‹ Chefs-d'uvre de BossuetChapitre 18 sur 102 · TertnU. tidv. .lud,. ca\) 7. Apnlog., cap. SîT · texte numérisé non relu

TertnU. tidv. .lud,. ca\) 7. Apnlog., cap. SîT

calomnies dont on chargeait le christianisme, fit mourir saint Justin le philosophe (163), et l'apologiste de la religion chrétienne (167). Saint Polycarpe, évêque de Smyrne, disciple de saint Jean, à l'âge de quatre-vingts ans, fut condamné au feu sous le même prince. Les saints martyrs de Lyon et de Vienne (177) endurent des supplices inouïs, à l'exemple de saint Photin^ leur évêque, âgé de quatre-vingtdix ans. L'Eglise gallicane remplit tout l'univers de sa gloire. Saint Irénée (202), disciple de saint Polycarpe, et successeur de saint Photin, imita son prédécesseur, et mourut martyr sous Sévère, avec un grand nombre de fidèles de son église. Quelquefois la persécution se ralentissait. Dans une extrême disette d'eau, que Marc-Aurèle souffrit en Germanie (174), une légion chrétienne obtint une pluie capable d'étancher la soif de l'armée, et accompagnée de coups, de foudre qui épouvantèrent ses ennemis. Le nom de Foudroyante fut donné ou confirmé à la légion par ce miracle. L'empereur en fut touché, et écrivit au sénat en faveur des chrétiens. A la fin, ses devins lui persuadèrent d'attribuer à ses dieux et à ses prières un miracle que les païens ne s'avisaient pas seulement de souhaiter. D'autres causes suspendaient ou adoucissaient quelquefois la persécution pour un peu de temps : mais la superstition, vice que Marc-Aurèle ne put éviter, la haine publique, et les calomnies qu'on imposait aux chrétiens, prévalaient bientôt. La fureur des païens se rallumait, et tout l'empire ruisselait du sang des martyrs. La doctrine accompagnait les souffrances. Sous Sévère (215), et un peu après, Tertullien, prêtre de Carthage, éclaira l'Eglise par ses écrits, la défendit par une admirable Apologétique, et la quitta enfin aveuglé par une orgueilleuse sévérité, et séduit par les visions du faux prophète Montanus. A peu près dans le même temps, le saint prêtre Clément Alexandrin déterra les antiquités du paganisme pour le confondre. Origène, fils du saint martyr Léonide, se rendit célèbre par toute l'Eglise dès sa première jeunesse,et enseigna de grandes vérités, qu'il mêlait de beaucoup d'erreurs. Le philosophe Ammonius fit servir à la religion la phil osophie platonicienne, et s'attira le respect même des païens. Cependant les valentiniens, les gnostiques, et d'autres sectes impies, combattaient l'Evangile par de fausses traditions : saint Irénée leur opposa la tradition et l'autorité des égUses apostohques, surtout de celle de Rome, fondée par les apôtres saint Pierre et saint Paul, et la principale de toutes^. TertulUen fait la même chose^. L'Eglise n'est ébranlée ni par les hé-

-I. Ou Pothin. — 2, Iren. adv. Hser. lih. ni, cap. ^, 2, 5. ■— 5. De Pi sec. adv. Hcei-. crtp. ô6.

résies, ni par les schismes, ni par la chute de ses docteurs les plus illuslres. La sainteté de ses mœurs est si éclatante, qu'elle lui attire les louanges de ses ennemis.

