HUITIÈME ÉPOQUE
CYRUS , ou LES JUIFS RÉTABLIS.
Sixième âge du monde.
(218 — 536) Ce fut donc 218 ans après la fondation de Rome, 536 ans avant Jésus-Christ, après les soixante-dix ans de la captivité de Babylone, et la même année que Cyrus fonda l'empire des Perses , que ce prince choisi de Dieu pour être le libérateur de son peuple, et le restaurateur de son temple, mit la main à ce grand ouvrage. Incontinent après la publication de son ordonnance, Zorobabel, accompagné de Jésus, fils de Josédec, souverain pontife, ramena les captifs, qui rebâtirent l'autel, et posèrent les fondements du second temple (2 1 9 — 535). Les Samaritains, jaloux de leur gloire, voulurent prendre part à ce grand ouvrage ; et sous prétexte qu'ils adoraient le dieu d'Israël, quoiqu'ils en joignissent le culte à celui de leurs faux dieux, ils prièrent Zorobabel de leur permettre de rebâtir avec lui le temple de Dieu i. Mais les enfants de Juda, qui détestaient leur culte mêlé, rejetèrent leur proposition. Les Samaritains irrités traversèrent leur dessein par toute sorte d'artifices et de violences. Environ ce temps, Servius Tullius , après avoir agrandi la ville de Rome, conçut le dessein de la mettre en république (221 — 533). 11 périt au milieu de ces pensées, par les conseils de sa fille, et par le comnïandement de Tarquin le Superbe, son gendre. Ce tyran envahit le royaume, où il exerça durant un long temps toute sorte de violences. Cependant l'empire des Perses allait croissant : outre ces provinces immenses de la grande Asie, tout ce vaste continent de l'Asie inférieure leur obéit; les Syriens et les Arabes furent assujettis ; l'Egypte, si jalouse de ses lois, reçut les leurs (229—525). La conquête s'en fit par Cambyse, fils de Cyrus, Ce brutal ne survécut guère à Smerdis, son frère, qu'un songe ambigu lui fit tuer en secret (232—522). Le mage Smerdis régna quelque temps 80US le nom de Smerdis, frère de Cambyse ; mais sa fourbe fut bientôt
J./, Esd. IV, 2, 3.
découverte. Les sept principaux seigneurs conjurèrent contre lui, et l'un d'eux fut mis sur le trône (233—521). Ce fut Darius, fils d'Hystaspe, qui s'appelait dans ses inscriptions le meilleur et le mieux fait de tous les hommes i. Plusieurs marques le font reconnaître pour l'Assuérus du livre d'Esther, quoiqu'on n'en convienne pas. Au commencement de son règne, le temple fut achevé, après diverses interruptions causées par les Samaritains 2. Une haine irréconciliable se mit entre les deux peuples, et il n'y eut rien de plus opposé que Jérusalem et Sa-, marie. C'est du temps de Darius que commence la liberté de Rome et d'Athènes, et la grande gloire de la Grèce. (241—513) Harmodius et Aristogiton, Athéniens, délivrent leur pays d'Hipparque, fils de Pisistrate, et sont tués par ses gardes. Hippias, frère d'Hipparque, tâche en vain de se soutenir. Il est chassé : la tyrannie des Pisistratides est entièrement éteinte (244—510). Les Athéniens affranchis dressent des statues à leurs libérateurs, et rétablissent l'état populaire. Hippias se jette entre les bras de Darius , qu'il trouva déjà disposé à entreprendre la conquête de la Grèce, et n'a plus d'espérance qu'en sa protection. Dans le temps qu'il fut chassé, Rome se défit aussi de ses tyrans. Tarquin le Superbe avait rendu par ses violences la royauté odieuse : l'impudicilé de Sexte son fils acheva de la détruire (245 — 509). Lucrèce déshonorée se tua elle-même : son sang et les harangues de Brutus animèrent les Romains. Les rois furent bannis, et l'empire consulaire fut établi suivant les projets de Servius Tullius : mais il fut bientôt affaibli par la jalousie du peuple. Dès le premier consulat, P. Valérius, consul, célèbre par ses victoires, devint suspect à ses citoyens; et il fallut, pour les contenter, étabhr la loi qui permit d'appeler au peuple, du sénat et des consuls, dans toutes les causes où il s'agissait de châtier un citoyen. LesTarquins chassés trouvèrent des défenseurs : les rois voisins regardèrent leur bannissement comme une injure faite à tous les rois ; et Porsenna, roi des Clusiens, peuples d'Étrurie, prit les armes contre Rome (247 — 507). Réduite à l'extrémité, et presque prise, elle fut sauvée par la valeur d'Horatius Codés. Les Romains firent des prodiges pour leur liberté : Scévola, jeune citoyen, se brûla la main qui avait manqué Porsenna; Cléhe, une jeune fille, étonna ce prince par sa hardiesse ; Porsenna laissa Rome en paix,|et les Tarquins demeurèrent sans ressource. (254 — 500) Hippias, pour qui Darius se déclara, avait de meilleures espérances. Toute la Perse se remuait en sa faveur, et Athènes était menacée d'une grande guerre. (261-493) Durant que Darius en faisait les préparatifs, Rome, qui s'était si bien défendue ^. Herod. lib. iv, cap. 9J, — 2. /. Escir. v. vi.
