ONZIÈME ÉPOQUE
CONSTANTIN, OU LA PAIX DE l'ÉGLISE.
Cette célèbre déclaration de Constantin arriva l'an 312 de notre Seigneur. Pendant qu'il assiégeait Maxence dans Rome, une croix lumineuse lui parut en l'air devant tout le monde, avec une inscription qui lui promettait la victoire : la même chose lui est confirmée dnns un songe. Le lendemain, il gagna cette célèbre bataille qui défit Rome d'un tyran, et l'Église d'un persécuteur (313). La croix fut étalée comme la défense du peuple romain et de tout l'empire. Un peu après, Maximin fut vaincu par Licinius, qui était d'accord avec Constantin, et il fit une fin semblable à celle de Galérius. La paix fut donnée à l'Éghse. Constantin la combla d'honneurs et de biens. La victoire le suivit partout, et les Barbares furent réprimés, tant par lui que par ses enfants (315). Cependant Licinius se brouille avec lui, < t renouvelle la persécution. Battu par mer et par terre, il est contraint de quitter l'empire (324), et enfin de perdre la vie. En ce temps (325), Constantin assembla à Nicée en Bithynie le premier concile général, où trois cent dix-huit évéques, qui représentaient toute l'Église, condamnèrent le prêtre Arius, ennemi de la divinité du Fils de Dieu, et dressèrent le symbole où la consubstantialité du Père et du Fils est établie. Les prêtres de l'Éghse romaine, envoyés par le pape saint Silvestre, précédèrent tous les évéques dans cette assemblée; et un ancien auteur grec ^ compte parmi les légats du Saint-Siège le célèbre Osius, évêque de Cordoue, qui présida au concile. Constantin y prit sa séance, et en reçut les décisions comme un oracle du ciel. Les ariens cachèrent leurs erreurs, et rentrèrent dans ses bonnes grâces en dissimulant. Pendant que sa valeur maintenait l'empire dans une souveraine tranquillité (326), le repos de sa famille fut troublé par les artifices de Fauste, sa femme. Crispe, fils de Constantin, mais d'un autre mariage, accusé par cette marâtre de l'avoir voulu corrompre, trouva son père
i. Gel. Cyzic, Hist. Conc. Nie, lib. u, cap. 6, 27; Conc. Labb., tom. u, col. ^ 58, 227.
inflexible. Sa mort fut bientôt vengée. Fauste, convaincue, fut suifoquée dans le bain. Mais Constantin, déshonoré par la malice de sa femme, reçut en même temps beaucoup d'honneurs par la piété de sa mère. Elle découvrit, dans les ruines de l'ancienne Jérusalem, la vraie croix, féconde en miracles. Le saint sépulcre fut aussi trouvé. La nouvelle ville de Jérusalem, qu'Adrien avait fait bâtir ; la grotte où était né le Sauveur du monde, et tous les saints lieux furent ornés de temples superbes par Hélène et par Constantin. Quatre ans après (330), l'empereur rebâtit Byzance, qu'il appela Constantinople, et en fil le second siège de l'empire. L'Église, paisible sous Constantin, fut cruellement affligée en Perse. Une infinité de martyrs signalèrent leur foi. L'empereur tâcha en vain d'apaiser Sapor (336), et de l'attii-er au christianisme. La protection de Constantin ne donna aux chrétiens persécutés qu'une favorable retraite. Ce prince, béni de toute l'Église, mourut plein de joie et d'espérance (337), après avoir partagé l'empire entre ses trois fils, Constantin, Constance et Constant. Leur concorde fut bientôt troublée. Constantin périt dans la guerre (340) qu'il eut avec son frère Constant pour les limites de leur empire. Constance et Constant ne furent guère plus unis. Constant soutint la foi de Nicée, que Constance combattait. Alors l'Église admira les longues souffrances de saint Athanase , patriarche d'Alexandrie et défenseur du concile de Nicée. Chassé de son siège par Constance, il fut rétabli canoniquement par le pape saint Jules P"", dont Constant appuya le décret (341) 1. Ce bon prince ne dura guère. Le tyran Magnence le tua par trahison (350) : mais tôt après, vaincu par Constance, il se tua luimême (361). Dans la bataille où ses affaires furent ruinées (353), Valons, évêque arien, secrètement averti par ses amis, assura Constance que l'armée du tyran était en fuite, et fit croire au faible empereur qu'il le savait par révélation. Sur cette fausse révélation. Constance se Jivre aux ariens. Les évêques orthodoxes sont chassés de leurs sièges -, toute l'Église est remplie de confusion et de trouble; la constance du pape Libère cède aux ennuis de l'exil ; les tourments font succomber le vieil Osius (367), autrefois le soutien de l'Église. Le concile deRimini (359), si ferme d'abord, fléchit à la fin par surprise et par vio-' lence : rien ne se fait dans les formes ; l'autorité de l'empereur est la seule loi : mais les ariens, qui font tout par-là, ne peuvent s'accorder entre eux, et changent tous les jours leur symbole : la foi de Nicée . subsiste : saint Athanase et saint Hilaire, évêque de Poitiers, ses principaux défenseurs, se rendent célèbres par toute la terre. Pendant que I. Socr. Hist. eccl., lib. u, cap. 15. Sozim., lib. ni, cap. 8.
l'empereur Constance, occupé des affaires de l'arianisme, faisait négligemment celles de l'empire, les Perses remportèrent de grands avantages (357, 358, 359). Les Allemands et les Francs tentèrent de toutes parts l'entrée des Gaules : Julien , parent de l'empereur, les arrêta et les battit. L'empereur lui-même défit les Sarmates, et marcha contre les Perses. Là parait la révolte de Julien contre l'empereur (360), son apostasie, la mort de Constance (361), le règne de Julien, son gouvernement équitable, et le nouveau genre de persécution qu'il fit souffrir à l'Église. 11 en entretint les divisions ; il exclut les chrétiens non seulement des honneurs, mais des études ; et en imitant la sainte discipline de l'Église, il crut tourner contre elle ses propres armes. Les supplices furent ménagés, et ordonnés sous d'autres prétextes que celui de la religion. Les chrétiens demeurèrent fidèles à leur empereur; mais la gloire, qu'il cherchait trop , le fit périr (363); il fut tué dans la Perse, où il s'était engagé témérairement. Jovien, son successeur, zélé chrétien, trouva les affaires désespérées, et ne vécut que pour conclure une paix honteuse (364). Après lui, Valentinien fit la guerre en grand capitaine (366, 367, 368, 370, etc.) : il y mena son fils Gratien dès sa première jeunesse, maintint la discipline militaire, battit les Barbares, fortifia les frontières de l'empire, et protégea en Occident la foi de Nicée. Valens, son frère, qu'il fit son collègue, la persécutait en Orient ; et ne pouvant gagner ni abattre saint Basile et saint Grégoire de Nazianze, il désespérait de la pouvoir vaincre. Quelques ariens joignirent de nouvelles erreurs aux anciens dogmes de la secte. Aérius, prêtre arien, est noté dans les écrits des sainte Pères comme l'auteur d'une nouvelle hérésie ^, pour avoir égalé la prêtrise à l'épiscopat, et avoir jugé inutiles les prières et les oblatious que toute l'Église faisait pour les morts. Une troisième erreur de cet hérésiarque était de compter parmi les servitudes de la loi l'observance de certains jeûnes marqués, et de vouloir que le jeûne fût toujours libre. Il vivait encore quand saint Épiphane se rendit célèbre par son histoire des hérésies où il est réfuté avec tous les autres. Saint Martin (375) fut fait évêque de Tours, et remplit tout l'univers du bruit.de sa sainteté et de ses miracles, durant sa vie et après sa mort. Valentinien mourut après un discours violent qu'il fit aux ennemis de l'empire ; son impétueuse colère, qui le faisait redouter des autres, lui fut fatale à lui-même. Son successeur Gratien vit sans envie l'élévation de son jeune frère Valentinien II, qu'on fit empereur, encore qu'il n'eût que neuf ans. Sa
i. Epiph., lïb. Jji, hœr. lxxv ; iom. i, pag. 906; Aug. hœr. un ; loin, vni, col. 18.
