oa SERMON

sentiment , mon cher audileur, que vous devez entrer aujourd'hui ; comme le prince des apôtres, vous reconnaissez, ot vous êtes obligé de reconnaître, qu'en mille occasions où le torrent du monde vous entraînait , -vous avez renoncé votre Dieu ; vous confessez que votre vie , si je puis parler de la sorte, a été un sujet perpétuel de confusion pour Jésus- Christ : n'est-il donc pas juste que vous vous mettiez en état de lui faire honneur , et que par une vie chrétienne vous effaciez au moins les impressions que votre impiété a pu donner contre sa loi? n'est-il pas juste (autre pensée bien touchante ) , n'est-il pas juste que vous honoriez la grâce même de votre conversion ? Car savez-vous, chrétiens, quel sentiment la grâce de la pénitence vous doit inspirer? sàvezvous ce que vous devez être dans le monde en conséquence de cette grâce , si vous y avez répondu? Je dis que vous devez être dans le monde ce que furent les apètres et les premiers disciples après la résurrection du Fils de Dieu. L'Ecriture nous apprend que leur principal, ou plutôt leur unique emploi fut de lui servir de témoins dans la Judée, dans la Samarie et jusqu'aux extrémités de la terre : Eritis mihi teites in Jérusalem et in omni Judœa et Samaria (AcT. I). Ainsi, mes frères ,• devêzr vous être persuadés, qu'en qualité de pécheurs convertis et réconciliés avec Dieu par la grâce de son sacrement. Dieu attend un témoignage que vous pouvez rendre, un témoignage qui lui doit être glorieux; comme s'il vous disait aujourd'hui : Oui, c'est vous que je choisis pour être témoins irréprochables , non plus dans la Samarie ni dans la Judée , mais dans un lieu où il m'est encore plus important d'avoir des disciples qui soutiennent ma gloire, mais à la cour où ce témoignage que je vous demande m'est beaucoup plus avantageux : Eritis mihi testes ; vous, hommes du monde , qui vous êtes Uvrés aux passions chamelles, mais en qui j'ai créé un cœur nonveau, vous à qui j'ai fait sentir les impressions de ma grâce,

TOUS que j'ai, tirés de Tablme du péché , c'est vous qui me servirez de témoins; et où? au milieu du monde et du plus grand monde; car c*est là surtout qu'il me faut des témoins fldètes : Eriiiê miki (entes. Il est vrai , vous avez jûsqu à présent vécu dans le désordre ; mais bien loin que les désordres de votre vie affeibfissent votre témoignage, c'est ce qui le fortifiera et ce qui le rendra plus convaincant; car en vous comparant avec vous-mêmes, et voyant des désordres si publics suivis d'une conversion si édifiante, le monde, tout, impie qu'ili est, n'en pourra conclure autre chose, sinon que ce changemeôt est l'ouvrage de la grâce, et uu miracle de la main toute^pnissante du Très-Haut : Eritig mihi testes, Et en effet, chrétiens, si vous aviez toujours vécu dans l'ordre, quelque glmre que Dieu en tirât d'ailleurs, il n'en tirerait pas le témoignage dont je parle ; vous seriez moins coupables devant lui, mais aussi serie^vons moins propres à' {aire connaître l'efltcace de sa grâce : pour lui servir à la cour de témoins, il fallait des pécheurs comme vous, et c'est ainsi qu'il vous fait trouver dans votre péché même de quoi l'honorer.