SUR LHISTOIHE UNIVERSELLE, 31
contre les étrangers, pensa périr par elle-même : la jalousie s'était réveillée entre les patriciens et le peuple; la puissance consulaire, quoique déjà modérée par la loi de P, Valérius, parut encore excessive à ce peuple trop jaloux de sa liberté. Il se retira au mont Aventin ; les conseils violents furent inutiles ; le peuple ne put être ramené que par les paisibles remontrances de Ménénius Agrippa ; mais il fallut trouver des tempéraments, et donner au peuple des tribuns pour le défendre contre les consuls» La loi qui établit cette nouvelle magistrature fut appelée la loi sacrée ; et ce fut là que commencèrent les tribuns du peuple. Darius avait enfin éclaté contre la Grèce. Son gendre Mardonius, après avoir traversé l'Asie, croyait accabler les Grecs par le nombre de ses soldats : mais Miltiade défit cette armée immense dans la plaine de Marathon, avec dix mille Athéniens (264- 490). Rome battait tous ses ennemis aux environs, et semblait n'avoir à craindre que d'elle-même. (265-489) Coriolan, zélé patricien, et le plus grand de ses capitaines, chassé, malgré ses services, par la faction populaire, médita la ruine de sa patrie, mena les Yolsques contre elle, la réduisit à l'extrémité, et ne put être apaisé que par sa mère (266-488). La Grèce ne jouit pas long-temps du repos que la bataille de Marathon lui avait donné (274-480). Pour venger l'affront de la Perse et de Darius, Xerxès son fils et son successeur, et petit-fils de Cyrus par sa mère Atosse, attaqua les Grecs avec onze cent mille combattants (d'autres disent dix-sept cent mille), sans compter son armée navale de douze cents vaisseaux. Léonidas, roi de Sparte, qui n'avait que trois cents hommes, lui en tua vingt mille au passage des Thermopyles, et périt avec les siens. Par les conseils de Thémistocle, Athénien, l'armée navale de Xerxès est défaite la même année, près de Salamine. Ce prince repasse l'Hellespont avec frayeur ; et un an après, son armée de terre, que Mardonius commandait, est taillée en pièces, auprès de Platée, par Paiisanias, roi de Lacédémone, et par Aristide, Athénien, appelé le Juste (275-479). La bataille se donna le matin; et le soir de cette fameuse journée, les Grecs Ioniens, qui avaient secoué le joug des Perses , leur tuèrent trente mille hommes dans la bataille de Mycale, sous la conduite de Léotychides. Ce général, pour encourager ses soldats, leur dit que Mardonius venait d'être défait dans la Grèce. La nouvelle se trouva véritable , ou par un effet prodigieux de la renommée , ou plutôt par une heureuse rencontre.; et tous les Grecs de l'Asie-Mineure se mirent en hberté. Cette nation remportait partout de grands avantages ; et un peu auparavant les Carthaginois, puissants alors , furent battus dans la Si-
cile, ù ils voulaient étendre leur domination, à la sollicitation des Perses. Malgré ce mauvais succès, ils ne cessèrent depuis de faire de nouveaux desseins sur une ile si commode à leur assurer l'empire de la mer, que leur république affectait. La Grèce le tenait alors ; mais elle ne regardait que l'Orient et les Perses (277—477). Pausanias venait d'affranchir l'île de Chypre de leur joug, quand il conçut le dessein d'asservir son pays (278 — 476). Tous ses projets furent vains, quoique Xerxès lui promît tout : le traître fut trahi par celui qu'il aimait le plus, et son infâme amour lui coûta la vie. La même année Xerxès fut tué par Artahan, son capitaine des gardes ^ ; soit que ce perfide voulût occuper le trône de son maître, ou qu'il craignît les rigueurs d'un prince dont il n'avait pas exécuté assez