ROMULUS, OU ROME FONDÉE
Cette ville, qui devait être la maîtresse de l'univers, et dans la suite le siège principal de la rehgion, fut fondée sur la fin de la troisième année de la sixième olympiade (3250 — 750); 430 ans environ après la prise de Troie, de laquelle les Romains croyaient que leurs ancêtres étaient sortis, et 753 ans devant Jésus-Christ (an de Rome 1) Romulus, nourri durement avec les bergers, et toujours dans les exercices de la guerre, consacra cette ville au Dieu de la guerre, qu'on croyait son père, (an de R. 6 — an J.-C. 748) Vers les temps de la naissance de Rome, arriva, par la mollesse de Sardanapale, la chute du premier empire des Assyriens. Les Mèdes, peuple belliqueux, animés par les discours d'Arbace, leur gouverneur, donnèrent à tous les sujets de ce prince efféminé l'exemple de le mépriser. Tout se révolta contre lui, et il périt enfin dans sa ville capitale, où il se vit contraint à se brûler lui-même avec ses femmes, ses eunuques et ses richesses. Des ruines de cet empire on voit sortir trois grands royaumes. Arbace ou Orbace, que quelques-uns appellent Pharnace, aifianchit les Mèdes, qui apiès
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une assez longue anarchie euren't des rois très puissants. Outre cela incontinent après Sardanapale, on voit paraître un nouveau royaume des Assyriens (7 — 747), dont Ninive demeura la capitale, ef un royaume de Babylone. Ces deux derniers royaumes ne sont pas inconnus aux auteurs profanes, et sont célèbres dans l'histoire sainte. Le second royaume de Ninive est fondé par Thilgath ou Theglath, fils de Phalasar, appelé pour cette raison Theglathphalasar, à qui on donne aussi le nom de Ninus le jeune. Baladan, que les Grecs nomment Bélésis, établit le royaume de Babylone, où il est connu sous le nom de Nabonassar. De là l'ère de Nabonassar, célèbre chez Ptolomée et les anciens astronomes, qui comptaient leurs années par le règne de ce prince. Il est bon d'avertir ici que ce mot d'ère signifie un dénombrement d'années commencé à un certain point que quelque grand événement fait remarquer. (14 — 740)Achaz, roi de Juda, impie et méchant, pressé par Razin, roi de Syrie, et par Phacée, fils de Romélias, roi d'Israël, au lieu de recourir à Dieu, qui lui suscitait ces ennemis pour le punir, appela Theglathphalasar, premier roi d'Assyrie ou de Ninive, qui réduisit à l'extrémité le royaume d'Israël, et détruisit tout à fait celui de Syrie; mais en même temps il ravagea celui de Juda qui avait imploré sou assistance. Ainsi les rois d'Assyrie apprirent le chemin de la Terre-Sainte, et en résolurent la conquête. (33 — 721) Ils commencèrent par le royaume d'Israël, que Salmanasar, fils et successeur de Theglathphalasar, détruisit entièrement. Osée, roi d'Israël, s'était fié au secours de Sabacon, autrement nommé Sua ou Soiis, roi d'Ethiopie, qui avait envahi l'Egypte. Mais ce puissant con^ quérant ne put le tirer des mains de Salmanasar. Les dix tribus, où le culte de Dieu s'était éteint, furent transportées à Ninive ; "et, dispersées parmi les Gentils, s'y perdirent tellement, qu'on ne peut plus en découvrir aucune trace. Il en resta quelques-uns, qui furent mêlés parmi les Juifs, et firent une petite partie du royaume de Juda. (39 — 716) En ce temps arriva la mort de Romulus. Il fut toujours en guerre, et toujours victorieux ; mais, au milieu des guerres, il jeta les fondements de la religion et des lois. Une longue paix donna moyen à Numa, son successeur, d'achever l'ouvrage. (40—714) Il forma la religion, et adoucit les mœurs farouches du peuple romain. De son temps, les colonies venues de Corinthe, et de quelques autres villes de Grèce, fondèrent Syracuse en Sicile, Crotone, Tarente, et peut-être quelques autres villes dans cette partie de l'Italie à qui de plus anciennes colonies grecques répandues dans tout le pays avaient déjà donné le nom de Grande-Grèce. Cependant Ezéchias, le plus pieux et
]e plus juste de tous les rois après David, régnait en Judée* Sennachérib, fils et successeur de Salmanasar, l'assiégea dans Jérusalem avec une*armée immense (44 — 710) : elle périt en une nuit par la main d'un ange. Ézéchias, délivré d'une manière si admirable, servit Dieu, avec tout son peuple,. plus fidèlement que jamais. Mais après la mort de ce prince, et sous son fils Manassès, le peuple ingrat oublia Dieu, et les désordres se multiplièrent (56 — 698). L'état populaire se formait alors parmi les Athéniens, et ils commencèrent à choisir les archontes annuelS;, dont le premier fut Créon (67 — 687). Pendant que l'impiété s'augmentait dans le royaume de Juda, la puissance des rois d'Assyrie, qui devaient en être les vengeurs, s'accrut sous Asaraddon, fils de Sennachérib. (73 — 681) 11 réunit le royaume de Babylone à celui de Ninive, et égala dans la grande Asie la puissance des premiers Assyriens. Les Mèdes commençaient aussi à se rendre considérables. Déjocès, leur premier roi, que quelques-uns prennent pour l'Arphaxad nommé dans le livre de Judith, fonda la superbe ville d'Ecbatane, et jeta les fondements d'un grand empire. Ils l'avaient mis sur le trône pour couronner ses vertus, et mettre fin aux désordres que l'anarchie causait parmi eux^. Conduits par un. si grand roi, ils se soutenaient contre leurs voisins, mais ils ne s'étendaient pas. Rome s'accroissait, mais faiblement (83 — 671). Sous Tullus Hostihus, son troisième roi, et •par le fameux combat des Horaces et des Curiaces, Albe fut vaincue et ruinée : ses citoyens , incorporés à la ville victorieuse , l'agrandirent et la fortifièrent. Romulus avait pratiqué le premier ce moyen d'augmenter la ville, où il reçut les Sabins et les autres peuples vaipcus. Ils oubliaient leur défaite, et devenaient des sujets affectionnés. Rome en étendant ses conquêtes réglait sa mihce ; et ce fut sous Tullus Hostilius qu'elle commença à apprendre cette belle discipline, qui la rendit dans la suite la maîtresse de l'univers. Le royaume d'Egypte, affaibli par ses longues divisions, se rétablissait sous Psammitique (84 — 670). Ce prince, qui devait son salut aux Ioniens et aux Cariens, les établit dans l'Egypte, fermée jusqu'alors aux étrangers. A cette occasion, les Egyptiens entrèrent en commerce avec les Grecs; et depuis ce temps aussi l'histoire d'Egypte, jusque là mêlée de fables pompeuses par l'artifice des prêtres, commence, selon Hérodote 2, à avoir de la certitude. Cependant les rois d'Assyrie devenaient de plus en plus redoutables à tout l'Orient (97—657). Saosduchin, fils d'Asaraddon, qu'on croit être le Nabuchodonosor du livre de Judith, défit en bataille rangée Arphaxad, roi des Mèdes, quel qu'il soit (98—650). Si I. Herod. Ub. i, c. 96. — 2. Herod. lib. n, c. loi.