Les affaires de l'empire se brouillaient d'une terrible manière. Après la mort d'Alexandre (235) , le tyran Maximin, qui l'avait tué, se rendit le maître, quoique de race gothique. Le sénat lui opposa quatre empereurs, qui périrent tous en moins de deux ans. Parmi eux étaient les deux Gordien père et fils (236 — 237), chéris du peuple romain. Le jeune Gordien, leur fils (238), quoique dans une extrême jeunesse il montrât une sagesse consommée, défendit à peine contre les Perses l'empire affaibli par tant de divisions. Il avait repris sur eux beaucoup de places importantes (242). Mais Philippe, Arabe, tua un si bon prince (244) ; et, de peur d'être accablé par deux empereurs, que le sénat élut l'un après l'autre, il fit une paix honteuse avec Sapor, roi de Perse (245). C'est le premier des Romains qui ait abandonné par traité quelques terres de l'empire. On dit qu'il embrassa la religion chrétienne dans un temps où tout à coup il parut meilleur ; et il est vrai qu'il fut favorable aux chrétiens. En haine de cet empereur, Dèce, qui le tua (249), renouvela la persécution avec plus de violence que jamais^. L'Eghse s'étendit de tous côtés, principalement dans les Gaules^ ; et l'empire perdit bientôt Dèce, qui le défendait vigoureusement. Gallus et Volusien passèrent bien vite (251). Emilien ne fit qu'apparaître : la souveraine puissance fut donnée à Valérien (254), et ce vénérable vieillard y monta par toutes les dignités. Il ne fut cruel qu'aux chrétiens. Sous lui le pape Saint-Etienne (257), et saint Cyprien, évêque de Carthage (258), malgré toutes leurs. disputes, qui n'avaient point rompu la communion (256), reçurent tous deux la même couronne. L'erreur de saint Cyprien, qui rejetait le baptême donné par les hérétiques, ne nuisit ni à lui ni à l'Eglise ; la tradition du Saint-Siège se soutint, par sa propre force, contre les spécieux raisonnements et contre l'autorité d'un si grand homme, encore que de si grands hommes défendissent la même doctrine^ Une autre dispute fit plus de mal. Sabellius confondit ensemble les trois personnes divines (257), et ne connut en Dieu qu'une seule personne sous trois noms. Cette nouveauté étonna l'Eglise ; et saint Denis, évêque d'Alexandrie, découvrit au pape Sixte II les erreurs de cet hérésiarque^. Ce saint pape suivit de près au martyre saint Etienne - son prédécesseur : il eut la tête tranchée, et laissa un plus grand

1. Euseh. Hist. eccl., lib. vi, cap. 59. — 2. Greg. Tur. Hist. Franc, lib.it cap. 28. — 5. Eimb. Hist. eccl., lib. vn, cap. C.

SUR L'HISTOIKE UNIVERSELLE. 63

combat à soutenir à son diacre saint Laurent. C'est alors qu'on voit commencer l'inondation des Barbares. Les Bourguignons et d'autres peuples germains, les Goths (258, 259, 260), autrefois appelés les Gètes, et d'autres peuples qui habitaient vers le Pont-Euxin et audelà du Danube, entrèrent dans l'Europe : l'Orient fut envahi par les Scythes asiatiques^ et par les Perses. Ceux-ci défirent Valérien, qu'ils prirent ensuite par une infidélité ; et après lui avoir laissé achever sa vie dans un pénible esclavage, ils l'écorchèrent, pour faire servir sa peau déchirée de monument à leur victoire (261). Gallien, son fils et son collègue, acheva de tout perdre par sa mollesse. Trente tyrans partagèrent l'empire (264). Odonat, roi de Palmyre, ville ancienne, dont Salomon est le fondateur, fut le plus illustre de tous : il sauva les provinces d'Orient des mains des Barbares, et s'y fit reconnaître. Sa femme Zénobie marchait avec lui à la tête des armées, qu'elle commanda seule après sa mort, et se rendit célèbre par toute la terre pour avoir joint la chasteté avec la beauté, et le savoir avec la valeur. Claudius II, et Aurélien après lui (268), rétablirent les affaires die l'empire. Pendant qu'ils abattaient les Goths (270) avec les Germains par des victoires signalées, Zénobie conservait à ses enfants les conquêtes de leur père. Cette princesse penchait au judaïsme. Pour l'attirer, Paul de Samosate, évêque d'Antioche, homme vain et inquiet, enseigna son opinion judaïque sur la personne de Jésus- Christ, qu'il ne faisait qu'un pur hommei. Après une longue dissimulation d'une si nouvelle doctrine, il fut convaincu et condamné au concile d'Antioche. La reine Zénobie soutint la guerre contre Aurélien (273), qui ne dédaigna pas de triompher d'une femme si célèbre (274). Parmi de perpétuels combats, il sut faire garder aux gens de guerre la discipline romaine, et montra qu'en suivant les anciens ordres et l'ancienne frugalité, on pouvait faire agir de grandes armées au dedans et au dehors, sans être à charge à l'empire. Les Francs commençaient alors à se faire craindre^. C'était une ligue de peuples germains , qui habitaient le long du Rhin. Le nom montre qu'ils étaient unis par l'amour de la lil^erté. Aurélien les avait battus étant particulier, et les tint en crainte étant empereur. Un tel prince se fit haïr par ses actions sanguinaires. Sa colère trop redoutée lui donna la mort (275). Ceux qui se croyaient en péril le prévinrent, et

i. Euseh. Hist. eccl., lib. \n, cap. 27, et seq. Âthan. de Synod. n. 20, 45; tom. I, p. 739, 7b7, etc. Theodor. Hser. Fab., lib. u, cap. 8. Niceph. Mb. vr, cap. 27. -- 2. Hist. Ang., Aurel, cap. 7. Flor., cap. 2, Prob., cap, n, ^2. Firm., etc. cap. 43.

