CHAPITRE XIIL La longue paix dont ils jouissent, par qui prédite
En effet, tous leurs prophètes leur avaient promis une paix profonde. On lit encore avec joie la belle peinture que font Isaïe et Ézéchiel ^ des bienheureux temps qui devaient suivre la captivité de Babylone. Toutes les ruines sont réparées, les villes et les bourgades sont magnifiquement rebâties, le peuple est innombrable, les ennemis sont à bas, l'abondance est dans les villes et dans la campagne; on y voit la joie, le repos, et enfin tous les fruits d'une longue paix. Dieu promet de tenir son peuple dans une durable et parfaite tranquillité 3. Us en jouirent sous les rois de Perse. Tant que cet empire se soutint, les favorables décrets de Cyrus, qui en était le fondateur, assurèrent le repos des Juifs. Quoiqu'ils aient été menacés de leur dernière ruine sous Assuérus, quel qu'il soit, Dieu, fléchi par leurs larmes, changea tout à coup le cœur du roi, et tira une vengeance éclatante d'Aman leur ennemi *. Hors de cette conjoncture, qui passa si vite, ils furent toujours sans crainte. Instruits par leurs prophètes à obéir aux^tois à qui Dieu les avait soumis ^, leur fidélité fut inviolable. Aussi furentils toujours doucement traités. A la faveur d'un tribut assez léger, qu'ils payaient à leurs souverains, qui étaient plutôt leurs protecteurs que leurs maîtres, ils vivaient selon leurs propres lois : la puissance
i. Zach. XIII, 2, 5, 4, s, 6. — 2. Is. XLI, H, 42, 45. XLin, 48, 49. XLIX, 48, 49, 20, 21. LU, \, 2, '7. Liv, L\etc. lx, 4b, 46, etc. Ezech. xxxvi, xxxviii , 41, 42, 43, 4 I. — 5. Jerem. xlvi, 27. — 4. Esth. iv, v^ vu, viir, ix. — îj. Jerem. xxvir, 42, 47, XI. 9. Bar. 1,4 4,42.
sacerdotale fat conservée en son entier : les pontifes conduisaient le peuple : le conseil public, établi premièrement par Moïse, avait toute son autorité ; et ils exerçaient entre eux la puissance de vie et de mort, sans que personne se mêlât de leur conduite. Les rois l'ordonnaient ainsi ^. La ruine de l'empire des Perses ne changea point leurs affaires. Alexandre respecta leur temple, admira leurs prophéties, et augmenta leurs privilèges ^. Us eurent un peu à souffrir sous ses premiers successeurs. Ptolomée,fils de Lagus, surprit Jérusalem, et en emmena en Egypte cent mille captifs ^ : mais il cessa bientôt de les haïr. Pour mieux dire il ne les haït jamais : il ne voulait que les ôter aux rois de Syrie ses ennemis. En effet, il ne les eut pas plutôt soumis, qu'il les fit citoyens d'Alexandrie, capitale de son royaume, ou plutôt il leur confirma le droit qu'Alexandre, fondateur de celte ville, leur y avait déjà donné ; et ne trouvant rien dans tout son état de plus fidèle que les Juifs, il en remplit ses armées, et leur confia ses places les plus importantes. Si les Lagides les considérèrent, ils furent encore mieux traités des Séleucides, sous l'empire desquels ils vivaient. Séleucus Nicanor, chef de cette famille, les établit dans Antioche * ; et Antiochus le Dieu, son petit-fils, les ayant fait recevoir dans toutes les villes de l'Asie-Mineure, nous les avons vus se répandre dans foute la Grèce, y vivre selon leur loi, et y jouir des mêmes droits que les autres citoyens, comme ils faisaient dans Alexandrie et dans Antioche. Cependant leur loi est tournée en grec par les soins de Ptolomée Philadelphe, roi d'Egypte ^. La religion judaïque est connue parmi les Gentils ; le temple de Jérusalem est enrichi par les dons des rois et des peuples ; les Juifs vivent en paix et en liberté sous la puissance des rois de Syrie, et ils n'avaient guère goûté une telle tranquillité sous leurs propres rois.