mère Justine, protectrice des ariens, gouverna durant son bas âge. On voit ici en peu d'années de merveilleux événements : la révolte des Goths contre Valens (377) ; ce prince quitter les Perses pour réprimer les rebelles (378); Gratien accourir à lui après avoir remporté une victoire signalée sur les Allemands. Yalens, qui veut vaincre seul, précipite le combat, où il est tué auprès d'Andrinople : les Goths victorieux le brûlent dans un village où il s'était retiré (379). Gratien, accablé d'affaires, associe à l'empire le grand Théodose, et lui laisse l'Orient. Les Goths sont vaincus : tous les Barbares sont tenus en crainte ; et ce que Théodose n'estimait pas moins, les hérétiques macédoniens, qui niaient la divinité du Saint-Esprit (381), sont condaamés au concile de Constantinople. Il ne s'y trouva que l'Église grecque : le consentement de tout l'Occident, et du pape saint Damase, le fit appeler second concile général. Pendant que Théodose gouvernait avec tant de force et tant de succès, Gratien qui n'était pas moins vaillant ni moins pieux, abandonné de ses troupes (383), toutes composées d'étrangers, fut immolé au tyran Maxime (386, 387). L'Église et l'empire pleurèrent ce bon prince. Le tyran régna dans les Gaules et sembla se contenter de ce partage. L'impératrice Justine publia, sous le nom de son fils, des édits en faveur de l'arianisme. Saint Ambroise, évêque de Milan, ne lui opposa que la sainte doctrine, les prières et la patience ; et sut par de telles armes, non seulement conserver à l'Église les basiliques que les hérétiques voulaient occuper, mais encore lui gagner le jeune empereur. Cependant Maxime remue ; et Justine ne trouve rien de plus fidèle que le saint évêque, qu'elle traitait de rebelle. Elle l'envoie au tyran que ses discours ne peuvent fléchir. Le jeune Yalentinien est contraint de prendre la fuite avec sa mère. Maxime se rend maître à Rome où il rétablit les sacrifices des faux dieux, par complaisance pour le sénat presque encore tout païen. Après qu'il eût occupé tout l'Occident (388), et dans le temps qu'il se croyait le plus paisible. Théodose, assisté des Francs, le défit dans la Pannonie, l'assiégea dans Aquilée, et le laissa tuer par ses soldats. Maître absolu des deux empires, il rendit celui d'Occident à Yalentinien, qui ne le garda pas longtemps (392). Ce jeune prince éleva et abaissa trop Arbogaste, un capitaine des Francs, vaillant, désintéressé, mais capable de maintenir par toute sorte de crimes le pouvoir qu'il s'était acquis sur les troupes. Il éleva le tyran Eugèna, qui ne savait que discourir, et tua Yalentinien, qui ne voulait plus avoir pour maître le superbe Franc. Ce coup détestable fut fait dans les Gaules auprès de Yienne. Saint Ambroise, que le jeune empereur avait mandé pour recevoir de lui le baptême.
déplora sa perte et espéra bien de son salut. Sa mort ne demeura pas impunie. Un miracle visible donna la victoire à Tliéodose sur Eugène, et sur les faux dieux dont ce tyran avait rétabli le culte (394). Eugène fut pris : il fallut le sacrifier à la vengeance publique et abattre la rébellion par sa mort. Le fier Arbogaste se tua lui-même, plutôt que d'avoir recours à la clémence du vainqueur, que tout le reste des rebelles venait d'éprouver. Théodose, seul empereur, fut la joie et l'admiration de tout l'univers. Il appuya la religion, il fit taire les hérétiques; il abolit les sacrifices impurs des païens; il corrigea la mollesse, et réprima les dépenses superflues (390). Il avoua humblement ses fautes, et il en fit pénitence. Il écouta saint Ambroise, célèbre docteur de l'Église, qui le reprenait de sa colère, seul vice d'un si grand prince. Toujours victorieux, jamais il ne fit la guerre que par nécessité. U rendit les peuples heureux, et mourut en paix (395), plus illustre par sa foi que par ses victoires. De son temps, saint Jérôme (386, 387), prêtre retiré dans la sainte grotte de Bethléem, entreprit des travaux immenses pour expliquer l'Écriture, en lut tous les interprètes, déterra toutes les histoires saintes et profanes qui la peuvent éclaircir, et composa, sur l'original hébreu, la version de la Bible que toute l'Église a reçue sous le nom de Yulgate.
L'empire , qui paraissait invincible sous Théodose , changea tout à coup sous ses deux fils. Arcade eut l'Orient, et Honorius l'Occident : tous deux gouvernés par leurs ministres , ils firent servir leur puissance à des intérêts particuliers. Rufin et Eutrope (395), successivement favoris d'Arcade, et aussi méchants l'un que l'autre , périrent bientôt (399), et les affaires n'en allèrent pas mieux sous un prince faible. Sa femme Eudoxe lui fit persécuter saint Jean Chrysostôme (403, 404), patriarche de Gonstantinople, et la lumière de l'Orient. Le pape saint Innocent, et tout l'Occident, soutinrent ce grand évêque contre Théophile, patriarche d'Alexandrie, ministre des violences de l'impératrice. L'Occident était troublé par l'inondation des Barbares (406 et suiv.). Radagaise, Goth et païen, ravagea l'Italie. Les Vandales, nation gothique et arienne, occupèrent une partie de la Gaule , et se répandirent dans l'Espagne. Alaric, roi des Visigoths, peuples ariens, contraignit Honorius à lui abandonner ces grandes provinces déjà occupées par les Vandales, Stilicon , embarrassé de tant de Barbares, les bat, les ménage, s'entend et rompt avec eux, sacrifie tout à son intérêt, et conserve néanmoins l'empire qu'il avait dessein d'usurper. Cependant Arcade mourut (408), et crut l'Orient si dépourvu de bons sujets, qu'il mit son fils Théodose, âgé de huit ans, sous la tutelle