son secrétaire menacé se mit à la tête de la conjuration. L'armée, qui le vit périr par la conspiration de tant de chefs, refusa d'élire un empereur, de peur de mettre sur le trône un des assassins d'Aurélien ; et le sénat, rétabli dans son ancien droit, élut Tacite. Ce nouveau prince était vénérable par son âge et par sa vertu ; mais il devint odieux par les violences d'un parent à qui il donna le commandement de l'armée, et périt avec lui, dans une sédition, le sixième mois de son règne (276). Ainsi son élévation ne fit que précipiter le cours de sa vie. Son frère Florian prétendit l'empire par droit de succession, comme le plus proche héritier. Ce droit ne fut pas reconnu : Florian fut tué, et Probus forcé par les soldats à recevoir l'empire, encore qu'il les menaçât de les faire vivre dans l'ordre. Tout fléchit sous un si grand capitaine : les Germains et les Francs, qui voulaient entrer dans les Gaules (277), furent repoussés (278) ; et en Orient , aussi bien qu'en Occident, tous les Barbares respectèrent les armes romaines (380). Un guerrier si redoutable aspirait à la paix, et fit espérer à l'empire de n'avoir plus besoin de gens de guerre (282). •L'armée se vengea de cette parole, et de la règle sévère que son empereur lui faisait garder. Un moment après, étonnée de la violence qu'elle exerça sur un si grand prince, elle honora sa mémoire, et lui donna pour successeur Carus, qui n'était pas moins zélé que lui pour la disciphne. Ce vaillant prince vengea son prédécesseur (283), et réprima les Barbares, à qui la mort de Probus avait rendu le courage. Il alla en Orient combattre les Perses avec Numérien, son second lils, et opposa aux ennemis du côté du Nord, son fils aîné Carinus, qu'il fit césar. C'était la seconde dignité, et le plus proche degré pour parvenir à l'empire. Tout l'Orient trembla devant Carus : la Mésopotamie se soumit ; les Perses divisés ne purent lui résister. Pendant que tout lui cédait, le ciel l'arrêta par un coup de foudre. A force de le pleurer, Numérien fut prêt à perdre les yeux. Que ne fait dans les cœurs l'envie de régner ! Loin d'être touché de ses maux, son beau-père Aperle tua (284) ; mais Dioctétien vengea sa mort, et parvint enfin à l'empire, qu'il avait désiré avec tant d'ardeur. Carinius se réveilla (285), malgré sa mollesse, et battit Dioclétien : mais en poursuivant les fuyards, il fut tué par un des siens, dont il avait corrompu la femme. Ainsi l'empire fut défait du plus violent et du plus perdu de tous les hommes. Dioclétien gouverna avec vigueur, mais avec une insupportable vanité. Pour résister à tant d'ennemis, qui s'élevaient de tous côtés au dedans et au dehors, il nomma Maximien empereur (286) avec lui et sut néanmoins se conserver l'autorité principale. Chaque

empereur fit un césar. (291). Constantius Clilorus et Galérius lurent élevés à ce haut rang. Les quatre princes soutinrent à peine le fardeau de tant de guerres. Dioclétien fuit Rome, qu'il trouvait trop libre, et s'établit à Nicomédie (297), où il se fit adorer à la mode des Orientaux. Cependant les Perses, vaincus par Galérius, abandonnèrent aux Romains de grandes provinces et des royaumes entiers. Après de si grands succès, Galérius ne veut plus être sujet, et dédaigne le nom de césar. Il commence par intimider Maximien. Une longue maladie avait fait baisser l'esprit de Dioclétien, et Galérius, quoique son gendre, le força de quitter l'empire i. Il fallut que Maximien suivît son exemple. Ainsi l'empire vint entre les mains de Constantius Chlorus et de Galérius (304), et deux nouveaux césars, Sévère et Maximin, furent créés en leur place par les empereurs qui se déposaient. Les Gaules, l'Espagne et la Grande-Bretagne, furent heureuses, mais trop peu de temps, sous Constantius Chlorus. Ennemi des exactions, et accusé par là de ruiner le fisc, il montra qu'il avait des trésors immenses dans la bonne volonté de ses sujets. Le reste de l'empire souffrait beaucoup sous tant d'empereurs et tant de césars : les officiers se multipliaient avec les princes ; les dépenses et les exactions étaient infinies. Le jeune Constantin, fils de Constantius Chlorus, se rendait illustre-: mais il se trouvait entre les mains de Galérius. Tous les jours, cet empereur, jaloux de sa gloire, l'exposait à de nouveaux périls. 11 lui fallait combattre les bêtes farouches par un espèce de jeu : mais Galérius n'était pas moins à craindre qu'elles. Constantin , échappé de ses mains, trouva son père expirant (306). En ce temps, Maxence, fils de Maximien et gendre de Galérius, se fit empereur à Rome, malgré son beau-père j et les divisions intestines se joignirent aux autres maux de l'état. L'image de Constantin, qui venait de succéder à son père, portée à Rome, selon la coutume, y fut rejetée par les ordres de Maxence. La réception des images était la forme ordinaire de reconnaître les nouveaux princes. On se prépare à la guerre de tous côtés. Le césar Sévère, que Galérius envoya contre Maxence (307), le fit trembler dans Rome ^. Pour se donner de l'appui dans sa frayeur, il rappela son père Maximien. Le vieillard ambitieux quitta sa retraite, où il n'était qu'à regret, et tâcha en vain de rel\rer Dioclétien, son collègue, du jardin qu'il cultivait à Salone. Au nom de Maximien, empereur pour la seconde fois, les soldats de Sévère le quittent. Le vieil

