Psalm. cxv, 4.-2. Ihid. xxxiv, J{i
tromper les hommes, ne pouvant plus abolir le saint nom de Dieu, frémissant contre Jésus-Christ qui Ta fait connaître à tout l'univers, tourne toute sa furie contre lui et contre son Évangile : et trouvant encore le nom de Jésus trop bien établi dans le monde par tant de martyrs et tant de miracles, il lui déclare la guerre en faisant semblant de le révérer, et il inspire à Mahomet, en l'appelant un prophète, de faire passer sa doctrine pour une imposture; et cette religion monstrueuse, qui se dément elle-même, a pour toute raison son ignorance, pour toute persuasion sa violence et sa tyrannie, pour tout miracle ses armes, armes redoutables et victorieuses, qui font trembler le monde, et rétablissent par force l'empire de Satan dans tout l'univers.
0 Jésus ! Seigneur des seigneurs, arbitre de tous les empires, et Prince des rois de la terre, jusqu'à quand endurerez-vous que votre ennemi déclaré, assis sur le trône du grand Constantin, soutienne avec tant d'armées les blasphèmes de son Mahomet, abatte votre croix sous son croissant, et diminue tous les jours la chrétienté par des armes si fortunées ? Est-ce que vous réservez cette redoutable puissance, pour faire souffrir à votre Église cette dernière et effroyable persécution que vous lui avez dénoncée? Est-ce que, pour entretenir votre Église dans le mépris des grandeurs, comme elle y a été élevée, en même temps que vous lui donnez la gloire d'avoir des rois pour enfants, vous abandonnez, d'un autre côté, à votre ennemi capital, comme un présent de peu d'importance, le plus redoutable empire qui soit éclairé par le soleil? Ou bien est-ce qu'il ne vous plaît pas que votre Église, nourrie dans les alarmes, fortifiée par les persécutions et par les terreurs, jouisse dans la paix même d'une tranquillité assurée ? Et c'est pour cette raison que vous lui mettez, comme sur sa tête, cette puissance redoutable qui ne cesse de la menacer de la dernière désolation.
En effet, chrétiens, c'a été le conseil de Dieu, que l'Église fût établie au milieu des flots qui frémissent impétueusement autour d'elle, et menacent de l'engloutir. C'est pourqu-oi saint Augustin, expliquant ces paroles du sacré Psalmiste : Lœtentur insulœ multœ i, dit que ces îles vraiment fortunées, qui doivent se réjouir du règne de Dieu, sont les Éghses chrétiennes, environnées de toutes parts d'une mer irritée, qui menace de les engloutir et de les couvrir sous ses ondes. Tel est le conseil de Dieu ; et je regarde la puissance mahométane comme un océan indomptable, toujours prêt à inonder toute l'Église, sa furie
t. In Psalm. xcv, n. 4 ; tom. iv, col. 10 i3.
DE SAliM PIERRE NOLASQUE. 481
n'étant aiièlée que par des digues entr'ouvertes (ce sont les puissances chrétiennes), toujours cruellement divisées. Etn'étaient-cepas ces divisions qui avaient ouvert autrefois aux sultans, successeurs de Mahomet, une entrée si large, que du temps de Pierre Nolasque les Espagnes mômes étaient entièrement inondées ?
C'est ce qui lui perce le cœur. Il est nuit et jour persécuté des cris des captifs ; il faut qu'il coure à leur délivrance. Ne lui dites pas que la noblesse de son extraction, et le crédit qu'il a auprès du roi d'Aragon, dont il a été précepteur, l'appelle à des emplois plus illustres : il court après ses captifs, il fallait qu'il descendit de bien haut à l'humiliation d'un emploi si bas, selon l'estime du monde, pour mieux imiter celui qui est descendu du ciel en la terre : imi er un Dieu rédempteur, c'est toute la gloire qu'il se propose. Par mille traverses, par mille périls, il va délivrer ses frères : content de tout donner^ de tout sacrifier, pourvu qu'il leur procure la liberté, ou du moins quelque soulagement à leurs maux, pour les leur rendre plus supportables. Et pourrais-je vous exprimer les empressements de sa sollicitude pour subvenir à leurs besoins, les attendrissements de sa charité à la vue de leur état, tous les efforts de son zèle en faveur de ces infortunés captifs ? 11 sent toutes leurs peines, il est pénétré de leurs dangers, et, plus prisonnier qu'eux tous, par ces chaînes invisibles dont la charité le serre, il porte tout le poids de la misère de chacun de ses frères, il s'en voit continuellement pressé, il n'est occupé qu'à y apporter quelques remèdes. Qui souffre dans ces noirs cachots, sans qu'il souffre avec lui ? Qui est faible au milieu de tant d'épreuves, sans qu'il s'efforce de le soutenir ? Qui est Scandalisé, sans que son cœur brûle du désir de le relever ^ ?
Tels sont les sentiments que la charité forme dans l'âme de Pierre Nolasque, telle est la conduite qu'elle lui inspire. Et que ne produirait-elle pas en vous, si vous étiez animés du même esprit? « Revétez- « vous donc comme des élus de Dieu, saints et bien aimés, d'entrailles « de miséricorde, de bonté, d'humilité, de douceur, de patience, » atin de vous secourir mutuellement avec tout l'épanchement d'une tendresse vraiment chrétienne : Induite vos ergo sicui electi Dei, sancti et dilecti, viscera misericordiœ, benignitatem, humiliiatem, modestiam, patientiam 2.
Dieu commence, pour vous donner l'exemple ; imitez sa charité si prévenante, si bienfaisante ; qu'il se fasse comme un combat entre nous et la miséricorde divine ; et soyons jaloux de ne pas nous laisser