d'Isdegerde, roi de Perse. Mais Palcliérie, sœur du jeune empereur, se trouva capable des grandes affaires. L'empire de Théodose se soutint par la prudence et par la piété de cette princesse. Celui d'Honorius semblait proche de sa ruine. 11 fit mourir Stilicon, et ne sut pas remplir la place d'un si habile ministre. La révolte de Constantin (409), la perte entière de la Gaule et de l'Espagne (410), la prise et le sac de Rome par les armes d'Alaric et des Visigoths, furent la suite de la mort de Stilicon. Ataulphe, plus furieux qu'Alaric, pilla Rome de nouveau, et il ne songeait qu'à abolir le nom romain; mais pour le bon* heur de l'empire, il prit Placidie, sœur de l'empereur. Cette princesse captive, qu'il épousa, l'adoucit. Les Goths traitèrent avec les Romains, et s'étabUrent en Espagne (413), en se réservant dans les Gaules (414, 415) les provinces qui tiraient vers les Pyrénées. Leur roi Vallia conduisit sagement ces grands desseins. L'Espagne montra sa constance, et sa foi ne s'altéra pas sous la domination de ces ariens. Cependant les Rourguignons, peuples germains, occupèrent le voisinage du Rhin, d'où peu à peu ils gagnèrent le pays qui porte encore leur nom. Les Francs ne s'oublièrent pas : résolus de faire de nouveaux efforts pour s'ouvrir les Gaules (420), ils élevèrent à la royauté Pharamond fils de Marcomir ; et la monarchie de France, la plus ancienne et la plus noble de toutes celles qui sont au monde, commença sous lui (423). Le malheureux Honorius mourut sans enfants , et sans pourvoir à l'empire. Théodose nomma empereur son cousin Valentinien III (424), fils de Placidie et de Constance, son second mari, et le mit durant son bas âge sous la tutelle de sa mère, à qui il donna le titre d'impératrice. En ces temps (411, 413), Célestius et Pelage nièrent le péché originel , et la grâce par laquelle nous sommes chrétiens. Malgré leurs dissimulations, les conciles d'Afrique les condamnèrent (416). Les papes saint Innocent et saint Zozime (417), que le pape saint Célestin suivit depuis, autorisèrent la condamnation, et retendirent par tout l'univers. Saint Augustin confondit ces dangereux hérétiques, et éclaira toute l'Église par ses admirables écrits. Le même Père, secondé de saint Prosper son disciple , ferma la bouche aux demi-pélagiens, qui attribuaient le commencement de la justification et dé la foi aux seules forces du libre arbitre. Un siècle si malheureux à l'empire, et où il s'éleva tant d'hérésies, ne laissa pas d'être heureux au christianisme. Nul trouble ne l'ébranla, nulle hérésie ne le corrompit. L'Église, féconde en grands hommes , confondit toutes les erreurs. Après les persécutions , Dieu se plut à faire éclater la gloire de ses martyrs : toutes les histoires et tous les écrits sont pleins des miracles que leur
secours imploré, et leurs tombeaux honorés, opéraient par toule la terre^. Vigilance (406), qui s'opposait à des sentiments si reçus, réfuté par saint Jérôme, demeura sans suite. La foi chrétienne s'affermissait et s'étendait tous les jours. Mais l'empire d'Occident n'en pouvait plus. Attaqué par tant d'ennemis , il fut encore affaibli par les jalousies de ses généraux. Par les artifices d'Aétius, Boniface, comte d'Afrique, devint suspect à Placidie (427). Le comte maltraité fit venir d'Espagne Genséric et les Vandales, que les Goths en chassaient, et se repentit trop tard de les avoir appelés. L'Afrique fut ôtée à l'empire. L'Église souffrit des maux infinis par la violence de ces ariens, et vit couronner une infinité de martyrs. Deux furieuses hérésies s'élevèrent (429) : Nestorius, patriarche de Constantinople, divisa la personne de Jésus-Christ ; et vingt ans après, Eutichès, abbé, en confondit les deux natures. Saint Cyrille (430), patriarche d'Alexandrie, s'opposa à Nestorius, qui fut condamné par le pape saint Célestin. Le concile d'Éphèse (43i) , troisième général, en exécution de cette sentence , déposa Nestorius , et confirma le décret de saint Célestin, que les évéques du concile appellent leur père , dans leur définition 2. La sainte Vierge fut reconnue pour mère de Dieu, et la doctrine de saint Cyrille fut célébrée par toute la terre. Théodose, après quelques embarras, se soumit au concile , et bannit Nestorius. Eutychès, qui ne put combattre cette hérésie qu'en se jetant dans un autre excès, ne fut pas moins fortement rejeté (448). Le pape saint Léon le Grand le condamna et le réfuta tout ensemble par une lettre qui fut révéré» dans tout l'univers. Le concile de Chalcédoine (451), quatrième général, où ce grand pape tenait la première place, autant par sa doctrine que par l'autorité de son siège, anathématisa Eutychès, et Dioscore , patriarche d'Alexandrie, son protecteur. La lettre du concile à saint Léon fait voir que ce pape y présidait par ses légats, comme le chef à! ses membres^. L'empereur Marcien assista lui-même à cette grande assemblée, à l'exemple de Constantin, et en reçut les décisions avec le même respect. Un peu auparavant, Pulchérie l'avait élevé à l'empire en l'épousant. Elle fut reconnue pour impératrice après la mort de son frère , qui n'avait point laissé de fils. Mais il fallait donner un maître à l'empire : la vertu de Marcien lui procura cet honneur. Durant le temps de ces deux conciles, Théodoret, évêque de Cyr, se rendit célèbre, et sa doctrine serait sans tache, si les écrits violents
i. Hier. cont. Vigil., tom. iv, part. 11, col. 282 et seq., Gennaud., de Script., eccl.— 2. Part. II. Conc. Eph. act. i. Sent, depos. Nestor., tom. ni. Conc. Labb. col. S33. — 5. Relat. S. Syn. Chale. ad. Lcon. Cour. part. III ; tom. IV, col. 837
qu'il publia contre saint Cyrille n'avaient eu besoin de trop grands éclaircissements. Il les donna de bonne foi, et fut compté parmi les évêques orthodoxes.
Les Gaules commençaient à reconnaître les Francs. Aétius les avait défendues contre Pharamond et contre Clodion le Chevelu : mais Mérovée fut plus heureux, et y fit uft plus solide établissement, à peu près dans le même temps que les Anglais, peuples saxons, occupèrent la Grande-Bretagne. Ils lui donnèrent leur nom, et y fondèrent plusieurs royaumes. Cependant les Huns, peuples des Palus-Méotides, désolèrent tout l'univers avec une armée immense, sous la conduite d'Attila leur roi, le plus affreux de tous les hommes. Aétius, qui le défit dans les Gaules, ne put l'empêcher de ravager l'Itahe. Les îles de la mer Adriatique servirent de retraite (352) à plusieurs contre sa fureur. Venise s'éleva au milieu des eaux. Le pape saint Léon, plus puissant qu'Aétius et que les armées romaines, se fit respecter par ce roi barbare et païen, et sauva Rome du pillage : mais elle y fut exposée bientôt après, par les débauches de son empereur Valenlinien (454, 455). Maxime, dont il avait violé la femme, trouva le moyen de le perdre, en dissimulant sa douleur, et se faisant un mérite de sa complaisance. Par ses conseils