Obligation de paraître converti , fondée sjir l'intérêt du prochaifl que vous avez scandalisé ; car, comme disait saint Jérdme, je me dois à moi-même la pureté de mes mœurs , mais je dois aux autres la pureté de ma réputation : Mihi àebee meam vitam^ aliis debeo meam famam (Hierox.). Or, ce sentifiieat convient encore plus î\ un péclicur qui se converti! : je me dois à mol-même ma conversion , mais je dois aux autres les apparences et les marques de ma conversion ; et pourquoi les apparences? pour réparer par uu remède proportionné les scandales de ma vie : car ce qui a scandalisé num frère, peut-il ajouter, ce n'^esl point précisément mon péché, mais ce qui a paru de mon péché. Je ne fais donc rien si je n'oppose à ces apparences criminelles de saintes apparences, et je me flatte si je me contente de

94 SERfifON

douce, mais efficaee, aii yrai pasteur àù leurs âmes, qui est J.ésus-Cbrist , et c'est vous ^ vous difr-je, pécheur converti, qui devez servir à ce dessein. Pourquoi vous? je le répète, parcequ'après vos égaremmts, vous avez, pour y réussir, un don particulier que n'ont pas les justes qui se sont Ujuêt' jours maintenu? justes. Aussi, remarque Ovigène,. saint Pierre fiit-*il singulièrement choisi pour ramener au Fils de Dieu les disciples que la tentation avait dissipés : Ei iu aliquando conversus, confirma fraireâ tttos (Luc XXU) : Et vous, Pierre, lui dit le Sauveur du monde, ayez soin d'affermir vos frères, quand vous serez une f^is converti v.oufr-mèmé. U ne donna pas cette commission à saint Jean, qui s'était tenu inséparablement attaclié à sa personne, ni à Marie qui l'avait accompagné jusqu'à la croix, mais à saint Pierre qui l'avait renoncé; pourquoi cela? adorable comiuite de la Providence! parcequ'il fiiliait, dit Origène, un disciple pé~ cheur pour attirer d'autres pécheurs, et parceque le plus grand péclieur de tous était le plus propre à les attirer tous. Ah ! chrétiens, combien de conversions votre exemple seul ne produirait-ii pas , si vous vous regardiez, comme saint Pierre, chargés de l'honorable ennploi de gagner vos frères à Dieu? Ei' tu aliquando cont^erstM, can/irma frairtê fucM. Cet exemple épuré de toi^ ostentation et soutenu d'uo zèle également humble et prudent, quel succès merveilleux n'aurait-ii pas, et que pourraient faire en comparaison tous les prédicateurs de l'EvangUe? quel attrait surtout ne seraitce pas pour certains pécheurs découragés et tentés de dése»- {)oir, lorsqu'ils se diraient à eux-mêmes : voilà cet homme que nous avons vu dans les mêmes débauches que nous ; le voilà converti et soumis à Dieu ; y aurait-il un charme plus puissant pour les convertir eux-mêmes? et quand il ne s'agit pour cela que de paraître ce que vous êtes, ne craignez-vous pcMnt en y manquant d'encpurir la malédiction dont Dieu par son prophète vous a menacés? San^m-

nem autetla ejus âe manu iua reqmram (EzfiCH. III >.

Pour la 'conviction de$ libertins et des esprits incrédoles. L'apôtre saint Thomas, devenu ûdàle, eut une grâce spéciale pour répandre le don de la foi ; et s'il n'eôt jamais été incrédule, c'est la réflexion de saint Grégoire, pape, sa prédication &i eût-été moins touchante ; mais la merveille était de voir un homme non-seulement croire ce qu'il avait opiniâtrement combattu, mais l'aller publier jusque devant les tribunaux, et ne pas craindre de mourir pour en confirmer la vérité ; voilà ce qui persuadait le monde. Son incrédulité toute seule, dit siint Chrysostome, nous aurait perdus, sa foi toute seule ne nous aurait pas suffi ; mais son infidélité suivie de sa foi, ou plutôt sa foi précédée de son infidélité, c'est ce qui nous a faits ce que nous sommes. J'en dis de même, chrétiens, en vous appliquant cette pensée : si vous à qui je parle, ne vous étiez jamais égarés, peut-être le monde aurait-il du respect pour vous; mais à peine la monde, dans le libertinage de créance où il est aujourd'hui plongé, tirerait-il de vous une certaine conviction dont il a particulièrement besoin. Ce qui touche les impies, c'est d'entendre un impie comme eux, surtout un impie sage d'ailleurs selon le monde, sans autre intérêt que celui de la vérité qu'il a connue, dire : Je suis persuadé, je ne puis plus résister à la grâce qui me presse, je veux vivre en chrétien et je m'y engage ; car cette déclaration est un argument sensible qui ferme la bouche à l'impiété, dont les âmes les plus libertines ne peuvent se défendre.

