Cor. XI
DE SAINT PAUL. 49:i
saint Paul : il prêche, il combat, il gouverne ; et, messieurs, le pourrez vous croire? il est faible dans tous ces emplois. Et premièrement, il est assuré que saint Paul est faible en prêchant, puisque sa prédication n'est pas appuyée, ni sur la force de l'éloquence, ni sur ces doctes raisonnements que la philosophie a rendus plausibles : JYon in persuasibilibus humanœ sapientiœ verbis^. Secondement, 11 n'est pas moins clair qu'il est faible dans les combats ; puisque, lorsque tout le monde l'attaque, il ne résiste à ses ennemis qu'en s'abandonnant à leur violence : Facti sumus sicut oves occisionis^ : il est donc faible en ces deux états. Mais peut-être que parmi ses frères, où la grâce de l'apostolat et l'autorité du gouvernement lui donnent un rang si considérable, ce grand homme paraîtra plus fort.^ Non, fidèles, ne le croyez pas : c'est là que vous le verrez plus infirme. Il se souvient qu'il est le disciple de celui qui a dit dans son Évangile qu'il n'est pas venu pour être servi, mais afin de servir lui-même ^ : c'est pourquoi il ne gouverne pas les fidèles, en leur faisant supporter le joug d'une autorité superbe et impérieuse; mais il les gouverne par la charité, en se faisant infirme avec eux : Factus sum infirmis infirmus ; et se rendant serviteur de tous : Omnium me servum feci '*. Il est donc infirme partout, soit qu'il prêche, soit qu'il combatte, soit qu'il gouverne le peuple de Dieu par l'autorité de l'apostolat, et ce qui est le plus admirable, c'est qu'au miheu de tant de faiblesse, il nous dit d'un ton de victorieux qu'il est fort, qu'il est puissant, qu'il est invincible : Cum enim infirmer, tune potens sum.
Ah ! mes frères, ne voyez-vous pas la raison qui lui donne cette hardiesse ? c'est qu'il sent qu'il est le ministre de ce Dieu, qui se faisant faible n'a pas perdu sa toute-puissance. Plein de cette haute pensée, il voit sa faiblesse au-dessus de tout. Il croit que ses prédications persuaderont, parce qu'elles n'ont point de force pour persuader; il croit qu'il surmontera dans tous les combats, parce qu'il n'a point d'armes pour se défendre ; il croit qu'il pourra tout sur ses frères dans l'ordre du gouvernement ecclésiastique , parce qu'il s'abaissera à leurs pieds, et se rendra l'esclave de tous par la servitude de la charité. Tant il est vrai que dans toutes choses il est puissant en ce qu'il est faible, puisqu'il met la force de persuader dans la simplicité du discours , puisqu'il n'espère vaincre qu'en souffrant , puisqu'il fonde sur sa servitude toute l'autorité de son ministère. Voilà, messieurs, *rois infirmités, dans lesquelles je prétends montrer la puissance du divin apôtre: soyez, s'il vous plaît, attentifs, et considérez dans
\. T. Cor. u, 4. — 2. Eom. vin, r,C. — 3. Mallh. xx, 2S. — 4. T. Cor. ix, 19,22.
ce premier point la faiblesse victorieuse de ses prédications toutes simples.