‹ Chefs-d'uvre de BossuetChapitre 87 sur 102 · I, JOAN., V · texte numérisé non relu

I, JOAN., V

l'immortelle vertu de ce sacrifice. Agréez ces derniers efforts d'une voix qui vous fut connue. Vous mettrez fin à tous ces discours. Au lieu de déplorer la mort des autres, grand prince, dorénavant je veux apprendre de vous à rendre la mienne sainte ; heureux si, averti par ces cheveux blancs du compte queje dois rendre de mon administration, je réserve au troupeau que je dois nourrir de la parole de vie les restes d'une voix qui tombe, et d'une ardeur qui s'éteint !

Avec quel zèle saint Pierre Nolasque, pour imiter et honorer la charité du divin Sauveur, a consacré au soulagement et à la délivrance de ses frères captifs ses soins, sa personne et ses disciples.

Dédit semetipsum pro nobis.

11 s'est donné lui-même pour nous. (TU. ii, ^4.)

C'est un plus grand bonheur, dit le Fils de Dieu, de donner que de recevoir. Cette parole était digne de celui qui a tout donné jusqu'à son sang, et qui se serait épuisé lui-même, si ses trésors n'étaient infinis aussi bien que ses largesses. Saint Paul, qui a recueilli ce beau sentiment de la bouche de notre Sauveur, le propose à tous les fidèles, pour servir de loi à leur charité. Souvenez-vous, leur dit-il, de cette parole du Seigneur Jésus, « qu'il vaut mieux donner que de recevoir ^ : •> parce que le bien que vous recevez est une consolation de votre indigence, et celui que vous répandez est la marque d'une plénitude qui s'étend à soulager les besoins des autres.

Jamais il n'y a eu sur la terre uu homme plus libéral que le grand saint Pierre Nolasque, fondateur de l'ordre sacré de Notre-Dame-dela-Merci, dont nous honorons aujourd'hui la bienheureuse mémoire; car il ne s'est rien proposé de moins que l'immense profusion d'un Dieu, qui s'est prodigué lui-même ; et de là il a conçu le dessein de dévouer sa personne, et de consacrer tout son ordre, aux nécessités des misérables.

Tous les fidèles serviteurs de Dieu ont imité quelques traits du Sauveur des âmes : celui-ci a cette grâce particulière, de l'avoir fidèlement copié dans le caractère par lequel il est établi notre rédempteur.

i.Àct. XX, 5b.

Pour entendre un si grand dessein et imiter un si grand exemple, demandons l'assistance, etc. Ave.

La manière la plus excellente d'honorer les choses divines, c'est, messieurs, de les imiter. Dieu nous ayant fait cet honneur de nous former à sa ressemblance, le plus grand hommage que nous puissions rendre à la souveraine vérité de Dieu, c'est de nous conformer à ce qu'il est ; car alors nous célébrons ses grandeurs, non point par nos paroles, ni par nos pensées, ni par quelques sentiments de notre cœur; mais, ce qui est bien plus relevé, par toute la suite de nos actions, et par tout l'état de notre personne.

Nous pouvons donc honorer en deux façons les mystères de Jésus- Christ, ou par des actes particuhers de nos volontés, ou par tout l'état de notre vie. Nous les honorons par des actes, en les adorant par foi, en les ressentant par reconnaissance, en nous y attachant par amour- Mais voici que je vous montre avec l'Apôtre une voie bien plus excellente : Excellentiorem viam vobis demonstro i. C'est d'honorer ces divins mystères par quelque chose de plus profond, en nous dévouant saintement à Dieu, non seulement pour les aimer et pour les connaître, mais encore pour les imiter, pour en porter sur nous-mêmes l'impression et le caractère, pour en recevoir en nous-mêmes la bénédiction et la grâce.

C'est en cette sorte, mes frères, que saint Pierre Nolasque a été choisi pour honorer le mystère de la rédemption. 11 l'a honoré véritablement, entrant dans les devoirs, dans la gratitude, dans toutes les dépendances d'une créature rachetée. Mais, afin qu'il fût lié plus intimement à la grâce de ce mystère, il a plu au Saint-Esprit qu'il se dévouât volontairement à l'imitation de cette immense charité , par laquelle « Jésus-Christ a donné son âme, pour être, comme il le dit « lui-même 2, la rédemption de plusieurs. »

S'il y a quelque chose au monde , quelque servitude capable de représenter à nos yeux la misère extrême de la captivité horrible de l'homme sous la tyrannie des démons, c'est l'état d'un chrétien captif sous la tyrannie des mahométans. Car et le corps et l'esprit y souffrent une égale violence, et l'on n'est pas moins en péril de son salut que de sa vie. C'est donc au soulagement de cet état misérable qu'est appliqué saint Pierre Nolasque, pour honorer les bontés de Jésus délivrant les hommes de la tyrannie de Satan. Il se donne de tout son cœur à ces malheureux esclaves, et il s'y donne dans le même esprit que Jésus

I, /. Cor. XH, ÔO. — 2. Maltli. xx, 28.

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s'est donné aux hommes captifs, pour les affranchir de leur servitude : Dédit semetipsum pro nobis.

Jésus-Christ a donné aux hommes et à l'œuvre de la rédemption, premièrement, ses soins paternels ; secondement, sa propre personne ; troisièmement, ses disciples. Il nous a donné ses soins, parce qu'il a toujours eu l'esprit occupé de la pensée de notre salut : il nous a donné sa propre personne, parce qu'il s'est immolé pour nous :il nous adonné ses disciples, qui, étant la plus noble partie du peuple qu'il a racheté, est appliquée par lui-même, et entièrement dévouée à coopérer par sa charité à la délivrance de tous les autres.

C'est ainsi que le Fils de Dieu a consommé l'œuvre de notre rédemption, et c'est par les mêmes voies que le saint que nous révérons a imité son amour et honoré son mystère. Fidèle imitateur du Sauveur des âmes, il a été touché, aussi bien que lui, des cruelles extrémités où sont réduits les captifs; il leur a donné, aussi bien que lui, premièrement, tous ses soins 3 secondement, toute sa personne; troisièmement, tous ses disciples, et l'ordre rehgieux qu'il a établi dans l'Église. C'est ce que nous aurons à considérer dans les trois points de ce discours.

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