Enfin obligation de paraître converti , fondée sur notre intérêt propre ; car cette prudence charnelle qui nous fait trouver tant de prétextes pour ne nous pas déclarer , n'est qu'un artifice grossier dont se sert l'ennemi de notre salut pour nous tenir toujours'dans ses liens, au moment même que nous nous flattons d'être rentrés dans la liberté des enfants de Dieu. En effet, on ike veut pas qu'il paraisse h

rextérieor qu'on ait changé de conduite; pourquoi? parcequ'on sent bien que si ce changement yenait une fois à éclater, on serait obligé de le soutenir, qu'on ne pourrait plus s'en dédire, et que Thonneur même venant au secours du devoir et de la religion, on se ferait de la plu5 difBcile vertu, <(ùi est la persévérance , non pas un simple engagement, mais comme une absolue nécessité. . Or, en quelque bonne disposition que Ton se trouve, on ve^t néanmoins se réserver le pouvoir de faire dans la suite ce que Tpn voudra; quoiqu'on renonce actuellement à son péché, on ne veut pas se lier ni s'interdire pour jamais^l'espérance du retour; cette nécessité de persévérer paraît affreuse, et l'on en craint les conséquences : c'est-à-dire, on ne veut pas être inconstant, mais on veut , s'il était besoin, le pouvoir être, et paccequ'en donnant des marques de conversion , on ne le pourrait plus, ou^ qu'on ne le pourrait qu'aux dépens d'une certaine réputation dont on est jaloux, on aime mieux dissimuler et courir ainsi les risques de son inconstance, que de s'assurer de soi-même en s'ôtant une pernicieuse liberté; car voilà , mes chers auditeurs , les illusions du cœur de l'homme. Mais je raisonne tout autrement, et je dis que nous devons regarder comme un avantage de paraître con- . vertis , puisque, de notre propre aveu, le paraître et l'avoir paru est une raison qui nous engage indispensablement à l'être et à l'être toujours. Je dis que nous devons compter pour une grâce d'avoir trouvé par là le moyen de fixer nos légèretés, en faisant même servir les lois du monde à l'établissement solide et invariable de notre conversion : mais si je retombe par une malheureuse fragilité dans mes premiers désordres, ma conversion, au lieu d'édifier, deviendra la matière d'un nouveau scandale. Abus, chrétiens; c'est à quoi la grâce de Jésu&-Christ nous défend de penser, sinon autant que celte pensée nous peut être salutaire , pour nous donner des forces et pour nous animer. Je dois

craindre mes faiblesses, prévoir le danger ; mais je ne dois pas porter trop loin cette prévoyance et cette crainte; elle me doit rendre vigilant, mais elle ne me doit pas rendre pusillanime; elle doit m'éloigner des occasions par une sainte défiance de moi-jnême, mais elle ne doit pas m'ôter la confiance en Dieu, jusqu'à m'empêcher de faire des démarches pour mon salut, sans lesquelles la résolution que j'ai prise d-y travailler sera toujours chancelante. Si je lïie déclare, on jugera de moi, on en parlera : eh bien ^ ce sera un secours contre la pente naturelle que j'aurais à me démentir, déconsidérer que j'aurai à soutenir les jugements et la censure du monde ; on m'accusera de simplicité , de Y^nité, d'hypocrisie, d'intérêt ; je tâcherai de détruire tous ces soupçons; celui de la simplicité, par ma prudence; celui de l'orgueil, par mon humilité ; celui de l'hypocrisie , par la sincérité de ma pénitence; celui de l'intérêt, par un détachement parfait de toutes choses. Du reste , disait saint Augustin , le monde parlera selon ses maximes , et moi je vivrai selon les miennes; si le monde est juste, s'il est chrétien, il approuvera mon changement, et il en profitera ; s'il ne l'est pas, je dois le mépriser lui-même , et l'avoir en horreur. >

