‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 101 sur 229 · ACTE IV, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE

Il sembloit présenter sa gorge au coup mortel : Aussi le reçoit-il, peu s'en faut, sans défense ; Et son trépas de Rome établit la puissance.

LE VIEIL HORACE

0 mon fils! ô ma joie! ô l'honneur de nos jours! 0 d'un État penchant l'inespéré secours! Vertu digne de Rome, et sang digne d'Horace! Appui de ton pays et gloire de ta race ! Quand pourrai-je étouffer dans tes embrassements L'erreur dont j'ai formé de si faux sentiments? Quand pourra mon amour baigner avec tendressa Ton front victorieux de larmes d'allégresse''?

VALÈRE

Vos caresses bientôt pourront se déployer : Le roi dans un moment vous le va renvoyer, Et remet à demain la pompe qu'il prépare D'un sacrifice aux dieux pour un bonheur si rare. Aujourd'hui seulement on s'acquitte vers eux Par des chants de victoire et par de simples vœux; C'est où le roi le mène; et tandis il m'envoie* Faire office vers vous de douleur et de joie ^ Mais cet office encor n'est pas assez pour lui ; Il y viendra lui-même, et peut-être aujourd'hui : 11 croit mal reconnoître une vertu si pure Si de sa propre bouche il ne vous en assure ,

1 Dans le vieil Horace l'amour paternel éclate surtout quand , d'accord avec le devoir, il n'a plus à se contraindre... Il pleure alors sans plus vouloir se cacher , ce vieux Romain qui au départ de ses fils s'accusait d'avoir les larmes aux yeux : il pleure , et ses larmes de joie nous touchent plus vivement encore que ses larmes d'inquiétude , parce qu'elles nous découvrent le fond de cet amour paternel qui jusque-là se dérobait à nos yeux avec une sorte de pudeur. (Saint-Marc Girardin.)

2 Mener à des chants et à des vœux n'est ni noble ni juste; mais le récit de Valère est si beau, qu'on pardonne aisément ces petites fautes. — Et tandis il m'envoie; tandis sans un que est absolument proscrit. (Volt.)

3 Faire office de douleur n'est pas français , et je ne sais s'il l'a jamais été.

S'il ne vous dit chez vous combien vous doit l'État.

LE VIEIL HORACE

De tels remerciments ont pour moi trop d'éclat ; Et je me tiens déjà trop payé par les vôtres Du service d'un fils et du sang des deux autres.

VALÈRE

11 ne sait ce que c'est d'honorer à demi,

Et son sceptre arraché des mains de l'ennemi

Fait qu'il tient cet honneur qu'il lui plaît de vous faire

Au-dessous du mérite et du fils et du père.

Je vais lui témoigner quels nobles sentiments

La vertu vous inspire en tous vos mouvements,

Kt combien vous montrez d'ardeur pour son service.

LE VIEIL HORACE

Je vous devrai beaucoup pour un si bon office '.

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