trompeurs, l'aveugle empereur fit mourir Aétius, le seul rempart de l'empire. Maxime, auteur du meurtre, en inspire la vengeance aux amis d'Aétius , et fait tuer l'empereur. Il monte sur le trône par ces degrés, et contraint l'impératrice Eudoxe, fille de Théodose le Jeune, à l'épouser. Pour se tirer de ses mains, elle ne craignit point de se mettre en celles de Genseric. Rome est en proie au Barbare : le seul saint Léon l'empêche d'y mettre tout à feu et à sang : le peuple déchire Maxime, et ne reçoit dans ses maux que cette triste consolation. Tout se brouille en Occident : on y voit plusieurs empereurs s'élever, et tomber presque en même temps. Majorien (456) fut le plus illustre. Avitus (457) soutint mal sa réputation, et se sauva par un évêché. On ne put plus défendre les Gaules contre Mérovée, ni contre Childéric son fils : mais le dernier pensa périr par ses débauches. Si ses sujets le chassèrent (458), un fidèle ami qui lui resta le fit rappeler (465). Sa valeur le fit craindre de ses ennemis, et ses conquêtes s'étendirent bien avant dans les Gaules (474). L'empire d'Orient était paisible sous Léon Thracien, successeur de Marcien (476), et sous Zenon, gendre et successeur de Léon. La révolte de Basihsque (475), bientôt opprimé, ne causa qu'une courte inquiétude à cet empereur; mais l'empire d'occident périt sans ressource. Auguste, qu'on nomme Augustule, fils d'Oreste, fut le dernier empereur re-
connu àRomeij&tinjBQntinent après il fut dépossédé par Odoacre, roi des Héruîes. C'étaient des peuples venus du Pont-Euxin, dont la*domination ne fut pas longue. En Orient, l'empereur Zenon entreprit de se signaler d'une manière inouie. Il fut le premier des empereurs qui se mêla de régler les questions de la foi. Pendant que les demi-eutychiens s'opposaient au concile de Ghalcédoine (482), il publia contre le concile son Hénotique, c'est-à-dire son traité d'union, détesté par les catholiques, et condamné par le pape Félix III (483). Les Hérules furent bientôt chassés deRomeparThéodoric (490,491), roi des Ostrogoths, c'est-à-dire Goths orientaux, qui fonda le royaume d'Italie, et laissa, quoique arien, un assez libre ei^ercice à la religion catholique. L'empereur Anastase la troublait en Orient (492). Il marcha sur les pas de Zenon son prédécesseur, et appuya les hérétiques. Par-là il aliéna les esprits des peuples (493), et ne put jamais les gagner, même en ôtant des impôts fâcheux. L'Italie obéissait à Théodoric. Odoacre, pressé dans Ravenne, tâcha de se sauver par un traité que Théodoric n'observa pas ; et les Hérules furent contraints de tout abandonner. Théodoric, outre l'Italie, tenait encore la Provence. De son temps, saint Benoît, retiré en Italie (494), dans un désert, commençait, dès ses plus tendres années, à pratiquer les saintes maximes dont il composa depuis cette belle règle que tous les moines d'Occident reçurent avec le même respect que les moines d'Orient ont pour celle de saint Basile. Les Romains achevèrentde perdre les Gaules parles victoires de Clovis, fils de Childéric. Il gagna aussi sur les Allemands la bataille de Tolbiac (495), par le vœu qu'il fit d'embrasser la religion chrétienne, à laquelle Clotilde sa femme ne cessait de le porter. Elle était de la maison des rois de Bourgogne, et catholique zélée, encore que sa famille et sa nation fût arienne. Glovis, instruit par saint Vaast, fut baptisé à Reims, avec ses Français, par saint Rémi, évêque de cette ancienne métropole. Seul de tous les princes du monde, il soutint la foi catholique, et mérita le titre de très chrétien à ses successeurs. Par la bataille où il tua de sa propre main Alaric (506), roi des Visigoths, Tolose * et l'Aquitaine furent jointes à son royaume (607). Mais la victoire des Ostrogoths (508) l'empêcha de tout prendre jusqu'aux Pyrénées, et la fin de son règne (510) ternit la gloire des commencements. Ses quatre enfants partagèrent le royaume, et ne cessèrent d'entreprendre les uns sur les autres. Anastase mourut frappé du foudre (5ï8). Justin, de basse naissance, mais habile et très catholique, fut fait empereur par le sénat. 11 se soumit, avec tout son peuple, aux décrets •I. Aujourd'hui Toulouse. (Édit. de Vers.)
du pape saint Hormisdas, et mit fin aux troubles de l'Église d*Onent. De son temps (5"2G), Boëce, homme célèbre par sa doctrine, aussi bien que par sa naissance, et Symmaque son beau-père, tous deux élevés aux charges les plus éminentes, furent inimolés aux jalousies de Théodoric, qui les soupçonna sans sujet de conspirer contre l'état. Le roi, troublé de son crime, crut voir la tête de Symmaque dans un plat qu'on lui servait, et mourut quelque temps après. Amalasonte, sa fille, et mère d'Atalaric, qui devenait roi par la mort de son aïeul, est empêchée par les Goths de faire instruire le jeune prince comme méritait sa naissance ; et, contrainte de l'abandonner aux gens de son âge, elle voit qu'il se perd sans pouvoir y apporter remède. L'année d'après, Justin mourut (527), après avoir associé à l'empire son neveu Justinien, dont le long règne est célèbre par les travaux de Tribonien, compilateur du droit romain, et par les exploits de Bélisaire et de l'eunuque Narsès. Ces deux fameux capitaines réprimèrent les Perses, défirent les Ostrogoths et les Vandales (529, 530, etc.), rendirent à leur maître l'Afrique, l'Italie et Rome (533. 534) ; mais l'empereur, jaloux de leur gloire, sans vouloir prendre part à leurs travaux, les embarrassait toujours plus qu'il ne leur donnait d'^assistance (552, 553). Le royaume de France s'augmentait. Après une longue guerre (532), Childebert et Clotaire, enfants de Clovis, conquirent le royaume de Bourgogne, et en même temps immolèrent à leur ambition les enfants mineurs de leur frère Clodomir, dont ils partagèrent entre eux le royaume. Quelque temps après, et pendant que BéUsaire attaquait si vivement les Ostrogoths, ce qu'ils avaient dans les Gaules fut abandonné aux Français. La France s'étendait alors beaucoup au-delà du Rhin ; mais les partages des princes, qui faisaient autant de royaumes, l'empêchaient d'être réunie sous une même domination. Ses principales parties furent la Neustrie, c'est-à-dire la France occidentale, et l'Austrasie, c'est-à-dire la France orientale.