Quoiqu'il en soit, être et paraître converti, être et paraître fidèle, être et paraître ce qu'on doit être, voilà, mes diers auditeurs , la grande morale que nous prêche Jésus- Glirist ressuscité : heureux, si je vous laisse, en finissant ce discoiu^s, non-seulement instruits, mais persuadés et tondiés de ces deux importantes obhgations. Après cela, quelque indigne que je sois de mon ministère , peut-être pourrai-je dire aussi bien que saint Paul, quand il quitta les chrétiens d'Ephèse, et qu'il se sépara d'eux , que je suis pur devant Dieu et innocent de la perte des âmes, si parmi ceux qui m'ont écouté il y en avait encore qui dussent périr : Quaprapler covUeslar vos quia mundus $um à san-

^ne ùmmum {kci. XX ) ; et peurcfiiei? parceque voua savez , 6 mon Dieu, que je ue kur ai point caché vos vérites, mais que j'ai pris soin de tes leur représenter avec toute la liberté, quoique respectueuse, dont doit user un miaistra de votre parole : quand vous envoyiez autrefois vos proiphètes pour prêcher dans les cours des rois, vous vouliesi qu'ils y parussent comme des colonnes de fer et comme des murs d'airain , c'est-à-dire , comme des. ministres désintéressés, généreux, intrépides : Ego qmppe dedi le imdiè m columnam ferream , et in murum œreum , tegibus Juda (Jer. 1). Mais j'ose dire. Seigneur, que je n'ai pas même eu besoin de ce caractère d'intrépidité pour annoncer ici votre Evangile , parceque j'ai eu l'avantage de l'annoncer à un roi chrétien, à un roi qui honore sa religion, qui l'honore dans le cœur et qui fait au dehors une profession ouverte de riionorer, en un mot, à un roi qui aime la vérité. Vous défendiez à Jérémie de trembler en présence des rois de Juda : Ne formides à fade eorum, (Jbr. I) ; et moi j'aurais plutôt à me consoler de ce que la présence du (^us grand des rois, bien loin de m' inspirer de la crainte, a augmenté ma conGance ; bien loin d'affaiblir mon ministère. Ta fortilié et autorisé ; car la vérité que j'ai prêçhée à la oour, n'a jamais trouvé dans le cœur de ce mcHiarque qu'une soumission édifiante et qu'une puissante protection.

Voilà , Sire, ce qui m'a soutenu ; mais voilà ce qui élève Votre Majesté, et ce qui doit être pour elle un fonds de mérite que rien ne détruira jamais, l'amour et le zèle qu'elle a pour la vérité. L'Ecriture nous apprend que ce qui sauve, les rois , ce n'est ni la force , ni la puissance, ni le nombre des conquêtes , ni la conduite des aiSaires, ni l'art de commander et de régner, ni tant d'autres vertus royales qui kmi les héros , et que les hommes canonisent : Non mlvaiur rex per nnUiam virttUem (Psalm. III) : il a donc été de la sagesse de Votre Majesté et de la grandeur de son ame, de