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ce n'est pas Déjocès lui-même, premier fondateur d'Ecbatâne, ce peut être Phraorte ou Aphraarte, son fils, qui en éleva les murailles. Enflé de sa victoire, le superbe roi d'Assyrie entreprit de conquérir toute la terre. Dans ce dessein il passa l'Euphrate, et ravagea tout jusqu'en Judée. Les Juifs avaient irrité Dieu, et s'étaient abandonnés à l'idolâtrie, à l'exemple de Manassès ; mais ils avaient fait pénitence avec ce prince : Dieu les prit aussi en sa protection. Les conquêtes de Nabuchodonosor et d'Holopherne son général furent tout à coup arrêtées par la main d'une femme. Déjocès, quoique battu par les Assyriens, laissa son royaume en état de s'accroître sous ses successeurs. Pendant que Phraorte son fils, et Cyaxare, fils de Phraorte, subjuguaient la Perse, et poussaient leurs conquêtes dans l'Asie-Mineure jusques aux bords de l'Halis ; la Judée vit passer le règne détestable d'Amon (1 1 1 — 643), fils de Manassès, et Josias, fils d'Amon, sage dès l'enfance, travaillait à réparer les désordres causés par l'impiété des rois ses prédécesseurs (113 — 641). Rome, qui avait pour roi Ancus Marcius, domptait quelques Latins sous sa conduite, et continuant à se faire des citoyens de ses ennemis, elle les renfermait dans ses murailles. Ceux de Veies, déjà affaiblis par Romulus, firent de nouvelles pertes. (128 — 626) Ancus poussa ses conquêtes jusqu'à la mer voisine, et bâtit la ville d'Ostie à l'embouchure du Tibre. En ce temps, le royaume de Babylone fut envahi par Nabopolassar. Ce traître, que Chinaladan, autrement Sarac, avait fait général de ses armées contre Cyaxare, roi des Mèdes, se joignit avec Astyage, fils de Cyaxare, prit Chinaladan dans Ninive, détruisit cette grande ville si longtemps maîtresse de l'Orient, et ée mit sur le trône de son maître. Sous un prince si ambitieux, Babylone s'enorgueillit. La Judée, dont l'impiété croissait sans mesure, avait tout à craindre. (130—624) Le saint roi Josias suspendit pour un peu de temps, par son humilité profonde, le châtiment que son peuple avait mérité ; mais le mal s'augmenta sous ses enfants. (1 44—610) Nabuchodonosor II, plus terrible que son père Nabopolassar, lui succéda. (147—607) Ce prince nourri dans l'orgueil, et toujours exercé à la guerre, fit des conquêtes prodigieuses en Orient et en Occident ; et * Babylone menaçait toute la terre de la mettre en servitude. Ses menaces eurent bientôt leur effet à l'égard du peuple de Dieu. Jérusalem fut abandonnée à ce superbe vainqueur, qui la prit par trois fois : la première, au commencement de son règne, et à la quatrième année du règne de Joakim, d'où commencent les soixante-dix ans de la captivité de Babylone, marqués par le prophète Jérémie^ ; la seconde, sous Jé-
^. JcrPin. x\v. II, 12; xxix, 10.
chômas, ou» Joachim, fils de Joakini (155—599) ; et la dernière, sous Sédécias, où la ville fut renversée de fond en comble, le temple réduit en cendres, et le roi mené captif à Babylone, avec Saraia, souverain pontife, et la meilleure partie du peuple (166 — 598). Les plus illustres de ces captifs furent les prophètes Ezéchiel et Daniel. On compte aussi parmi eux les trois jeunes hommes que Nabuchodonosor ne put forcer à adorer sa statue, ni les consumer par les flammes. La Grèce était florissante, et ses sept sages se rendaient illustres. (IGO— 594) Quelque temps devant la dernière désolation de Jérusalem, Solon, l'un de ces sept sages, donnait des lois aux Athéniens, et établissait la liberté sur la justice ; les Phocéens d'Ionie menaient à Marseille leur première colonie (176 — 578). Tarquin l'Ancien, roi de Rome, après avoir subjugué une partie de la Toscane, et orné la ville de Rome par des ouvrages magnifiques, acheva son règne. De son temps, les Gaulois, conduits par Bellovèse, occupèrent dans l'Italie tous les environs du Pô, pendant que Ségovèse, son