promptement les ordres cruels (280 — 474). Artaxerce à la Longue-Main, son fils, commença son règne, et reçut peu de temps après une lettre de Thémistocle, qui, proscrit par ses concitoyens, lui offrait ses services contre les Grecs (281 — 473). Il sut estimer, autant qu'il devait, un capitaine si renommé, et lui fit un grand établissement, malgré la jalousie des satrapes. (287 — 467) Ce roi magnanime protégea le peuple juif 2; et dans sa vingtième année, que ses suites rendent mémorable, il permit à Néhémias de rétablir Jérusalem avec ses murailles ^ (300 — 454). Ce décret d'Artaxerxe diffère de celui de Cyrus, en ce que celui de Cyrus regardait le temple, et celui-ci est fait pour la ville. A ce décret prévu par Daniel, etmarqué dans sa prophétie *,les quatre cent quatre-vingtdix ans de ses semaines commencent. Cette importante date a de solides fondements. Le bannissement de Thémistocle est placé, dans la Chronique d'Eusèbe, à la dernière année de la 76'= olympiade, qui revient à l'an 280 de Rome. Les autres chronologistes le mettent un peu au-dessous : la différence est petite, et les circonstances du temps assurent la date d'Eusèbe. Elles se tirent de Thucydide, historien très exact ; et ce grave auteur, contemporain presque, aussi bien que concitoyen de Thémistocle, lui fait écrire sa lettre au commencement du règne d'Artaxerxe ^. Cornélius Nepos, auteur ancien, et judicieux autant qu'élégant', ne veut pas qu'on doute de cette date après l'autorité de Thucydide 6; raisonnement d'autant plus solide, qu'un autre auteur plus ancien encore que Thucydide s'accorde avec lui. C'est Charon de Lampsaque cité par Plutarque '' ; et Plutarque ajoute lui-même que les^Annales, c'est-à-dire celles de Perse, sont conformes à ces deux
^, Arist. Polit, lib. v, cap. 10. — 2. /. Esclr. vu, vin. — „5. 1. Esdr.i, i, vi, 3. //. Esdr. 11, 1, 2. — 4. Dan. ix, 2*ô. — h. Thucycl. lib. i. — «. Com. Nep.m Themlst. cap. 9. —• 7. Plutarq. in Thcraist.
auteurs. Il ne les suit pourtant pas , mais il n'en dit aucune^ raison ; et les historiens qui commencent huit ou neuf ans plus tard le règne d'Artaxerxe ne sont ni du temps, ni d'une si grande autorité, il parait donc indubitable qu'il en faut placer le commencement vers la fin de la 76^ olympiade, et approchant de l'année 280 de Rome, par où la vingtième année de ce prince doit arriver vers la fin de la 81^ olympiade, et environ l'an 300 de Rome. Au reste, ceux qui rejettent plus bas le commencement d'Artaxerxe, pour concilier les auteurs, sont réduits à conjecturer que son père l'avait du moins associé au royaume quand Thémistocle écrivit sa lettre ; et en quelque façon que ce soit, notre date est assurée. Ce fondement étant posé, le reste du compte est aisé à faire, et la suite le rendra sensible. Après le décret d'Artaxerxe, les Juifs travaillèrent à rétablir leur ville et ses murailles, comme Daniel l'avait prédit ^.Néhémias conduisit l'ouvrage avec beaucoup de prudence et de fermeté, au milieu de la résistance des Samaritains, des Arabes et des Ammonites. Le peuple fit un effort, et Eliasib, souverain pontife, l'anima par son exemple. Cependant les nouveaux magistrats qu'on avait donnés au peuple romain augmentaient les divisions de la ville ; et, Rome, formée sous des rois, manquait des lois nécessaires à la bonne constitution d'une répuMique. La réputation de la Grèce, plus célèbre encore par son gouvernement que par ses victoires, excita les Romains à se régler sur son exemple. Ainsi ils envoyèrent des députés pour rechercher les lois des villes de Grèce, et surtout celles d'Athènes, plus