4. Euseh. Hist. Eccl,, lib. vin, cap. -13. Orat. Const. ad Sai et. cœt. 2S. Lact. de Mort. Persec, cap. \7, 18. — 2. Lact. de Mort. Persec, ca^\ 24. — ô. Lactihid., cap. 26, 27.

m DISCOURS

empereur le fait tuer; et en même temps, pour s'appuyer contre Galérius, il donne à Constantin sa fille Fauste. Il fallait aussi de l'appui à Galérius après la mort de Sévère ; c'est ce qui le fit résoudre à nommer Licinius empereur 1 : mais ce choix piqua Maximin, qui, en qualité de césar, se croyait plus proche du suprême honneur. Rien ne put lui persuader de se soumettre à Licinius; il se rendit indépendant dans l'Orient. Il ne restait presque à Galérius que l'Illyrie, où il s'était retiré après avoir été chassé d'Itahe. Le reste de l'Occident obéissait à Maximien, à son fils Maxence, et son gendre Constantin; mais il ne voulait non plus, pour compagnons de l'empire, ses enfants que les étrangers. Il tâcha de chasser de Rome son fils Maxence, qui le chassa lui-même. Constantin, qui le reçut dans les Gaules, ne le trouva pas moins perfide. Après divers attentats , Maximien fit un dernier complot, où il crut avoir engagé sa fille Fauste contre son mari. Elle le trompait; et Maximien, qui pensait avoir tué Constantin (312) en tuant l'eunuque qu'on avait mis dans son lit, fut contraint de se donner la mort à lui-même. Une nouvelle guerre s'allume ; et Maxence, sous prétexte de venger son père, se déclare contre Constantin, qui marche à Rome avec ses troupes 2. En même temps, il fait renverser les statues de Maximien : celles de Dioclétien, qui y étaient jointes, eurent le même sort. Le repos de Dioclétien fut troublé de ce mépris : et il mourut quelque temps après, autant de chagrin que de vieillesse.

En ces temps, Rome, toujours ennemie du christianisme , fit un dernier effort pour l'éteindre, et acheva de l'établir. Galérius, marqué par les historiens comme l'auteur de la dernière persécution ^, deux ans devant qu'il eût obligé Dioclétien à quitter l'empire, le contraignit à faire ce sanglant édit (302) qui ordonnait de persécuter les chrétiens plus violemment que jamais. Maximien, qui les haïssait, et n'avait jamais cessé de les tourmenter, animait les magistrats et les bourreaux : mais sa violence, quelque extrême qu'elle fût, n'égalait point celle de Maximin et de Galérius. On inventait tous les jours de nouveaux supplices. La pudeur des vierges chrétiennes n'était pas moins attaquée que leur foi. On recherchait les livres sacrés avec des soins extraordinaires, pour en abolir la mémoire; et les chrétiens n'osaient les avoir dans leurs maisons, ni presque les lire. Ainsi, après trois cents ans de persécution, la haine des persécuteurs devenait plus âpre. Les chré-

^. Lact. ibid. cap. 28, 20, 30, 31, 52. — 2. Lact., de Mort. Persec, cap. 42, 4ô. — ô. Èiiseb. llist. eccL, lib. vin, cap. 16. Devita Constant., lib. i, cap. ^l.Lacf., ibid., cap. 9 et sp/.

tiens les lassèrent par leur patience. Les peuples, touchés de leur "sainte vie, se convertissaient en foule. Galérius désespéra de les pou; voir vaincre (311). Frappé d'une maladie extraordinaire, il révoqua ses édits, et mourut de la mort d'Antiochus, avec une aussi fausse pénitence. Maximin continua la persécution : mais Constantin le Grand (312; , prince sage et victorieux, embrassa publiquement le christianisme.

Page 1