frère, mena bien avant dans la Germanie un autre essaim de la nation (18.S — 56G). Servius Tullius, successeur de Tarquin, étabhtle cens, ou le dénombrement des citoyens distribués en certaines classes, par où cette grande ville se trouva réglée comme une famille particulière. Nabuchodonosor embellissait Babylone, qui s'était enrichie des dépouilles de Jérusalem et de l'Orient. Elle n'en jouit pas longtemps. Ce roi, qui l'avait ornée avec tant de magnificence, vit en mourant la perte prochaine de cette superbe ville 1 (192—562). Son fils Evilmerodac, que ses débauches rendaient odieux, ne dura guère, et fut tué par Nériglissor, son beau-frère, qui ' usurpa le royaume (194 — 560). Pisistrate usurpa aussi dans Athènes l'autorité souveraine, qu'il sut conserver trente ans durant, parmi beaucoup de vicissitudes, et qu'il laissa même à ses enfants. Nériglissor ne put souffrir la puissance des Mèdes, qui s'agrandissaient en Orient, et leur déclara la guerre. Pendant qu'Astyage, fils de Cyaxare I, se préparait à la résistance, il mourut, et laissa cette guerre à soutenir à Cyaxare II, son fils, appelé par Daniel, Darius le Mède. Celui-ci nomma pour général de son armée, Cyrus, fils de Mandane sa sœur et de Cambyse, roi de Perse, sujet à l'empire des Mèdes (195 — 559). La réputation de Cyrus, qui s'était signalé en diverses guerres sous Astyage, son grand-père, réunit la plupart des rois d'Orient sous les étendards de Cyaxare. Il prit, dans sa ville capitale, Crésus, roi de Lydie, et jouit de ses richesses immenses : il dompta les autres alliés des rois de Babylone (206 — 548), et étendit sa domination non seule- •1. Abyd. apud Evieh. Prsep. Ev. Ub, ix, c, ■i\.
ment sur la Syrie, mais encore bien avant dans l'Asie-Minctire (211 —543). Enfin, il marcha contre Babylone : il la prit (21 G— 538), et la soumit à Cyaxare, son oncle, qui, n'étant pas moins touché de sa fidélité que de ses exploits, lui donna sa fille unique et son héritière en mariage. (217—537) Dans le règne de Cyaxare, Daniel, déjà honoré, sous les règnes précédents, de plusieurs célestes visions où il vit passer devant lui en figures si manifestes tant de rois et tant d'empires, apprit, par une nouvelle révélation, ces septante fameuses semaines, où les temps du Christ et la destinée du peuple juif sont expliqués. C'était des semaines d'années, si bien qu'elles contenaient quatre cent quatre-vingt-dix ans, et cette manière de compter était ordinaire aux Juifs, qui observaient la septième année aussi bien que le septième jour avec un repos religieux. (218—536) Quelque temps après cette vision, Cyaxare mourut, aussi bien que Cambyse, père de Cyrus ; et ce grand homme, qui leur succéda, joignit le royaume de Perse, obscur jusqu'alors, au royaume des Mèdes si fort augmenté par ses conquêtes. Ainsi, il fut maître paisible de tout l'Orient, et fonda le plus grand empire qui eût été dans le monde. Mais ce qu'il faut le plus remarquer, pour la suite de nos époques, c'est que ce grand conquérant, dès la première année de son règne, donna son décret pour rétablir le temple de Dieu en Jérusalem, et les Juifs dans la Judée.
11 faut un peu s'arrêter en cet endroit, qui est le plus embrouillé de toute la chronologie ancienne, par la difiiculté de concilier l'histoire profane avec l'histoire sainte. Vous aurez sans doute. Monseigneur, déjà remarqué que ce que je raconte de Cyrus est fort différent de ce que vous en avez lu dans Justin ; qu'il ne parle point du second royaume des Assyriens, ni de ces fameux rois d'Assyrie et de Babylone, si célèbres dans l'histoire sainte ; et qu'enfin mon récit ne s'accorde guère avec ce que nous raconte cet auteur des trois premières monarchies, de celle des Assyriens finie en la personne de Sardanapale , de celle ^es Mèdes, finie en la personne d'Astyage, grand-père de Cyrus, et de celle des Perses commencée par Cyrus et détruite par Alexandre.