conformes à l'état de la république (303 — 451). Sur ce modèle, dix magistrats absolus, qu'on créa l'année d'après sous le nom de décemvirs, rédigèrent les lois des Douze Tables, qui sont le fondement du Droit romain (304 — 450). Le peuple, ravi de l'équité avec laquelle ils les composèrent, leur laissa empiéter le pouvoir suprême, dont ils usèrent tyranniquement. Il se fit alors de grands mouvements par l'intempérance d'Appius Clodius, un des décemvirs, et par le meurtre de Virginie, que son père aima mieux tuer de sa propre main que de la laisser abandonnée à la passion d'Appius (305 — 449). Le sang de cette seconde Lucrèce réveilla le peuple romain, et les décemvirs furent chassés. Pendant que les lois romaines se formaient sous les décemvirs, Esdras, docteur de la loi, et Néhémias, gouverneur du peuple de Dieu nouvellement rétabli dans la Judée, réformaient les abus, et faisaient observer la loi de Moïse, qulls observaient les premiers ^. Un des principaux articles de leur réformation fut d'obliger tout le peuple, et principalement les prêtres, à I. Dan. IX, 25. — 2. /. Eacl. xiii. Deut. xxiii, ô.
quitter les femmes étrangères qu'ils avaient épousées contre la défense de la loi. Esdras mit en ordre les livres saints, dont il fit une exacte révision, et ramassa les anciens mémoires du peuple de Dieu pour en composer les deux livres des Paralipomènes ou Chroniques, auxquelles il ajouta l'histoire de son temps, qui fut achevée par Néhémias. C'est par leurs livres que se termine cette longue histoire que Moïse avait commencée, et que les auteurs suivants continuèrent sans interruption jusqu'au rétablissement de Jérusalem. Le reste de l'histoire sainte n'est pas écrit dans la même suite. Pendant qu'Esdras et Néhémias faisaient la dernière partie de ce grand ouvrage, Hérodote, que les auteurs profanes appellent le père de l'histoire, commençait à écrire. Ainsi les derniers auteurs de l'histoire sainte se, rencontrent avec le premier auteur de l'histoire grecque ; et quand elle commence, celle du peuple de Dieu, à la prendre seulement depuis Abraham, enfermait déjà quinze siècles. Hérodote n'avait garde de parler des Juifs dans l'histoire qu'il nous a laissée j et les Grecs n'avaient besoin d'être informés que des peuples que la guerre, le commerce ou un grand éclat leur faisait connaître. La Judée, qui commençait à peine à se relever de sa ruine, n'attirait pas les regards. Ce fut dans des temps si malheureux que la langue hébraïque commença à se mêler de langage chaldaïque, qui était celui de Babylone durant le temps que le peuple y fut captif; mais elle était encore entendue, du temps d'Esdras, de la plus grande partie du peuple, comme il paraît par la lecture qu'il fit faire des livres de la loi « hautement et intelligiblement en présence « de tout le peuple, hommes et femmes en grand nombre, et de tous fc ceux qui pouvaient entendre, et tout le monde entendait pendant la « lecture » ^. Depuis ce temps peu à peu elle cessa d'être vulgaire. Durant la captivité, et ensuite par le commerce qu'il fallut avoir avec les Chaldéens, les Juifs apprirent la langue chaldaïque, assez approchante de la leur, et qui avait presque le même génie. Cette raison leur fit changer l'ancienne figure des lettres hébraïques, et ils écrivirent l'hébreu avec les lettres des Chaldéens, plus usitées parmi eux, et plus aisées à former. Ce changement fut aisé entre deux langues voisines dont les lettres étaient de même valeur, et ne différaient que dans la figure. Depuis ce temps on ne trouve l'Écriture sainte parmi les Juifs qu'en caractères chaldaïques.