SUR LA RÉSURRECTION DE JÈSUS-CHRlST. 99

R^n pas demeurer là , mais de se proposer quelque chose encore de plus solide. Ce qui sauve les rois, c'est la vérité, et Votre Majesté la cherclie, et elle se plaît à Técouter, et elle aime ceux qui la lui font connaître, et elle n'aurait que du mépris pour quiconque la lui déguiserait; et bien loin de lui résister, elle se fait une gloire d'en être vaincue; car rien, dit saint Augustin, n'est plus glorieux que de se laisser vaincre par la vérité : c'est, Sire, ce que j'appelle la grandeur de voire ame, et tout ensemble Totre salut. Nous estimons nos princes heureux , ajoutait le même saint Augustm, si pouvant tout ils ne veulent que ce qu'ils doivent; si, élevés par leur dignité au dessus de tous , ils se tiennent par leur bonté redevables i\ tous ; s'ils ne se considèrent sur la terre que comme les ministres du Seigneur; si, dans les honneurs qu'on leur rend, ils n'oublient point qu'ils sont hommes; s'ils mettent leur grandeur à foire du bien ; s'ils font consister leur pouvoir à corriger le vice ; s'ils sont maîtres de leurs passions aussi bien que de leurs actions; si, lorsqu'il leur est aisé de se venger, ils sont toujours portés à pardonner ; s'ils établissent leur religion pour règle de leur politique ; si , se dépouillant de la majesté , ils oITrent tous les jours à Dieu, dans la prière, le sacrifice de leur humilité : portrait admirable d'un roi vraiment chrétien , et que je ne crains pus d'exposer aux. yeux de Votre Majesté , puisqu'il ne lui représente que ses propres sentiments., et que ce qui doit être le sujet de sa consolation. C'est vous, ô mon Dieu , qui donnez à votre peuple des hommes de ce caractère pour le gouverner, vous qui tenez dans vos mains les cœurs de& rois, vous qui présidez à leur salut, et qui vous gloriliez dans l'Ecriture d'en être spécialement l'auteur : Qui dos saluiem regibtu (Ps. CXLll) : montrez, Seigneur, montrez que vous êtes en effet le Dieu du salut des rois , en répandant sur notre invincible monarque l'abondance de vos bé-

iOO SERMON

nëdictioiis et de tos grâces, mais particalièrement la grâce des grâces, qui est celle do salot éternel. Quand- nous vous prions pour la conservation de sa personne sacrée, pour la prospérité de ses armes , pour le soccès et la gloire de ses entreprises , quoique ces prières soient justes et d'un devoir indispensable , elles ne laissent pas d*ètre en quelque sorte intéressées; car nos fortunes, nos vies étant attachées à la personne de ce grand roi , notre gloire étant la sienne , et ses prospérités les nôtres , nous ne pouvons sur cela nous intéresser pour lui sans faire aulant de retour vers nous. Mais ({uand nous vous conjurons de verser sur lui ces grâces particulières qui font le salut des rois, c'est pour lui que nous vous prions , puisqu'il n'y a rien pour lui ni pour tous les rois du monde, de personnel et d'essentiel que le salut. Tel est, Sire, les sentiments que Dieu inspire au dernier (ie vos sujets pour votre auguste personne ; tel est le souhait que je forme tous les jours, et le souhait le plus sincôie et le plus ardent : Dieu l'écoutera , et après vous avoir fait régner avec tant d'éclat sur la terre, il vous fera régner encore avec plus de bonheur et plus de gloire dans le ciel, où nous conduise , etc.

Cùm suhlevasset ocuïos Jésus, et vidisset quia muUituth maxima venit ad eum, dicit ad Philippum : Unde ememus panes, ui mandiicent ht? Hoc autem dicebat tentans eum; ipse enim sciébat quid esset faciurus.

Jésus levant les yeux, et voyant qu'une grande foule de peuple

venait h lui, dit à Philippe : D*où pourrons-nons acheter assez de

pain pour donner à mangera tout ce peuple? Or il disait ceci pour

l'éprouver; car il savait bien ce qu*il allait Taire.

Jean YI.

Sire,

Si ce qu'a dit saint Augustin est vrai , que les miracles sont la voix de Dieu, et qu'autant de fois qu'il fait paraître ces signes visibles de sa toute-puissance , son intention est de nous parler, de nous instruire et de nous découvrir quelque importante vérité ; il est aisé de reconnaître ce que le Sauveur du monde a voulu nous faire entendre par ce grand miracle de la multiplication des pains." Car que voyons-nous dans ce miracle , et que nous représente notre Evangile ? tout un peuple qui s'abandonne à la conduite de Jésus- Christ, des milliers d'hommes qui, sans provision, sans subsistance, quittent leurs maisons pour le suivre ; un Dieu touché de compassion pour eux, un Dieu qui pourvoit luimême à leurs besoins, un Dieu qui lui-même leur distri-

