‹ Chefs-d'uvre de BossuetChapitre 77 sur 102 · I. In Psalin. l, u. 8: tom. iv, col. 4CG · texte numérisé non relu

I. In Psalin. l, u. 8: tom. iv, col. 4CG

D'ANNF. DE GONZAGUE. 413

« et le soleil qui a tant d'éclat et de Lcau lé? Je n'ai, dit-il, jamais « joui de ce bel objet, et je ne m'en puis former aucune idée. Je ne « laisse pas de croire, continua-t-il, qu'il est d'une beauté ravissante. « L'aveugle parut alors changer de voix et de visage ; et prenant un « ton d'autorité : Mon exemple, dit-il, vous doit apprendre qu'il y a « des choses très excellentes et très admirables qui échappent à notre « vue, et qui n'en sont ni moins vraies ni moins désirables, quoiqu'on « ne les puisse ni comprendre ni imaginer. » C'est en effet qu'il manque un sens aux incrédules, comme à l'aveugle; et ce sens, c'est Dieu qui le donne, selon ce que dit saint Jean ^ : « Il nous a donné un « sens pour connaître le vrai Dieu, et pour être en son vrai Fils .• » Dédit nohis sensum, ut cognoscamus verum Deum, et simus in vero Filio ejus. Notre princesse le comprit. En même temps , au milieu d'un songe si mystérieux, « elle fit l'application de la belle comparai- <« son de l'aveugle, aux vérités de la religion et de l'autre vie : » ce sont ses mots que je vous rapporte. Dieu, qui n'a besoin ni de temps ni d'un long circuit de raisonnements pour se faire entendre , tout à coup lui ouvrit les yeux. Alors, par une soudaine illumination, o. elle « se sentit si éclairée (c'est elle-même qui continue à vous parler), et « tellement transportée de la joie d'avoir trouvé ce qu'elle cherchait « depuis si longtemps, qu'elle ne put s'empêcher d'embrasser l'a- « veugle, dont le discours lui découvrait une plus belle lumière que « celle dont il était privé. Et, dit-elle, il se répandit dans mon cœur « une joie si douce et une foi si sensible, qu'il n'y a point de paroles « capables de l'exprimer. » Vous attendez, chrétiens, quel sera le réveil d'un sommeil si doux et si merveilleux. Écoutez, et reconnaissez que ce songe est vraiment divin. « Elle s'éveilla là-dessus, dit-elle, et « se trouva dans le même état où elle s'était vue dans cet admirable « songe^ c'est-à-dire tellement changée, qu'elle avaitpeine aie croire. » Le miracle qu'elle attendait est arrivé : elle croit, elle qui jugeait la foi impossible : Dieu la change par une lumière soudaine, et par un songe qui tient de l'extase. Tout suit en elle de la même force. « Je me levai, « poursuit-elle, avec précipitation : mes actions étaient mêlées d'une « joie et d'une activité extraordinaires. » Vous le voyez, cette nouvelle vivacité, qui animait ses actions, se ressent encore dans ses paroles. « Tout ce que je lisais sur la religion me touchait jusqu'à répandre « des larmes. Je me trouvais à la messe dans un état bien différent « de celui où j'avais accoutumé d'être. » Car c'était de tous les mys- U^res celui qui lui paraissait le plus incroyable. « Mais alors , dit-elle,

Page 1