J'ai dit que l'Ecriture ne se trouve parmi les Juifs qu'en ces caractères. Mais on a trouvé de nos jours, entre les mains des Samaritains, un Pentateuque en anciens caraclèrcs hébraïques tels qu'un les voit I. //. Esd. viu, 5. c, 8.
dans les médailles et dans tous les monuments des siècles passés. Ce Pentateuquene dillere en rien de celui des Juifs, si ce n'est qu'il y a un endroit falsifié en faveur du culte public, que les Samaritains soutenaient que Dieu avait établi sur la montagne de Garizim, près de Samarie, comme les Juifs soutenaient que c'était dans Jérusalem. Il y a encore quelques différences, mais légères. Il est constant que les anciens Pères, et entre autres Eusèbe et saint Jérôme, ont vu cet ancien Pentateuque samaritain ; et qu'on trouve, dans celui que nous avons, tous les caractères de celui dont ils ont parlé.
Pour entendre parfaitement les antiquités du peuple de Dieu, il faut ici en peu de mots faire l'histoire des Samaritains et de leur Pentateuque (an du m. 3029— av. J.-C. 975). Il faut pour cela se souvenir qu'après Salomon, et en punition de ses excès, sous Roboam, son fils, Jéroboam sépara dix tribus du royaume de Juda, et forma le royaume d'Israël, dont la capitale fut Samarie (3080—954).
Ce royaume, ainsi séparé, ne sacrifia plus dans le temple de Jérusalem, el rejeta toutes les Écritures faites depuis David et Salomon, sans se soucier non plus des ordonnances de ces deux rois, dont l'un avait préparé le temple, et l'autre l'avait construit et dédié.
Rome fut fondée l'an du monde 3250; et trente-trois ans après, c'est-à-dire l'an du monde 3283, les dix tribus schismatiques furent transportées à Ninive, et dispersées parmi les gentils.
Sous Asaraddon, roi d'Assyrie, les Cuthéens furent envoyés pour habiter Samarie* (an de R. 77 — av. J.-C. 677). C'étaient des peuples d'Assyrie, qui furent depuis appelés Samaritains. Ceux-ci joignirent le culte de Dieu avec celui des idoles, et obtinrent d'Asaraddon un prêtre Israélite qui leur apprit le service du dieu du pays, c'est-à-dire les observances de la loi de Moïse. Mais leur prêtre ne leur donna que les livres de Moïse dont les dix tribus révoltées avaient conservé la vénération, sans y joindre d'autres livres saints, pour les raisons que l'on vient de voir.
Ces peuples ainsi instruits ont toujours persistes dans la haine que les dix tribus avaient contre les Juifs ; et lorsque Cyrus permit aux Juifs de rétablir le temple de Jérusalem (219 — 535), les Samaritains traversèrent autant qu'ils purent leur dessein 2^, en faisant semblant néanmoins d'y vouloir prendre part, sous prétexte qu'ils adoraient le Dieu d'Israël, quoiqu'ils en joignissent le culte avec celui de leurs fausses divinités.
Us persistèrent toujours à traverser les desseins des Juifs lorsqu'ils
^ , IV. B.eg, XYii, 24. /. Esdr. iv, 2. — 2. L Esdr, iv, 2, 5.
rebâtissaient leur ville sous la conduite de Néhémias ; et les deux nations furent toujours ennemies.
On voit ici la raison pourquoi ils ne changèrent pas avec les Juifs les caractères hébreux en caractères chaldaiques. Ils n'avaient garde d'imiter les Juifs, non plus qu'Esdras leur grand docteur, puisqu'ils les avaient en exécration : c'est pourquoi leur Pentateuque se trouve écrit en anciens caractères hébraïques, ainsi qu'il a été dit.
Alexandre leur permit de bâtir le temple de Garizim (421 — 333). Manassès, frère de Jaddus, souverain pontife des Juifs, qui embrassa le schisme des Samaritains, obtint la permission de bâtir ce temple ; et c'est apparemment sous lui qu'ils commencèrent à quitter le culte des faux dieux, ne différant d'avec les Juifs qu'en ce qu'ils le voulaient servir, non point dans Jérusalem, comme Dieu l'avait ordonné, mais sur le mont Garizim.
On voit ici la raison pourquoi ils ont falsifié, dans leur Pentateuque, l'endroit où il est parlé de la montagne de Garizim, dans le dessein de montrer que cette montagne était bénite de Dieu et consacrée à son culte, et non pas Jérusalem.
La haine entre les deux peuples subsista toujours : les Samaritains soutenaient que leur temple de Garizim devait être préféré à celui de Jérusalem. La contestation fut émue devant Ptolémée Philométor, roi d'Egypte. Les Juifs qui avaient pour eux la succession et la tradition manifeste, gagnèrent leur cause par un jugement solennel'.