Vous pouvez joindre à Justin Diodore, avec la plupart des auteurs grecs et latins, dont les écrits nous sont restés, qui racontent ces histoires d'une autre manière que celle que j'ai suivie, comme plus conforme à l'Écriture.
Mais ceux qui s'étonnent de trouver l'histoire profane en quelques endroits peu conforme à l'histoire sainte, devaient remarquer en même temps qu'elle s'accorde encore moins avec elle-même. Les
Grecs nous ont raconté les actions de Cyms en plusieurs manières différentes. Hérodote en remarque trois, outre celle qu'il a suivie S et il ne dit pas qu'elle soit écrite par des auteurs plus anciens ni plus recevables que les autres. Il remarque encore lui-même ^ que la mort de Cyrus est racontée diversement, et qu'il a choisi la manière qui lui a paru la plus vraisemblable, sans l'autoriser davantage. Xénophon, qui a été en Perse au service du jeune Cyrus, frère d'Artaxerxès, nommé Mnémon, a pu s'instruire de plus près de la vie et de la mort de l'ancien Cyrus, dans les annales des Perses et dans la tradition de ce pays ; et pour peu qu'on soit instruit de l'antiquité, on n'hésitera pas à préférer, avec saint Jérôme ^, Xénophon, un si sage philosophe, aussi bien qu'un si habile capitaine, à Ctésias, auteur fabuleux, que la plupart des Grecs ont copié, comme Justin et les Latins ont fait les Grecs; et plutôt même qu'Hérodote, quoiqu'il soit très judicieux. Ce qui me détermine à ce choix, c'est que l'histoire de Xénophon, plus suivie et plus vraisemblable en elle-même, a encore cet avantage qu'elle est plus conforme à l'Écriture, qui, par son antiquité et par le rapport des affaires du peuple juif avec celles de l'Orient, mériterait d'être préférée à toutes les histoires grecques, quand d'ailleurs on ne saurait pas qu'elle a été dictée par le Saint-Esprit.
Quant aux trois premières monarchies, ce qu'en ont écrit la plupart des Grecs a paru douteux aux plus sages de la Grèce. Platon fait voir en général, sous le nom des prêtres d'Egypte, que les Grecs ignoraient profondément les antiquités *; et Aristote a rangé parmi les conteurs de fables ^ ceux qui ont écrit les Assyriaques.
C'est que les Grecs ont écrit tard ; et que , voulant divertir par les histoires anciennes la Grèce toujours curieuse, ils les ont composées sur des mémoires confus, qu'ils se sont contentés de mettre dans un ordre agréable, sans se trop soucier de la vérité.
Et certainement la manière dont on arrange ordinairement les trois premières monarchies est visiblement fabuleuse. Gar, après qu'on a fait périr sous Sardanapale l'empire des Assyriens , on fait paraître sur le théâtre les Mèdes, et puis les Perses ; comme si les Mèdes avaient succédé à toute la puissance des Assyriens, et que les Perses se fussent établis en ruinant les Mèdes.
Mais, au contraire, il paraît certain que lorsque Arbace révolta les Mèdes contre Sardanapale, il ne fit que les affranchir, sans leur sour mettre l'empire d'Assyrie. Hérodote distingue le temps de leur affran-
\. Uerod. lib. i, cap. Oô. — 2. Tbid. cap. 214. — ô. Hier, in Dan. cap. o, (om. iri, col. 1091. — 4. Plat, in Tini. — S. Aristot. Polit, lih. v, cap. 10.
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chissement d'avec celui de leur premier roi Déjocès *, et selon la supputation des plus habiles chronologistes, l'intervalle entre ces deux temps doit avoir été environ de quarante ans. Il est d'ailleurs constant, par le témoignage uniforme de ce grand historien et de Xénophon 2, pour ne point ici parler des autres, que durant les temps qu'on •attribue à l'empire des Mèdes, il y avait en Assyrie des rois très puissants que tout l'Orient redoutait, et dont Cyrus abattit l'empire par la prise de Babylone.