La même année que Rome fut reprise (553) par Narsès, Justinien fit tenir à Constantinople le cinquième concile général, qui confirma les ' précédents, et condamna quelques écrits favorables à Nestorius. C'est ce qu'on appelait les trois chapitres, à cause des trois auteurs, déjà morts il y avait longtemps, dont il s'agissait alors. On condamna la mémoire et les écrits de Théodore, évêque de Mopsueste ; une lettre d'Ibas, évoque d'Ëdesse; et, parmi les écrits de Théodoret, ceux qu'il avait conîposés contre saint Cyrille. Les livres d'Origène, qui troublaient tout l'Orient depuis un siècle, furent aussi réprouvés. Ce concile, conimencé avec de mauvais desseins, eut uue heureuse conclusion, et fut
reçu du Saint-Siège, qui s'y était opposé d'abord (555). Deux ans après le concile, Narsés, qui avait ôté l'Italie aux Goths, la défendit contre les Français et remporta une pleine victoire sur Bucelin, général des troupes d'Austrasie. Malgré tous ces avantages, l'Italie ne demeura guère aux empereurs. Sous Justin II (568), neveu de Justinien, et après la mort de Narsès, le royaume de Lombardie fut fondé par Alboïn. Il prit Milan et Pavie : Rome et Ravenne se sauvèrent à peine de ses mains ; et les Lombards firent souffrir aux Romains (570, 571) des maux extrêmes. Rome fut mal secourue par ses empereurs (574), que les Avares, nation scythique, les Sarrasins, peuples d'Arabie, et les Perses plus que tous les autres, tourmentaient de tous côtés en Orient. Justin, qui ne croyait que lui-même et ses passions, fut toujours battu par les Perses et par leur roi Chosroès. 11 se troubla de tant de pertes, jusqu'à tomber en frénésie. Sa femme Sophie soutint l'empire. Le malheureux prince revint trop tard à son bon sens, et reconnut en mourant (579) la malice de ses flatteurs. Après lui, Tibère II (580), qu'il avait nommé empereur, réprima les ennemis, soulagea les peuples, et s'enrichit par ses aumônes. Les victoires de Maurice Cappadocien (581), général de ses armées, firent mourir (583) de dépit le superbe Chosroès. Elles furent récompensées de l'empire, que Tibère lui donna en mourant, avec sa fille Constantine. En ce temps, l'ambitieuse Frédégonde, femme du roi Chilpéric le^, mettait toute la France en combustion, et ne cessait d'exciter des guerres cruelles entre les rois français. Au milieu des malheurs de l'Italie, et pendant que Rome était affligée d'une peste épouvantable (590), saint Grégoire le Grand fut élevé, malgré lui, sur le siège de saint Pierre. Ce grand pape apaise la peste par ses prières, instruit les empereurs, et tout ensemble leur fait rendre l'obéissance qui leur est due ; console l'Afrique, et la fortifie ; confirme en Espagne les Visigoths, convertis de l'arianisme, et Recarède le Catholique, qui venait de rentrer au sein de l'Église, convertit l'Angleterre, réforme la discipline dans la France, dont il exalte les rois, toujours orthodoxes, au-dessus de tous les rois de la terre : fléchit les Lombards ; sauve Rome et l'Italie, que les empereurs ne pouvaient aider ; réprime l'orgueil naissant des patriarches de Constantinople ; éclaire toute l'Église par sa doctrine ; gouverne l'Orient et l'Occident avec autant de vigueur que d'humilité, et donne au monde un parfait modèle du gouvernement ecclésiastique. L'histoire de l'Église n'a rien de plus beau que l'entrée du saint moine Augustin (597) dans le royaume de Kent, avec quarante de ses compagnons, qui, précédés de la croix et de l'image du grand roi notre Sel-
gneur Jésus-Christ, faisaient des vœux solennels pour la conversion de l'Angleterre ^ Saint Grégoire, qui les avait envoyés, les instruisait par des lettres véritablement apostoliques, et apprenait à saint Augustin à trembler parmi les miracles continuels que Dieu faisait par son ministère ^ . Berthe, princesse de France, attira au clnistianisme le roi Édhilbert son mari. Les rois de France et la reine Brunehaut protégèrent la nouvelle mission. Les évéques de France entrèrent dans cette bonne œuvre, et ce furent eux qui, par l'ordre du pape, sacrèrent saint Augustin (601). Le renfort que saint Grégoire envoya au nouvel évêque produisit de nouveaux fruits (604), et l'Église anglicane prit sa forme. L'empereur Maurice, ayant éprouvé la fidélité dû saint pontife, se corrigea par ses avis, et reçut de lui cette louange si digne d'un prince chrétien, que la bouche des hérétiques n'osait s'ouvrir de son temps. Un si pieux empereur fit pourtant une grande faute (601). Un nombre infini de Romains périrent entre les mains des Barbares, faute d'être rachetés à un écu par tête. On voit, incontinent après, les remords du bon empereur; la prière qu'il fait à Dieu de le punir en ce monde plutôt qu'en l'autre ; la révolte de Phocas (602), qui égorge à ses yeux toute sa famille; Maurice, tué le dernier, et ne disant autre chose, parmi tous sesjnaux, que ce verset du Psalmiste : « Vous éies « juste, ô Seigneur! et tous vos jugements sont droits 3. » Phocas, élevé à l'empire par une action si détestable, tâcha de gagner les peuples en honorant le Saint-Siège, dont il confirma les privilèges (606). Mais sa sentence était prononcée. Hérachus, proclamé empereur (610) par l'armée d'Afrique, marcha contre lui. Alors Phocas éprouva que souvent les débauches nuisent plus aux princes que les cruautés ; et Photin, dont il avait débauché la femme, le livra à Héraclius, qui le fit tuer. La France vit un peu après une tragédie bien plus étrange. La reine Brunehaut, livrée à Clotaire II (614), fut immolée à l'ambition de ce prince : sa mémoire fut déchirée, et sa vertu, tant louée par le pape saint Grégoire, a peine encore à se défendre.
L'empire cependant était désolé. Le roi de Perse Chosroès II, sous prétexte de venger Maurice, avait entrepris de perdre Phocas. 11 poussa ses conquêtes sous Héraclius. On vit l'empereur battu (620, 621, 622), et la vraie croix enlevée par les Infidèles ; puis, par un retour admi-»rable (623, 625, 626), Héraclius cinq fois vainqueur, la Perse pénétrée par les Romains, Chosroès tué par son fils, et la sainte croix reconquise. Pendant que la puissance des Perses était si bien réprimée,
^. Beda. Hist. angl., lib. i, cap. 23. — 2. Gregor., lib. ix, episte. Lvni; nunc lib. XI, ind. 4, epist. xxvni; tom. u, col. 4 HO. — 3. Psal. cxvin, 137.
un plus grand mal s'éleva contre l'empire et contre toute la cbrétienlé : Mahomet s'érigea en prophète parmi les Sarrasins (G-22) ; il fut chassé de la Mecque par les siens. A sa fuite commence la fameuse hégire , d'où les mahométans comptent leurs années. Le faux prophète donna ses victoires pour toute marque de sa mission. Il soumit en neuf ans toute l'Arahie , de gré ou de force, et jeta les fondements de l'empire des cahfes. A ces maux se joignit l'hérésie des monothélites ( G29 ) , qui , par une bizarrerie presque Inconcevable, en reconnaissant deux natures en notre Seigneur, n'y voulaient connaître qu'une seule volonté. L'homme, selon eux, n'y voulait ri^n, et il n'y avait en Jésus-Christ que la seule volonté du Verbe. Ces hérétiques cachaient leur venin sous des paroles ambiguës : un faux amour de la paix leur fit proposer qu'on ne parlât ni d'une ni de deux volontés (633j, Ils imposèrent par ces artifices au pape Honorius Ie''(G39), qui entra avec eux dans un dangereux ménagement, et consentit au silence, où le mensonge et la vérité furent également supprimés. Pour comble de malheurs , quelque temps après, l'empereur Héraclius entreprit de décider la question de son autorité, et proposa son Écthèse, ou Exposition, favorable aux monothélites; mais les artifices des hérétiques furent enfin découverts (640j. Le pape Jean IV condamna l'Ecthèse (648). Constant, pelit-fils d'Héraclius, soutint l'édit de son aïeul (G49), par le sien, appelé Type. Le Saint-Siège et le pape Théodore s'opposent à cette entreprise : le pape saint Martin I^^ assemble le concile de Latran, où il anathématise le Type et les chefs des monothélites. Saint Maxime, célèbre par tout l'Orient pour sa piété et pour sa doctrine*, quitte la cour , infectée de la nouvelle hérésie , reprend ouvertement les enlpereurs qui avaient osé prononcer sur les questions de la foi, et souifre des maux infinis pour la religion catholique. Le pape, traîné d'exil en exil (650), et toujours durement traité par l'empereur, meurt enfin (654) parmi les souffrances sans se plaindre, ni se relâcher de ce qu'il doit à son ministère. Cependant la nouvelle Eghse anglicane, forlifiée par les soins des papes Boniface V et Honorius, se rendait illustre par toute la terre. Les miracles y abondaient avec les vertus, comme dans les temps des apôtres ; et il n'y avait rien de plus éclatant que ^a siiinteté de ses rois (627). Edwin embrassa, avec tout son peuple, la foi qui lui avait donné la victoire sur ses ennemis, et convertit ses voisins. Oswalde servit d'interprète (634) aux prédicateurs de l'Évangile, et, renommé par ses conquêtes, il leur préféra la gloire d'être chrétien. Les Nerciens furent convertis (635) par le roi de Northumberland