(687 — 167) Les Samaritains, qui durant la persécution d'Antiochus et des rois de Syrie se joignirent toujours à eux contre les Juifs, furent subjugués par Jean Hircan (624-130), fils de Simon, qui renversa leur temple de Garizim, mais qui ne les put empêcher de continuer leur service sur la montagne où il était bâti, ni réduire ce peuple opiniâtre à venir adorer dans le temple de Jérusalem.
De là vient que , du temps de Jésus-Christ , on voit encore les Samaritains attachés au même culte, et condamnés par Jésus-Christ 2.
Ce peuple a toujours subsisté depuis ce temps-là, en deux ou trois
endroits de l'Orient. Un de nos voyageurs l'a connu, et nous en a rap-
j^porté le texte du Pentateuque qu'on appelle Samaritain, dont on voit
à présent l'antiquité ; et on entend parfaitement toutes les raisons pour
lesquelles il est demeuré en l'état où nous le voyons.
Les Juifs vivaient avec douceur sous l'autorité d'Artaxerxe. Ce prince , réduit par Cimon, fils de Miltiade , général des Athéniens, à faire une paix honteuse, désespéra de vaincre les Grecs par la
i. ./ot. Ant. XTii, cap. 0, nJ. T>. —2. Joan, iv, 2'.
force, et ne songea plus qu'à profiter de leurs divisions. Il en arriva de grandes entre les Athéniens et les Lacédémoniens. Ces deux peuples, jaloux l'un de l'autre, partagèrent toute la Grèce. (323 — 431) Périclès , Athénien , commença la guerre du Péloponèse , durant laquelle Théramène, Thrasybule et Alcibiade, Athéniens, se rendent célèbres. Brasidas et Myndare, Lacédémoniens, y meurent en combattant pour leur pays. Cette guerre dura vingt-sept ans, et finit à l'avantage de Lacédémone, qui avait mis dans son parti Darius, nommé le Bâtard, fils et successeur d'Artaxerxe. Lysandre, général de l'armée navale des Lacédémoniens, prit Athènes et en changea le gouvernement (350— 404). Mais la Perse s'aperçut bientôt qu'elle avait rendu les Lacédémoniens trop puissants. Ils soutinrent le jeune Cyrus dans sa révolte contre Artaxerxe(353 — 401) son aîné, appelé Mnémon à cause de son excellente mémoire, fils et successeur de Darius. Ce jeune prince, sauvé de la prison et de la mort par sa mère Parysatis , songe à la vengeance, gagne les satrapes par ses agréments infinis, traverse l'Asie-Mineure, va présenter la bataille au roi son frère dans le cœur de son empire, le blesse de sa propre main, et, se croyant trop tôfc vainqueur, périt par sa témérité. Les dix mille Grecs qui le servaient font cette retraite étonnante , où commandait à la fin Xénophon , grand philosophe et grand capitaine, qui en a écrit l'histoire. Les Lacédémoniens continuaient à attaquer l'empire des Perses, qu'Agésilas, roi de Sparte, fit trembler dans l'Asie-Mineure (358 — 396) : mais les divisions de la Grèce le rappelèrent en son pays. En ce temps la ville de Véies, qui égalait presque la gloire de Rome, après un siège de dix ans et beaucoup de divers succès, fut prise par les Romains sous la conduite de Camille. Sa générosité lui fit encore une autre conquête. (360—394) Les Falisques qu'il assiégeait se donnèrent à lui, touchés de ce qu'il leur avait renvoyé leurs enfants, qu'un maître d'école lui avait livrés. Rome ne voulait pas vaincre par des trahisons, ni profiter de la perfidie d'un lâche, qui abusait de l'obéissance d'un âge innocent. Un peu après, les Gaulois Sénonais entrèrent en Italie, et assiégèrent Clusium. Les Romains perdirent contre eux la fameuse bataille d' Allia (363—391). Leur ville fut prise et brûlée (364—390). Pendant qu'ils se^^ défendaient dans le Capitole, leurs affaires furent rétablies par Camille, qu'ils avaient banni. Les Gaulois demeurèrent sept mois maîtres de Rome ; et appelés ailleurs par d'autres affaires, ils se retirèrent chargés de butina Durant les brouilleries delà Grèce, Épaminondas, Thébain, se signala par son équité et par sa modération, autant que