Si donc, la plupart des Grecs, et les Latins qui les ont suivis, ne parlent pas de ces rois babyloniens ; s'ils ne donnent aucun rang à ce grand royaume parmi les premières monarchies dont ils racontent la suite ; enfin si nous ne voyons presque rien, dans leurs ouvrages, de ces fameux rois Teglathphalasar, Salmanasar, Sennachérib, Nabuchodonosor, et de tant d'autres si renommés dans l'Écriture et dans les histoires orientales, il le faut attribuer ou à l'ignorance des Grecs, plus éloquents dans leurs narrations que curieux dans leurs recherches, ou à la perte que nous avons faite de ce qu'il y avait de plus recherché et de plus exact dans leurs histoires.
En effet, Hérodote avait promis une histoire particulière des Assyriens 3, que nous n'avons pas, soit qu'elle ait été perdue, ou qu'il n'ait pas eu le temps de la faire ; et on peut croire d'un historien si judicieux qu'il n'y aurait pas oublié les rois du second empire des Assyriens, puisque même Sennachérib, qui en était l'un, se trouve encore nommé, dans les livres que nous avons de ce grand auteur *, comme roi des Assyriens et des Arabes.
Strabon, qui vivait du temps d'Auguste, rapporte ^ ce que Mégasthène, auteur ancien et voisin des temps d'Alexandre, avait laissé par écrit sur les fameuses conquêtes de Nabuchodonosor, roi des Chaldéens, à qui il fait traverser l'Europe, pénétrer l'Espagne, et porter ses armes jusqu'aux Colonnes d'Hercule. Elien nomme Tilgamus roi d'Assyrie ^, c'est-à-dire sans difficulté le Tilgath ou le Teglath de l'histoire sainte ; et nous avons dans Ptolémée un dénombrement des princes qui ont tenu les grands empires, parmi lesquels se voit une longue suite de rois d'Assyrie inconnus aux Grecs, et qu'il est aisé d'accorder avec l'histoire sacrée.
Si je voulais rapporter ce que nous racontent les annales des Syriens, un Berose, un Abydénus, un Nicolas de Damas, je ferais un
^. Herod.lih. i, cap. 96. — 2. Herod. lib. i. Xenoph. Cyrop. lib. y, vi, etc. — o. Herod. lib. i, cap. -106, -184. — -i. Herod. lib. ii, cap. -141. — S. Strab. lib. xv^ fiiit. — G. /Elian, Hist. Anim. lib. xii, cap. 21.
trop long discours. Joseph et Eusèbe de Césarée nous ont conservé les précieux fragments de tous ces auteurs i, et d'une infinité d'autres qu'on avait entiers de leurs temps, dont le témoignage confirme ce que nous dit l'Écriture sainte touchant les antiquités orientales, et en particulier touchant les histoires assyriennes.
Pour ce qui est de la monarchie des Mèdes, que la plupart des historiens profanes mettent la seconde dans le dénombrement des grands empires , comme séparée de celle des Perses , il est certain que l'Ecriture les unit toujours ensemble ; et vous voyez, Monseigneur, qu'outre l'autorité des livres saints, le seul ordre des faits montre que c'est à cela qu'il faut s'en tenir.
Les Mèdes, avant Cyrus , quoique puissants et considérables, étaient effacés par la grandeur des rois de Babylone. Mais Cyrus ayant conquis leur royaume parles forces réunies des Mèdes et des Perses, dont il est ensuite devenu le maître par une succession légitime, comme nous l'avons remarqué après Xénophon, il paraît que le grand empire dont il a été le fondateur a dû prendre son nom des deux nations: de sorte que celui des Mèdes et celui des Perses ne sont que la même chose, quoique la gloire de Cyrus y ait fait prévaloir le nom des Perses.