Oswn : leurs voisins et leurs successeurs suivirent leuis pas, et leurs bonnes œuvres furent immenses. Tout périssait en Orient. Pendant que les empereurs se consument dans des disputes de religion (G34, 635), et inventent des hérésies, les Sarrasins pénètrent l'empire j ils occupent la Syrie et la Palestine (636), la sainte cité leur est assujettie (637) ; la Perse leur est ouverte par ses divisions, et ils prennent ce grand royaume sans résistance (647). Ils entrent en Afrique, en état d'en faire bientôt une de leurs provinces : l'ile de Chypre leur obéit (048), et ils joignent, en moins de trente ans, toutes ces conquêtes à celles de Mahomet. L'Italie, toujours malheureuse et abandonnée, gémissait sous les armes des Lombards. Constant désespéra de les chasser, et se résolut à ravager ce qu'il ne put défendre. Plus cruel que les Lombards mêmes, il ne vint à Rome que pour en piller les trésors (663); les églises ne s'en sauvèrent pas : il ruina la Sardaigne et la Sicile, et, devenu odieux à tout le monde, il périt de la main des siens (668). Sous son fils Constantin Pogonat, c'est-à-dire le Barbu, les" Sarrasins s'emparèrent de la Cilicie et de la Lycie (671). Constantinople assiégée ne fut sauvée que par un miracle (672). Les Bulgares, peuples venus de l'embouchure du Volga, se joignirent à tant d'ennemis. (678) dont l'empire était accablé, et occupèrent cette partie de la Thrace appelée depuis Bulgarie, qui était l'ancienne Mysie. L'Eglise anglicane enfantait de nouvelles églises, et saint Wilfrid, évêque d'ïork, chassé de son siège, convertit la Frise. Toute l'Eglise reçut une nouvelle lumière par le concile de Constantinople (680), sixième général, où le pape saint Agathon présida par ses légats, et exphqua la foi catholique par une lettre admirable. Le concile frappa d'anaîhème un évêque célèbre par sa doctrine, un patriarche d'Alexandrie, quatre patriarches de Constantinople, c'est-à-dire tous les auteurs de la secte des monothélites, sans épargner le pape Honorius, qui les avait ménagés. Après la mort d' Agathon, qui arriva durant le concile, le pape saint Léon II en confirma les décisions, et en reçut tous les analhèmes. Constantin Pogonat, imitateur du grand Constantin et de Marcian, entra au concile à leur exemple; et comme il y rendit les mêmes soumissions, il y fut honoré des mêmes titres d'orthodoxe, de religieux, de pacifique empereur, et de restaurateur de la rehgion. Son fils Justinien II lui succéda (685), encore enfant. De son temps (686), la foi s'étendait et éclatait vers le Nord. Saint Kilien, envoyé par le pape Conon, prêcha l'Évangile dans la Franconie. Du temps du pape Serge (689), Ceadual, un des rois d'Angleterre, vint reconnaître en personne l'Eglise romaine, d'où la foi avait passé en son île ; et,
SUK L'HISTOIRE UNIVERSELLE. 81
après avoir reçu le baptême par les mains du pape, il mourut selon qu'il l'avait lui-même désiré.
La maison de Ciovis était tombée dans une faiblesse déplorable : de fréquentes minorités avaient donné occasion de jeter les princes dans une mollesse dont ils ne sortaient point, étant majeurs. De là sort une longue suite de rois fainéants, qui n'avaient que le nom de roi, et laissaient tout le pouvoir aux maires du palais (693). Sous ce titre. Pépin Héristel gouverna tout, et éleva sa maison à de plus hautes espérances (695). Par son autorité, et après le martyre de saint Vigbert, la foi s'établit dans la Frise, que la France venait d'ajouter à ses conquêtes. Saint Swibert, saint Willebrod, et d'autres hommes apostoliques, répandirent l'Evangile dans les provinces voisines. Cependant la minorité de Justinien s'était heureusement passée : les victoires de Léonce avaient abattu les Sarrasins, et rétabli la gloire de l'empire en Orient. Mais ce vaillant capitaine, arrêté injustement (694), et relâché mal à propos, coupa le nez à son maître, et le chassa (796). Ce rebelle souffrit un pareil traitement de Tibère, nommé Absimare, qui lui-même ne dura guère. Justinien rétabli (702) fut ingrat envers ses amis, et, en se vengeant de ses ennemis, il s'en lit de plus redoutables, qui le tuèrent (711). Les images de Philippique, son successeur, ne furent pas reçues dans Rome, à cause qu'il favorisait les monothélites et se déclarait ennemi du concile sixième. On élut à Constantinople Anastase II (713), prince catholique, et on creva les yeux à Philippique. En ce temps, les débauches du roi Roderic ou Rodrigue firent livrer l'Espagne aux Maures ; c'est ainsi qu'on appelait les Sarrasins d'Afrique. Le comte Julien, pour venger sa fille, dont Roderic abusait, appela ces Infidèles. Ils viennent avec des troupes immenses : ce roi périt ; l'Espagne est soumise, et l'empire des Goths y est éteint. L'Eglise d'Espagne fut mise alors à une nouvelle épreuve ; mais comme elle s'était conservée sous les ariens, les mahométans ne purent l'abattre. Us la laissèrent d'abord avec assez de liberté j mais, dans les siècles suivants, il fallut soutenir de grands combats ; et la chasteté eut ses martyrs, aussi bien que la foi, sous la tyrannie d'une nation aussi brutale qu'infidèle. L'empereur Anastase ne dura guère. L'armée força Théodose III à prendre la pourpre (715). Il fallut combattre : le nouvel empereur gagna la bataille, et Anastase fut mis dans un monastère. Les Maures, maîtres de l'Espagne, espéraient s'étendre bien au-delà des Pyrénées j mais Charles Martel, destiné à les réprimer, s'était élevé en France, et avait succédé, quoique bâtard, au pouvoir de son père Pej?in Héristel,
qui laissa l'Austrasie à sa maison comme une espèce de principauté souveraine, et le commandement en Neustrie par la charge de i^aire du palais. Charles réunit tout par sa valeur (716). Les affaires d'Orient étaient brouillées. Léon Isaurien, préfet d'Orient, ne reconnut pas Théodose, qui quitta sans répugnance l'empire, qu'il n'avait accepté que par force ; et, retiré à Ephèse, ne s'occupa plus que des véritables grandeurs. Les Sarrasins reçurent de grands coups durant l'empire de Léon. Ils levèrent honteusement le siège de Constantinople (718). Pelage, qui- se cantonna dans les montagnes d'Asturie (719) avec ce qu'il y avait de plus résolu parmi les Goths, après une victoire signalée, opposa à ces Infidèles un nouveau royaume, par lequel ils devaient un jour être chassés de l'Espagne. Malgré les efforts et l'armée immense d'Abdérame leur général, Charles Martel gagna sur eux la fameuse bataille de Tours (725). Il y périt un nombre infini de ces Infidèles, et Abdérame lui-même y demeura sur la place. Cette victoire fut suivie d'autres avantages, par lesquels Charles arrêta les Maures, et étendit le royaume jusqu'aux Pyrénées. Alors les Gaules n'eurent presque rien qui n'obéît aux Français, et tous reconnaissaient Charles Martel. Puissant en paix, en guerre, et maître absolu du royaume, il régna sous plusieurs rois, qu'il fit et défit à sa fantaisie, sans oser prendre ce grand titre. La jalousie des seigneurs français voulait être ainsi trompée.
