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ACTE V, SCfcNE III

Soit le maître absolu d'un renom bien solide.

Sa voix tumultueuse assez souvent fait bruit :

Mais un moment l'élève, un moment le détruit,

Et ce qu'il contribue à notre renommée

Toujours en moins de rien se dissipe en fumée.

C'est aux rois, c'est aux grands, c'est aux esprits bien faits

A voir la vertu pleine en ses moindres effets ;

C'est d'eux seuls qu'on reçoit la véritable gloire.

Eux seuls des vrais héros assurent la mémoire.

Vis toujours en Horace; et toujours auprès d'eux

Ton nom demeurera grand, illustre, fameux,

Bien que l'occasion, moins haute ou moins brillante,

D'un vulgaire ignorant trompe l'injuste attente.

Ne hais donc plus la vie, et du moins vis pour moi,

Et pour servir encor ton pays et ton roi.

Sire, j'en ai trop dit; mais l'affaire vous touche; Et Rome tout entière a parlé par ma bouche.

VALÈRE

Sire, permettez-moi...

TULLE

Valère, c'est assez; Vos discours par les leurs ne sont point effacés : J'en garde en mon esprit les forces plus pressantes, Et toutes vos raisons me sont encor présentes. Cette énorme action , faite presque à nos yeux, Outrage la nature et blesse jusqu'aux dieux. Un premier mouvement qui produit un tel crime Ne sauroit lui servir d'excuse légitime : Les moins sévères lois en ce point sont d'accord ; Et si nous les suivons il est digne de mort. Si d'ailleurs nous voulons regarder le coupable. Ce crime, quoique grand, énorme, inexcusable. Vient de la même épée et part du même bras Qui me fait aujourd'hui maître de deux États.

Deux sceptres en ma main, Albe à Rome asservie,

Parlent bien hautement en faveur de sa vie :

Sans lui j'obéirois où je donne la loi,

Et je serois sujet où je suis deux fois roi.

Assez de bons sujets , dans toutes les provinces,

Par des vœux impuissants s'acquittent vers leurs princes ;

Tous les peuvent aimer; mais tous ne peuvent pas

Par d'illustres effets assurer leurs États ;

Et l'art et le pouvoir d'affermir des couronnes

Sont des dons que le Ciel fait à peu de personnes.

De pareils serviteurs sont les forces des rois,

Et de pareils aussi sont au-dessus des lois.

Qu'elles se taisent donc ; que Rome dissimule

Ce que dans sa naissance elle vit dans Romule ;

Elle peut bien souffrir en son libérateur.

Ce qu'elle a bien souffert en son premier auteur.

Vis donc , Horace, vis, guerrier trop magnanime;

Ta vertu met ta gloire au-dessus de ton crime :

Sa chaleur généreuse a produit ton forfait ;

D'une cause si belle il faut souffrir l'effet.

Vis pour servir l'État ; vis, mais aime Valère :

Qu'il ne reste entre vous ni haine ni colère :

Et, soit qu'il ait suivi l'amour ou le devoir.

Sans aucun sentiment résous-toi de le voir.

Sabine , écoutez moins la douleur qui vous presse ;

Chassez de ce grand cœur ces marques de foiblesse :

C'est en séchant vos pleurs que vous vous montrerez

La véritable sœur de ceux que vous pleurez.

Mais nous devons aux dieux demain un sacrifice; Et nous aurions le Ciel à nos vœux mal propice Si nos prêtres, avant que de sacrifier. Ne trouvoient les moyens de le purifier : Son père en prendra soin ; il lui sera facile D'apaiser tout d'un temps les mânes de Camille. Je la plains; et pour rendre à son sort glorieux

Va dedans les enfers plaindre ion Cunace

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