On peut encore penser qu'avant la guerre de Babylone, les rois des Mèdes, ayant étendu leurs conquêtes du côté des colonies de l'Asie- Mineure, ont été par ce moyen célèbres parmi les Grecs, qui leur ont attribué l'empire de la grande Asie, parce qu'ils ne connaissaient qu'eux de tous les rois d'Orient. Cependant les rois de Ninive et de Babylone, plus puissants, mais plus inconnus à la Grèce, ont été presque oubliés dans ce qui nous reste d'histoires grecques ; et tout le temps qui s'est écoulé depuis Sardanapale jusqu'à Cyrus a été donné aux Mèdes seuls.
Ainsi, il ne faut plus tant se donner de peine à concilier en ce point l'histoire profane avec l'histoire sacrée. Car quant à ce qui regarde le premier royaume des Assyriens, l'Écriture n'en dit qu'un mot en passant, et ne nomme ni Ninus fondateur de cet empire, ni, à la réserve de Phul, aucun de ses successeurs, parce que leur histoire n'a rien de commun avec celle du peuple de Dieu. Pour les seconds Assyriens, la plupart des Grecs ou les ont entièrement ignorés, ou, pour ne les avoir pas assez connus, ils les ont confondus avec les premiers.
Quand donc on objectera ceux des auteurs grecs qui arrangent à leur fantaisie les trois premières monarchies, et qui font succéder les
\. Joseph. Ant. Uh. ix, cap. ult. et lib. x, cap, M ; lib, ^ cont. Apion, Euseb, Prfpp. Evang. Ub. ix.
Mèdes à l'ancien empire d'Assyrie, sans parler du nouveau que l'Écriture fait voir si puissant, il n'y a qu'à répondre qu'ils n'ont point connu cette partie de l'histoire ; et qu'ils ne sont pas moins contraires aux plus curieux et aux mieux instruits des auteurs de leur nation, qu'à l'Écriture.
Et, ce qui tranche en un mot toute la difficulté, les auteurs sacrés, plus voisins par les temps et par les lieux des royaumes d'Orient, écrivant d'ailleurs l'histoire d'un peuple dont les alfaires sont si mêlées avec celles de ces grands empires, quand ils n'auraient que cet avantage, pourraient faire taire les Grecs , et les Latins , qui les ont suivis.
Si toutefois on s'obstine à soutenir cet ordre célèbre des trois premières monarchies, et que pour garder aux Mèdes seuls le second rang qui leur est donné, on veuille leur assujettir les rois de Babylone, en avouant toutefois qu'après environ cent ans de sujétion, ceux-ci se sont affranchis par une révolte, on sauve en quelque façon la suite de l'histoire sainte, mais on ne s'accorde guère avec les meilleurs historiens profanes, auxquels l'histoire sainte est plus favorable en ce qu'elle unit toujours l'empire des Mèdes à celui des Perses.
11 reste encore à vous découvrir une des causes de l'obscurité de ces anciennes histoires j c'est que comme les rois d'Orient prenaient plusieurs noms, ou si vous voulez plusieurs titres, qui ensuite leur tenaient heu de nom propre, et que les peuples les traduisaient ou les prononçaient différemment, selon les divers idiomes de chaque langue, des histoires si anciennes, dont il reste si peu de bons mémoires, ont dû être par là fort obscurcies. La confusion des noms en aura sans doute beaucoup mis dans les choses mêmes et dans les personnes ; et de là vient la peiné qu'on a de situer dans l'histoire grecque les rois qui ont eu le nom d'Assuérus, autant inconnu aux Grecs que connu aux Orientaux.