La religion s'établissait en Allemagne (723). Le prêtre saint Boniface convertit ces peuples, et en fut fait évêque parle pape Grégoire II , qui l'y avait envoyé. L'empire était alors assez paisible ; mais Léon y mit le trouble pour longtemps. 11 entreprit de renverser (726), comme des idoles , les images de Jésus-Christ et de ses saints. Comme il ne put attirer à ses sentiments saint Germain, patriarche de Constantinople, il agit de son autorité , et , après une ordonnance du sénat, on lui vit d'abord briser une image de Jésus- Christ, qui était posée sur la grande porte de l'église de Constantinople. Ce fut par là que commencèrent les violences des iconoclastes, c'est-à-dire des brise-images. Les autres images que les empereurs, les évêques et tous les fidèles avaient érigées depuis la paix de l'ÉgUse dans les lieux publics et particuliers, furent aussi abattues. A ce spectacle , le peuple s'émut. Les statues de l'empereur furent renversées en divers endroits. Il se crut outragé en sa personne : on lui reprocha un semblable outrage qu'il faisait à Jésus - Christ et à ses saints, et que, de son aveu propre, l'injure faite à l'image retombait sur l'original. L'Italie passa encore plus avant : l'impiété de l'empereur
fut cause qu'on lui refusa les tributs ordinaires. Luitprand , roi des Lombards, se servit du même prétexte pour prendre Ravenne , résidence des exarques. On nommait ainsi les gouverneurs que les empereurs envoyaient en Italie. Le pape Grégoire II s'opposa au renversement des images, mais en même temps il s'opposait aux ennemis de l'empire, et tâchait de retenir les peuples dans l'obéissance. La paix se fit avec les Lombards (730), et l'empereur exécuta son décret contre les images plus violemment que jamais. Mais le célèbre Jean de Damas lui déclara qu'en matière de religion il ne connaissait de décrets que ceux de l'Église, et souffrit beaucoup. L'empereur chassa de son siège le patriarche saint Germain, qui mourut en exil, âgé de quatre-vingtdix ans. Un peu après, les Lombards reprirent les armes (739, 740), et, dans les maux qu'ils faisaient souffrir au peuple romain, ils ne furent retenus que par l'autorité de Charles Martel, dont le pape Grégoire 11 avait imploré l'assistance. Le nouveau royaume d'Espagne, qu'on appelait dans ces premiers temj)s le royaume d'Oviède, s'augmentait par les victoires et par la conduite d'Alphonse, gendre de Pelage, qui, à l'exemple de Recarède, dont il était descendu, prit le nom de Catholique. Léon mourut (741) , et laissa l'empire , aussi bien que l'Église, dans une grande agitation. Arlabaze, préteur d'Arménie, se lit proclamer empereur, au lieu de Constantin Copronyme, fils de Léon, et rétabht les images. Après la mort de Charles Martel, Luitprand menaça Rome de nouveau : l'exarchat de Ravenne fut en péril, et l'Italie dut son salut à la prudence du pape saint Zacharie(742). Constantin, embarrassé dans l'Orient, ne songeait qu'à s'établir (743) ; il battit Artabaze, prit Constantinople, et la remplit de supplices. Les deux enfants de Charles Martel, Carloman et Pépin, avaient succédé à la puissance de leur père (747) : mais Carloman dégoûté du siècle au milieu de sa grandeur et de ses victoires, embrassa la vie monastique. Par ce moyen, son frère Pépin réunit en sa personne toute la puissance. 11 sut la soutenir par un grand mérite, et prit le dessein de s'élever à la royauté. Childéric, le plus misérable de tous les princes, lui en ouvrit le chemin (752), et joignit à la qualité de fainéant celle d'insensé. Les Français, dégoûtés de leurs fainéants, et accoutumés depuis tant de temps à la maison de Charles Martel, féconde en grands hommes, n'étaient plus embarrassés que du serment qu'ils avaient prêté à Childéric. Sur la réponse du pape Zacharie, ils se crurent libres, et d'autant plus dégagés du serment qu'ils avaient prêté à leur roi, que lui et ses»devanciers semblaient, depuis cent ans, avoir renoncé au droit qu'ils avaient de leur commander, en laissant attacher tout le pouvoir à la charge de
8i DISCOURS
maire du palais. Ainsi Pépin fut mis sm' le trône, et le nom de roi fut réuni avec l'autorité. Le pape Etienne 111 (7 53) trouva dans le nouveau roi le même zèle que Charles Martel avait eu pour le Saint-Siège contre les Lombards. Après avoir vainement imploré le secours de l'empereur, il se jeta entre les bras des Français. Le roi le reçut en France avec respect (7 54), et voulut être sacré et couronné de sa main. En même temps il passa les Alpes, délivra Rome et l'exarchat de Ravenne, et réduisit Astolphe, roi des Lombards, à une paix équitable. Cependant l'empereur faisait la guerre aux images. Pour s'appuyer de l'autorité ecclésiastique, il assembla un nombreux concile à Constanlinople. On n'y Yit pourtant point paraître, selon la coutume, ni les légats du Saint- Siège, ni les évéques ouïes légats des autres sièges patriarcaux ^ Dans ce concile, non seulement on condamna comme idolâtrie tout l'honneur rendu aux images en mémoire des originaux, mais encore on y condamna la peinture et la sculpture comme des arts détestables 2. C'était l'opinion des Sarrasins dont on disait que Léon avait suivi les conseils quand il renversa les images. 11 ne parut pourtant rien contre les reliques. Le concile de Copronynie ne défendit pas de les honorer, et il frappa d'anathème ceux qui refusaient d'avoir recours aux prières de la sainte Vierge et des saints ^. Les Catholiques, persécutés pour l'honneur qu'ils rendaient aux images, répondaient à l'empereur qu'ils aimaient mieux endurer toute sorte d'extrémités, que de ne pas honorer Jésus-Christ jusque dans son ombre. Cependant Pépin repassa les Alpes (755), et châtia l'infidèle Astolphe qui refusait d'exécuter le traité de paix. L'église romaine ne reçut jamais un plus beau don que celui que lui fit alors ce pieux prince. Il lui donna les villes reconquises sur les Lombards, et se moqua de Copronyme qui les redemandait, lui qui n'avait pu les défendre. Depuis ce temps, les empereurs furent peu reconnus dans Rome : ils y devinrent méprisables par leur faiblesse, et odieux par leurs erreurs. Pépin y fut regardé comme protecteur du peuple romain et de l'église romaine. Cette qualité devient comme héréditaire à sa maison et aux rois de France. Charlemagne, fils de Pépin, la soutint avec autant de courage que de piété (772). Le pape Adrien eut recours à lui contre Didier, roi des Lombards, qui avait pris plusieurs villes, et menaçait toute l'Italie. Charlemagne passa les Alpes. Tout fléchit : Didier fut livré (773) : les rois lombards, ennemis de Rome et des papes, furent détruits (774) :
4. Co7}. Nie. II, act. VI ; tom. vn. Concil. col. 59b. — 2. Ibid. Defin. Pseudo- $yn. C. P. col 158. b06. — 5. Ibid. Pseudo-syn. C. P. Can. x et xi ; col. 523,
SUR L'HISTOIRK UNIVERSELLE. 85