bue ses dons libéralement, simplement, magnifiquement; et cette nombreuse multitude enfin nourrie et rassasiée au milieu d'une solitude : tout cela ne nous prêche-t-il pas hautement la providence divine et l'obligation indispensable de nous reposer sur ses soins et de nous confier en elle ? Interrogemus , ce sont les paroles de saint Augustin , ipsa Chrisli miracula ; habent enim , si intel-^ liganlUT, linguam suam (AûGùstiN) . Interrogeons les miracles de Jësns-Cbrist, écoutons-les, et rôndons-nous-y attentifs ; car comme Jésus^hrist est substantiellement le verbe de Dieu , il n'y a rien dans lui qui ne parle , et ses actions même ont i>our nous leur langage et leur expression. Or, ce que nous dit en particulier le miracle de ces 4)ains si promptement et si abondamment multipliés , c'est

' qu'il y a une providence qui gouverne le monde ; une providence h laquelle nous devons tous nous soumettre , non pas comme le reste des créatures par une soumission de né*cessité , mais comme des créatures raisonnables par un libre

' consentement de notre volonté. Voilà , mes frères , la voix de Dieu, et ce qu'elle nous apprend. Cependant, quelque intelligible et quelque éclatante que soit cette voix , il y a encore des hommes qui ne veulent pas l'entendre. Il y en a qui, pour l'avoir entendue, n'en sont pas plus dociles ni plus soumis : et c'est pour cela que je joins à cette voix dtt miracle de Jésus-Christ celle de la prédication qui , fortifiée et soutenue par la grâce intérieure que le Saint-Esprit ré^ pandra dans nos cœurs, y produira, comme je l'espère, tout le fruit que j'attends de ce disccnirs. Adressons-nous à Marie, et disons-lui , Ave Maria.

Deux^ choses , selon saint Augustin , sont capables de toucher l'homme, et de faire impression sur son cœur, le devoir et l'intérêt; le devoir, parcequ'il est raisonnable.; et l'intérêt, parcequ'il s'aime luinnême. Voilà les deux. ressorts

SUR LA PROVfDENCE. 405

qui le font communément agir. Mais il faut, ajoute saint Augustin , que ces deux ressorts soient remués tout à la fois pour avoir dans le cœur de Thomme un plein, effet. Carie devoir sacis rîivlérèt est faible et languissant , et rintérêt Bans le devoir est bas etkonteux. L'un et Tautre, joints en^ sentie , iMit une vertu presque infaillible , et une efficace à laquelle il est comme impossible de résister. J'entreprends afqowrâ'hui , chrétiens , de vous inspirer une parfaite soumission à la providence de Dieu : f entreprends de vous représenter rinéîspensable oMigation .que nous avons tous lie nous attacher àjcette providence souveraine, de nous confier en efle, de nous conformer à ses ordres, et d'en ftâre la règle de notre vie. Or, pour nous y engager, je veux TOUS hwe voir le désordre et le malheur de Thorame lorsqu'il refuse à Dieu cette soumission : le désordre de l'homme par rapport à son devoir, et le malheur de l'homme par rapport à son intérêt : son désordre inséparable de son ffiîrilieur, puisqu'il en est évidemment et infailliblement la source : son malheur Inséparable de son désordre , puisque, selon les lois de Dieu, il en est, comme vous verrez, la juste punition. En tleux mots, rien de plus criminel que l'homme dn «iècle , qui ne veut pas se soumettre à la providence , c'est la première partie. Rien de plus malheureux que l'homme dn siècle, qui ne veut pas se conformera la conduite de la providence , c'est la seconde. Mais aussi par deux cottsé^psenees toutes contraires , rien de plus sage que t^iomme dtrétien qui prend pour règle de toutes ses actions ta foi de la providence : rien de plus heureux que l'homme chrétien t^ui fait consister tout son appui dans la foi de la providence. Deux vérités édifiantes et touchantes qui vont partager ce discours.

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