Qui croirait, en effet, que Cyaxare fût le même nom qu'Assuérus, composé du mot Ky, c'est-à-dire seigneur, et du mot Axare, qui revient manifestement à Axuérus, ou Assuérus ? Trois ou quatre princes ont porté ce nom, quoiqu'ils en eussent encore d'autres. Ainsi il n'y a nul doute que Barius le Mède ne puisse avoir été un Assuérus ou Cyaxare : et tout cadre à lui donner un de ces deux noms. Si on n'était averti que Nabuchodonosor, Nabucodrosor, et Nabocolassar, ne sont que le même nom ou que le nom du même homme, on aurait peine à le croire ; et cependant la chose est certaine. C'est un nom tiré de Nabo , un des dieux que Babylone adorait, et qu'on insérait dans
les noms des rois en différentes manières. Sargon est Sennachérib ; Ozias est Azarias ; Sédécias est Malhanias ; Joachas s'appelait aussi Sellun : on croit que Sous ou Sua est le même que Sabacon, roi d'Ethiopie : Asaraddon, qu'on prononce indifféremment Ésar-Haddon ou Asorhaddan, est nommé Asénaphar par les Cuthéens i : on croit que Sardanapale est le même que quelques historiens ont nommé Sarac : et par une bizarrerie dont on ne sait point l'origine, ce même roi se trouve nommé par les Grecs Tonos-Concoléros. Nous avons remarqué que Sardanapale était vraisemblablement Sardan, fils de Phul ou Pul. Mais qui sait si ce Pul ou Phul, dont il est parlé dans l'histoire sainte 2, n'est pas le même que Phalasar ? Car une des manières de varier ces noms était de les abréger, de les allonger, de les terminer en diverses inflexions, selon le génie des langues. Ainsi Teglath-Phalasar, c'està-dire Teglath, fils de Phalasar, pourrait être un des fils de Phul, qui, plus vigoureux que son frère Sardanapale, aurait conservé une partie de l'empire qu'on aurait ôté à sa maison. On pourrait faire une longue liste des Orientaux dont chacun a eu , dans les histoires , plusieurs noms différents : mais il suffit d'être instruit en général de cette coutume. Elle n'est pas inconnue aux Latins, parmi lesquels les titres et les adoptions ont multiplié les noms en tant de sortes. Ainsi, le titre d'Auguste et celui d'Africain sont devenus les noms propres de César Octavien et des Scipions : ainsi les Nérons ont été Césars. La chose n'est pas douteuse, et une plus longue discussion d'un fait si constant est inutile.
Pour ceux qui s'étonneront de ce nombre infini d'années que les Égyptiens se donnent eux-mêmes, je les renvoie à Hérodote, qui nous assure précisément, comme on vient de voir, que leur histoire n'a de certitude que depuis le temps de Psammitique ^, c'est-à-dire six ou sept cents ans avant Jésus-Christ. Que si l'on se trouve embarrassé de la durée que le commun donne au premier empire des Assyriens, il n'y a qu'à se souvenir qu'Hérodote l'a réduite à cinq cent vingt ans*, et qu'il est suivi par Denys d'Halicarnasse,le plus docte des historiens, et par Appien. Et ceux qui, après tout cela, se trouvent trop resserrés dans la supputation ordinaire des années, pour y ranger à leur gré tous les événements et toutes les dates qu'ils croiront certaines, peuvent se mettre au large tant qu'il leur plaira dans la supputation des Septante, que l'Éghse leur laisse libre, pour y placer à leur aise tous les rois qu'on veut donner à Ninive, avec toutes les années qu'on at-
I. /. Esdr. iVi2, -10. — 2. IV. Reg. xv, 19. /. Paralip. v, 26. — 5. Herod. lib. u, cap. ioi. — i. Lib. I, cap. 9S.
tribue à leur règne, toutes les dynasties des Égyptiens, en quelque sorte qu'ils les veulent arranger, et encore toute l'histoire de la Chine, sans même attendre, s'ils veulent, qu'elle soit plus éclaircie.
Je ne prétends plus, Monseigneur, vous embarrasser, dans la suite, des difficultés de chronologie, qui vous sont très peu nécessaires. Celleci était trop importante pour ne la pas éclaircir en cet endroit ; et après vous en avoir dit ce qui suffit à notre dessein, je reprends la suite de nos époques.