Charlemagne se fit couronner roi d'Italie, et prit le titre de roi des Français et des Lombards. En même temps il exerça dans Rome même l'autorité souveraine, en qualité de patrice, et confirma au Saint-Siège les donations du roi son père. Les empereurs avaient peine à résister aux Bulgares, et soutenaient vainement contre Charlemagne les Lombards dépossédés. La querelle des images durait toujours. Léon IV, fils de Copronyme, semblait d'abord s'être adouci; mais il renouvela la persécution aussitôt qu'il se crut le maître. Il mourut bientôt. Son fils Constantin, âgé de dix ans, lui succéda (780), et régna sous la tutelle de l'impératrice Irène sa mère (784). Alors les choses commencèrent à changer de face. Paul, patriarche de Gonstantinople, déclara, sur la fin de sa vie, qu'il avait combattu les images contre sa conscience, et se retira dans un monastère où il déplora, en présence de l'impératrice, le malheur de l'église de Gonstantinople séparée des quatre sièges patriarcaux, et lui proposa la célébration d'un concile universel comme l'unique remède d'un si grand mal. Taraise, son successeur, soutint que la question n'avait pas été jugée dans l'ordre, parce qu'on avait commencé par une ordonnance de l'empereur, qu'un concile tenu contre les formes avait suivi ; au lieu qu'en matière de religion, c'est au concile à commencer, et aux empereurs à appuyer le jugement de fÉglise. Fondé sur cette raison, il n'accepta le patriarcat qu'à condition qu'on tiendrait le concile universel (787) : il fut commencé à Gonstantinople, et continué à Nicée. Le pape y envoya ses légats : le concile des iconoclastes fut condamné : ils sont détestés comme gens qui, à l'exemple des Sarrasins, accusaient les chrétiens d'idolâtrie. On décida que les images seraient honorées en mémoire et pour l'amour des originaux ; ce qui s'appelle, dans le concile, culte relatif, adoration et salutation honoraire, qu'on oppose au culte suprême et à l'adoration de latrie, ou d'entière sujétion, que le concile réserve à Dieu seul i. Outre les légats du Saint-Siège, et la présence du patriarche de Gonstantinople, il y parut des légats des autres sièges patriarcaux opprimés alors par les infidèles. Quelques-uns leur ont contesté leur mission : mais ce qui n'est pas contesté, c'est que, loin de les désavouer, tous ces sièges ont accepté le concile sans qu'il y paraisse de contradiction, et il a été reçu par toute l'Église. Les Français, environnés d'idolâtres ou de nouveaux chrétiens dont ils craignaient de brouiller les idées, et d'ailleurs embarrassés du terme équivoque d'adoration, hésitèrent longtemps. Parmi toutes les images, ils ne voulaient rendre d'honneur qu'à celle de la croix* absolument dif- ^. Conc. Nie. IL act. vi ; tom. vu, Concil, col. 39S.
férente des figures, que les païens croyaient pleines de divinité. Ils conservèrent pourtant en lieu honorable, et même dans les églises, les autres images, et détestèrent les iconoclastes. Ce qui resta de diversité ne fit aucun schisme. Les Français connurent enfin que les Pères de Nicée ne demandaient pour les images que le même genre de culte, toutes proportions gardées, qu'ils rendaient eux-mêmes aux reliques, aux livres de l'Évangile, et à la croix, et ce concile fut honoré par toute la chrétienté sous le nom de septième concile général.
Ainsi nous avons vu les sept conciles généraux que l'Orient et l'Occident, l'Église grecque et l'Église latine reçoivent avec une égale révérence. Les empereurs convoquaient ces grandes assemblées par l'autorité souveraine qu'ils avaient sur tous les évêques, ou du moins sur les principaux, d'où dépendaient tous les autres, et qui étaient alors sujets de l'empire. Les voitures publiques leur étaient fournies par l'ordre des princes. Ils assemblaient des conciles en Orient, où ils faisaient leur résidence, et y envoyaient ordinairement des commissaires pour maintenir l'ordre. Les évêques ainsi assemblés portaient avec eux l'autorité du Saint-Esprit, et la tradition des églises. Dès l'origine du christianisme, il y avait trois sièges principaux, qui précédaient tous les autres : celui de Rome, celui d'Alexandrie, et celui d'Antioche. Le concile de Nicée avait approuvé que l'évêque de la cité sainte eût le même rang i. Le second et le quatrième concile élevèrent le siège de Constantinople, et voulurent qu'il fût le second 2. Ainsi il se fit cinq sièges, que dans la suite des temps on appela patriarcaux. La préséance leur était donnée dans le concile. Entre ces sièges, le siège de Rome était toujours regardé comme le premier, et le concile de Nicée régla les autres sur celui-là 2. H y avait aussi des évêques métropolitains qui étaient les chefs des provinces, et qui précédaient les autres évêques. On commença assez tard à les appeler archevêques ; mais leur autorité n'en était pas moins reconnue. Quand le concile était formé, on proposait l'Écriture sainte ; on lisait les passages des anciens Pères témoins de la tradition : c'était la tradition qui interprétait l'Écriture : on croyait que son vrai sens était celui dont les siècles passés étaient convenus, et nul ne croyait avoir droit de l'expliquer autrement. Ceux qui refusaient de se ' soumettre aux décisions du concile étaient frappés d'anathème. Après avoir expliqué la foi, on réglait la discipline ecclésiastique, et on dressait les canons, c'est-à-dire les rècles de l'Église. On croyait que la foi ne changeait jamais, et qu'en-
*1. Conc. C. P. 4. Can. m ; ibtd. col. 948. Conc. Chalced. Can. xxvni; tom. i, col. 709. — 2. Conc. Nie. Can. vi; ubi sup.
core que la discipline pût recevoir divers changements, selon les temps et les lieux, il fallait tendre, autant qu'on pouvait, à une parfaite imitation de l'antiquité. Au reste, les papes n'assistèrent que par leurs légats aux premiers conciles généraux ; mais ils en approuvèrent expressément la doctrine, et il n'y eut dans l'Église qu'une seule foi.
(787) Constantin et Irène firent religieusement exécuter les décrets du septième concile : mais le reste de leur conduite ne se soutint pas. Le jeune prince, à qui sa mère fit épouser une femme qu'il n'aimait point, s'emportait à des amours déshonnétes ; et, las d'obéir aveuglément à une mère si impérieuse, il tâchait de l'éloigner des affaires, où elle se maintenait malgré lui. Alphonse le Chaste régnait en Espagne (793). La continence perpétuelle que garda ce prince lui mérita ce beau litre, et le rendit digne d'aifranchir l'Espagne de l'infâme tribut de cent filles que son oncle Mauregat avait accordé aux Maures. Soixante et dix mille de ces infidèles tués dans une bataille, avec Mugait leur général, firent voir la valeur d'Alphonse. Constantin tâchait aussi de se signaler contre les Bulgares ; mais les succès ne répondaient pas à son attente. Il détruisit à la fin tout le pouvoir d'Irène (795) ; et, incapable de se gouverner lui-même autant que de souffrir l'empire d' autrui, il répudia sa femme Marie, pour épouser Théodote, qui était à elle. Sa mère irritée fomenta les troubles que causa un si grand scandale (796). Constantin périt par ses artifices. Elle gagna le peuple en modérant les impôts, et mit dans ses intérêts les moines avec le clergé par une piété apparente. Enfin elle fut reconnue seule impératrice. Les Romains méprisèrent ce gouvernement, et se tournèrent à Charlemagne, qui subjuguait les Saxons, réprimait les Sarrasins, détruisait les hérésies, protégeait les papes, attirait au christianisme les nations infidèles, rétablissait les sciences et la discipline ecclésiastique, assemblait de fameux conciles où sa profonde doctrine était admirée, et faisait ressentir, non seulement à la France et à l'Italie, mais encore à l'Espagne, à l'Angleterre, à la Germanie, et partout, les effets de sa piété et de sa justice.